‹ Les armes et armuresChapitre 8 sur 20 · ARMES GRECQUES DES TEMPS DITS HÉROIQUE · texte numérisé non relu

ARMES GRECQUES DES TEMPS DITS HÉROIQUE

Ici les monuments figurés nous manquent, mais nous avons Homère, le plus précis et le plus net des poêles. Donnons-lui la parole tout de suite, avec le profond respect qui lui est dû.

« Il dit et brandissant sa longue javeline, elle vole. L'illustre Hector qui l'a épiée, l'évite en se penchant à terre. La pointe va se ficher dans le sable. Minerve qui, invisible, préside au combat, arrache l'arme du soi et la rend à Achille. Hector, à son tour, brandit sa longue javeline, elle vole sans s'égarer et frappe le milieu du divin bouclier (divin parce qu'un dieu, Vulcain, l'a fabriqué) qui la

repousse. Hector lire alors la grande et tranchante épée suspendue à ses flancs, se ramasse sous ses armes et fond sur Achille. Celui-ci l'attend, en brandissant sa javeline. Il cherche par où pénétrer, malgré les nobles armçs d'airain qui couvrent tout entier le beau corps de son rival. Il voit enfin la gorge à découvert, il y pousse son javelot, sa pointe plonge toute entière dans le cou délicat. »

Presque tous les détails de l'équipement grec sont dans ce passage. Il faut les en tirer et les développer par d'autres passages. Les armes offensives, on le voit, sont l'épée et le javelot ou la javeline. Celle-ci joue le principal rôle, et ce n'est que quand il Ta perdue, que le héros saisit son épéc. La javeline est longue. Homère lui donne rarement une autre épithète ; elle devait être aussi lourde, car on rie la lançait qu'à très-courte distance. Dans le duel qu'Hector a eu précédemment avec Ajax, les deux héros se sont lancé leurs javelines, mais elles se sont arrêtées dans Pépaisseurdesboucliers.«Tous deux les ramènent alors et fondent l'un sur l'au : tre. » Il semble qu'ils n'aient eu qu'à se baisser pour les reprendre.

La javeline servait aussi d'arme de hast, c'était une véritable lance; son fer était long et large, non barbelé, son manche en bois de frêne. « Cependant Achille soulève le frêne du Pélion. » (Chant XXI.)

Homère donne à l'épée les épithètes de grande, de tranchante et de longue. Voici un passage qui montre qu'elle servait également à porter des coups de taille et des coups de pointe.

«Lycon et Pénélée (chant XVI) s'attaquent mutuellement. Leurs javelots s'égarent..., alors ils tirent l'épée. Lycon laisse tomber la sienne sur le cône du casque à flottante crinière, mais elle se brise à la poignée, tandis que Pénélée lui perce le cou audessous de l'oreille et plonge dans la blessure son glaive tout entier. »

Comment le guerrier la portait-il? Une autre citation va répondre.

« Hector (il venait de se battre avec Ajax dans un duel indécis et que les hérauts des deux armées firent cesser) dit à Ajax : « Échangeons de noce blés présents..» et il offre au fils de Télamon un « glaive orné de clous d'argent avec son riche fource reau et un élégant baudrier. »

L'épée donc pendait à un baudrier passé sur 1 epaule. Mais de quel côté pendait-elle? Rien ne l'indique, si ce n'est la longueur de l'arme. On sait, en effet, qu'il est impossible de porter sur le flanc droit un glaive tant soit peu long.

Passons aux armes défensives* Dans le passage qui sert de thème à nos commentaires, le bouclier eslnommé clairement ; la cuirasse n'est qu'indiquée par ces mots « les nobles armes d'airain qui cou-

vrent son beau corps. » Voyons d'abord les dimensions et la structure du bouclier.

« Vulcain (à la prière de ïhétis) fabrique d'abord (pour Achille) un bouclier vaste et solide, Tome partout avec un art divin et le borde d'un triple cercle d'une blancheur éblouissante, d'où sort le baudrier d'argent. » Ce baudrier, c'est proprement la guige qui sert à suspendre le bouclier au corps et à le porter sur le dos. Cinq lames forment le bouclier, et Vulcain prodigue sur la surface les merveilles de son admirable industrie. Il représente la terre, le ciel, la mer, le soleil infatigable et la pleine lune. Il représente tous les signes dont le ciel est couronné, les Pléiades, les Hyades, le fort 0rion,rOurse que le vulgaire appelle le chariot, qui tourne aux mêmes lieux, en regardant Orion et seule n'a point p3rt aux bains de l'Océan*

