SCÈNE IX
ma vie , du moins jusqu'à ce quo mes Inrmos l'aient effacé.
Vos larmes ! Quoi ! vous pleurez ! Et de quoi pleurez-Yous? Quo vous est-il arrivé, mademoiselle Lucetle? Ah! parlez, contez-moi vos peines : j'ai bien cédé votre bonheur à M. Duval, mais je ne veux céder à personne vos chagrins.
LUCETTE
Mon ami....
Oui, je le suis, votre ami, je le suis toujours, je le serai tant que je vivrai. Vous n'avez plus voulu être mon amie, vous m'avez ôté votre amitié; c'est un bien grand malheur pour moi : mais ce qui l'a un peu soulagé, c'est que je n'ai jamais pu vous ôter la mienne. Répondez-moi donc, qu'avcz-vous? qu'est-ce qui vous chagrine '/
LUCETTE
Le repentir, la honte d'avoir pu vous méconnaîti'e un moment, d'avoir été ingrate envers vous. Ma vanité, mon âge, m'ont égarée : mon cœur n'a pas été coupable, mon cœur vous a toujours aimé, Arlequin; soyez-en bien sûr : et cet amour si vrai....
Que dites-vous donc, Lucette? Répétez, répétez, je vous en ])rie; je n'ai sùi'emeiU pas bien en- 14 m
tendu. Vous m'arnieriez ! vous m'aimeriez encore ! Hélas! mon Dieu, votre changement a pensé me faire mourir de douleur, votre retour me ferait mourir de joie. Je n'ai pas besoin d'aller à la bataille, vous me tuerez quand vous voudrez.
LUCETTE
Oui, je t'aime, je t'ai toujours aimé, je pleurerai toute ma vie le malheur de t' avoir perdu ; je te le dis, je te le répète, je trouve du plaisir à te l'avouer dans l'instant où je n'espère plus de pardon, où je ne me flatte plus....
De pardon ! ' ma bonne amie, qu'est-ce que c'est que ce mot-là ! Quoi ! j'allais mourir, tu m'accordes la vie, et tu me parles de te pardonner ! Mais c'est à moi de te remercier, puisque c'est moi qui reçois ma grâce.
LUCETTE
Quoi ! tu daignerais ! . . .
Oui , je daignerai être heureux : car, il ne faut pas t' abuser, toute perfide, tout infidèle que tu étais, je n'ai jamais pu te haïr ; tu l'aurais été cent fois davantage, je faurais toujours chérie : il dépendait de toi, mon .amie, de m'ôter mon ])onheiir, mais non pas mon amour.
LUCETTE lui tend la main.
Faisons donc la paix, veux-tu? .