SEULS FRAPPÉ, ET CE NE SONT PAS LES TÉMOINS
Placé par position parmi ceux auxquels on a recours comme conseillers dans les questions de rencontre individuelle, éclairé par l'expérience, fort des résultats obtenus déjà, j'ai cru devoir exposer la ligne de conduite que je me suis tracée et que je trace aux autres à propos des combats singuliers.
Si l'on veut seulement chercher auprès de moi l'homme pratique, enseignant une parade ou une attaque, et ce cas est bien rare, je mets promplement à la disposition de mon élève mon savoir en escrime et mes conseils ; mais si, comme j'ai toujours été assez heureux pour avoir mérité celte confiance, on veut bien m'initier aux causes du duel projeté, j'apporte toute mon attention lorsque l'on argue des faits antérieurs, car de leur exposé sincère découlent des conséquences importantes pour la suite des événements.
Je demande donc un récit exact et consciencieux ; je cherche à reconnaître de quel côté sont les torts, et si mon client m'avoue qu'il est l'auteur de la collision, ou si je le reconnais moi-môme, j'en appelle à sa probité, ii sa conscience, pour arriver à éviter une lutte toujours déplorable, mais plus terrible encore quand on est l'agresseur.
Le choix des témoins est le premier avis à donner. Les bons
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lémoiijs sont fares; aujûunrhui surtout ils suut preMiueintnmvJihlos. Lacraîïile des tribunaux remporte sur la sociahi- Hté (1); un tt^moin (2)/ homme do cœur seulemeutj est incomplot, il In faut caliaOj spiriluel, toujours digue, ayaul le senimittnt des devoirs qu*il a acceplésj ptîuélré da ropioioi (h Gœthe : Le sens commun est le génie de rhuuianile
Les dispositions couciliatrices sont-elles riyetécs, la prenfiièra pensée a laquelle on doit s*arrèler» en présence int^uic de tous les tétnoigniiges ut de toutes les asserlions, e^l quo Feunenn que Ton doit combattre connaît les armes qu'd a fait piojjoser ou qu'il a été eontiainl (raccepter. Cent fois ceti idt^e heurenseuïenl coinmuniqyée à ceux qui m'ont appelé leur secours eu sendjlable cireonslancej les a préservés d'u malheur que lioi^ ite croyance dans rinhabileté présumée oi annoncée rie leur antagoniste pouvait amener pour eux
On snp|iosora donc toujours, et Ton tlira :
— Mon adversaire a pratiqué l'escrime.
On étudiera scrupuleusement la conformation physique de son ennemi, on s'informera de ses facultés intellectuelles, de ses dispositions au calme ou à l'irascibilité.
Ces préceptes ne sauraient être négligés, ils contribuent à modiQer la règle de conduite à tenir ; on sait déjà si l'on doit,
(1) La législation, dont M. Dupin sVst fait le champion continuel, empêche aujourd'hui un grand nombre de personnes d'accepter la mission de témoin. On a iTcours. dans la rencontra, aux soliîats ou à son médecin. Les premiers asBislrnt les bras croisés à un combat dont les conséquences les intéressent fort peu; le second, étranger pour la plupart du temps aux questions de duel, n'arrive que pour panser un blessé, mais décline toute autre responsabilité.
(2) n n'est jamais venu à l'idée d'un Français que Ton pût lui refuser d'ètr» son témoin.
tout en se maintenant prêt à parer, devenir agresseur ou garder la défensive.
Avant de se placer en face de son adversaire, on a dû réfléchir aux moyens à employer.
On a dû se faire une loi de la prudence et du courage.
La première pensée doit forcément être celle de parer, car si tous deux se présentent avec Tintention d'attaquer, ils peuvent se tuer ensemble, personne n'ayant accepté la défensive.
On doit non-seulement vouloir parer, mais il faut toujours en parant rompre un pas, et cela dans le but d'éviter toute surprise et de se donner le temps d'étudier son ennemi.
Si, craignant une mort certaine, l'adversaire ne se décide pas il attaquer, ou si l'ennemi attaque en môme temps que vous, il sera nécessaire de passer k la question des faux temps et de les produire ; alors vous trouvez indispensable de parer et riposter.
Lorsque enfin on a parfaitement reconnu qu'on n'a rien à craindre d'un hounne conmie assaillant, il faut alors le devenir et se déterminer aux attaques simples, telles que coups droits, froissés, croisés.