« Vulcain représente encore deux belles villes* demeures des hommes; dans Tune on célèbre un mariage et de solennels festins. A la lueur des flambeaux, on conduit l*épousée par la ville* hors de la chambre nuptiale* et l'on invoque à grands cris l'hyménée; déjeunes danseurs forment de gracieuses rondes ; au centre, la flûte et la lyre frappent l'air de leurs sons; et les femmes, attirées sous leurs portiques, admirent ce spectacle. Plus loin, à l'Agora, une grande foule est rassemblée; de violents débals s'élèvent : il s'agit du rachat d'un meurtre;

l'un des plaideurs affirme l'avoir entièrement payé et le déclare aux citoyens, l'autre nie l'avoir reçu. Tous deux désirent que les juges en décident. Le peuple, prenant parti pour l'un ou pour l'autre, applaudit cependant celui qu'il favorise. Les hérauts réclament le silence, et les anciens assis dans l'enceinte sacrée, sur des pierres polies, empruntent les sceptres des hérauts à la voix retentissante. Ils s'appuient sur ces sceptres, lorsqu'ils se lèvent et prononcent tour à tour leur sentence. Devant eux sont deux talents d'or, destinés à celui qui a le mieux prouvé la justice de sa cause.

« Autour de l'autre ville sont rangées deux armées dont les armes élincellent, les assiégeants agitent un double projet qui leur plaît également, ou de tout détruire, ou d'obtenir la moitié des richesses que renferme la noble cité. Mais les assiégés refusent de se rendre ; ils s'arment pour une embuscade ; ils laissent à la garde des remparts leurs épouses chéries, leurs tendres enfants et les hommes que la vieillesse accable, puis ils franchissent les portes. A leur tête marchent Pallas et Mars, tous les deux revêtus de tuniques d'or. A leur grande taille, à l'éclat de leurs armures, on reconnaît des dieux : le peuple est un peu moindre. Arrivés au lieu de l'embuscade, au gué du fleuve limpide où se baignent les troupeaux, ils s'arrêtent sans se dépouiller de l'airain brillant et placent en avant deux

sentinelles, pour leur signaler l'approche des brebis el des noirs taureaux. Bientôt le bétail s'avance, deux pâtres le conduisent, et du son delà flûte charment leur labeur, ne soupçonnant point d'embûches. Les citoyens les voient les premiers, s'élancent, saisissent les bœufs, les blanches brebis, et massacrent les bergers. Cependant le tumulte, le mugissement desbœufs parviennent jusqu'à l'assemblée des assiégeants. Soudain ceux-ci montent sur leurs coursiers rapides et atteignent en un moment les bords du fleuve où le combat s'engage. Les javelines d'airain se croisent et portent de terribles coups. On distingue dans la mêlée la Discorde, le Désordre, et la Destinée destructive qui frappe l'un d'une cruelle blessure, épargne celui-ci, et tire par les pieds, sur le champ de bataille, cet autre que la mort vient de terrasser ; un vaste manteau enveloppe ses épaules et ruisselle de sang humain. L'art de Vulcain anime ces figures ; on les voit combattre; on les voit, des deux parts, emporter les morts.

« Vient ensuite une vaste et molle jachère, terrain fertile, qui se façonne trois fois; plusieurs hommes le labourent, ils retournent le joug el se dirigent tantôt dans un sens, tantôt dans un autre; à leur retour, vers la limite du champ, un serviteur leur verse une coupe d'un vin délicieux; puis ils recommencent de nouveaux sillons, impatients de revenir encore au terme du -profond guéret. Prodige de l'art! Le

champ d'or prend sous leurs pas une teinte noire, comme celle de la terre fraîchement remuée.

« Plus loin, le dieu représente un enclos couvert d'une abondante récolte. Les moissonneurs y travaillent la faux à la main, et, le long des sillons? font tomber en gerbes les nombreux épis ; d'autres avec des liens attachent les javelles. Il y a trois botteleurs que suivent des enfants qui ramassent les gerbes, les portent dans leurs bras et sans relâche les mettent en monceaux. Au milieu de ses serviteurs, le roi de ce champ, debout sur les sillons, appuyé sur son sceptre, les regarde en silence, et se réjouit en son cœur. A l'écart, les hérauts préparent sous un chêne un abondant repas ; ils ont sacrifié un énorme taureau qu'ils apprêtent; les femmes les secondent en saupoudrant les chairs de blanche farine.

« Vulcain représente encore une belle vigne dont les rameaux d'or plient sous le faix des grappes de raisins pourprés ; des pieux d'argent bien alignés la soutiennent, un fossé d'émail et une haie d'étain l'entourent : un seul sentier la traverse, pour les porteurs aux temps de la vendange. Des vierges et des jeunes gens, aux fraîches pensées, recueillent, dans des corbeilles tressées^ le fruit délectable. Au milieu d'eux un enfant tire de son luth les sons les plus suaves, et accompagne sa voix gracieuse du léger frémissement des cordes. Les vendangeurs

frappent la terre en cadence et, battant du pied la mesure, répètent ses mélodies.

