LE MAITRE DANGEREUX
La |»Uiparl| emporléi d’uno fougue iosonséc.
Toujours loin du droit sens voul chercher leur pensée* (Boiliav.)
Nous avons une variété de maîtres d’armes dangereux sous tous les rapports. Notre profession n’a aucune entrave, aucune
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limite ; on a restreint et fixé par ordonnance le nombn? des bureaux de tabac et les places dans nos marchés ; mais l'on s’établit maître d’armes plus facilement que l'on ne porte un éventaire ; alors de cette concurrence singulière il résulte des malheurs qu’il aurait été facile de prévenir avec un rèfclement de dix lignes.
Qu’on ne se trompe point sur notre pensée, nous ne venons pas demander une marche rétrograde et le rétablissement des maîtrises, mais nous voudrions ce que l’on exige pour presque toutes tes professions, un examen de capacité, et surtout un certificat de bonne vie et mœure ; car malheureusement on entre dans nos rangs, on devient notre confrère, on enseigne à se faire tuer, et on estropie soi-méme, sans que per- •sonne ait à vous demander l’origine de ce mandat que vous avez usurpé.
L’ouverture d’une salle d’escrime repose, dans une grande proportion en France, sur les données suivantes : Un soldat quitte son corps ; habitant des villes, il rentre dans ses foyers, où souvent sa famille lui fait défaut. La domesticité lui répugne; il a oublié l’état qu’il avait commencé avant que la loi l'appelât sous les drapeaux. Que faire? Entre deux verres de vin, une idée l’illumine, sa main brandit la canne qu’il porte ; il a été six mois à une salle d’escrime ! — Allons, parbleu, je serai maître d’armes! A moi, le bourgeois, à moi ! Et il frappe deux appels du pied. A ce signal, le cabarelier remplit encore une fois le verre du congédié. Avec les dix francs qui lui restent do .sa masse, il loue un bouge à crédit, aebèle de rencontre deux fleurets, dont un, celui de son futur élève, aura nécessairement une paille ou une fissure, deux masques, un
LES MAÎTRES d’aRMES.
gant. d(Voupe sa Imtte en sandale, et se fait peindre une enseigne. La salle est prtMe ; gare aux victimes ! Le premier élève, car il lui en viendra, payera les décorations intérieures, les fameux tableaux ipii portent, eiltourées de lauriers, les devises : Gloire à Dieu, honneur au maître !
Et bientôt, à cet homme qui, pendant quelques jours, voyage de la porte de sa salle au cabaret du coin, les reins sanglés d’une mauvaise cravate, il vient un élève, puis deux, puis quatre ; la clientèle se forme ; le maître, d'abord timide, s’enhardit et devient audacieux ; ancien conteur de chambrée, il se pose en beau parleur, cl comme
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire,
notre homme a des échos répétant ses forfanteries ; il a des prôneurs, s’assied sur ses lauriers, pose en roi de théâtre, et arrive le jour où le professeur consciencieux, sage et instruit, l’homme qui honore sa profession, est traité de petit garçon par le fier-à-bras, et présenté à ceux qui fréquentent le bouge comme bon tout au plus pour boutonner les fleurets de celui devant qui, à reiitendre, Saint-Georges eût baissé pavillon.
Les forfanteries de cette espèce de maître seraient supportables à l’aide du dédain, si elles n’t'taient que grossières ou ridicules ; mais elles sont souvent dangereuses.
Il y a le débauché, Tivrogne, dont l’influence réagit quelquefois et trop souvent sur ses élèves. C’est cet homme qui, la vue troublée par le vin ou l’alcool, estropie son élève, et persuade à sa victime qu'elle aurait dû faire altenlion.
Il y a le querelleur, la mauvaise tète, qui, le poing sur la
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hanche, cherche dispute pour le compte des autres, et voit, dans les rencontres dont il est le témoin né, un déjeuner ou un coup d'épée sur lc(iuel il fera mille versions terribles, le soir, dans l’estaminet borj'iie dont il est à la fois le soutien et le tyran.
Ce type, qui heureusement dispai’att de nos mœure, s’est battu partout et de toutes manières; épée, sabre, pistolet chargé d’un côté, amorcé seulement de l’autre, carabine, fusil de chasse ou de rempart, assis ou lié a un arbre , tout lui est familier. Inventez la méthode la plus saugrenue, la plus sauvage, il l’a mise en pratique il y a vingt ans; il a toujours tué par le procédé (jue vous décrivez. Mais si à cet homme terrible, à cet occiseur d’innocents, comme dit Mascarille dans V Étourdi, à ce bourreau des crânes, comme il se nomme lui-mème, vous montrez un peu de fermeté, alors il plie, il rompt, et il faut lui dire comme à un de ses redoutables confrères se battant dans une luzerne : Mon Dieu, monsieur, cessez de rompre, cai’ on sera obligé de vous faucher. A cet homme, i|ui a gravé sur la lame de son épée : ma rapiÈEB ENFANTE l’agonie, et doiit la doviso parait être :
Je ne puis dire heureux qu'à force de trépas, on peut répondre :
Les gens que vous lucz se portent A merveille.
LES MAÎTRES d’ ARMES.
LE HAITHR d’aRMES ORATEUR.
Oui, mais U veut avoir trop (l‘esprit, dont jVnrage tl est iruindé sans cesse, et dans tous ses propos,
Od voit qu*il sc IraTaille à dire des bons roots.
(MoiiiiK.)
Celle varitié dans l’espèce a la voix forlo, la parole dédaigneuse, porle la lèle au vent, sourit du bout des lèvres, s’écoule parler, et veut qu’on l’écoule ; aussi caplive-t-il l’attention en saisissant son auditeur par le vêtement. La langue française est souvent maltraitée par lui ; mais il pose les articles d’un règleineul, le discute à son point de vue, et lorsqu’on arrive à une solution diamétralement opposée à son avis, il soutient être parfaitement d’accord avec celui dont l’opinion a pu prévaloir. Le maître d’armes orateur blasonne comme le maître IjOuis XVI ; seulement ses armes portent la barre d’illégiliuiilé. Il devient maître des cérémonies dans nos réunions ; courtisan empressé des dames, il les place avec attention, leur explique le programme, nomme les bérosde la fêle, et trouve le moyen de glisser un conq)limcnl entre cha(]ue botte dont il donne la théorie. Si l’atticisme du langage lui fait défaut, il compense son insuflîsance par la longueur de la période. Une difficulté surgit entre deux maîtres, il arrive comme arbitre, court de l’un à l’autre des adversaires, et se plaint amèrement de l’abandon fait par ses collègues des manières élégantes et du bien dire. Le professeur éloquent est bon homme , aussi inhabile à une mauvaise action ou à un
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