RAPIDE COUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF
De même que la bombardelle céda la place à Tarquebuse, celle-ci au mousquet et ce dernier au fusil, de même que le serpentin ou chien à mèche remplaça Tinflammation à la main de Tamorce, et que ce système fut suivi successivement de la platine à mèche, de la platine à percussion et à pièche, de la platine à percussion et à silex (chenapan), de la platine à batterie ou à silex, enfin de la platine à percussion proprement dite, et en partie de l'appareil de percussion avec ressort en spirale, de même aussi se succédèrent progressivement les perfectionnements des armes à feu portatives au point de vue de la commodité de leur maniement, de leur allégement et des accessoires, qui leur donnaient le caractère d'armes de choc et de taille.
A tous ces progrès est venu s'ajouter en dernier lieu un puissant facteur, < la Ballistique. >
Les comparaisons et les essais de diverses annes à feu portatives conduisirent à des observations plus approfondies de la trajectoire et à la découverte des effets produits sur elle. On en déduisit des lois mathématiques, qui ouvrirent un champ nouveau à l'étude et à l'application des armes à feu portatives, et qui, entre autres, firent découvrir leur vraie valeur, quoi qu'en disent encore les < sabrours,> les partisans de la tactique, certainement plus simple, de la guerre d'estoc et de taille.
Le major hessois Wilh. von Plœnnies en particulier a rendu, nous le répétons, les services les plus éminents à la ballistique des armes à feu portatives. Non-seulement il fut un travailleur infatigable dans ses recherches, et les aptitudes naturelles qu'il réunissait aux connaissances techniques d'une manière singulièroment heureuse, lui ouvrirent toutes les branches d'investigations, mais encore il fut un excellelit écrivain militaire, en sorte que le fruit de ses études et de ses* découvertes est conservé pour les générations suivantes dans les précieux ouvrages qui lui survivent, et marquent dès à présent de la manière la plus honorable sa place dans l'histoire de la science militaire.
Les progrès de la ballistique entraînèrent naturellement une meilleure construction de la mire, basée sur des principes plus certains et plus solides, et une exécutÎMi
plus rationnelle du canon, établie sur des observations sûres et des calculs exacts en ce qui concerne le calibre, les rayures et le pas de rayure, en corrélation soit avec la forme et le poids du projectile, soit avec le poids de la charge de poudre.
n y a une vingtaine d'années, Tarmurier portait encore sur lui, en grand secret, une échelle qu'il utilisait pour déterminer les hauteurs de mire à différentes distances (calculées au-de8su6 de la surface supérieure du canon). D lui importait peu que le guidon /ût plus ou moins haut, le canon plus ou moins fort, la ligne de mire plus ou moins longue, le projectile plus ou moins lourd, la charge de poudre plus ou moins grande. De là ce fait fréquent que deux armes soilant des mains du même ouvrier, de construction tout à fait semblable dans son opinion, n'en étaient pas moins bien différentes au point de vue des lois de la bàllistique, qui lui étaient inconnues, produisaient des résultats fort dispiurates et donafereht naissance à maintes idées superstitieuses parmi les tireurs et les armuriers.
A tous les progrès ôbtôtius quant à l'exécution des armes à feu portatives par la mécanique et la ballistiqUe travaillant de concert à leur perfectionnement, vint enfin se joindre la substitution au chargement par la bouche du chargemetU par la cidasse, qui permit de réunir à uile plus grande précision une notable augmentation dans la rapidité du tir.
Les < armes à feû portatives d' aujourd'hui > ne sont plus les t raquettes à feu, > comme on se plaisait souvent à les surnommer sarcastiquement, il n'y a pas fort longtemps encore. Elles soiit devenues un instniment de défense d'une grande puissance et d'une haute efficacité. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet. —
L'histoire eUseigAe comment de tous temps on a recherché et étudié les moyens de charger les armes à Au portatives par la culasse plutôt que par la bouche, et ces essais furent tentés Itiême dès la première apparition des armes à feu.
