PISTOLET AVEC PLATINE A MÈCHE
PI. », fig. 13.
L'insuflSsance des moyens de communication et le secret que Ton gardait à cette époque sur les inventions, expliquent pourquoi les progrès furent différents et tardaient à se répandre. Il n'est pas étonnant dès lors que, plus d'un siècle après, on ait encore fabriqué des armes à feu sans platine ; des exemples de ce genre ne sont, du reste, pas rares dans l'histoire.
C'est pourquoi nous ferons déjà mention ici d'une
ARME A FEU PORTATIVE du musée germanique,
qui, d'après les < Quellen zur Geschichte der Feuerwaffen, > doit dater de 1500 à 1510. Elle ne possède pas encore de platine à mèche, mais elle est déjà munie li'un tube de mire et d'un guidon.
En même temps que la platine à mèche, apparaît la
« HAQUEBUTE A CROC » ou « ARQUEBUSE » (hackenbuciise),
arme à feu à canon plus long et à calibre plus fort que la bombardelle ordinaire.
Ces arquebuses à croc, dont le nom provient du croc dont elles étaient pourvues et que l'on appuyait à un mur ou à un parapet pour éviter le recul, reçurent bientôt de plus grandes dimensions. D y en eut de trois sortes :
L'arquebuse double, tirant des projectiles d'un quart de livre; elles reposaient sut chevalets (la plupart à trois pieds) et l'on s'en servait comme < arme de rempart. > L'arquebuse simple, tirant des balles d'environ Va ^^ livre. La demi-arquebuse, encore plus légère, mais qu'il fallait cependant appuyer pour le tir comme les autres.
Les plus grosses se transportaient sur des chars ou des bêtes de somme.
QTJIKZIEME SIÈCLE. 15
ARQUEBUSE A CROC (arsenal de schaffuouse).
PL 4, fig. 17.
PLATINE A MÈCHE de cette arme.
PL 4, fig. 18.
La platine à mèche fonctionne comme suit :
Au corps de platine A, qui est vissé sur le côté droit de la monture, est fixé le chien B (serpentin), dont le renfort arrondi, terminé en forme quadrangulaire, sert à relier le chien à une branche mobile intérieure C (noix), qui est pourvue d'une rainure.
L'extrémité antérieure coudée de la gâchette D est engagée dans cette rainure ; la gâchette elle-même, fixée au corps de platine par une vis qui lui sert de pivot, est reliée à la détente, la branche dans laquelle est engagée la détente s'abaisse, entraînant avec elle le chien, entre les lèvres duquel est fixée la mèche qui est mise ainsi en contact avec le bassinet.
Le ressort de gichette E, pressant sur celle-ci, a pour but d'éloigner le chien du bassinet, qui se relève aussitôt qu'on cesse de presser la détente.
1429. Du livre écrit cette année par Conrad Rauder de Schvengau, il ressort qu'on employait déjà à cette époque de la |»oiidre en grclna et qu'on essayait aussi de tirer des perches et des flèches avec des armes à feu.
H y eut à Nuremberg un tir à la cible avec des armes à feu ; il y en eut également un en
1430, à Augsbourg. On lit dans une ordonnance publiée la même année et indiquant la manière de se comporter en cas d'une attaque sur Nuremberg, qu'il y avait entre autres à disposition :
501 armes à feu portatives et 607 arbalètes.
1432. L'empereur Sigisraond a 500 gardes de corps munis d'armes à feu portatives.
1440. Guerre de Zurich. Une attaque par le lac sur Lucerne est repoussée au moyen d'armes à feu de rempart et à main.
1444. Un inventaire de cette année, des engins de guerre de la ville de Vienne, •donne l'état suivant des armes à feu portatives :
5 arquebuses en cuivre. 18 vieilles arquebuses en fer, ces dernières < montées sur bois. > ;. .
. 1446. Outre leurs pièces de campagne légères, leâ.-Bâlois possédaient une mitrailleuse à 9 canons.
