SCÈNE II. S
Serviteur, monsieur.
SCAPIN
Comment , monsieur ! Tu me parles toujours comme si tu étais fâché. Je ne te ressemble pas, moi; et....
Oli ! je sais Tort bien que nous ne nous ressemblons guère.
SCAPIN
M;iis tu n'y i)eiises pas, mon ami : parce que nous aimons tous deux la même personne , faut-il que nous nous détestions'!* Une femme ne vaut pas la peine que deux honnêtes gens se brouillent.
D'abord , pour que deux honnêtes gens puissent se brouiller, il faut qu'ils soient tous deux honnêtes gens, et....
SCAPIN
Ah! monsieur Arlequin....
Monsieur Arlequin ne vous aime pas : je vous le dis franchement. Tout mon bonheur dépend tl'Argentine ; je ne sais rien, je ne veux rien, je iic peux rien que l'aimer : et vous, qui voudriez épouser son argent, vous failes semblant de désirer sa personne. Vous lui plairez peut-être phUùt cpie moi; car un honunc (pii u'esl point amoureux, a
fi LES DEUX BILLETS.
toute sa tète pour plaire, au lieu que moi je n'ai rien. Tout cela me tracasse ; je voudrais vous savoir loin d'ici.
SCAPLN.
Mon cher Arlequin , il faut pourtant s'accoutumer aux rivaux : tu es un beau garçon sans doute, mais il y a des gens courageux que cela n'effraye pas. Il faudi'ait ])ien prendre ton parti, si Argentine ne rendait pas justice à ton mérite.
Je le prendrai, soyez tranquille ! Bonsoir.
SCAPIX.
Où vas-tu donc?
Je vais voir tirer la loterie.
se AFIN.
Elle est tirée il y a plus d'une demi-heure. J'ai la liste dans ma poche , voici les numéros : 7, 20, 48, 12, 19.
Que dis- tu ! Attends, (ii ure son biiiei de loterie.) 7 cn est-il ?
SCAPLX.
Oui.
19 aussi?
Oui.
SCAPIN
Et 48 aussi?
48 aussi.
Ah! tu badines.