‹ Les armes et le duelChapitre 163 sur 219 · L'ASSAUT · texte numérisé non relu

L'ASSAUT

Le cadre est vaste, on peut y ajouter des portraits.

Naturellement ici se font jour toutes les fautes que nous avons déjà signalées. Le champ est largo et ouvert.

Dans leur garde d’assaut, le corps en avant ou renversé, ils emploient une grande raideur ; ils ont les bras tendus, la poitrine rentrée, le pied droit en dedans et le pied gauche eu dehors, la pointe do leur épée soit en l’air, soit dans les jambes, soit sur les cùtés, mais à la plus graude distance.

Le corps ainsi placé n’a aucune élégance, la raideur ôte une partie de la vitesse ; la poitrine mal placée nuit à l’hygiène ; les pieds, bien posés, doivent contribuer par leur position à la grâce et à la solidité du corps ; ils doivent former l’équerre. Les pointes posées hors ligne retirent toute précision.

Il y a môme de ces mallres qui placent en garde leur corps très en avant et le laissent tomber eu se fendant dans une direction presque horizontale ; qui enfin tiennent leur fleuret dans la ligne la plus transversale parce qu’ils couvrent, disentils, le dedans avec la pointe, et le dessus avec le fort.

Je livre ces détails à l’appniciatiou des hommes sensés qui s’occupent de notre art.

Ils posent en travers leur bras gauche sur le devant de leur poitrine, attaquent et se retournent pour faire leur retraite, et se baissent pour esquiver le coup qui leur est porté dans les lignes hautes.

bütX MtTIIUlItS COMHAUIiES. iÜil

Avec le bras on peut repousser le bouton d’un fleuret; mais répéeà la main, nue blessure est certaine, etl’on aide au coup qui finit par arriver facilement jusqu’au corps. Se retourner est un mauvais moyen, car on se prive de parer; leseul bénéfice honteux qu’on en retire est d’étre tué dans le dos. On est plus sùr d’opposer son épée au coup porté eu haut qu’on n’est certain de se baisser à temps pour ne pas avoir la figure traversée.

Ils s’obstinent à croire qu’il y a plus de sûreté à ne pas donner l’épée.

La tmHhode veut qu’on joigne les fers si on ne veut être sans cesse exposé à des coups pour coups. L’épée à la main, celui qui marchera bien devant lui, la pointe de son épée dans le visage de son adversaire, aura un grand avantage; il est certain que cette garde imposante forcera celui-ci à venir se mettre en ligne. C’est instinctif, j’en ai la preuve de plus d’une manière. On ne peut pas bien se rendre compte de cela dans les assauts.

Les maîtres dont je parle affectionnent les corps-à-corpsà un tel point que les leur interdire serait les faire douter de l’existence de l’art des armes. Touchent-ils leur ennemi ou manquent-ils le corps, ils poussent des sons gutturaux à effrayer les gens les plus braves.

Saint-Georges et les autres savants disciples de La Boëssicre avaient compris (et l’époque dont ils étaient les contemporains leur en faisait une loi, car le port de l’épée rendait le duel plus fréquent), Saint-Georges, disons-nous, et avec lui les véritables amateurs, avaient compris toute l’imporlanco de tirer de loin. En suivant ce mode, on prouve que l’on a reconnu

DKLX MÉTHOUES COMI’AKÉKS.

les ressources ilo l’art que l’on cultive et les conséquences qui lui sont inhérentes. Toujours calmes et jçravcs, ces illustres tireurs dédaignaient les cris si souvent répétés qui i-eteutissent aujourd'hui dans certaines salles, cris sauvages, qui ne peuvent servir à effrayei' rhoinnio qui a la conscience de son savoir; la vraie méthode n’a jamais commandé ce luxe do développement du larynx.

La première attacpie, dans les principes de ce que l'on veut appeler la nouvelle école, estsouvent un empédegayé dessous. 11 n’y a rien de plus comprouiettant, car si l’adversaire tire droit, on est perdu. La méthode veut que la première atta(pie soit on lie peut plus simple, qu’on ait prévu son succès, et qu’elle arrive dans une opposition.

Ce n’est qu’après avoir reconnu l’insuflisancedu jeu simple que l’on doit employer les coups compliqués, mais il faut au préalable essayer le jeu simple, toujours plus favorable et plus sûr, et redouter la complication dès le début d’un combat.

