‹ Les armes et le duelChapitre 102 sur 219 · RETENUE DU CORPS · texte numérisé non relu

RETENUE DU CORPS

11 n’existe pas do principe, quelque bon qu’il soit, que l’on puisse nommer infaillible pour réussir. Le génie peut seul donner la puissance qui procure le triomphe. 11 enseigne à disposer les éléments du combat; avec lui la marche est prudente, la retraite est préparée, les feintes sont savantes et les ripostes terribles. Or, on conçoit, si on accepte la définition de Buffon : le génie, c'est le travail, combien la réflexion, en escrime, est préférable à des qualités purement physiques.

RÉKLEXIO.NS SUIl LES ARUES.

Ainsi le doigté est une qualité précieuse, mais elle n’est pas exclusive : car je connais des tireurs qui, ne la possédant pas, sont cependant fort redoutables.

Les choses les plus simples, les plus compréhensibles, sont souvent celles qu’il faut le plus expliquer ; les élèves sont des années à comprendre les avantages immenses que procure la retenue du corps. 11 faut, chez le professeur, une persévérance incessante pour leur faire saisir une vérité incontestable au premier examen. En effet, si l’on se fend toujours au premier mouvenient,it est impossible d’en faire trois qui peuvent vous être nécessaires ; il y a même des tireurs dont le corps part avant le premier mouvement, et, chose incroyable, que je ne m’imaginerais jamais si je ne l’avaià vue souvent, ce sont ceux-là qui, après avoir paré, marchent deux ou trois fois avant de riposter, lors même que leur adversaire est fendu ou se relève lentement.

Toutes tes premières leçons doivent être données do manière que le bras ait entièrement terminé tout ce qu’il doit exécuter avant que le corps commence son développement. Lorsque l’on est certain d’effectuer les mouvements étant bien maître de son corps, alors on laisse un intervalle moins long entre le développement du bras et celui du corps, et enfin l’on arrive, lorsque l’on est fort, à exécuter ces deux mouvements avec une telle simultanéité , que l’oeil le plus exercé a quelquefois de la peine à reconnaître si le principe a été bien observé (1).

|1) Pour bien taire comprendre la succession de ces deux iuouveilléiltj, on se fend sur une porte, et i’on entend le eoup touché avant le bruit de U sandale.

328 RÊFLEIIONS SLR LES ARMES.

— Uue des erreurs assez fréquentes que j’ai observées est celle dans laquelle tombeut certains tireurs. — Après une ou deux parades, manquant de retenue de corps, ils se fendent sans avoir trouvé l’épé'e. Ils ignorent ou ils oublient que le tact du fer est le signal unique de la riposte. — Ces fautes graves, que le manque d'étude ou de réflexion fait naître, ont les conséquences les plus funestes.

LE Ml’R ET LE SALUT.

Le Mur est un exercice que l'on fait pour se préparer à l’assaut. 11 consiste à parer les dégagements de l’adversaire et ensuite à lui en porter soi-mème.

Une fois en garde, on se découvre et l’on s’invite réciproquement à prendre la mesure ; celui qui l’a prise est celui qui commence le mur.

Les dégagements doivent être toujours parés en tierce ou en quarte. Il faut bien se couvrir pour les faciliter.

Il est indispensable que toutes les positions du corps et de la main soient on ne peut mieux soutenues et dans les proportions qui auront été indiquées dans les leçons précédentes.

Cet exercice et cette politesse se tiennent ensemble. A l’heure où j’écris, je ne crois pas qu’il y ait six hommes en France qui fassent ces deux choses dans la perfection ; mais le ridicule de la prétention existera longtemps.

Dans le dix-huitième siècle, le salut des armes précédait ordinairement le duel. Avant de se tuer do la manière la plus barbare, la plus exquise politesse était de mise. Cet usage est

RÉFLEXIONS SLR LES ARMES. 329

parti avec les habits brodés du temps, et aujourd’hui la plupart des bons tireurs s’eu préoccupent peu. Quant aux ferrailleurs, c’est une de leurs antipathies ; ils ne veulent pas comprendre que l’exercice du mtir est de toute nécessité, et que le salut, qui est fort gracieux, est aussi une marque de politesse envers son adversaire et les personnes qui regardent l’assaut.

Nous regrettons que cet usage utile se perde ; je dis utile, parce qu’il conserve l’habitude des égards que l’on se doit toujours dans le monde, et qui quelquefois sont méconnus lorsque, dans la chaleur d’un assaut, on est emporté par un faux amour-propre.

Le 31ur consiste à tirer des dégagements sur l’adversaire qui n’a le droit de les parer qu’au simple et qui ensuite les tire sur vous dans les mêmes conditions.

Pour que cet exercice ait une valeur réelle, il faut obsen-er les distances, ne pas négliger le doigté, donner au bras toute son extension avant que le corps et surtout les jambes aient fait le plus léger mouvement. Après ces préliminaires, le développement s’effectue, le corps se porte en avant et vient se placer en ligne droite avec la tenue la plus régulière. Cet exercice rationnel du Mur donne au bras vitesse et rectitude et prépare le corps à l’aplomb. Le fleuret à la main, le salut doit être grave et noble. Le regard doit accompagner le geste.

La politesse veut que l’on offre à son adversaire de prendre le premier sa distance. Prendre 'ses dimensions est nécessaire pour s’assurer que l’on est à une portée convenable ; on devrait donc toucher son adversaire, mais l’usage s’oppose à cette démonstration. Si la défense de toucher l’adversaire

RÉFLEXIONS SLR LES ARMES

en prenant sa distance me parait anormale, je comprends que, tirant le Mur, l’adversaire puisse être touché, car il doit parer en tierce et eu quarte les dégagements (jamais par le contre) ; si on le touche, il est évident qu’il ne peut parer, môme par le moyen le plus simple, un coup qu’il connaît. Agir ainsi est donc le prélude du ridicule que l’on va se donner en acceptant l’assaut. On a généralement adopté, lorsque l’on voulait cesser de tirer le Mur, de montrer un dégagement, d’avancer le talon gauche auprès du droit et de se retirer ensuite. Je préférerais voir employer deux appels du pied et se découvrir en tierce.

11 y a des personnes qui préfèrent en tirant le Mur céder à l’action de la parade et laisser aller leur fleuret le long de leur bras à droite et à gauche. Ce mouvement n’est pas sans inconvénient, car ceux qui l’emploient laissent aller leur poignet avec l’épée, ce qui livre la figure et peut être cause de graves accidents au visage dans le cas où, par inadvertance, l’adversaire riposterait (ce que j’ai vu). Je recommande donc la plus grande attenlion lorsqu’on veut se laisser aller à ce gracieux mouvement.

Le Mur n’est pas, comme on le croit, le moyen unique d'acquérir toutes les qualités physiques indispensables à l’art des armes ; mais il entretient dans ces qualités, prouve qu’on les connaît, et dispose le bras et le corps avantageusement à l’assaut qu’on va faire.

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