RETRAITES
Les retraites sont de trois espèces ;
l' Les retraites de corps, mouvement instinctif ;
nÉFLEXIONS SUR LES ARMES. 331
2“ La retraite après le développement ;
3* La retraite par les jambes pour se mettre hors de portée.
Les retraites sont bonnes, savoir :
Lorsque l’on se jette sur vous avec ambition ;
Lorsque l’on a mal jugé l’attaque, et qu’on se trouve surpris ;
Lorsque vous avez souffert un battement, un croisé qui a dérangé l’épée ou fatigué la main ; enfin quand les idées se troublent.
Multiplier les retraites est une faute, si elles n’ont point pour objet d’attirer l’ennemi dans un piège, eu lui faisant croire que vous êtes en désordre ou que vous le craignez.
Il ne faut jamais se relever eu jetant les épaules en arrière, attendu qu’il y a inconvénient à présenter le ventre à l’instant même où l'adversaire riposte ; il faut donc faire retraite par la force des jarrets et des reins. La flexion du jarret gauche doit précéder tous les autres mouvements.
On ne doit jamais se relever en changeant l’épée, à moins que l’on n’y soit obligé par une forte pression de l’adversaire ou que l'on ne soit convaincu que l’on est hors d’ atteinte.
C’est une faute de faire trop souvent des retraites de corps ; en s’y confiant on pare avec négligence ou tout au moins on n'emploie pas toute l’activité dont on est susceptible, et la riposte manque de vigueur et d’à-propos.
Lorsqu’on s’est mis un peu trop près de l’adversaire où qu’il a fait cette faute, il faut à l’instant même faire une retraite qui consiste à faire un pas en arrière ; cela se nomme aussi se mettre hors de mesure.
RÉFLEXIONS SUR LES ARMES
A l’armée il n’est pas nécessaire d’avoir attaqué l’ennemi pour faire une retraite ; c’est de môme en escrime, cette miniature de l’art de la guerre.
La retraite doit être instantanée, et si quelque chose pouvait la précéder, ce serait la parade; car cette dernière évite le coup de la riposte, tandis que la retraite n’a pas toujours cet avantage. Méditez ce conseil ; car, de près, les ripostes sont toujours terribles.
Lorsqu’on s’est défendu et qu’il faut se remettre en garde, on se sert de deux locutions différentes : Faites votre retraite ou relevez-vous. Celte dernière est plus en usage.
Vouloir parer en restant fendu est une mauvaise méthode ; car si l'on est touché, ne se relevant pas, le coup est presque toujours mortel. La parade doit protéger la retraite et celleci faciliter la parade. Lors môme qu’on a louché sur l’attaque, il faut faire sa retraite, car on ne doit pas se fier à ce (lue l’on peut avoir produit, et je regarde cette mesure comme tellement importante que j’ai toujours conseillé, comme principe en duel, après une altaiiue touchée, non-seulement de se relever, mais encore de rompre un pas.
Nous regardons comme préférable la parade précédant la mise en retraite, car elle permet de tenir le faible de l’adversaire si celui-ci, selon les règles de rescriiue, se fendait pendant votre mouvement rétrograde. Cependant la parade, étant fendu, présente aussi des chances de succès, car l’ennemi ne peut se développer sur vous ; un pareil mouvement de sa part serait inutile; il serait môme une faute contre un homme qui se troùve rapproché do lui.
Bien qu’il soit mieux de parer et de se mettre eu retraite, la
RÉFLEXIONS SUR LES ARMES
parade faite pendant le mouvement rétrograde ii’a pas plus de chances de réussir ijue la parade étant fendu, car si l’on pare dans cette dernière position, l’adversaire ne se développe pas, parce que ce n'est pas admis et qu'il serait inutile de se fendre sur un homme qui est sur vous.
Si l’on se fend loi’sque vous vous relevez, on a raison, et votre parade, faite en retraite, court vers le fiiihle de l’adversaire.
La parade est la première nécessité de la retraite.
La parade simple doit être prise la première, après avoir attaqué. Comment, en effet, imaginer un contre exécuté étant fendu? ils ne peuvent se prendre qu’après ; j’en suis désolé pour ceux qui disent le contraire.
Je ne comprends pas qu’on recommande avec tant d’instance le changement d’epée en se relevant; je sais bien qu’il pare la majeure partie des coups, mais il a le grand inconvénient de ne pas parer le coup droit, le plus dangereux de tous, Le changement d’épée est donc, dans ce cas, un très-mauvais moyen ; c’est peut-être pour cela qu’on y tient depuis si longtemps. 11 n’est cependant pas absolument inutile de s’y exercer à la leçon, surtout lorsque l’on comprend bien le côté dangereux que j’ai expliqué. Mais ce que je recommande avec le plus d’instance et de conviction, c’est de bien comprendre qu’il ne faut jamais, dans cette action, que la pointe soit sur le fort de l’adversaire.
11 y a encore certaines gens qui trompent le changement d’épée, que l’assaillant fait à sa retraite, par un menacé droit dégagé; ils ne réfléchissent donc pas que le coup droit louche celui qui change l’épée à sa retraite (ainsi que je l’ai dit plus haut).
334 RÉFLEXIONS SDR LES ARMES
La retraite faite avec dessein et désordre est un excellent moyen qui fait tomber dans des pièges terribles l'homme trop coutiant :
Souvent un beau dosordro est un elTot do l’art,
Après un coup porté on donne le conseil suivant : Parez ma riposte après vous être remis en garde. Il est plus avantageux de parer et riposter pendant le trajet de la retraite. Le premier mode était suivi avant l’invention des masques.
Quant au bond en arrière, que j’entends préconiser comme moyen de sortir promptement de l’étreinte de l’adversaire, il est peu praticable, car il exige certaines préparations de corps, telles que le ploiement des jarrets, etc., etc. Je vote donc pour son rejet.
Le jarret gauche et les hanches doivent être mis en œuvre pour se remettre en garde. 11 faut éviter de se relever des épaules; ce mouvement est à la fois long et dangereux, car il fait avancer le bas-ventre.