« Plus loin il trace un troupeau de bœufs à la tête superbe, où se mêlent l'or et l'airain ; ils se ruent en mugissant hors de retable et vont au pâturage sur les rives du fleuve retentissant, bordé de frêles roseaux. Quatre pâtres d'or conduisent les bœufs et neufs chiens agiles les escortent. Soudain deux lions horribles enlèvent, à la tête du troupeau, un taureau mugissant ; les chiens, les jeunes gens s'élancent, mais les lions, déchirant leur victime, hument son sang et ses viscères. Vainement les pâtres les poursuivent en excitant leurs chiens. Ceux-ci n'osent aborder les terribles bêles, et se contentent de les serrer de près en aboyant, mais en les évitant toujours.

« Le dieu représente encore, dans un riant vallon, un vaste pré où paissent de grandes et blanches brebis ; près de là sont les étables, les parcs et les chaumières des bergers.

« Il trace ensuite un chœur semblable à ceux que jadis, dans la vaste Gnosse, Dédale forma pour Ariane à la belle chevelure. Des jeunes gens et des vierges attrayantes, se tenant parla main, frappent du pied la terre. De longs vêtements d'un lin fin et léger, des couronnes de fleurs, parent les jeunes filles. Les danseurs ont revêtu des tuniques d'un tissu riche et brillant comme de l'huile, leurs épées d'or sont

suspendues à des baudriers d'argent. Tantôt le chœur entier, non moins léger qu'expert, tourne aussi rapide que la roue du potier, lorsqu'il éprouve si elle peut seconder l'adresse de ses mains ; tantôt ils se séparent et forment de gracieuses lignes qui s'avancent tour à tour. La foule les admire et se délecte à ces jeux. Un poète divin, en s'accompagnant de la lyre, les anime par ses chants. Deux agiles danseurs, dès qu'il commence, répondent à sa voix et pirouettent au milieu du chœur.

« Enfin Vulcain, avec non moins d'habileté, trace aux extrémités de ce bouclier merveilleux, la grande force du fleuve Océan. »

Par quel art sont formées ces figures, et quels procédés Homère a-t-il en vue? Était-ce du repoussé ou de la gravure? Les termes dont il se sert et l'état de la civilisation contemporaine donnent à penser qu'il s'agit ici de représentations obtenues par la gravure. Quoi qu'il en soit, l'art du dessin et de la composition était déjà né, comme on voit. On savait aussi argenter, dorer et émailler. Voilà pour le bouclier d'Achille. Celui d'Ajax est fait de sept peaux de taureaux et d'une lame d'airain superposée. Celui d'Agàmemnon, qui le couvre en entier, est formé de dix cercles d'airain et de vingt bosses d'étain blanc, soutenues et unies sans doute par une armature.

Homère qui veut donner une grande idée de la force de' ses héros , exagère assurément le poids

et les dimensions du bouclier. Il le complique à plaisir. Cependant il ressort de ses descriptions deux fails certains, dont Tun est la conséquence de l'autre : c'est que le bouclier du moins en grande partie est en métal, ce qui ne se présentera guère chez les autres peuples où il sera généralement en bois, ensuite qu'il est réellement très-pesant. Ce qui le prouve, c'est qu il y a un moment où Ajax lui-même, le plus vigoureux parmi ces vigoureux, est accablé du poids de son bouclier, et ne le manœuvre qu'avec peine. Quant à ses dimensions véritables, voici qui est d'autant plus précis, que c'est dit indirectement : Hector (chant VI) quitte pour un instant le champ de bataille et se dirige vers Troie.

« Il s'éloigne en rejetant sur ses épaules son vaste bouclier noir dont la surface arrondie frappe à la fois ses talons et sa tête. »

Ainsi le bouclier couvre bien tout le corps. S'il était long et étroit, il pourrait être encore assez léger, même avec de pareilles dimensions, mais non, il était rond ou d'un ovale arrondi. Qu'on juge ce que devait peser sur le bras un bouclier ovale de cette hauteur ! Aussi les Grecs, plus tard, le diminuènent-ils considérablement, à en juger par les monuments postérieurs, et encore, dans cet état, était-il très-pesant.

Il est plus difficile de se faire une idée nette de

la cuirasse, de sa forme et de sa structure. Voici

la description de celle d'Agamemnon. « Elle a dix cannelures d'émail foncé, douze d'or et vingt d'étain. Trois dragons d'émail rayonnent jusqu'au col, semblables aux iris que Jupiter fixa dans la nuée. » Les cannelures sont probablement des baguettes courbes assemblées sur la peau ; les dragons, dont il est question, forment les épaulières et le pectoral.

Pour compléter l'armement, il faut dire quelque chose de l'arc, de la fronde, des javelots, du casque et des cnémides. Les archers et les frondeurs sont la plèbe de l'armée, les guerriers inférieurs, ceux sur la bravoure desquels on compte le moins. Les guerriers qui ont un nom, ne portent ni l'arc ni la fronde, mais la javeline et l'épée.

