‹ Les armes et le duel, ouvrage agrééChapitre 114 sur 197 · DES COUPS DE TEMPS ET DES C0U1>S DARRÊT · texte numérisé non relu

DES COUPS DE TEMPS ET DES C0U1>S DARRÊT

L'emploi des coups de temps avec l'intention de s'en servir pour tirer réellement n'a jamais eu mon entière approbation. Je préfère les voir utiliser comme moyens d'inquiéter l'adversaire. A l'appui de mon opinion j'apporte les données suivantes : pour prendre un coup de temps avec succès, il faut connaître d'une manière certaine la ligne dans laquelle tire l'adversaire ; il est bien évident que, connaissant cette ligne, votre sûreté sera plus garantie en parant et ripostant,

ilÉrLEXlCJNâ Si:it LES ARJiEH.

car en employant co mode^ vous mn Tavanlage him pr cieux dï'carler Fépée emitîmio,

Unhomnie maiche-l-il avant d'atlaquerî on peut en conclure qu'il a voulu prendre une dislance convenable* Avec du coup trœil, de la présence d'esprit et de la justesse^ an peuli on tirant juale au moment du pied levé attaquer pendant mareho un pareil adversaire au lui prendre un coup d'arrêt A

Mais ceux qui rende ut dans leur course le coup d'mrét presque impossible sont ceux qui viennent, avec la plulf grande vélocité, frapper leur pied gauche au taloû droit qu'ils poussent violemment en foiçant la janibe droite à se développer, réunissant avec une extrême rapidité les deux tem[ss de la marche et de la feinte* Ils rendant on ne peut plus daugereuse la tentative de les arrêter par des coups de temps, ^

' L'usage du coup de temps ou du coup tt arrêt, dans loulelB les conditions possibles, demande Tobservation continuelle d'une bonne opposition ; agir différemment serait violer le principe fondamental de Tescrime.

J'ai quelquefois honte d'être forcé de répéter ce que des amateurs savent aussi bien que moi : que le coup de temps se prend de pied ferme avec opposition sur l'attaque de l'adversaire développé ; que si l'on forme une attaque sur un homme qui marche pour parer, cela se ndhiliie attaquer dans la marche ; que si la marche est faite pour attaquer et que l'on tire pendant celte marche et qu'on touche, cela s'appelle coup d'arrôt.

Prendre les coups de temps et les coups d'arrêt par diBS contres diminue les chances de danger. Menacé d'un dégage-

menl sur les armes, rompez et parez tierce. Êtes-vous poursuivi, et redoutez-vous un autre dégagement dans les armes, enveloppez Tépée ennemie au contre de quarte sur les armes, et tirez de manière que les deux mouvements n'en fassent qu*uD. Cela se fait ou peut se faire dans les lignes hautes ou basses, en subcfrdonnant les mouvements aux positions que vous occupez.

Si Ton tte songeait aux résultats funestes que peuvent amener les coups de temps pris d'une manière inopportune, on rirait volontiers en entendant les parois des salles d'escrime retentir des exclamations glorieuses do ces singuliers amateurs qui, après dix coups pour coups, ont vu le hasard, favorisant une fois leur maladresse, leur permettre de prendre un coup de temps. Ces cris joyeux s'élèveraient moins souvent encore, si les maîtres, préférant l'utile au clinquant, prépamient, au moyen de leçons prudentes, leurs clJVes contre ces mouvements, et s'ils ne toléraient pas dans les assauts ce qui serait impraticable dans un combut réel.

On dit depuis trop longtemps : le coup de temps pris eu opposition dans le dehors haut couvre mieux que celui du dedans, et l'on croit que c'est le bras qui en est cause; erreur impardonnable. 11 est si facile de voir et de comprendre que cela vient de ce qu'il y a plus de corps en dedans 'qu'en

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dehors!