Voici un de leurs enseignements : — Lorsque je sais que l’on me porte un coup dans les lignes basses, je n’bésiste pas à tirer en haut en même temps, parce qu’en se fendant tous deux, le haut de chaque corps se porte en avant et mon coup touche plus tôt et plus fort que celui qui veut m’atteindre dans la ligne basse. —

Lorsque ne voulant pas parer (au mépris d’un principe de rigueur) on se fend exprès ensemble, on fait faute neuf fois sur dix. Le coup menacé en bas peut se termierdans une ligne haute, alors le danger est égal, et dans le cas où l’on atteindrait son ennemi, tirant dans la ligne basse, qu’arrive-

OEIX MK’IHUDKS COMPAKKE.S,

rait-il ? Ou clonncrail douze pouces de fer dans la poitrine pour en recevoir eu retour six dans le bas- ventre. C’est bien trouvé et digne d’admiration. Je ne sais si la société des libres échangistes a envisagé cette question dans le grand traité d’union commerciale dont elle se préoccupe.

Ils attaquent pour redoubler, font ces deux choses simultanément, sans s’inquiéter de la riposte, et agissent comme s’il était convenu qu’elle n’existe pas. Sur leur premier mouvement si l'on riposte, ainsi (pie le commando impérieusement la méthode, il sont frappés d’une manière terrible, n’étant occupés que de redoubler, ne s’inquiétant pas du tout de leur parade ou de leur retraite.

Mais le triomphe dos disciples de la méthode des pontons , leur ravissement, leur bonheur, ce sont lescoujis de temps! Par eux, disent-ils, nous sommes certains d’intimider les plus forts, de faire faire un mauvais assaut à l’homme méthodique, et c’est toujours une consolation que de pouvoirdire : Monsieur un tel qui a la réputation de faire si bien des armes, a pourtant mal tiré avec moi.

La bonne méthode veut impérieusement qu’on soit trèsavare de ce coup, qui demande le plus grand jugement, la plus grande précision, un coup d’œil sûr et la plus parfaite exécution. On ne doit oser l’entreprendre que lorsque l’on est certain de posséder ces qualités. Le coup de temps, c’est leur idole, ils ne sortent jamais sans lui ; ils le présentent partout à tort et à travers. C’est sur ce point d’appui que repose pour eux la joie, l’cspérauce et la fortune.

I Dans leur léte un beau jour cc talent se trouva I *

Pinos, Métromanie.

UKIX MÉTHODES tOMl’ARÉES.

Dans un assaut sévère, dangereux, lorsqu’ils ne savent plus du tout où ils en sont, il y a des novateurs qui ne veulent pas, lorsque c’est de la plus absolue nécessité, reculer d’un pas ; l’ignorance n’exclut pas la bravoure, ils mettent à rester là un certain amour-propre ridicule, un certain courage, car de près on peut se faire blesser ; ce sont encore eux qui ont inventé ces fameux duels, et nous en avons été témoins involontaires, dans lesquels on s’attache le pied gaucho à un point fixe.

Rester en mesure lorsqu’on se trompe, c’est vouloir rester devant l’ennemi sans munitions.

11 y en a d’autres qui font la faute contraire et se sauvent d’une façon honteuse sur le coup qu’on leur porte.

L’assaut est l'image du duel, et le duel est la guerre en miniature.

Sur CO champ de hataillo. où l'Iionnour nous conduit,

La mort fuit qui la brave, et cherche qui la fuit.

Ils ont des discussions à chaque coup, veulent entrer dans des explications dont ils ne sortent jamais, et ce qui est incroyablement comique, c’est que plus un sot bredouille, plus il croit qu’oti le comprend. Cependant j’en ai connu un qui bredouillait exprès afin d’ennuyer son monde, espérant qu’on ne lui demanderait plus des explications qu’il savait bien ne pouvoir donner.

J’ai toujours pensé que lorsqu’on faisait des armes devatit des personnes qui nous fout l'honneur d’assister à nos exerciees, il était convenable de s’en rapporter à leur jugement.

Ils tirent deux heures sans le moindre repos, pour prouver qu’étant vigoureux, ils doivent être considérés comme tireurs qui connaissent à fond tous les secrets de l’art.

