‹ Les armes et armuresChapitre 7 sur 20 · H.CATENACCI. D · texte numérisé non relu

H.CATENACCI. D

Fig. 5. — Armes celtiques. — Le n° 5 est une hache à. douille plus moderne sans nul doute que les précédentes.

espèce de coin» Dressée sur son tranchant, elle se

profile comme une canette, d'autant qu'elle présente un rebord à son extrémité supérieure et une sorte d'anse; ce qui complète sa ressemblance, c'est qu'elle est creuse. Dans ce trou qui formait douille, on enfonçait un manche qui, quelques pouces plus bas, se recourbait. Une courroie passée dans l'anse, enroulée au bas de la saillie formée par le bord, puis autour du manche, maintenait l'assemblage.

Autres méthodes d'emmanchement : La hache à sa partie postérieure était creusée de deux larges rainures : on appliquait dans ces rainures les branches du manche, et on liait le tout avec des courroies de cuir ou même de bronze; ou bien encore les bords de la hache, toujours à sa partie postérieure, étaient relevés de manière à former une demi-douille de chaque côté (p. 15, n° 4). Les branches du manche s'engageaient dans ces demi-douilles : elles y tenaient solidement, même sans le secojirs de liens. Seulement le recul de la hache, quand on donnait un coup vigoureux, devait faire fendre le manche.

L'épée gauloise (du moins l'arme qu'on offre sous ce nom dans la plupart des musées, et notamment au musée d'artillerie, à Paris), en bronze, est longue, aiguë, tranchante des deux côtés, et rappelle, par sa forme, la feuille de sauge (p. 19, n° 1), comme l'épée grecque ; elle est très-différente par conséquent de l'épée romaine, avec qui elle aura affaire. Pour la poignée, elle offre deux types : dans l'un, la soie est

à peu près aussi large que la lame, elle est percée de trous ; on applique dessus de chaque côté une planchette et on enfonce des rivets qui, traversant lé bois des deux côtés et passant dans les trous, maintiennent le tout. Dans l'autre type, la lame n'a pas de soie : elle finit par un large talon ; celui-ci porte deux ou trois longs clous saillants, dans le même sens que la lame ; en les enfonçant dans un petit cylindre de bois, cela forme tout de suite une poignée, mais naturellement fort peu solide.

Il faut dire que ces épées en bronze sont trèssuspectes à d'excellents archéologues.

Dans leur opinion, elles seraient non pas gauloises, mais romaines ; et, en ce cas, il faudrait les considérer comme des spécimens del'épée grecque, imitée par les Romains dans les derniers temps de l'empire où ils empruntèrent des armes aux peuples les plus divers. La ressemblance dont nous avons parlé s'expliquerait alors tout naturellement. Ce qu'il y a de sûr, c'est que rien ne ressemble moins que ces épées aux longues armes pliantes et à pointe camarde, que les historiens romains nous décrivent pour les avoir vues entre les mains des Gaulois, en Italie.

C'est par Tépée que, chez les Gaulois, le fer commença à se substituer dans les armes au bronze son aîné, et ce fut, il faut le dire, une innovation malheureuse pour les Gaulois. Ils ne surent jamais

fabriquer une bonne épée avec cette matière, et ils furent vaincus, au moins dans les batailles qu'ils livrèrent aux Romains durant la période de leur établissement en Italie, non faute de courage, mais faute d'industrie. Ainsi à Télamoneoù, unis avec les Samnites et avec les Étrusques, ils parurent un moment près d'étouffer la puissance naissante de Rome, ils essuyèrent finalement une terrible défaite qui décida du sort de leurs colonies en Italie ; et cela par les torts de cette épée. On ne peut pas dire que les Romains fussent alors en discipline et en tactique militaire les maîtres qu'ils furent plus tard. Mais déjà ils mettaient dans le choix de leurs armes un soin et un discernement que nos ancêtres ne connurent jamais. On le vit bien ce jour-là : l'épée mal trempée du Gaulois se ployait aux premiers coups, et tandis qu'il la mettait sous le pied pour la redresser, le Romain avait tout le temps de le percer de son glaive rigide et acéré.

Longtemps les Gaulois répugnèrent à toute espèce d'armes défensives; peu à peu cependant les chefs en adoptèrent l'usage à l'imitation des Grecs et des Romains, avec qui les rapports devenaient chaque jour plus fréquents, je ne dis pas plus amicaux. Le casque, adopté par les chefs gaulois, fut le casque romain, mais ils y ajoutèrent des appendices qui en changeaient singulièrement l'aspect, tels que des cornes de chèvre, de taureau, des ailes

d'oiseaux, etc. La cuirasse fut, comme chez les Grecs et les Romains, tantôt composée de deux plaques de métal, bronze ou fer, tantôt formée d'un tissu de mailles : seulement la cuirasse fut toujours une rareté parmi les Gaulois. — Le bouclier devint d'un usage beaucoup plus commun. On le formait d'une claie d'osier recouverte de cuir ou de planches assemblées, et pour l'orner on y clouait au centre une tête d'animal, ou un fleuron ou un masque en bronze repoussé. Ceux qu'on voit figurés sur l'arc de triomphe d'Orange, de forme hexago-

Fig. 6. — Armes gauloises. — Le n* 2 est une épée gallo-romaine des temps de l'empire.

nale, présentent, outre cette décoration centrale, des rinceaux disposés la plupart du temps sur une sorte d'arbre longitudinal. Ces rinceaux probablement étaient tantôt peints, tantôt obtenus par des applications de bois ou de métal.

Mais à ce propos il y a une observation que tout le monde peut faire et qui diminue singulièrement l'autorité des monuments anciens, c'est que les Romains, qui représentaient tous les peuples barbares habillés à peu près de même, leur prêtaient aussi des armes à peu près semblables, et, par exemple, les armes gauloises qu'on voit sur cet arc d'Orange ont d'étonnants rapports avec les armes des Daces, figurées sur la colonne Trajane.

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