Paris, il est vrai, est un archer ; mais on sait le caractère qu'Homère lui donne, et que ce n'est pas le plus brave desTroyens. Teucer encore a un arc, quoique ce soit un héros, mais il est jeune ; la force sinon le courage lui manque pour porter les armes héroïques. Mérion lance une flèche qui atteint Ménélas, mais c'est accidentellement, car partout ailleurs on le voit combattre avec la javeline. Autant en dirai-je de 'quelques autres héros, comme Pandaros. Ils se servent de l'arc à l'occasion et pour signaler leur adresse extraordinaire dans le maniement de cette arme : mais il n'en est pas moins vrai que l'archer joue un rôle subalterne; ne pouvant

porter de bouclier lui-même, il est obligé de s'abriter derrière ses compagnons ou de prier un héros de le couvrir. On comprend que dans les idées du temps cela devait le rabaisser.

Voici un passage qui prouve qu'on se servait de la flèche pour abattre de loin un guerrier tro'p terrible qu'on n'osait affronter de près, ce qui achevait sans doute d'ôter à l'arc tout caractère héroïque.

« A ce moment Énée qui voit détruire les lignes des Troyenspar Diomède cherche le divin Pandaros: Pandaros, où sont ton arc et tes flèches? Crois-moi, élève vers Jupiter tes mains suppliantes. Fais voler un trait sur ce héros que je ne puis reconnaître, vois comme il triomphe. » A présent voici la description de l'arc, que Pandaros retire d'un étui : « Pandaros, jadis, surprit au haut d'un rocher une chèvre sauvage qu'il épiait, il lui perce la poitrine et maître de ses cornes longues de seize palmes, il les livre à un artisan habile, qui les polit, les rassemble et les orne d'une pointe d'or. C'est le même arc que maintenant le héros ajuste avec soin. Il le tend et l'appuie à terre, tandis que devant lui ses braves compagnons dressent leurs boucliers. Cependant il découvre le carquois, en retire une flèche intacte, empennée, mère des sombres douleurs, puis il ajuste sur le nerf le trait amer... Il saisit et lire à la fois l'extrémité échancrée de la flèche et. le nerf, jusqu a ce qu'Hait ramené sa main sur sa poitrine

et le fer sur l'arc ; lorsqu'il a donné à son arme la forme d'un cercle, soudain l'arc frémit, le nerf résonne, le trait vole impétueux, poussant la pointe aiguë, avide de se plonger dans la foule. »

C'est ici qu'on peut voir combien Homère est plein, pressé et fait entrer dans peu de mots une foule de détails nets et précis. Tirons de ce passage tout ce qu'il contient. D'abord l'arc est en corne, comme le sera plus tard, chose remarquable, l'arc turquois, avec lequel les croisés feront connaissance en Syrie. II est d'assez petite dimension, tendu par le moyen d'un nerf. On le porte en campagne dans un étui, d'où on le retire pour la bataille. Les flèches sont empennées, échancrées à la base, pour mieux s'ajuster sur le nerf. Quant au fer, notre passage ne le dit pas, mais quelques lignes plus loin, on le voit, il était inséré dans le bout fendu de la flèche ; on le maintenait au moyen d'une ligature faite avec un nerf. Le carquois ne ressemblait pas au carquois classique, à celui que porte Diane, par exemple, et d'où sort l'extrémité des flèches ; c'était, sans doute, une boîte oblongue, couverte d'une peau qu'on ramenait sur son. ouverture, comme l'indiquent ces mots : « Il découvre le carquois. » Ce qui est remarquable c'est qu'on tirait l'arc en l'appuyant par un bout sur le sol, et en maintenant l'autre bout, avec la main gauche, quand on voulait donner au tir plus de précision et de sûreté. Mais vu la petitesse

de Tare, il fallait nécessairement que le tireur s'accroupît ou mît un genou en terre.

Il y a peu de choses à dire de la fronde. Elle était en étoffe de laine. Les frondeurs appartenaient à la dernière classe de l'armée ; ils se tenaient derrière les héros ; c'est de là qu'ils lançaient leurs pierres, probablement en hauteur, car en les projetant horizontalement, ils auraient atteint leurs compagnons d'armes.

Les héros étaient très-exercés à lancer des pierres avec la main, et ils faisaient grand usage de cette adresse, comme on peut le constater dans Homère. Ils choisissent les pierres les plus grosses qu'ils peuvent porter, et les envoient comme nos joueurs de quilles lancent leurs boules, contre les boucliers de l'ennemi. Le bouclier, que la javeline n'aurait pas traversé peut-être, est souvent enfoncé par cette pierre ; il se disjoint, ou s'il résiste, du moins va-t-il renverser et froisser le guerrier qui le porte. On sait que les jeux grecs étaient proprement des exercices en vue de la profession militaire. C'était par le jeu du disque qu'ils s'habituaient à jeter au loin avec justesse ces grosses pierres dont nous venons de parler.