DEUX MÉTHODES COMPARÉES

Un assaut aussi long doit nuire au goût et à la belle exécution, car lorsqu’on faildes armes si longtemps, on no peut conserver la gnice, la précision et la justesse.

Cependant ils osent faire des assauts en public ; il y eu a cent qui tombent honteusement, un seul réussit, il passe pour habile, il a tout risipié, il a peut-être bien fait, car.

Quand on n'a rien i perdre, on .a tout i gagner.

Recherchant surtout la réputation d’improvisateurs en escrime, ils rejettent l’enseignement qu’ils ont dû recevoir; ii les entendre, ils n’ont jamais pris que (juatorze leçons.

Dans leurs assauts, bien ou mal, ils veulent toucher beaucoup.

Ils ne savent pas se fendre sans renverser le corps.

Le hasard y tient lieu de prévoyance.

Le caprice prend la place de la raison.

Le bizarre et l’absurde eu font tous les frais.

Ils veulent que leur main ait plus d’esprit que leui tête.

Ils feintent du corps et non des doigts.

l.e coup qu’ils ont touché assez fort pour faire mal se décuple en valeur à leurs yeux.

Recherchant le jeu du bras et renonçant à celui de l’esprit, les coups fantasques sont leurs coups métliodi(iues, et cependant ils trouvent des admirateurs ; ce qui nous fait dire : L'aigle d’une maison n'est qu’un sot dans une aufre.

L’assaut n’est point pour eux l'image du combat (I).

(1) A l'un des princes de cette méthode, je disais, il y a quelques années : c Si je taisais des armes avec vous en public, j'aurais des craintes pour ma

llKIX MfTIIOnrS COMPXnKKS.

RÉSUMf:.

Les leçons de duel que ces gons-là donnent, c’est le comique, le bouffon nii^lés à la tragédie.

Mais, me dira-t-on, vous faites la critique d’un système qu’ils ont inventé, mis en pratique avec un certain succès, ce sont les premiers dans leur genre. Oui, j’eu conviens ; mais faites bien attention que leur genre n’est pas le premier.

Oui, c’est une rude tàcbe que celle que j’ai entreprise de vouloir seulement esquisser à grands traits le ridicule et les faux principes de ce que l’on veut appeler une méthode, système partant d’un point de départ entièrement opposé au jugement le plus ordinaire, et que certains amateurs de la nouveauté et du paradoxe se sont complu à soutenir. J’ose concevoir l’espérance que devant l’exposition de ces deux méthodes, les personnes qui ont fatalement suivi la mauvaise y renonceront. Heureux si je puis voir les yeux se dessiller, et ramener aux véritables errements des maîtres habiles dont

réputation, car je vous trouve très-difficile; mais je vous jure sur l’honneur que si le hasard nous met un jour l'épée à la main vis-à-vis l'un de l'autre, je vous rirai au nez tout le temps, non par bravaiie ridicule, mais parce que je suis on ne peut plus convaincu que vous ne feriez rien l'épée à la main de tout ce que vous et d'autres voulez bien nommer votre talent. >

On me croira facilement, puisqu’ils répondent à chaque reproche qu’on leur adresse au sujet de leur fausse méthode : ■ Mais, monsieur, je ne ferais pas ce coup-là dans un duel. > Croyons cette naïveté, car j'ai connaissance do leurs duels : j’y ai vu celui qui a le jeu d’assaut dans les lignes basses passer dans les cheveux de l’adversaire, et celui qui a le jeu dans les lignes hautes égratigner la rheville.

DKL'X MÉTHODES COMPARÉES, 171

j’ai suivi les théories, ceux qu’une erreur déplorable a pu en écarter même depuis longtemps (1).

Nous ne voulons pas, devant les lecteurs auxquels s’adresse notre livre, relever les attaques do nos adversaires, attaques où le grotesque et le ridicule le disputent à la basse jalousie, nous savons combien les gens de goût repousseraient ces tristes calomnies, ces dénégations absurdes portant sur le talent contesté, les places obtenues, les récompenses méritées, alors que le public s’est prononcé, que les brevets font foi, et que les titres honorifiques sont concédés ouvertement. Basile, dont tant de gens suivent les maximes, a dit : Calomniez, il en restera toujours quelque chose ; cela est vrai, mais quelle position n’a pas été attaquée par la calomnie ? Toutes les professions ont eu des détracteurs, et la jalousie semble être le partage de ces hommes qui peut-être n’ont pris le nom d’artistes que pour avoir le droit de chercher à compromettre ce titre.