On dit encore : le Bjpup de temps pris en dedans ne garantit pas assez celui qui le fait, d'autant plus qu'il est impossible de savon* à quelle hauteur l'adversaire portera son coup d'attaque. Dans le doute où l'on est, il ne faut jamais prendre le temps la main de quarte en supination. On risque-

356 EÊFLEXIONS StjR LES ARHIS.

rait de manquer la ligne de répée ennemie. Il ne faut Tion plus, et je le recommande bien^ ramener répée de Tadversatre dans la ligne basse du dehors (octave), la main en supination, car on ferait passer répée ennemie devant soa corps dans un moment bien datigereux^ puisqu'alors elle airive sur lui. Il ne reste donc plus que la flaucounadej quij faite la main en pronatiou, dans la ligne de quarte basse en dedans, a Tavantage de ne pas faire passer Tépée devant soî, de maintenir le faible de Tépée avec son ïoii et de placer la pointe au corps avec un mouvement qui n'est pas si large que celui d'octave, qui maîtrise mieux répée et qui enOn expose beaucoup moins.

Sur des feinlcs, il y a plusieurs manières de prendre h coup de temps; V Au début de la première feitite (avec opposition), ayant jugé que l'adversaire en ferait trois ; 2" après avoir paie les feintes, prendre le temps à la dernière avec opposition ; 3* eufnij il est toujours bon de prendre le temps sur des feintes qui sont faites lentement ou sur celles qu'on simule dans le seul but d'effrayer.

Sur Une-Deux vouloir prendre le temps au premier mouvement me semble offrir des chances désastreuses ; je ne tenterai jamais ce coup que sur des feintes composées de trois temps. r;

Le proverbe : à trompeur trompeur et demi, m'a souvent fait penser à l'étude du coup appelé le temps du temps, et que nos maîtres actuels laissent dans un oubli bien peu mérité selon moi. Ainsi, par exemple, paraître accepter toutes les conditions que se ménage un adversaire pour nous prendre un temps et l'envelopper lui-même dans le réseau qu'il avait

préparé, est, selon mer, une des feintes les plus savantes et les plus gracieuses de notre art.

DU REDOUBLEMENT OU DE LA REiMISE.

11 faut toujours parler de la remise avant le redoublemeiit^ car la remise est un coup plus simple, elle expose donc moins. Les tireurs sans esprit, sans réflexion, sans calcul, tirent et redoublent de suite sans s'inquiéter des malheurs qui doivent résulter de cette extravagance. Les hommes de talent ne redoublent qu'avec la persuasion qu'on met trop de lenteur dans la riposte ou qu'on ne la fait pas du tout.

Toutes les fois que, sans vous relever, vous portez un second coup, vous faites une remise ou un redoublement. Mais il existe une distinction importante : c'est une remise, si vous replacez votre épée exactement dans la ligne où vous avez tiré ; c'est un redoublement, si vous portez un coup dans toute autre ligne.

Avant d'exécuter un redoublement^ il faut avoir attaqué plusieurs fois et s'être convaincu que l'adversaire ne riposte pas, et encore ce mouvement peut être fatal ; car si Ton a manqué de riposter dix fois, on peut enfln s'y décider.

Les redoublements faits en même teqg^ que les ripostes ne sont pas toujours des fautes. Je ne conseillerai jamais de redoubler sur l'homme qui riposte, mais j'avouerai qu'il y a cependant certaines exceptions où le redoublement, ainsi exécuté, peut être dans le vrai, quoique téméraire.

— On peut redoubler dans toutes les lignes.

Vouloir redoubler 1 — tous les tireurs ont cette malheu-

Teuso Iendanc43 ; heureux ceux qui s^ipcrçoîveiU à leur tléliut que cette Fatale uiauière de faim des anntîs est mi dehutiiiie tout principe et enlève toute sécurité !

llïi nmtlro prudent indique les dangois de celto faute, et lorsqu'il fait travailler les redoubleineiils, il a le mm de prévenir l'élève que c*est dans le but unique de donner de la vitesse à son bras.

Nous avons déjà dit que les hauteurs d'épée étaiani relatives ; donc, il ne faudrait pas redoubler avec une grande élévation de maîn sur celui qui aurait paré tierce ou quarte un peu bas^ par la raison que vous laisseriez Tépée ooneniiô sous la vôtre, ce qui serait un danger réel pour vous ; k }\\m forte raison si Ton a paré bas, seconde ou demi-cercle.

