ATTAQUE
Contester l'avantage d'une haute stature est impossible. L'homme d'une taille exiguë doit, avant de marcher, se faire un thème de parades, les changer souvent pour éviter qu'on ne les lui trompe, et feinter continuellement pour inquiéter son adversaire. Dans ce dernier travail, il doit encore se garantir contre toute surprise, et c'est après Tobservation minutieuse de tous ces soins qu'il peut attaquer.
RÉFLEXIONS SVn LË5 àhiies.
L* homme (V une grande taille, au contraire, inquiète lei petit sans être lui -même inquiolé, el lorsqu'il sent que Ton gagne la mesure sur luî^ il fait uoe retraite et annihila tout lé travail de son adversaire.
Ce n'esl point à mes yeux une objection sérieuse que celle ' qui refuse aux hommes d'une grande taille la vigueur desj jambes, l'agililé , et leur attribue la mollesse* — Il faull prendre les adversaires avec des moyens égaux ; mais encore i en supposant à l'homme d'une grande taille une partie des! défauts que nous venons de mentionnerj en lui doimant un] anlagoivisle de petite taille et pourvu de tous les autres avatHJ tages, il y aurait toujours peut-être un équilibre difOcile àj rompra.
En commençant nu assaut, il faut toujours croire que votre j adversaire vous atteindra d'une tiès-grande distance.
Une faute bien générale chez tons les maîtres est de parler ' des coups avant de parler des parades; ils sont de l'avis de Molière, qui n'a eu qu'un tort dans sa vie, celui de dire : « Les armes ne consistent qu'en deux choses, donner et ne pas recevoir. » Comme professeur, il eût dit le contraire.
L'attaque demande beaucoup de jugement, car elle a pour but d'étonner, de prévenir l'adversaire et de neutraliser tous les moyens dont il peut se servir. Les meilleures sont celles qui ont été bien calculées.
Mais toutes celles qui sont faites sans causes déterminantes, et qu'on veut appeler attaques d'inspiration, doivent changer ce nom contre celui d'attaques insensées.
On est souvent très-compromis dans des attaques assez bonnes; exemple : On vous livre un dégagement, vous le
faites, c'est naturel ; que peut-il arriver? Que vous louchiez ou que Ton vous pare ; sans doute, disent en riant les plus forts amateurs, voilà tout , il ne peut exister autre chose. Voyez Terreur, et comme elle compromettrait : sur ce dégagement, on peut vous tirer un coup droit avec opposition ; on peut même dégager en même temps que vous, en se couvrant, et comme l'ignorance se fourre partout, on peut lirer dessous, ce qui est une faute sans doute; mais, Tépée à la main, vous ne pouvez pas obliger votre adversaire à bien connaître les armes et à exécuter avec pureté. Ainsi la première attaque que l'on veut faire doit, sans exception, être précédée d'un faux temps qui consiste à menacer avec opposition dans la ligne découverte de l'adversaire, se tenant prêt à parer, s'il voulait en même temps pénétrer dans celle qui offre un passage à son épée.
Il est mieux d'attaquer sur les marches ou les préparations de l'adversaire.
Comme je viens de le dire, on est très-souvent compromis dans des attaques assez bonnes, tandis qu'on se tire d'affaire quelquefois avec une mauvaise parade; d'où je conclus qu'il faut donner la préférence à l'action de parer, à moins qu'on ne soit d'une bien plus grande taille que celui que l'on combat.
Une attaque dont on ne parle jamais et qui est, je crois, la plus dissimulée, c'est celle qui se fait subitement en abandonnant les parades que l'on exécutait par ruse, et comme un homme inquiet, pour détacher une attaque dont on a d'avance calculé la réussite.
On conduisait autrefois un coup simple ou une feinte là plus près du corps de radversaire> à six pouces environ, pourj inquiéter autant qne possible ; et lorsque, eu Irai née par peur, la main do Tadversaire s'eniporlait, on paissait du côtéj opposé le coup décisif médité d'avance.
Ceci de nos joui^s est encore très-bon , seulement il fau avoir la précaution de disposer ces sortes de coups avec intention première de parer. Le coulé peut donc se faire toujours, mais il ne faut pas avoir la naïveté de croire qu'où ne peut pas dans ce mouvement être attaqué et surpris.
Attaqué au début du coulé, la parade est certaine ; Tadver^saire au contraire hésite, il n'a pas compris qu'il^n^tait prévenu. Quand on a reconnu chez son adversaire une timidité qui paralyse ses moyens, alors on peut employer cette méthode dans le but de porter un coup décisif.
Créé spécialement pour tenter une réussite, on l'essayait dans la ligne droite ou le dégagement, et son but unique était de forcer l'ennemi à venir à la parade (là était l'erreur).
L'homme timide y viendra effectivement , mais l'homme déterminé voudra peut-être attaquer sur celte préparation , et c'est toujours cela qu'il faut prévenir et craindre. Pour se servir utilement du coulé, le problème à résoudre est double. Prévoyant une attaque pendant vos mouvements, employez le coulé, mais dans le but unique de parer dans la ligne découverte et opposée à celle que vous devez couvrir en menaçant. Êtes-vous certain que l'on craint vos mouvements? Êtes-vous sans inquiétude sur votre exécution? Menacez franchement avec l'intention d'une attaque réelle.