Laissons doue ces diatribes ignobles contre la vie privée, ces recherches honteuses sur 1e tarif de telle ou telle salle, sur les intérêts particuliers des individus ; nous devons épargner les dégoûts dont on nous abreuve à ceux qui veulent bien nous lire, à ceux qui, par leur bienveillance, nous dédommagent des maux que l’on veut nous faire.

(1) Qii0lqups-uns de ces messieurs, dont je signale l’excellente métbode, sont convenus avec deux amateurs que je dédaigne do nommer, de faire la critique de mon ouvrage; et ce que je ne qualilierai pas, c’est quo celte critique est commencée deux mois avant la publication de mon livre.

Une partie de ces propos qui m’ont été rapportés, ont été tenus chez MM les princes Wolk, me.s anciens élèves, dont l’amitié et la bienveillance m’ont toujours clé et me seront toujours si précieuses.

472 DEIX MÉTHODES COMPARÉES.

Nous l’avons déjà dit, nous croyons à l’avenir glorieux des armes ; l’épée, cette compagne fidèle do l’homme, qui garde son honneur ou qui le venge, no deviendra jamais, malgré ceux qui en abusent, un morceau de fer inintelligent, une barre dont le poids en vous touchant rudement l’ous démontrera la raison. Depuis plus de trois siècles on s’occupe activement de l’escrime, chaque jour le goût s’épure et le perfectionnement arrive. Nous avons fait bien des progrès depuis l’instant où Besnard écrivait qu’il ne fallait pas chercher du nouveau ; nous en ferons encore, malgré l’espèce de protestation contre toute nouvelle théorie par un écrivain plus moderne; la science marche, les obstacles ne peuvent rien contre elle. La France, depuis l’année 1633, a tenu le premier rang dans l’art de l’escrime, comme elle occupe la première place par la pureté de sa langue. Vainement les invasions étrangères ont tenté de dénaturer cette clarté de langage qui fait notre richesse ; l’union de nos princes avec les filles des Médicis nous avait importé les tournures italiennes, nous avons fait bonne justice de ces prétendues richesses ; il en sera de même pour les bonnes démonstrations de l’art des armes ; la raison l’emportera sur les théories absurdes, et l’enseignement sortira plus fort et plus rationnel de la petite guerre qu’on a voulu lui faire. Non, jamais le bon sens du public ne pourra consentir à placer sur le rang de Saint-Georges, ce modèle inimitable, des tireurs que la vigueur, la vitesse, les emportements et les nombreuses imprudences font préconiser par des hommes qui jugent avec indifférence ou avec l’esprit prévenu.

Lependant, et dùt-on nous traiter de vieillard et nousre-

DEUX MÉTHODES COMPARÉES

procher d’ôtro laudator temporix acti, nous nous permettrons un conseil aux amateurs qui veulent bien fréquenter nos salles et nos assauts publics.

Ces amateurs sont de trois classes :

Les inhabiles, qui viennent juger des coups et applaudissent celui qui touche en dehors de toutes les régies et contre toutes les probabilités ;

Les connaisseurs, qui se passionnent pour tel ou tel moyeu et repoussent tous les autres ;

Enün, les véritables amateurs devenus coupables d’indifférence, peut-être à cause des mauvaises méthodes auxquelles ils répugnent, mais qui manquent d’énergie pour protester, comme on le faisait autrefois, contre un système défectueux et des exercices sans régularité.

C’est surtout à celte dcruière catégorie que s’adressent nos reproches, ce sont eux que nous adjurons de nous venir en aide et de soutenir les efforts do cette ancienne école dont ils se glorifient à juste titue d’avoir été les disciples, et dont nous autres, ses défenseurs cl ses représentants, nous maintiendrons les droits et les préceptes avec courage et persévérance. Eux seuls pourront exclure les assauts d’ambition au profit des assauts d’étude ; eux seuls pourront, en nous lisant, prononcer que ces réflexions sur un art qui a fait la principale étude de notre vie, n’ont été écrites que dans un but légitime de couservatiou d’une méthode justifiée par ses succès. Ils nous défendront contre le blâme ou l'aiiimadversiou qu’elles exciteront peut-être, et lorsqu’on leur présence on voudra prononcer contre nous, ils pourront nous encourager à dire

PRUX M^IIODES COMPARtRS.

comme Galilée dans sa prison : E pur si muove! Et cependant elle tomne !

