SCÈNE II
11 ne fluit pas la déranger. Crois-tu qu'elle se doute de la petite fête que je lui prépare pour ce soir?
NÉRINE
Je ne le ci'ois pas, monsieur.
Nos musiciens viendront-ils ?
NÉRI?!E
ils doivent être ici de bonne heure, et je les ferai cacher dans le petit salon, pour que mademoiselle Nisida ne puisse pas les voir.
ARLEQULN.
C'est bien. L'important est que ma fdlc ne s'attende à rien, et qu'en sortant de table elle trouve le salon tout en fleurs, tout en lumières, avec une musique terrible, et son nom écrit partout en guirlandes. Ensuite les marchands entreront, et tu auras soin de faire porter dans la chauibre de Nisida tout ce qui aura l'air de lui plaire. Je payerai tout : je suis riche, et je ne trouve bien employé que l'argent dépensé pour ma fille. Avoue que j'ai raison, et que ma Nisida est charmante.
NÉRINE
Tout le monde n'a qu'un avis là-dessus.
C'est qu'elle resseiuble à sa mère, ma })auvre Argentine, que j'ai (aiit pleurée. Hélas! après vingt 14 /
82 LE BON PËRE.
ans de mariage, je l'ai perdue au moment où je lis ma grande l'orUme. Nous n'avions jamais eu qu'une seule querelle, encore était-ce moi qui avais tort. Tiens, voilà son portrait, voilà tout ce qui m'en reste.... Ali! Nérine, ne te marie jamais, il est si affreux de s'aimer et de mourir l'un après l'autre !
NÉRINE
Allons, monsieur, pourquoi vous affliger?...
ARLEQUIN, pleurant.
Ce n'est pas s'affliger que de pleurer ceux que Ton regrette; au contraire, Nérine, j'ai du plais! i à me rappeler ma femme et mes deux petits gar çons. Comme j'étais heureux quand ils vivaient! Nous n'étions pas riches; mais nous avions la paix, la joie et l'amour : avec cela, on ne manque pas de grand' chose. Hélas! ils ont tout emporté.
NÉRINE
Comment pouvez-vous ouhlier ce qui vous reste ? L'estime générale, une grande fortune, des amis, une fille unique dont vous devez être fier, tout vous assure une vieillesse douce et honorable. Mademoiselle Nisida ne tardera guère à se marier : elle sera heureuse , car vous êtes assez riche pour lui laisser choisir un époux selon son cœur. Votre gendre, votre fille, vos petits-enfants, vous béniront, vous soigneront; vous serez au milieu d'eux le point de réunion de leur bonheur et de leur tendresse. Allez, allez, monsieur, c'est peut-être le