Quant aux javelots, qu'il faut bien distinguer de la javeline, ils étaient plus courts et plus légers qu'elle. On en tenait plusieurs à la main, dont on ne se servait que pour le jet. Quelques guerriers

savaient les lancer avec la main gauche, aussi bien qu'avec la droite.

Homère donne au casque l'épithète de long, cela peut indiquer, soit une crinière flottant sur le dos, soit un couvre-nuque allongé. Je pencherai plutôt vers cette dernière supposition. Le casque était surmonté d'un long cimier où s'implantait une sorte d'éventail en crin, comme on peut le voir d'ailleurs dans des monuments postérieurs. En outre, il y avait sur les côtés un ou plusieurs petits cônes portant des plumels. Agamemnon avait à son casque quatre de ces porte-plumets.

Les cnémides complètent la défense du corps. Ce sont des jambières en étain, qui couvrant le genou, descendent sur le cou-de-pied, et s'attachent par derrière, avec des agrafes. Homère dit : « les flexibles cnémides » et il fallait qu'elles Je fussent en effet pour ne pas gêner les mouvements des guerriers qui, la plupart du temps, combattaient à pied. J'ai dit qu'elles étaient d'étain; cela m'amène à parler du mêlai qui constituait presque exclusivement les autres armés. Ce n'était pas le fer, qu'on connaissait néanmoins, qu'on savait tremper, qu'on commençait même à travailler; mais pas assez bien, sans doute, pour lui donner la solidité ou les formes convenables; Homère lui applique plusieurs fois l'épithète de difficile à travailler. En conséquence, cuirasses, boucliers, javelots, casques, toutes les armes, saut

peut-êlrc quelques pointes de flèches, élaient en airain, autrement dit en bronze, amalgame de cuivre et d'élain. Les anciens y faisaient entrer, parfois, quelques parties d'argent et d'or.

11 est impossible de se rendre compte des rapports qu'avaient entre elles les armes défensives et les armes offensives, de la pénétration de celles-ci, de la résistance de celles-là. Tantôt les flèches, les épées, les javelines s'émoussent ou se brisent sur le bouclier, la cuirasse ou le casque ; tantôt, au contraire, elles les percent, soit séparément, soit même ensemble. Ainsi, par exemple, un trait lancé par Ménélas traverse le bouclier et la cuirasse de Paris. Il faut croire, cependant, qu'en général, le guerrier était en sûreté derrière son bouclier, sans cela on n'aurait pas pris la peine de le faire si long ni de le porter partout.

* Et puis on voit que quand deux guerriers s'abordent, ils se parlent, ils se défient, ils s'insultent; cela- arrive à chaque instant dans Homère et tout cela n'est pas pour le discours. Le héros, des deux côtés, calcule de même ; en parlant il va se découvrir un peu, tenter l'adversaire; celui-ci croira voir jour à placer sU javeline, il tirera ; alors, se couvrant d'un prompt mouvement du bouclier, qui arrêtera la flèche, le héros n'aura plus devant lui qu'un adversaire désarmé. Ou bien encore prenant l'offensive, il va occuper, troubler l'adversaire par

des menaces, et tandis que celui-ci répondra, luimême lancera son trait à l'improviste vers l'endroit découvert. Telle est la tactique de chacun vis-à-vis de l'autre, tactique qui prouve, comme je l'ai dit, qu'on comptait sur le bouclier comme sur une défense tout à fait suffisante. Ce qu'il y a de curieux, c'est que quand deux guerriers de renom se rencontrent, ils se piquent de laisser là cette tactique vulgaire, de se battre avec plus d'héroïsme j sans ruser, sans s'épier.

Hector (chant VU) dit à Ajax : « Laissons-là les paroles. Je ne veux point épier un héros tel que loi, ni te porter un coup perfide. Attends mon javelot, puisse-t-il t'alteindre. »

Quand les guerriers se provoquaient, comme je \iens de le dire; par une pantomime dont l'intention est aisée à comprendre, ils agitaient constamment leur javelot de la main droile, et de l'autre, élevaient, baissaient leur bouclier. Cela devait épuiser en peu de temps la force du bras gauche. Aussi je me permets de soupçonner que ceux qui faisaient, en ces occasions, les plus longs discours, étaient ceux qui se savaient les plus robustes et qui comptaient profiter de la fatigue de l'adversaire.

