‹ Les armes et le duel, ouvrage agrééChapitre 106 sur 197 · MANIÈRES · texte numérisé non relu

MANIÈRES

J'ai lu dans les Souvenirs d'un voyageur (feu M, le baron de l'EscalIier, pair de France), qu'un poëte indien avait composé un poëme de cent mille vers sur les amours d'un ciron; j'avais pensé que c'était une impression de voyage, maintenant je crois au récit du noble pair. Les chapitres sur les

feintes m'ont convaincu. Mais, de même que M. de TEscallier nous a fait grâce de son poëme indien, je renonce à fatiguer mes lecteurs de l'énumération soporiGque dont j*ai été par position la victime.

Dans un traité d'escrime, en évitant les sentiers trop battus, on doit aussi rejeter les épines et les ronces qui entravent la marche. Parlons des feintes lorsque nous le jugeons néces^ scarCf mais présentons surtout, avec ce que nos devanciei*s et nos maîtres ont laissé de bon et d'utile, nos réflexions et les modifications nouvelles que l'expérience el Tétude nous enseignent. Chaque jour amène un progrès, le livre de l'esprit humain a toujours une page blanche ; la loi du développement intellectuel est immuable ; on a bien perfectionné l'escrime depuis le seizième siècle. Nos successeurs, profitant de nos labeurs^ ajouteront encore à notre enseignement, et s'ils daignent nous emprunter quelque chose, au moins ils n'auront pas, avant de trouver ce qu'ils voudront bien remarquer, à lire l'interminable chapitre des feintes, dont nous sommes décidés à ne pas grossir notre volume.

Je ne veux pas expliquer les feintes une à une, employer cent pages pour dire de toutes ce que je puis dire comme exemple et comme guide de la feinte Une-Deux, qui, prise de la position de quarte dans les armes, trompe tierce, le demicercle, car il y a toujours une place vulnérable dans la ligne haute de l'adversaire. Cette feinte, Une-Deux trompe celui qui aurait paré prime, croyant qu'on lui tirait un dégagement sur les armes ; elle trompe encore celui qui parerait tierce et demi-cercle la main basse. Elle peut mettre en défaut celui qui voudrait parer tierce et le contre. Le coupé dégagé n'é-

Mi RÉFLEXJOrfS Et a LES ABllES.

tant autrô que rUne-Deux prise d*inie autre manièrei trompa égalanieut les parades que je viens d'anuoncen

Si je joins uu temps de plus à cette feinte Une-Deux, cela nfobligo u des indicalions beaucoup plus nombreuses et d'un ennui pou snrmonlablep Enfin, il ne faut pas taire l^iDJure aux maîtres de croire qu'ib ignorent les premiers èlémeuti' de leur art; en effet, comment dire à celui qui s'intitule pro* fesseur\ qu'il y a la feinte Une-Deux-Trois, qui trompe deui parades simples, et le doublé qui évite le contre; que h doublé dégagé a été inventé pour ne pas tomber dans la parade d*un contra et d*uu simple; qu'il exista la feiiite seconde pour tirer sur les armes, etc., etc.? On me répondra : mail nous écrivons cela pour les élèves. Oh ! alors, ceci est beaucoup plus fort^ car jnsqu aujourd'hui personne n'a prie leçon uniquement dans un livre, et si cela arrivait uu jour, il fau-» drait encoro avoir en même temps recours à un professeur*!

Le dernier passage de la pointe indique la ligue et le coup que Ton veut porter, ou celui qui a été touchée

DE LA MANIÈRE DE TROMPER LES CHANGEMENTS OU ENGAGEMENTS d'ÉPÉE ou LES ATTAQUES A l'ÉPÉE.

Le système des compensations trouve des applications con« stantes en escrime, Técueil est à rentrée du port. Les avaiK tages de l'attaque sont égaux aux dangers qu'elle préseuta^ Dans une attaque au corps, si Ton procède par attaque à votro épée, vous avez le droit de tromper le mouvement de l'advei^ saire ; mais s'il attaque votre corps, non-seulement vous ii'a^ vez plus ce droite mais vous pouvez être perdu si vous eo

rjIf Axions scn les armes. 343

usez. Et cependant rien n'est plus facile que de confondre ces deux opérations. Les preuves de mon assertion sont noohbreuses.

•Lorsque l'adversaire a bien combiné un coup d'armes, que vous le voyez s'organiser pour vous le porter^ alors changez l'épée subitement, et soyez assuré que vous avez rompu son dessein.

Le double engagement est la répétition du premier ; il s'emploie pour occuper l'adversaire et l'attaquer à la suite de ce mouvement.

C'est une erreur de croire que le double engagement ne doit s'o^Lécuter que dans les lignes hautes.

Pour bien faire le double engagement en marchant, il faut lever le pied dans le moment où l'on touche l'épée adverse dans le premier engagement, et le second se fait en s'emparant de l'épée de l'adversaire au moment môme où vos pieds terminent la marche ; toucher ainsi l'épée vous prouve que vous n'êtes pas trompé sur vos mouvements ; ce serait trèsdangereux si l'on effectuait le double engagement de toute autre manière, puisque l'on sait que, par exemple, oti ne doit pas engager l'épée en marchant, mais bien marcher après avoir engagé.

On a tort de présenter comme une diflBculté le moyen de tromper le double engagement. Mes élèves sont tous persuadés de la simplicité du mécanisme de ce coUp. Tout le secret consiste à supporter le premier temps de l'engagement et à tromper le second.

Pour tromper rengagement, il faut bien garder la ligne dans laquelle on se trouve Couvert, ne pas lui faire subir le

344 BÉFLKXÎOîîS Sin LES ARUKH.

plus petit écart, puisqu'elle est eMctemcnt celle dans Ta* quelle vous allez tirer.

Pour exécuter des feintes sur les préparalioDS d'attaque de Tadversaire, il faut un doigté parfait, uue alteution seule'- 1 nue, un sang-froid admirable, une grande retenue de corps.

Il feut aussij et les maîtres roublient, faire tromper le^^ double engagemeut dans les lignes btisses.

Il faut aussi tromper le double engagement de ceux qui le font en employant des coupés pour prendre Tépée des deux côtés. M

Les doubles engagements ont été imaginés pour garantir la marche que Ton fait ; c'est nne bonne chose, Uengagement simple qui précède la marche est aussi Irès-bien lorsqu'il a pour but do se faire tromper et que la pensée a préparé la parade que Ton doit prendre en cas de surprise-

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