Durant cin4 siècles les constants efforts restèrent sans résultats heureux, malgré les constructions de fdhnèture les plus intelligentes et les plus variées.
Le manque absolu d'une obturation convenable, empêchant l'échappement des gaz de la poudre, festteignit en fait l'emploi de ce mode de charger à peu près exclusivement aux fusils de rempart, ceux-ci n'exigeant pas le voisinage immédiat du visage de l'homme charf^ë dé mettre le feu à l'amorce.
Le chargohient par la partie postérieure de l'arme, combiné avec l'inflammation à percussion pat* la capsule, devait rester une invention incomplète, sans parler de la faible augmentation obtenue ainsi dans la rapidité du tir.
Seule l'unité dé cat*touche, réunissant dans une même enveloppe le projectile, la poudre et la matiët*e inflainmable ou l'amorce, était propre, en se combinant avec une bonne fermeture du ôanôn, à rendre une arme à feu portative utile, avantageuse et propre à répondre aux besoins de la guerre.
C'est à Dreyse qu'on doit cette importante découverte. Si elle fut relativement tardive, elle ne démettra pas du moins longtemps stationnaiiie. Flobert transforma la petite capsule dé percilssioh, en la munissant d'une bordure ou bourrelet, dans la périphérie duquel il renferma fca matière combustible. Ce bourrelet avait encore pour but de retenir la cartouche à l'extrémité postérieure du canon, ce qui rendait possible l'écrasement du bourrelet pour produire l'inflammation, et permettait en même temps de
retirer la douille de la cartouche, une fois le coup parti. Flobert garnissait sa douille d'une faible charge de poudre et d'un petit projectile, et réalisait ainsi < VunUé de cartouche à douille métallique > et la < cartouche obturatrice, > puisque la douille métallique elle-même rendait hermétique la fermeture du canon.
Cette cartouche, il est vrai, n'était applicable que pour de faibles charges, telles que les comportait d'ailleurs l'emploi assigné à son invention par Flobert, qui l'utilisa seulement pour des armes de salon et de luxe. Néanmoins l'idée fontlamentale {J'ane solide unité de cartouche une fois éclose, ^n application s'étendit bientôt jusqu'aux grosses cartouches de mitrailleuses, à douilles de cuivre de 105"" de longueur sur 30*" de diamètre au bourrelet, et même à de plus grandes encore (OaUing).
Dans une autre direction ce furent les constructions de cartouches de Lefaucheux, qui donnèrent à cette étude la plus forte impulsion dans la voie du progrès. Lefaucheux avait dans le principe, d'après la figure 135, employé la petite capsule ou amorce pour les cartouches de ses fusils de chasse, en la plaçant au centre du fond de la cartouche, n se servit également plus tard des douilles de métal par lesquelles il remplaça ses douilles en papier à fond métallique, et il procura ainsi une plus grande solidité à ses cartouches, comme le prouvent celles d'un revolver, qu'il construisit dans ce système.
Lancaster poursuivit ce principe avec cette modification, qu'il fabrique la cartouche en vue d'une inflammation produite par un choc horizontal et non plus vertical sur le fond (voir fig. 273). Ce système, perfectionné et appliqué à des douilles métalliques entières, conduisit aux meilleurs types de cartouches obturatrices pour un but militaire.
La transition au mode de chargement par la culasse, appelé aussi chargement par la chambre, ou charge par l'arrière, devint l'objet de l'attention sérieuse de tous les États, car cette méthode avait réuni dès lors toutes les conditions de sécurité nécessaires.
Depuis 1861 déjà la commission anglaise d'examen des armes de guerre avait discuté sur divers modèles de ce genre de charge. En 1864, le Hanovre fit des essais avec un fusil transformé d'après le système Lindner. Le 25 Août 1864, PAngleterre annonça un concours pour la transformation du fusil Entield au chargement par la culasse avec les conditions suivantes : l"" les frais de transformation ne dépasseront pas 25 fr. par fusil; 2* l'arme ne perdra rien de sa précision.
