‹ Les armes et le duelChapitre 132 sur 219 · I.’ ASSAUT ET U LF.(,'()N · texte numérisé non relu

I.’ ASSAUT ET U LF.(,'()N

Kestina lontè.

Au début do la leçon ou dans les premiers assauts que l’on l'ail, il faut se souvenir du principe pliilosopliiipie ciui nous sert d’épigraphe. — Les élèves eroient en faisant assaut de suite, qu’ils auront le privilège de trouver des secrets que le maître n’a pu imaginer. Cette erreur est toujours complète ; car ces luttes irrétlécliios leur donnent les noudneux defauts dont l’escrime fourmille dès qu’on oublie les principes d’un bon maître. l’ar une condescendance fatale, les jirofesseurs laissent faire trop tôt assaut ; je dis fatale, parce (jue ce n’est pas seulement l'avenir des armes que le maître sacrifle, mais plus encore la vie des hommes.

La leçon donnée avec esprit est loin d’ètre monotone, et j'ai vu très souvent des amateurs la iiréférer à l’assaut qui ne délasse pas de la leçon, mais qui a le privilège de mettre l’amour-propre en jeu d’une manière plus vive. Si l’on voit les élèves impatients de devancer, par leur début dans les assauts, l’époque fixée pai' les maîtres, c’est qu’ils n’ont pu comprendre, soit par leur faute, soit par celle du professeur, les beautés de la leçon.

La leçon et l’assaut sont eu parfaite analogie, tous deux nous indiquent les moyens nécessaires pour la parade et l’attaque, le moment le plus favorable pour réussir, la manière et l’instant d’agir. La leçon peut produire un beau et savant tireur possédant toutes les ressources de l’art, ayant rexpérience

liÉFLKUOMS SIR LES ARMES.

(le tout ce qui est connu. L’assaut peut augmcntei’ celle expt'rience de loutes les bizarreries invenlées par la mullilude des lireurs, et il y en a souvent de si fortes qu’elles amènent ii penser ce (pii a été dit bien souvent : Les fautes des sots sont quelquefois si grandes qu'elles mettent les gens d’esprit en défaut.

Une de ces folies est de dire : Nous pouvons nous passer de leçons, nous tirons d'inspiration ! (æs gens inspirés ne tirent ordinairement ({u’en employant une rapidité sans calcul et une force brutale; ils ressemblent un peu à ces hommes qui veulent casser une porte lorsqu’ils peuvent l’ouvrir avec un passe-partout. Kb bien, le passe-partout de l’escrime, c’est la connaissance des armes prise à la leçon; car, l’eserime étant loin d’étre im art imrement mécanique, (pielles belles inspirations peut avoir celui (|ui s’est toujours refusé à prendre le(;on ? Ce serait dire : Je ne veux rien apprendre, parce (pie je serai toujours bien iusjiiré. C’est uno idée boulfomie, voilà tout.

La leçon est l’étude de l'art ; l'assaut fait passer cetb; étude en habitude de combat.

La leçon rectine les défauts pris à l’assaut.

Il faut sans cesse observer les derniers temps d’une suite de coups ; l’élève met plus de raideur à la lin qu’au commencement ; le professeur doit prévoir cela par un assouplissement constant des muscles pendant les leçons.

Le devoir du professeur est d’observer et de s’observer lui-méme. 11 existe une foule de pidits détails qui, m^ligés, nuisent considérablemeni à la force réelle que l’on peut donner ou acquérir.

IIÉKLEXIO.NS Stn LES ARMES.

L’esprit du maître doit mesurer ses conseils d’après l'iiitelligteucc de l’élève.

Si l’escrime en était réduite à de minces proportions, ce ne serait plus un art, mais seulement un exercice.

Si celui ([ui tire bien a touché dix coups, — si celui qui tire mal a touché dix coups, — le public les proclame de même force, sans réfléchir que celui qui a mal tiré est sans doute plus jeune, plus vigoureux, mais plus ignorant.

