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au violoncelle. Kn irois mois, tous les goujats eu joiieiont; tout le momie aura l’embouchure ! » 11 parait que je parlais tout haut, car uu de mes voisins saxomanes se prit de querelle avec moi, et prétendait me tuer pour me prouver l'excellence des Sax. Cela ne m’aurait pas convaincu; mais la méthode expéditive de démonstration que voulait employer mou doux voisin, me mit encore plus en défiance contre toute espèce de méthode expéditive.
A quelque temps de là, je voyais s’étaler sur tous les murs des affiches de méthodes expéditives pour baccalauréat. Je savais si bien qu’en penser (jue je riais de tout cœur. Sur le dos de certain édifice s’étaient donné rendez-vous trois ou quatre de ces annonces : Discours lalin en trois t?iois, succès infiiillilile, absolument comme la pommade pour faire pousser les cheveux sur les crânes ks plus dénudés. Préparation au complet, 'an scindé et an restreint, on ne paie qu après réception. Comme chez Bilboquet : on ne paie qu’en sortant. La troisième : rallicheur rougissait en la collant ! ttacculanréats et Licenciuts ? Le tout en trois mois, garanti bon teint. Si l’État refuse des parchemins, la maison se charge de fournir à ses frais et dépens la peau d’àne pour en faire ! Et je riais si fort (ju'un monsieur s’arrêta. Je ne m’arrêtais pas. Si bien que j’entamai avec lui une discussion sérieuse, où je lui disais ([u’ou tuait les études ; qu’ou brévetait l’iguorance, qu’ou rabaissait les sciences afin d’y pouvoir atteindre ;qu'i' était imprudent de négliger la précaution que prend le charlatan de Lafontaine quand il demande dix ans pour mettre son baudet sur les bancs ; ([u’à tout le moins, il faudrait savoir assez de français pour eu mettre un peu sur les alfiches.
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Je faillis être pourfendu. C’était, je crois, l'auteur de l’af- Dche qui voulait nie persuader par méthode abrégée.
Enfin, il n’y a pas longtemps, un de mes amis m’aborde. C’est un charmant homme, grand amateur d’escrime, qui tire l’épée comme on manie le bâton, mais grand connaisseur et le meilleur fils du monde.
— Mon cher, me dit-il, voici du nouveau ! Une méthode expéditive pour apprendre l'escrime.
— Merci, lui dis-je, édifié parla seule annonce du sujet, autant se brûler la cerv'elle de suite ou prendre leçon de duel chez ton maître d’armes.
— Bon! toujours la niûme plaisanterie... Écoute-moi.
— A condition que tu m’écouteras ensuite.
— Volontiers. Je te dis donc qu’eu trois mois on apprend aujourd'hui l’alpha et l’oméga, le fin du fin. Les élèves de f inventeur font des assauts magnifiques ; c’est examiné, constaté par des connaisseurs, c'est adopté. Passons féponge sur les vieilles erreurs de routine. Es-tu conx’aincu?
Vous voyez d’ici que mon ami raisonne comme il tire f épée, et je vous ai dit comment il tire l’épée.
— Pas tout à fait, répondis-je. Voici pourquoi :
Autrefois, on mettait dix ans à savoir qu’on ne savait rien
en matière d’escrime, comme en toutes sciences. Aujourd’hui, en trois mois, on sait tout, et on va se faire tuer de confiance ! Mais, malheureux, en trois mois on a tout au plus le temps de se dire qu’il n’y a pas do moyens nouveaux de hâter les opérations de l’esprit ! M. Jourdain avait fait de la prose trente ans sans s’en douter ; il fut bien étonné quand il l’apprit : mais aurait-il jamais cru qu’il en pût faire par un
Lh’mtKS A M. GKInIKII.
autre procédé (pie celui (|ui lui avait servi trente ans à son insu? La vapeur fait mouvoir, une locomotive; mais elle ne peut rien sur l’intelligence humaine ; il n’y a pas de méthode à la vapeur.
Savoir les armes, c’est connaître à fond tous les moyens d’attaque et de défense ; c’est deviner son adversaire ; c’est être sûr que l’esprit verra promptement ce qu’il faut faire et que la main lui obéira à point nommé... et mille choses encore, au bout desquelles on ne sera jamais certain de n’avoir pas oublié justement celle qui empêche d’étre tué! Combien ces leimns en trois mois? J'ai bien peur qu’il n’en coûte quelque bon coup d’épée aux écolici's trop crédules.