Quelques mots sur ce que pouvait être l'art de décorer les armes. Nous avons vu par celles d'Achille, que probablement on savait les graver; par celles d'Agamemnon qu'on les décorait plus sim-

plement, en entremêlant des verges de différents métaux dans leur composition. En plusieurs endroits, Homère parle d'une combinaison métallique, qu'il appelle cyane, et qui servait 5 orner les cuirasses ou les bo.scs des boucliers; on ignore en quoi elle consistait. C'était, autant qu'on peut en juger, une espèce d'émail d'un noir bleuâtre. Il faut savoir d'ailleurs que le bronze antique qui composait loules ces armes était d'un ton jaune, rappelant celui de l'or.

Passons aux armes grecques des temps historiques, ou, pour continuer la série des âges, aux armes grecques de l'âge de fer. Ce n'est pas qu'en entrant dans cette période on ne trouve plus d'armes de bronze, tant s'en faut ; mais enfin le fer régne ou aspire à régner.

Il faut distinguer ici les trois espèces de soldats dont se composait une armée grecque :

I • L'hoplite ou soldat pesamment armé, qui ne combattait jamais qu'à sa place dans la phalange.

II n'est personne qui n'ait entendu parler de ce groupe militaire; il est cependant bon d'en dire quelques mots. Il a beaucoup varié quant au nombre des soldats qui le composaient* Dans son premier état, la phalange ne comptait guère plus de* 200 membres. Au temps des guerres persiques, elle se

montait à 5,000 hommes ; et, en dernier lieu, lors des guerres des Grecs avec îes Homains, à 16,000. Ce qui ne varia pas depuis le commencement jusqu'à la fin, ce fut la tactique, la manière de combattre. Les hoplites étaient rangés sur seize rangs en profondeur ; les soldats de môme rang se tenaient serrés les uns contre les autres; les casques touchant les casques, les boucliers «recouvrant à moitié les boucliers (comme le dit Homère, car déjà de son temps on avait quelque idée de la phalange, du bataillon profond et épais) et tendant leurs longues surisses, ils essayaient de rompre les efforts de l'ennemi par la compacité et la cohésion. Nous verrons plus tard, à propos de la légion romaine, les avantages et les inconvénients de cette manière de combattre, clairement exposés par un maître en fait de tactique ancienne, par l'historien Polybe.

L'hoplite avait pour armes défensives : Tépée et la pique ou la sarisse, dont nous parlions tout à l'heure; ce dernier terme s'applique plus particulièrement à la pique en usage dans les armées macédoniennes; mais sous l'un ou l'autre nom c'était la môme arme avec peut-être quelque différence dans la longueur. Au temps de Polybe, la sarisse ou la pique avait 14 ou 16 coudées de long (8 ou 9 mètres). Les piques du premier rang sortaient de 6 mètres sur le front de la phalange, celles du second de 5, celles du troisième de 4, celles du quatrième

de 5, celles du cinquième de 2 et celles du sixième de 1 ; ainsi tout chef de file présentait à l'ennemi six pointes de sarisses en retraite d'un mètre Tune sur Pautre.

Fig. T. — Armes grecques. — i, Poignard. — 2, Fer de javelot. — 5, Ceinture militaire en fer. — 4 et 6, Fers de lances.— 5, Fers de flèches. — 7, 8, 9, Epées et fourreau.

L'épée, longue, si on la compare à celle des Romains, mais plutôt courte que longue, relativement aux armes du moyen âge et des temps modernes, était aiguë, tranchante des deux côtés, rétrècie vers la poignée, légèrement renflée à l'endroit où commençait la pointe : elle présentait dans sa forme générale une certaine ressemblance avec la feuille de

la sauge. Elle s'emmanchait à la poignée par une large soie et des rivets. Le fourneau était un carré très-allongé, muni ordinairement à l'extrémité d'une bouterolle.

L'équipement défensif de l'hoplite se composait : d'une casaque en peau (pas de cuirasse), d'un bouclier, d'un casque et de cnémides. Le bouclier était rond; quelquefois, mais rarement, o\ale. On ne connaît pas ses dimensions précises. Les monuments nous en offrent qui sont assez différents de grandeur. On n'en voit pas qui couvre tout l'homme de la nuque au talon, comme celui d'Hector, dans Homère. Il est probable que celui-là, reconnu trop lourd, ne resta pas longtemps à la mode ; mais on en trouve qui vont de l'épaule au genou. Un autre type plus commun présente des dimensions moindres ; il a à peu près la longueur du buste. Il est 5 croire que le plus grand est le véritable bouclier de guerre, ou au moins le bouclier des hoplites, sinon de tous les soldats. Le trait commun à ces deux types, c'est qu'ils sont tous les deux très-creux, et que le cercle dont ils sont bordés est en retraite sur la face convexe; cela donne à ces armes quelque ressemblance avec une bassine qui serait muni d'un rebord large et plat (voy. pag. 73).