Sur environ 50 modèles de diverses constructions qui furent présentés, il en fut admis huit à un examen préalable. De ces huit trois furent ensuite éliminés. Des cinq modèles restants : Storm, Wilson, Green, Westley Richards et Snider, ce dernier seul était nouveau pour la -commission. C'était le seul aussi qui fftt pourvu d'une munition au système de l'unité de cartouche.
Api*ès les essais de 1865, la commission déclara que le modèle de Snider encourageait beaucoup la continuation des expériences, et elle proposa de faire procéder provisoirement à la transformation de 1000 fusils. En même temps elle fit annoncer un deuxième concours pour la fabrication d'un nouveau modèle de fusil qui devait remplir ces conditions-ci : calibre 11"",43; longueur du canon 990""; poids du canon 2''»,041.à 2''^268; poids maximum de l'arme sans bayonnette 4",820; poids du projectile 31«',1 ; charge — au plus 4^',53 de poudre d'ordonnance anglaise; l'unité de cartouche devait avoir la préférence.
D'autres Etats ouvrirent aussi des concours publics, pat exemple la Suisse, à la date du 29 mai 1865, sous les conditions suivantes : calibre 10"^,4; longueur de l'arme 1",380, comme celle du modèle de 1863; poids maximum de l'arme 5^^; la construction établie de telle manière qu'on puisse utiliser en tous cas le canon et autant que possible la monture et les autres parties du fusil d'infanterie, modèle 1863 ; mire et guidon d'après le modèle de 1863; 4 rayures à base concentrique avec le forage et d'égale largeur avec les pleins ; pas, 1 tour sur 810""""; le canon solidement relié à la monture et ne pouvant nullement se désajuster; unité de cartouche avec garanties pour la durée de la munition; poudre fédérale suisse; tolérance du calibre 0°**",6; formes extérieures de l'arme telles qu'il n'en pût résulter ni inconvénients ni gêne dans son maniement; iitflammâtion complète, régulière Qt sûre; jeu du mécanisme aisé et sans risque de dérangement pendant un tir long et continu; entretien et nettoyage faciles; terme l'*^ octobre 1862; prix 20,000 fr., avec réserve de le payer intégralement ou seulement en partie dans le cas où il ne serait présenté aucun modèle remplissant entièrement toutes les conditions du programme.
Le terme fixé d'abord fut prolongé jusqu'au 1" novembre, et à cette époque un certain nombre de modèles étaient arrivés; d'autres, vu leur provenance lointaine, liaient encore en route.
L'auteur de cet ouvrage prit part à ce concours avec un modèle répondant tota- ^6înei\t aux conditions du concours, sans qu'il eût copié un autre système ou qu'il se fût ^/>proprié les idées d'autrui (voir fig. 228).
L'examen de ces différents modèles fut ajourné en raison d'autres préoccupations
'"^iiscît^s par le conflit austro-prussien. La guerre de 1866 démontra sur une si vaste
chell^ et d'une façon si catégorique les avantages des armes se chargeant par la cu-
^sse, qu'elle engagea les autorités fédérales à reprendre avec énergie et sans retard les
Pi^ti-ves suspendues par les événements récents. Les Chambres fédérales, dès le 20
J^ulet 1866, avaient décrété l'introduction des armes se chargeant par la culasse pour
^^to5â les troupes de l'armée suisse portant le fusil ou la carabine, r^ La commission d'examen continua ses travaux au mois d'août de la même année.
