SCÈNE IX. i
LUCETTE
Je VOUS en prie.
Vous me priez ! vous me priez de quelque chose ! Aous ! voici donc encore un petit moment de bonheur !
LUCETTE
Laissez-moi hre. (EUe prend le papier et lit.) « MON TES- TAMENT. » Comment! votre testament!
Sans doute : puisque l'on m'attend pour cette bataille, il faut bien mettre un peu d'ordre dans ses affaires.
LUCETTE lit.
« Comme ainsi soit que dés que l'on n'est plus aimé dans ce monde on n'a rien de mieux à faire que d'en sortir, j'ai pris mon parti de profiter des bontés d'un capitaine qui veut bien m'envoyer à la bataille. J'espère qu'aussitôt que j'y serai arrivé, mon affaire sera finie le plus promptcment possible ; et c'est alors que je prie madame Malhurine, mère de mademoiselle Lucette , de vouloir bien être mon exécutrice testamentaire.
« D'abord, je demande pardon à ma mère de m'ètre fait tuer sans sa permission; mais comme c'est le premier chagrin que je lui ai donné, j'espère qu'elle me le pardonnera i)Our cette fois ; l'assurant bien du fond de mon àme cpie jamais il ne
m'arrivera plus do rien faire qui lui déplaise, et que je ne regrette de ce monde que le bonheur et le plaisir de l'aimer.
« Je donne et lègue à mademoiselle Lucette tout le bien paternel dont je peux disposer sans mettre ma mèi'e mal à son aise, lui pardonnant ma mort et tout ce qu'elle m'a fait souffrir, et désu-ant de toute mon âme qu'elle soit heureuse avec celui qu'elle m'a préféré. Je mets pom^tant la condition à ce legs, que le premier garçon de mademoiselle Lucette sera nommé Arlequin , et qu'elle pensera quelquefois à moi en aiuiant et caressant Arlequin, ce qui m'empêchera de m'ennuyer dans l'autre monde.
« Je donne encore et lègue une petite pension alimentaire au petit chien Aza que j'ai donné à mademoiselle Lucette, sentant fort bien que ce petit chien ne sera plus aimé de sa maîtresse, quand elle aura épousé mon rival, et ne voulant pas que ce bon petit chien, qui a été mon camarade, meure de faim pour avoir déplu comme moi.
« Voilà à quoi se réduisent toutes mes volontés : c'est la première et la dernière fois que j'en ai d'autres que celles de madejnoiselle Lucette. « Signé Arlequin. »
(Arlequin veut reprendre le testament, Lucette le retient.)
Arlequin , gardez votre bien : mais laissez-moi cet écrit : il ne me quittera jamais; je le lirai toute