Quant aux casques, les monuments nous en offrent trois types bien distincts. L'un, qui semble

i2 LES ARMES ET LES ARMURES.

remonter à la plus haute antiquité, se compose d'une calotte,* d'un garde-nuque allongé et d'une visière relevée, de forme à peu près triangulaire, en manière de fronton, et qui ne sert par conséquent qu'à la décoration du casque (p. 45, n os 2 et 4). Le cimier avec le panache présente une assez grande variété de formes; mais le plus souvent le cimier allongé va du garde-nuque à la visière et porte une aigrette largement épanouie en éventail. Cela donne au casque le bel aspect militaire que tout le monde a vu, soit dans les monuments originaux, soit dans . les tableaux où les peintres se sont astreints à copier l'armement antique (voir p. 75). *

Le second type consiste en une calotte profonde avec une longue visière rabattue et un long gardenuque. Il n'est pas nécessaire d'insister sur sa forme, car c'est le casque de Minerve qui est si connu. Le casque porte généralement, sur sa visière, un nez et des yeux indiqués avec plus ou moins de netteté. Ordinairement, il n'avait pas de cimier, cependant on en voit qui sont surmontés de la figure d'un animal, lelle que lion, chouette, cheval, etc. Nous les retrouverons en parlant des armes ornementées.

Le troisième est ce qu'on appelle le casque béotien. Les hommes de guerre le préféraient à tous les autres; on comprendra pourquoi en voyant la figure qui le représente. C'est une calolte profonde avec

un garde-nuque allongé et de larges jugulaires fixes qui couvrent entièrement les côlés du visage et font corps avec le garde- nuque (n° 5).

Fig. 8. — Le n - 1 est un casque lydien.

. Quand on considère ce casque de face, on voit que le vide, entre les jugulaires, est ménagé de façon à rappeler, avec un petit nasal qui descend au milieu, la figure humaine, dans ses traits essentiels : les yeux et le nez. Celait proprement le casque militaire, et il est probable que, de bonne heure, les guerriers grecs, au moins les guerriers d'élite, comme les hoplites, n'ont porté que celui-là.

4i LES ARMES ET LES ARMURES.

Les cnémides, qui étaient en étain du temps d'Homère, sont coulées en bronze au temps où nous sommes arrives; elles collaient à la jambe et se maintenaient sans agrafe, grâce à leur forme et à l'élasticité du métal. Du reste, elles étaient failes pour chaque guerrier en particulier.

Fig. 9. — Cnémides.

2° Le peltaste, soldat armé à la légère, avait pour armes offensives l'épée et le javelot qui, dans sa main, remplaçait la pique ; il s'en servait cependant le plus communément comme arme de jet.

Le javelot était muni pour cet usage de YamenUm : c'était une courroie placée vers le centre de l'arme; on y engageait les deux premiers doigts de la main, et on ajoutait à l'impulsion du bras celle de ces deux doigts, ce qui donnait à l'arme plus de portée et surtout plus de justesse.

Le bouclier du peltaste était plus petit et plus léger que celui de l'hoplite; c'est sans doute celui dont nous avons parlé tout à l'heure, comme élant 5 peu près de la longueur du buste.

Son casque cl ses cnémides ne différaient pas, ce semble, de ceux de l'hoplite.

Fig. 10. — Bouclier grec.

3° Le cavalier était armé de Tépée et d'une longue pique. Il portait? la cuirasSe. Cette cuirasse, qui est plus connue sous la dénomination romaine de thorax que sous son nom grec, était modelée de ma-

Fig. 11. — Thorax grec.

nière à figurer les muscles du buste. Mais le thorax grec, différant en cela de celui des Romains, s'arrô-

tail à la ceinture, au moins généralement; il se continuait par des lambrequins de cuir taillés carrément, qui tombaient sur le ventre jusqu'à micuisse par rangs doubles, et quelquefois triples. Le thorax était fait de deux pièces, réunies par des charnières sur un des côtés, et qu'on fermait sur l'aulre avec des agrafes. Il était soutenu sur chaque épaule par de larges courroies en cuir, ce qu'on appelle des épaulières.

Une arme qui semble avoir été commune à toutes les espèces de soldat, c'est une petite épée, ou plutôt une dague appelée parazonium, laquelle se réduit même parfois aux proportions d'un poignard. Le parazonium a d'ailleurs, comme l'épée ordinaire, la forme de feuille de sauge ; nous le retrouverons plus tard chez les Romains, qui l'empruntèrent à la Grèce (voir p. 64). 11 se portait à la ceinture sur le côté droit, tandis que l'épée était suspendue sur le côté gauche par un baudrier court qui la maintenait dans une position oblique, le bout de la poignée à la hauteur du sein.