V*^^^ les modèles de Chabot, Nichols Durango, Peabody, Remington, Martini, Bachp ^^ï> , Pfyflfer, Milbank, Keller, Schmidt, Gamma, Vetterli, Snider, Chassepot, Henry, j^ ^'^^ïâ.îiz, Lîndner, Htlgel, Howard, Cochrane, Spencer, Mérian-Joslin, Martini-Peabody, ^^ *^^-Chabot, Amsler-Milbank, il s'en présenta encore d'autres, dont le rapport de la ^ ^^ission ne fait pas mention, soit à cause de leurs imperfections, soit parce qu'ils p J^^viaient de munition. C'est avec raison que la commission attacha une grande imp^^r^-^lce à la munition, et qu'elle en fit des essais sérieux et approfondis, surtout au -«,/^** de vue de la sécurité et de la solidité. La douille américaine en cuivre estampé -^^ *^^^ préférence sur toutes les autres, comme la plus conforme aux conditions exi-
. D*un autre côté, la commission fut amenée à la conviction que la question de la
^^fbrmation des armes existantes se chargeant par la bouche devait être complètent indépendante de celle de l'introduction d'un nouveau modèle de fusil se chargeant v^^ \u culasse, toujours en prenant en considération l'uniformité de la munition. Lors- ^^ Ot\ çiit résolu la question de principe de savoir si Ton ailopterait poui* les nouvelles
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armes le système de la charge simple ou celui de la charge à répétition, et que ce dernier eut obtenu la préférence, la commission posséda ainsi un nouveau point d'appui fondamental, aussi bien pour le choix de la cartouche que pour celui du modèle de transformation.
En 1841 la Prusse et en 1842 la Norwége possédaient déjà deux systèmes d'armes se chargeant par la culasse : le système de fermeture à cylindre de Dreyse, et le système de fermeture à chambre du fusil de rempart français, modèle 1831. Mais à côté de ceux-là il en existait encore un certain nombre d'autres pour fusils de rempart, tels que le système à bloc, à mouvement vertical, et diverses autres dispositions, qui fournirent le point de départ de maintes combinaisons ingénieuses et utiles.
Disons ici que dorénavant dans cette exposition nous ne désignerons plus chaque modification par le nom de < système. > Nous réserverons autant que possible cette dénomination à des types réellement spéciaux. Les productions, qui dériveront de ces types, seront caractérisées par le nom de c construction. > Il va sans dire que le terme employé pour désigner un produit ne saurait en aucune façon préjuger sa valeur relative, car une combinaison dérivée quelconque devient très-souvent le bras de levier nécessaire pour donner toute sa valeur réelle à un système, à une invention proprement dite, soit en en modifiant Papplication, soit en y apportant un changement utile.
D serait trop long de décrire tous les modèles qui ont été portés à la connaissance du public; mais, à côté des constructions qui ont véritablement été exécutées et introduites dans la pratique, il se trouvera encore certains modèles d'essai qui, intéressant la science militaire ou présentant une originalité digne de remarque, seront trèsbien à leur place dans ce recueil. ^
Les systèmes et constructions de chargement par la culasse pour les armes à feu portatives peuvent se subdiviser de la manière suivante :
I. SYSTÈME SANS UNITÉ DE CARTOUCHE, avec maintien de l'amorce à perr^tësion.
a. Fenuetmpe à eliaaibre, se relevant ou s' avançant latéralement pour per-
mettre la charge.
b. WnMetme imv la ««liiMie pour canons mobiles , se déplaçant horizonta-
lement ou à charnière (Lefaucheux).
c. FenMcUMw à dapet mi à btoe, vertical ou à charnière.
d. Fcnnetare à cylÉMcire ••■ à miitoir, se mouvant horizontalement.
II. SYSTÈME POUR UNITÉ DE CARTOUCHE NON OBTURATRICE (percussion à
aiguille). ^
e. FenneitMpe à mjlïwàAwm, Mouvement horizontal.
Dn-HKnvœia: siècle. 91
m. SYSTÈME POUR UNITÉ DE CARTOUCHE OBTURATRICE
(ou impennéable aux gaz).