SCÈNE II
trente sacs de mille francs. Les voilà, monsieur. Voulez-vous bien vous donner la peine de regarder si le compte y est? on peut se tromper : voyez,
voyez.... (Arlequin se baisse et regarde par terre; Scapin vole le
billet.) On te prend ton billet : et tout est tini.
Oh ! c'est clair. Vis-à-vis , porte jaune , porte grise, pied de biche, domestique, l'escalier, trente sacs de mille francs, voyez si le compte y est.... C'est clair. J'y cours tout de suite. Pardi! sans toi j'aurais été bien endîarrassé; je te remei'cie.
Il n'y a pas de quoi. Bonsoir, mon ami ; n'oublie pas la porte jaune.
Oh! je la trouverai bien. (Usort.) SCÈNE III.
SCAPIN, seul.
Si nous n'avions pas le soin d'y mettre ordre, il n'y aurait que ces imbéciles-là d'heureux. On a bien raison de dire que la fortune n'est que pour les bêles : j'ai mis cent fois à la loterie , jamais je n'ai pu attraper un lot; voici le premier. De (juel bureau est-il ? (ii dépiie le lùuut.) Ah ciel! je me suis trompé : il faut être bien malheureux! Comment! je ne peux pas gagner à la loterie, même en vo-
lant les billets qui ont gagné ! celui-ci n'est plus qu'une lettre, (ii lit.) « Sois tranquille , mon bon ami, ton rival ne doit te donner aucune inquiétude. Je t'aime; mon cœur est à toi pour toujours; tu auras ma main quand tu voudras. » Voilà qui est clair : ce biUet est d'Argentine. Ah ! il aura sa main quand il voudra ! Cela n'est pas si sûr : je vais tirer parti de ma gaucherie ; et, puisque j'ai manqué le billet de loterie, je ferai valoir celui-ci. (Il frappe à la porte d'Argentine.) Mademoiselle Argentine !