1464. Olivier de la Marche, dans ses mémoires, s'exprime comme suit sur un corps-franc de Suisses qui, à la solde du duc de Bourgogne, a pris part à la bataille de Montlhéry :
« Cette troupe n'avait aucune crainte des attaques de la cavalerie ; elle se formait par trois hommes, dont l'un était armé d'une pique, le second d'une arquebuse et le
troisième d'une arbalète, et qui savaient si bien se soutenir mutuellement que l'ennemi ne pouvait rien contre eux. > "
1471. Les Anglaiis préféraient l'arc et la flèche aux armes à feu, sous prétexte que la portée de ces dernières était inférieure et quHl fallait trop de temps pour les charger.
Les bardes anglais prédisaient la perte de l'Angleterre si l'on y remplaçait l'arc par les armes à feu. Le tir à l'arc était plus juste et plus rapide.
1473. Chades le Téméraire organise un corps d'arquebusiers de choix.
1474. D existe (S. Coutau, archives de la Société de l'Arquebuse) un édit du Gouvernement de Genève, du 2 août de cette année, portant qu'il sera délivré aux rois de chacune des armes des Sociétés réunies (Arc, Arbalète et Arquebuse) un prix de 6
florins.
Les exercices de l'arc et de l'arbalète existaient depuis longtemps et se réunirent ensuite à ceux des arquebusiers. La place de tir fut nommée < Coulouvrenière > et la Société prit celui de < Société de Coulouvreniers. >
1476. Parmi le butin fait à la bataille de Grandson le 3 mars, par les Confédérés suisses, se trouvait le matériel de guerre suivant : 400 grosses bouches à feu, pièces de batterie et couleuvrines ; 800 arquebuses à croc, 300 tonneaux de poudre, un grand nombre d'arbalètes, de lances, de haches de combat, de flèches (en partie empoisonnées), plusieurs milliers de massues en plomb garnies de pointes en fer; en outre : l'arquebuse de Charles le Téméraire lui-même (garnie d'ivoire), 10,000 chevaux de trait, 27 grandes bannières, plus de 650 drapeaux avec une quantité de bijoux, d'objets précieux, etc.
Le 22 juin de la même année, à la bataille de Morat, les Confédérés suisses avaient environ 2000 tireurs, la plupart se servant des armes de divers calibres prises à l'ennemi. La plupart de ces armes étaient munies de platines à mèche. Dans cette bataille, le butin, quoique considérable, fut cependant inférieur à celui de Grandson.
1480. L'usage de l'arquebuse devient général en France ; l'arc est aboli.
1496. A cette époque, l'Espagne possède Vs de ses troupes à pied, l'Allemagne '/c et la France Vio» pourvues d'armes à feu.
1498. Pendant un tir à la cible, à Leipzig, on se sert d'arquebuses à cMiions rayés, inventés par Gaspard Zœllner à Vienne à 1480. Ces rayures étaient droites, en sorte que le tir pouvait être continué sans que la charge fût rendue plus difficile ou impossible par un encrassement trop rapide du canon.
1499. A Berne, un décret du Conseil prescrit le port et l'usage de l'arquebuse; mais comme le goût pour cette arme était encore peu répandu (on lui préférait la pique, la hallebarde et l'arbalète), on accorda à chaque arquebusier une augmentation de solde ' de 1 schelling par jour, à condition qu'il eût une arquebuse à lui.
Le fait qu'on préférait les anciennes armes de jet aux armes à feu s'était produit dans plusieurs endroits, et, en réalité, les premières armes à feu ne surpassaient pas de beaucoup celles antérieurement en usage. L'arbalète (armée avec le cric) possédait une force de propulsion considérable. La trajectoire du projectile (flèche ou dard) était assez rasante et sa force de pénétration suflSsante pour traverser à une distance de 150 à 200 pas des armures, cuirasses, etc., aussi bien que la balle d'une arme à feu portative. D n'y a donc rien d'étonnant à ce que les armes à feu n'aient remplacé les autres armes que peu à peu et seulement ensuite de perfectionnements successifs.
Des archers et des arbalétriers anglais prirent encore part au siège de Rey (1627) et même en 1814 des archers à cheval, Baschkire, etc., suivirent en France l'armée tusse d'invasion.
La platine à mèche (fig. 18) avait déjà subi de nombreux perfectionnements, entre autres l'adaptation d'un couvercle au bassinet.