INVENTION DE LA POUDRE A TIRER
trice et sa domination, c'est aussi dans le sens le plus pacifique que la poudre a ouvert les chemins du progrès.
Elle a mis en morceaux et transpercé les masses de nos hautes montagnes, elle a ouvert leurs barrières de pierre, elle a détmt les écueils des fleuves, des ports et des côtes, pour faire place aux routes du commerce universel.
C'est au moyen de la mine qu'on obtient des minéraux, des matériaux de construction et l'eau que nous buvons ; en un mot, partout où il s'agit de vaincre par un effet instantané l'inertie et la cohésion de masses puissantes, jusqu'à des milliards de livres, la poudre reprend ses anciens droits, surpassant toutes les forces d'hommes et de machines, et se laisse diriger par la volonté de l'homme tout en lui permettant de fixer les limites de son action.
Quoique d'autres préparations explosibles commencent à faire une concurrence à la poudre, c'est cependant toujours cette dernière qui, par l'eflFet des immenses et inappréciables services qu'elle a rendus, a provoqué l'invention d'autres moyens et donné la mesure de ce qu'on pouvait attendre de leurs effets.
Cette dénomination ne s'applique qu'à l'engin de guerre capable, par l'effet des gaz de la poudre, de lancer des corps destructeurs (projectiles) avec une force suffisante, dans une dkection et à une distance données.
Ainsi, des mélanges analogues à. la poudre à tirer ont précédé de beaucoup celle-ci, sans justifier le titre de < poudre à tirer; > il était aussi question d'< armes à feu, > qui signifient tantôt corps incendiaires, tantôt fusées et feux d'artifice, mais qui ne répondent pas au sens que nous attachons à cette dénomination.
Après avoir indiqué ce que l'on entend par < poudre à tirer > et < armes à feu, > et en distinguant dans ces dernières les < bouches à feu > non portatives et les < annes à feu portatives > ou à main, nous commençons notre description du < dévdoppeiiient
technique et historique des armes à feu portatives. >
H n'est pas certain que la notice suivante :
1247. < Séville fut défendue avec des bouches à feu ; outre les machines de guerre ordinaires, on a des machines totinantes dont les projectUes transpercent les armures des chevaux, > — ait marqué l'origine du jet de pierres au moyen de la poudre à tirer. C'était peut-être aussi des pierres enduites de matières inflammables pour être lancées avec plus de précision, en sorte qu'il n'est pas impossible que cette notice indique une transition du jet de matières inflammables au jet de projectiles de pierre.
C'est peut-être aussi dans ce sens qu'il faut interpréter l'indication d'après laquelle, en 1241, les Tartares, sous Chan-Batu, dans la bataille de Liegnitz (Wahlstadt), livrée le 15 avril de cette même année, se servirent contre les Polonais et les Silésiens de bouches à feu, grâce auxquelles ils regagnèrent la bataille perdue, en couvrant subitement de feu l'armée chrétienne qui les poursuivait, ce qui la remplit d'une crainte superstitieuse.
n en est probablement de même de la notice de
13H d'après laquelle Ismall attaqua jour et nuit la ville de Bazas avec des machines qui lançaient, avec un bruit de tonnerre, des globes de feu semblables à des éclairs et qui endommagèrent considérablement les tours et les murs de la ville.
8 ABME8 A FEU.
En tout cas, il ressort de ce qui précède que Ton n'employait plus exclusivement la catapulte, etc., pour lancer des projectiles, mais qu'on se servait de tubes assez solides pour permettre l'emploi de la poudre comme force chassante, ce qui est confirmé d'ailleurs, depuis cette époque, par l'emploi réel des bouches à feu etde la poudre.
n est prouvé qu'en
1313 la ville de Gand possédait une bouche à feu (voir page 4). H n'est pas question ici du grand canon de Gand exposé au marché de cette ville, que, par erreur, on prétend avoir été construit en 1279; car, à en juger par sa construction, il appartient au XV*' siècle.
C'est à cette époque (commencement du XIV"' siècle) qu'appartiennent, en revanche, les bouches à feu pareilles à la fig. 2 (qui se trouve au Musée ^de Namur) et qui furent employées en
1327 contre les Écossais,
1331 par le roi de Grenade contre Alicante,
1340 par Lequesnoy contre Mirepoix,
13^2 devant Algésiras (où il est déjà fait mention de boulets rouges),
1345 devant Monségur, et en
1346 à Crécy.
H est clairement démontré, en outre, que ces bouches à feu servaient déjà au jet de boulets de pierre et de fer.
BOUCHE A FEU (a chargkment par la culasse, chambre séparée)