H arrive tpio Ton juge d'avance qu'où pourra faire \m redùtiblement. Ouelquefors on en doute, alors on attend le moment favorable, qui est Texagération d'une parade de l'ennemi sans riposte.

La remise ne doit (comme le redoublement) s'entreprendre que lorsqu'on a acquis la certitude que la riposte sera lente ou ne se fera pas. Il faut savoir encore, afin de la faire avec sûreté, quel est le défaut de la parade de celui que vous attaquez. Lorsque vous le connaissez, votre remise peut èlre bien faite si vous ^z le soin d'avoir une bonne tenue d'épée; car il s'agit de déplacer celle de son adversaire ou de lui barrer le chemin.

La remise ne suppose pas un temps perdu ; celui qui la fait doit, au contraire, agir avec la plus grande vélocité ; car, dans le temps qu'il perdrait entre son action et l'attaque (remise), il pourrait se faire toucher. 11 faut que la remise

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soit si rapide que vous puissiez* comme par un coup de temps, barrer le chemin à Tépée ennemie, dans le cas imprévu d'une riposte vive du tac au tac.

Je sais que l*on fait avec succès dans les assiiuts des remises en forme de coups de temps sur celui qui riposte ; cependant je ne conseillerai jamais cette témérité dans un duel.

La remise, ainsi que le redoublement, peuvent venir quelquefois et heureusement de Tinspiration ; mais ces coups seront toujours plus dans la vérité lorsqu'ils proviendi*ont du calcul et de l'observation scrupuleuse des règles de Tescrime.

On est quelquefois forcé de se répéter dans un ouvrage qui a pour but principal d'établir de bons principes qui peuvent sauver la vie ; je dirai donc encore : La remise se fait toujours par le coup droit* Le redoublement se fait dans la ligne opposée à celle où l'on a tiré.

La remise par une fausse retraite est très*bonne, si on la simule en sentant le fer, avec l'intention première de parer la riposte et de ne remettre l'épée au corps de l'adversaire que lorsqu'on voit qu'il n'ose pas riposter.

Dans ce cas de fausse retraite, si l'adversaire dégage dans la ligne opposée à celle dans laquelle vous ^tenez, vous pouvez lui prendre un coup droit couvert au moment de son passage. 11 faut nommer cette action du nom qui lui est propre, c'esi un coup de temps; mais il expose beaucoup trop* 11 faut connaître ces mouvements, mais ne pas les employer en duel. Ces coups de temps peuvent se comparer à ces mots qu'on apprend dans toutes les langues, mais qu'on ne vou-

%&^ ntnmiom sim les armkb,

tirait pas !*«5péter en bonne cowipagDie, car ils comproïrïettraient.

Je ne puis comprendre qu'il y ait des tireurs qui fassent la fante d'allaquer à dessein hors de la ligne du corps, dans Fespoii de placer ensuite une remise. D'autres, élanl fendus^ simulent des contres pour se les faire Irompm' et prendre des coups de temps.

Celui qui ne li poste pas s'expose aux redoublements, ainsi que celui qui pare et fait de trop grandes retraites de corps, ce qui ralentit ses ripostes.

Le redoublement ne se fiiit qu'après une attaque fort décidée, on le place sur l'Iioinme qui ne riposte pas ou sur celui qui, en paranl, fait une retraite de corps.

Ne tentez jamais de remise sur le tireur qui riposte du tac au tac et avec vitesse; vous lui donnez, ou ne vous relevant paSj le temps nécessaire pour que sa riposte vous atteigne.

Avant de tenter une remise, il faut préalablement être convaincu que l'adversaire ne riposte point ou ne riposte pas vite, ou qu'il riposte en perdant un temps ou en quittant la ligne, ou que d'abord il fuit pour rentrer de suite en mesure; ce dernier cas est plus certain que les autres.

Un bon amateur doit savoir, avec la méthode, combattre toute espèce de j€«ix : un de ceux qui sont le plus difficiles à vaincre est celui des remises et des temps incertains. Exemple: on porte un dégagement dans les armes, et l'on gêne voire riposte en voulant faire une remise ; évitez-la en parant une seconde fois quarte, ou après la première parade de quarte, croisez l'épée, ou flanconnade.

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