SCÈNE XII
AKLEQUIN.
Je ne le suis plus, yoU'c ami : vous m'avez trompé; et c'est d'autant plus affreux, que je ne vivais que pour vous croire. Comment, vous qnï me parliez toujours de votre tendresse pour moi, vous qui étiez toujours pendue à mon bras ou à mon cou , vous faisiez semblant de m'aimer pour mieux me traliir! Vous m'embrassiez pom* m'empècber d'y voir clair! Voilà ce qui m'indigne le plus; car je ne parle pas de mariage, ce n'est rien cela auprès de l'amoin-.
ARGENTINE
Hé bien!... (Apait.) Non, je serai lidèle à ma bienfaitrice.... (Haut.; Je vous demande, je vous supplie de suspendre votre colère; je me justifierai, soyez-en sûr, et vous saurez alors....
ARLEQUIN , avec colère.
Comment vous serait-il possible de \ous justifier? Vous sortez sans vouloir me dire où vous allez; un domestique apporte cette lettre; il me recommande de vous la donner en secret.... Vous venez de l'entendre, cette lettre; elle est claire; il n'y a pas une seule pbrase, pas un seul mol ([iii ne dise inlelligiblemeut (|ue vous êtes luie iiilidèlc. Elle est l)it'u pour vous cette lellre; voilà ^olre nom, le voilà; je le vois, je le lis; je n'ai pas le bonlieui' d'être aveugle. M. Lelio vous y donne un rendez-vous, où vous avez c(»urii, même ;i\;ml de
le recevoir; car vous venez de chez M. Lelio, j'en suis sûr, je le sais; je l'ai vu, je vous ai suivie. Osez m'assurer que vous ne venez pas de chez M. Lelio !
AKGEXTINE.
Je ne veux pas vous mentir ; il est a rai que je viens de parler à M. Lelio : mais....
ARLEQUIN , au désespoii'.
Et pourquoi me le dire? je n'en étais pas sur.
ARGENTLNE.
Écoutez-moi.
ARLEQUIN , furieux.
Je ne veux rien entendre; je veux m'en allej-; je veux vous quitter.,.. Mon parti est pris; ma colère est passée. Je n'en ai plus de colère, parce que je n'ai plus d'amour; je suis de sang-froid.... Mais, comme je me sens le plus fort désir de meurtrir ce visage-là, qui est la cause de tous mes chagrins, vous sentez hien qu'il faut que je m'en
aille.... Vous sentez bien.... (Argentine effrayée s'éloigne, il la prend par le bras et la ramène fortement, à lui.) N'aVCZ p;iS
peur, je sais me posséder.... Je ne suis plus votre mari, je suis votre ami, votre meilleur ami, et je vous parle comme un ami.... Je vous abhorre, je vous déteste, je vous méprise, je ne peux plus soutenir votre vue, je ne peux plus vous regarder sans me dire : Voilà ime femme qui en aimait deux, et qui leur faisait croire ([u'ils étaient un.