On comprend bien qu'il n'enlre pas dans notre esprit de faire un rapiiroclicnient entre l’illustre disciple de Copernic et riiuinblo auteur du livre que je termine ; mais la vérité est une, elle a scs ennemis ; le mensonge est multiple, et C erreur a ses partisans.

LE SABRE

J'ui toujours «'raiiit d'iniliirner la raUoi), jamais (nmiigDer les hommes.

(Mirabhai:.)

LE SABRE

Avec la malheureuse iiuperfection inhérente à la race humaine, nous concevons jusqu’à un certain point que la gratitude soit quelquefois un fardeau un peu lourd ; mais lorsque muni seulement de quelques recommandations bienveillantes on trouve dans une nation étrangère un accueil rempli d’hospitalité généreuse, alors on aime à répondre hautement à ces honorables témoignages de sympathies ; on est heureux de reconnaître et de publier que, mettant de côté tout petit sentiment de nationalité jalouse, une contrée lointaine vous a gracieusement adopté et permis d’entrer dans ses rangs en vous faisant une place large et en vous ouvrant une voie facile vers le but auquel vous tendiez.

Animé des plus vifs cl des plus respectueux sentiments de reconnaissance envers l'auguste monarque auquel le ciel a confié le bonheur et les destinées de la Russie, et qui n’a pas dédaigné d’agréer la dédicace du livre que je publie aujourd’hui (1), je revoyais les dernières épreuves, lorsque je trou-

(I) s. M. l'empereur de Russie a daigné recevoir, en I.S37, le manuscril que j'ai eu l'honneur de soumettre à son auguste approbation.

LË SABHË.

vai, par hasard, un ouvrage intitulé : Traité de ia contrepointe. J’appris que celte œuvre, éditée dans le pays où j’ai reçu les témoignages les plus doux et les plus flatteurs de bienveillance, était soumise à la haute approbation du souverain de la grande nation russe.

La connaissance profonde que je possédais du savoir de l’auteur de la Contre-pointe me fit éprouver un singulier étonnement en voyant ce traité écrit par un homme apte peutêtre à exercer n’inqiorte quelle profession, excepté celle de, l'escrime, qu’il exploite cependant avec avantage pour lui, mais auquel il manque selon l’opinion de tous ceux qui le connaissent, une qualité essentielle pour discuter un pareil sujet, celle de bien connaître l’arme dont il enseigne la pratique et explique la théorie.

Je me crus donc obligé d’analyser cet ouvrage, entouré de tout le luxe que la typographie moderne peut inventer et dont la richesse extérieure, malgré sou éélat, ne peut parvenir à déguiser la pauvreté du texte. Or, je le déclare sans haine et sans passion, dans le très-minime nombre de pages auquel les dessins, les vignettes et les grandes marges laissent si peu de place pour le double texte russe et français, nous avons trouvé de grandes et fré(iuentes erreurs à signaler. Nous serons impartial; la diiférciice de position, l’éloignement qui nous sépare, notre esprit de modération, nous empècherout d’ôtre injustes.

La nation russe renferme de magnifiques éléments d’organisation militaire; le grand Frédéric disait des soldats russes de son temps : o Après les avoir tués, il faut les pousser pour qu’ils tombent. » Supposez l’adresse chez de tels hommes,

Li; SABKt.

qiio ne feront-il pas ! Mais donucr sérieusement des leçons de salirc et d’épée, former des professeurs d’escrime pour l’armée, cela est plus difücile qu’on ne le croit à Saint-Pétersbourg.

Trouvant faciles à surmonter les difficultés que présente l'enseignement rationnel et logique de l’escrime, l’auteur de la Contre-pointe a bien voulu former des maîtres pour la garde impériale et daigné publier un livre, qui, dit-il avec une modestie égale à son talent, doit être le guide des officiers généraux.