Je veux bien que tel élève de six mois soit plus savant en escrime que tel prévôt de trente ans. Que prouve cela? Complétez donc l’annonce par les coups de caisse de rigueur et dites : un édève de six mois battra le premier venu. 11 est vrai qu’on pourra vous demander : comment font les élèves decette salle pour se toucher les uns les autres? \ cela, réponse toute prête ; Ils font des assauts magnifiques. Fort bien ; mais l’iiiventeur du .système, se reposant sur ses élèves du soin de le faiie valoir, me rappelle Pantagruel laissant Panurge discuter contre l’Anglais. Nous n’admettons pas l’a fortiori. Tournez-vous, de grâce. Faites-nous voir les coups de bouton (pie vous a coûtés votre invention : car ce n’est pas, j’imagine, dans son fauteuil qu’on invente un nouveau mode d’escrime ni d’enseignement de rescrinio! Paraissez en jniblic : c’est bien le moi ns que vous nous démontriez qu’il e.st d ifficile de vous tuer avant de prétendre nous montrer à nous défendre.
LKT'llIKü A lU. GISISIEn.
Qui (loue jiiMju’ici a jugé 1(î memulleux invenleur? Toi, ou des gens de ta force. Tous les tribunaux du monde n’y font rien. Ils se composent, pour moi, d’un seul homme. 11 fallait aller dire au roi do l’escrime, à Grisier : venez et voyez ! — 11 serait venu ; (pi’aurait-il vu ? qu’aurait-il dit? Je ne sais, ou plutôt je le sais fort bien.
Il aurait dit à l’inventeur : « De giùce, monsieur, ayez pitié de moi! Depuis (piaranfo ans et plus, j’eludie tous les jours, et je mourrai désespéré à l'idée qu’il y a peut-être dans mon art des choses que je n’ai pu apprendre. De grâce, donnez-moi trois mois de lc(;ons, et je mourrai content ! »
11 ne manque ]dus qu’une chose. 11 faut que l’inventeur résume en trois pages ces leçons de trois mois. Quel beau petit livre cela fera ! C’est bien la peine (]ue Grisier imprime la troisième édition de son grand ouvrage; qu’il remplisse ses carions des manuscrits du second, et qu’il promette de nous le donner dans deux ans ; qu’il y accunude les observations et les préceptes sur les finesses de l’art ; qu’il nous y entretienne de tout ce qui touche à l’escrime ; des assauts, des duels, des témoins, des salles d’armes, des prévôts, des maîtres, des élèves; qu'il sème dans ces pages les anecdotes les plus curieuses. Tout cela disparaît, s’évanouit devant le traité eu trois pages que nous intitulerons : hi Science infuse de l’escrime!
Voilà, mon cher, comme je suis convaincu.
Et je laissai mon bâlonniste un peiidé'concei'té.
A quelqiKîs jours de là, il m’entiaîne. L’inventeur daignait tirer dans une salle où mon ami avait entrc'e. Je le suivis. Je m’attendais à bien, mais j’eus mieux que je n’attendais.
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L’hüiimie prodige fut criblé de coups droits et autres. Si du moins ç’ avait été par iin de ses élèves!
— Que diable veux-tu, me dit mon ami, défendant à outrance un malheureux qui se défendait si mal, que diable veux-tu ?... Il n’a pas pu se donner leçon à lui-même !...
Je conclus de là, mon cher maître, (jue M. Jourdain est un professeur fort sage quand il dit à Nicolle : « Tu pousses tierce avant que de pousser quarte, et tu n’as pas la patience que je pare ! »
Je conclus encore qu’il faut être votre élève pour savoii' se défendre, non-seulement d’un dégagement ou d’un coupé, mais de l’aveuglement et de l’outrecuidance, plus funestes que la plus terrible é|)ée.
Vous avez été assez bon pour me permettre de feuilleter le manuscrit de votre second ouvrage. Nous y trouverons de l’esprit à pleines mains, et le dernier mot sur ce qui regarde l’escrime. Dites-moi, maître, si au chapitre des ÿi-osses balourdises vous n’ajouterez pas une page sur les méthodes expéditives?
Comte D’i***.
Paris, 13 janvier 1SS2.
TABLE DES MATIÈRES
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