Et à présent qui ne se souvient de Xerxès et de sa querelle avec les Grecs, des fameuses batailles de Marathon, deSalamine, de Platée, surtout des Thermopyles? Comme nous tenons le récit de cetle guerre des Grecs eux-mêmes, il n'est pas bien sûr que leurs victoires aient été aussi compléies ni aussi difficiles qu'ils le disent; il se pourrait bien

que, pour leur donner plus d'éclat, ils eussent quelque peu grossi le chiffre des soldats persans ; mais cela ne nous regarde pas pour le moment. Nous venons de voir de quelles armes les Grecs se servaient; il est curieux de mettre en regard celles dont usaient leurs ennemis : d'autant que Xerxès ayant entraîné de gré ou de force dans cette expédition et enrôlé dans son immense armée (1,700,000 hommes, s'il faut en croire Hérodote) les peuples les plus divers, ce sera faire la revue de presque toutes les nations connues en ce temps-là. Hérodote, que je citais à l'instant, va nous fournir des détails assez précis. Premièrement, les Perses. Ils avaient des bonnets de feutre bien foulé, qu'on appelait tiares (pas de casque, par conséquent) ; des tuniques de diverses couleurs et garnies de manches; des cuirasses de fer travaillées en écailles de poisson (c'est-à-dire des écailles de fer cousues sur un vêlement de peau ou de lin). Ils portaient une espèce de bouclier appelé gerrhes (bouclier en osier qui avait la forme d'un rhombe), des javelots courts, de grands arcs, des flèches de canne, un poignard pendu à la ceinture du côté droit (pas d'épée, c'est remarquable). Les Mèdes, même équipement. — Les Assyriens (il est bien entendu que nous ne parlons ici que des armes particulières à chaque peuple ; certaines armes, le javelot, l'arc, le poignard, leur étant communes à tous, il est inutile de les mentionner

de nouveau à chaque peuple) les Assyriens se distinguaient par des casques d'airain lissés et entrelacés et par des cuirasses de lin. — Il est difficile de se faire une idée précise de ces casques en airain tissé; peut-être étaient-ils simplement formés de verges de métal entrelacées. Quant à la cuirasse de lin, c'était, Hérodote lui-même nous l'apprend, l'armure des Égyptiens. Elle se composait de plusieurs couches de lin, jusqu'à dix-huit parfois, appliquées et collées l'une sur l'autre, après avoir subi une assez longue macération dans du vin salé. Elles résistaient, à ce qu'il parait, à un coup de tranchant, mais non à un bon coup de pointe. Malgré cela, cette cuirasse fit fortune parmi les nations de l'antiquité. Les Grecs eux-mêmes l'adoptèrent et la portèrent fort tard, concurremment avec le thorax. Fausanias dit qu'elle était plus avantageuse que celui-ci pour la chasse, et que si elle défendait moins bien contre les armes, elle protégeait mieux contre les dents des bêtes. Il y a lieu de penser que les guerriers ne la portaient que faute de pouvoir se procurer le thorax, beaucoup plus cher. Les Romains eux-mêmes firent usage de cette cuirasse de lin, comme nous le verrons plus lard.

Les Éthiopiens, vêtus de peau de léopard et de lion, avaient des arcs de branches de palmier, de 4 coudées de long au moins, et de longues flèches de canne à l'extrémité desquelles était, au

lieu de fer, une pierre pointue ; des javelots armés de cornes de chevreuil aiguisées. On voit, par ces seuls traits, que ceux-ci appartenaient à un état de civilisation beaucoup moins avancé. Au reste, ces grands arcs, ces longues flèches légères, ces javelots armés de cornes pointues, tout cela se retrouve encore chez un certain nombre de peuplades sauvages de l'Afrique.

Les Lydiens étaient armés comme les Grecs.

Ce qu'il y avait de caractéristique dans l'armement des Phrygiens, c'étaient le bouclier et la hache. Le bouclier petit, circulaire par le bas ou à peu près, offre en haut deux échancrures. La hache est bipenne, c'est-à-dire qu'elle a deux tranchants régulièrement opposés entre lesquels le manche se prolonge en une longue pointe, ou bien encore elle présente d'un côté un tranchant, et de l'autre un croc, quelquefois un marteau. Ce bouclier, d'une forme très-élégante, et cette hache se retrouvent dans tous les combats d'amazones que l'antiquité nous a légués; et ils sont nombreux, car elle afiectionnait particulièrement ce sujet. Qu'y a-t-il de vrai dans cette légende d'un peuple de femmes guerrières qui auraient vécu longtemps sur les bords du Thermodon, dans le Pont (Asie Mineure), et se seraient mesurées avec Achille? Nous n'avons pas à nous le demander ici. Ce qui est sûr, c'est que les Phrygiens passèrent durant toute l'antiquité pour

descendre de ces amazones, et qu'en conséquence on attribuait à celles-ci, quand on les représentait, les armes phrygiennes. Les guerrières sont fabuleuses peut-être, mais en tous cas les armes sont vraies.

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