Prendre corps à corps tous les errements de l’auteur, le suivre dans tous ses détails, relever une à une les erreurs qu’il renferme, serait un travail aussi long que fatigant ; il est une autre raison qui m’impose des bornes dans ma critique : le nom du glorieux souverain auquel cette œuvre incohérente a été présentée, m’inspire trop do respect pour que j’ose venir jeter à la face de l’écrivain les noms d’inbabilo et de présomptueux.

Cependant le souvenir de toutes les bontés dont j'ai été l’objet, la gratitude envers mes nobles protecteurs, mes nombreux élèves, me font une loi de ne pas garder le silence, et do discuter la valeur des assertions d’un homme qui, pendant les dix années de mou séjour en Russie, a observé le silence le plus complet et tenu la conduite la plus scrupuleusement résenéc lorsque notre profession devait nous réunir et mettre eu présence celui qui s’intitulait le premier professeur de l’empire, et l’artiste français qui venait soumettre le fruit de ses études aux amateurs de la noble science de l’escrime.

Selon nous, la première condition à laquelle uu auteur doit

4îSÜ LK tiABHI'.

obéir est celle de iluiiiicr une définition exacte du sujet qu’il traite. Nous aurions donc dû pouvoir lire : J'enseigne la manière de se défendre contre la pointe ; et riiomine qui a étudié /oitlcs les gardes connues, aurait bien fait de remarquer rinsuffisance de celle qu’il conseille à ses élèves, car, engagé de tierce avec la lame en ligne de l’œil, ainsi qu’il le veut, on est éminemment vulnérable, le bras ni l’arme ne couvrent le corps. I.a ligne droite seule peut garantir celui qui la consen'e, et quand la main tient le sabre engagé de tierce, la pointe doit se trouver au défaut do l’œil gauche.

Si j’avais l’iiomieur d’ôtre choisi pour former des maîtres d'escrime pour la Garde d'un des plus puissants souverains du monde, je chercherais, avant tout, à rendre mon enseignement rationnel et raisonnable ; parez et frappez, telle serait ma devise. Je ne débuterais pas en disant que la double détente est bonne pour le sabre et ne s’emploie pas avec l’épée. L’usage de cette atlacpie, que jq qualifie ajuste titre de pratique détestable, peut être admise avec une grande restriction dans une salle; mais dans un duel, où, pour combattre un adversaire qui conserve une longue distance, on doit avancer, prêt à parer, se sei-vir de la double détente est le propre d’un insensé ou d’un homme complètement étranger à l’art do l’escrime. Vous comprenez alors que l’erreur du maître (jui expose celte théorie sur la double détente, est uue erreur bien grave.

Cinq gravures sur les gardes illustrent ce traité de la contre-pointe ; nous y trouvons la garde haute et basse de l’espadon, celle du hongrois, du déterminé, même celle du montagnard écossais ; mais de l’efficacité de ces défenses ou de ces

LK SAhlIK.

positions, on ne rencontre pas un mot. Chez l’auteur de ce livre soumis ÿ une haute approbation, le professeur s’efface devant le chroniqueur. Raconter n’est pas enseigner, et en vous lisant, s’acquiert celte conviction, que l’on arrive quelquefois à être plaisant avec les choses les plus graves. En effet, quand vous nous décrivez toutes ces gardes de l’espadon, du déterminé et de l’écossais; n’avez-vous donc pas à dire : La garde basse de l’espadon n’est pas bonne, car pour couvrir sa jambe, on découvre sa tête et son corps. — La garde haute est ridicule, car on est singulièrement ramassé la tête couverte par l’épaule, position anormale et contraire à toutes les règles pour exécuter un mouvement. Que deviendrait, en effet, celui qui consei've cette garde devant une feinte de coup de pointe en seconde pour tirer dessus un coup de figure ou un coup de pointe ? — On louchera toujours plus vite eu menaçant et en tirant dans les lignes horizontales, que le parenr obligé de parcourir des lignes circulaires de bas en haut avec le sahre, arme qui toujours doit fatiguer et entraîner la main.

La garde du déterminé peut conduire à recevoir un coup de pointe dans le bras ; l’élan du coup est alors arrêté. La fausse attaque déterminerait aussi un mouvement de main qui dérangerait la position et laisserait à découvert l’homme qui se croit ainsi garanti. — Un professeur devrait dire ces choses que nous signalons, son ouvrage ne serait pas alors dépourvu d’intérêt.

LE SABRE

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