APRES LA LECTÜHE DE SON MANUSCRIT
Oui, tout homme d’honueui’ cjui reçoit une olleiise Ne voit dans le duel qu’une juste défense ;
Si l’insolente main qui joue avec l’alFront Imprime, sans motif, la rougeur à son front ;
Ou si la calomnie, à l’ombre du mystère,
Fait planer sur sa couche un soupçon adultère ; ’ Ou si brutalement d’odieux agresseurs
oTÜ l.l.lilit A M. (.lIIblKII.
Insullcnt devanl lui ses filles nu ses sœurs.
Il n’ira point gagner une làclie victoire Sur un banc de plaideurs, au cbatnpclos du pi étoire; Il n’invoquera point le timbre de l’huissier Pour blanchir son honneur sous l’encre d'un dossier. Juges, montrez encore aux combattants rebelles Le vieux c'dit royal qui frap[)a Descbapelles, (Convoquez par la voix île nos gardes des sceaux La haute coui', avec sa bâche et scs faisceaux.
Rien n’intimidera cet homme; son épée,
Jaillissant du fourreau devant Thémis trompée,
Lui dira : Laisse-moi ressaisir de ma main
Mon honneur aujourd’hui, |)rendsma tête demain! ...
Mais le duel admis, il faut qu’un code sage En extirpe l’abus, en modère l’usage :
A de nouvelles mœurs demandons d’autres lois.
Nous sommes déjà loin du règne des Valois :
Nos jeunes clercs, épris de stupides querelles.
LhllMK A M. OKiSIlJt.
Ne vont pins établir des joutes éternelles Sur un terrain funèbre, embelli de cyprès^
Entre la Tour deNesle et Saint-Germain des Prés. Ap rès un bal, fécond en folles équipées.
Leurs chapeaux sous le bras, .'i la main leurs épées. Nos marquis ne vont plus se battre au premier sang Devant une lanterne empruntée au passant.
Le .spadassin n'est plus qu'un être fantasti(|ue :
Le soir, dans les récits du foyer domesti(jue.
Ou dépeint aux enfants sa hideuse beauté ;
L’aile de son chapeau planant sur le côté ;
Le sourire agresseur qui gonflait sa narine ; L’effrayant relief de .sa rauque poitrine,
Et, sur les boulevards, son gigantesque pas Labourant les piétons qui ne reculaient pas.
On nous les montre encor, mais peints, en effigie. Gomme des suppléments à la mythologie.
Ou bien comme ces sphinx, ces lutins, ces griffons.
Accroupis aux chenets, ou tordus aux plafonds.
o78 LKITIiK V >1. (.lllSIblI.
La barbarie est morte, et l’bomieur vit encore ! C'est en son nom sacré que la justice implore Un code oîi, flétrissant de sauvages exploits, iMaître, votre parole annonce d’autres lois.
11 faut de ses excès sauver l’honneur Ini-mème.
Il l'aiif qu’à voire voix un tril)unal suprême Décide noblement si l’injure on l’alTront Vaut le sang et les pleurs qui demain couleront.
Il faut qu’en entendant sonner la dernière heure Du malhenrenx enfant t|u’nne famille pleure,
Aucun témoin n’ajoute un faisceau de remords Au cortège qui monte à la ville des morts.
Et surtout tpie la voix et le code du maître,
Sur le terrain fatal oii le deuil va paraître. Proscrivent, pour sauver un amer repentir,
L’arme qui change un homme en mannequin de tir! Elle a sans doute en elle un charme qui nous tente ; Mais employons son bruit et sa double détente A l’enclos de Lepage, où brille le coup d'œil.
i.mnB A ji. GitisiKn. 57'J
Pour gagner des paris sans un crêpe de dtmil.
Oui, l’arme de riiomieiir, eu France, est toujours celle Qui jaillit du fourreau, dans la main etincelle. Tombe comme la fondre, et puis, au meme instant. Se cliange en bouclier aux doigts du coml.'attanl : Ij’arme qui fait bondir le cœur, et continue Un bras nerveux, visant une pintrinc mie j 1/arme qui trahissait Acbille, quand sa main L'e'treignant, d’ilion indiquait le cliemin :
Elle ne donne point, lorsque l’bonneur l’invoque,
A la peur résignée un courage éijuivoque ;
Celui qui, sans pâlir, dans le moment fatal Darde, avec son épée, un bras borizontal.
Des assauts de l’école élève encor novice,
A souvent Iriompbé sur la sanglante lice ;
Et l’écolier, quittant le masque et le plastron. Intrépide, doit vaincre un Saint-Georges poltron.
Un jour, quand le bon sens chez nous sera de mode,
580 LI.TTRE A M. ÜUISIKII.
On verra triompher partout, avec ce code, L’équité de l’honneur, et le principe humain Qui d’un bonheur fatal peut absoudre une main. Maître, l’autorité de vos nobles paroles A dtqà retenti dans toutes nos écoles ;
Et tout homme de cœur attend ces justes lois, Ecrites dans le livre, écho de votre voix :
La main qui le signa peut nous montrer encore Avec un digne orgueil le coup qui la décore;
Un jour elle brisa le llcuret innocent,
(li’cnncmi sous nos murs se levait menaçant,
La grande capitale était envehq)i)éc)
A l’arsenal tie guerre elle saisit l’épée.
Et combattit pour nous, dans ce jour do terreur Qui vit tomber sur lui l’Empire et r?hnpercur
(i) M. üiisior prut montrer In plus honoraltic des cicatrices à sa main droite; c'est à celte glorieuse lilessure que mes vers font allusion. En ISIâi lorsque les alliés nous livrèrent une dernière bataille, sous les murs <l« Paris, M. Grisier était aux premiers rangs de nos défenseurs.