La jalousie ferme les yeux sur les moyens : la vigueur, la vitesse, les emportements, les imprudences même font croire, lorsqu’on réussit, tpie l’on est destiné à remplacer l’incomparable Saint-Georges et que l'on est démonstrateur accompli. Aussi voit-on rbomme d’une grande taille marcher précipitamment sur le petit ; le petit courir sur le grand en faisant des feintes ; rhomme vigoureux ne pas se relever, et riiomme faible vouloir soutenir des chocs. J’espère, d’après mes leçons, que les élèves s’éloigneront de ces fautes (pii peuvent leur faire perdre la vie.

RKKLKXm.NS! SIR LKS aRMRS.

AI'HORISMKS.

— Je repousse tout ce qui, raisoiinalilenient parlant, est iinpratieal)le l’épée à la iiiaiii.

— Appréciez toujours plus eu escrime les dispositions de l’esprit que celles du corps.

— Que l’esprit préside à rexécution et la devance.

— Pénétrer vivement les intentions et concevoir rapidement le plan qui doit vous donner le succès.

— Cliez le commençant beaucoup d’efforts et peu de résultats; chez l’homme expérimenté peu d’efforts et beaucoup de faits.

— Même avec la certitude de ne pas toucher, il n’en faut pas moins riposter.

— I.CS COâiIrcs no doivent pas être étudiés trop larpes, iis deviennent trop grands dans l’assaut.

— Ramener toujours la pointe de votre épée devant l'adversaire, et de préférence au visage.

— Tout en voulant se porter en avant pour attaquer, il faut une grande retenue de corps.

— Les bottes secrètes n’existent que pour les hommes qui ont beaucoup de travail, d’esprit et de jugement.

— Ixirsque l’on veut effectuer un coup droit sur rengagement, il est pn'd'érahle d’attendre que l’adversaire ait terminé

IIKFLK\IO>'S Sin LKS ARMKS. 12,1

son inouveiiH'iil, on est alors assuré de comprendre si le coup droit est possible.

— L'iiomme vigoureux doit faire des attaques décisives ; rhomme faible doit avec adresse céder à l’épée.

— Dans tous les coups tirés, exigez d'un bonnnede i)etite taille toute l’exteusion du bras.

— Ne jamais courir.

— Toujours être en garde contre le coup de temps et le coup d’arrêt.

— Beaucoup inquiéter et attaquer les marches de son adversaire.

- Les coups de temps exposent moins étant dirigés dans les lignes hautes que dans les lignes basses.

— Lorsqu’on a souffert le battement, on ne peut plus le tromper.

— Il y a de la force sans vitesse, mais il n’y a pas de vitesse sans force.

— N’employez la force que pour accélérer la vitesse.

— Le jeu serré, régulier, est une vitesse.

— On dit d’un maître qu’il ne donne pas assez à la vilesse, parce ipi’on le voit s’occuper beaucoup de la régularité et de la précision, et l’on ne rélléchit pas cpie ces deux qualités concourent rapidement et avec succès à cette vitesse qu'on ne doit chercher qn’après elles.

— Assaut : combattre son ennemi sous les trois rapports moraux, intellectuels ou jdiysiques.

— Il ne faut, dans Tassant, étudier que les coups offrant le ]dus de certitude Tépée à la main.

— Ne pas sacrifier ii l’accessoire ce qui appartient à Tutile,

i'24 RÉFLEXIONS SLR LES ARMES.

c’est-à-dire négliger un coup d’attaque pour faire une remise.

— Lorsqu’on fait assaut avec un fort tireur, il est bien de présumer qu’au moment où il annonce une parade sur vos demi-temps, il a l'intention d’en former une autre à l’iustant de l’exécution.

— Il est, dans un assaut, de grands effets produits sans les avoir préparés, et de môme bien des choses manquées après y avoir pensé d’avance ; malgré cela , il faut toujours penser.

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