Il ne faut pas oublier que la retraite doit toujours s'effectuer avec la plus grande vélocité après chaque attacpie.
Lorsque l'on comprend la nécessité d'avoir recours aux feintes, il faut préalablement recommencer les faux temps en les indiquant pour s'assurer de nouveau qu'on n'attaquera pas dans leur action.
Après chaque attaque, il serait bien de rompre un pas. 11 faudrait agir ainsi toutes les fois que vous ùtes inquiet ou troublé. Mais où la retraite est de la plus indispensable uéces-
ItÉrLEKlÙNS SUli im JkfkUE^,
sitéj c'est lorsqu'un a louché ladvet saire , car on a vu des hommes qui, en apercevaul leursaogT ^^ sont précipités siir leur ennemi.
La parade simple etafll celle qu'on doit employer lursqaiiii a bien jugé un coup, on comprend faciienieut qu'il faut donner la pniférence aux parades de Conlresj puisque ce soat celles qu'il faut employer dans le doule.
Nous avons apporté bien souvent dans dès questions de duel le fruit de notre expérience, nous avons déûni les préceptes et les règles à suiwe, et nous sommes heureux et fier de pouvoir dire que tous ceux qui ont bien voulu recourir à nous dans ces questious d'existence^ ont compris et éprouvé que cette moralisation du combat dont nous avons pris on uïain la cause, n'a jamais périclité avec nous.
Les positions respectives de rhonmie qui attaque et de celui qui reçoit une injure doivent être bien définies^ et touj ce que nous avons lu sur ces questions importantes ne nous a jamais entièrement satisfait.
Nous avons lu dans plusieurs ouvrages de singuliers aphorisnies à Tégard de celui qui offense et de celui qui supporte l'agression.
Il en existe un entre autres qui nous a paru le comble de l'excentricité : Qui frappe touche, dit un auteur, et qui touche est Voffenseur, en dépit de toute insulte préliminaire.
Nous comprenons difficilement cette théorie, et comme nous suivons volontiers les préceptes d'Horace, tout en les modifiant quelquefois, nous basant sur son opinion :
Scgnîus irritant animos demissa per aurem Quam quœ suot oculis subjecta lidelibus.
RÉFLEXIONS SUIl LES ARMES. 433
nous prendrons un exemple dans la vie ordinaire pour combattre celte assertion.
Un homme veut assouvir sa haine contre un autre, il sait que celui qui frappe a pour lui tous les droits de régler le combat. II injurie son adversaire dans tout ce qu'il a de plus cher ; il amasse contre lui les inculpations les plus terribles et les plus offensantes. L'autre, dont la patience est enfin épuisée, lève le bras et frappe ; ce code le déclare l'offenseur, et celui qui l'a mortellement injurié, choisissant l'arme qui lui convient, ravit facilement une existence qu'il regardait comme une proie assurée.
J'ai recommandé dans mes conseils un examen sévère de conscience avant la provocation ; aussi ni'est-il difficile de comprendre comment on peut remettre à la voie du sort le règlement d'une provocation à la suite d'une discussion dans laquelle les lois les plus strictes de la politesse et du savoirvivre ont été suivies. A un homme qui me provoquerait dans de semblables conditions, ce ne seraient point des témoins, mais un médecin que j'enverrais.
Il y a certainement bien des genres d'insultes, de provocations ou de matières à duel.
L'offense simple, pour laquelle il faut toujours s'empresser de faire des excuses.
V offense avec V insulte. Celle-là demande des excuses plus empressées, et môme écrites, s'il y a eu des témoins de Vinsuite.
Linsulte avec coups et blessures. L'homme provoqué par des coups a le droit incontestable de choisir les armes, le
liÊFLKXIU>$ StK LË^ ARMES.
genre du duel el la distance, pourvu qu elle soit le plus près, à dix pas,
Ainsi que nous Tavotis dil plus baut,îhômnje attiiqué dm^ sesaffectious les plus cbèrei*, celui auquel ou mvit une épouie, uue lille, uiiô sîœur, celui sur le nouj de la mère duquel m déverse riujnre, a certainemenlle droit de choisir les arnics, de se battre avec les siennes, et si le duel a lieu au pislvjlel, de régler les distaucosj de tirer le fireuiier, pourvu que c^3 soit toujtïurs à une distance de trente pas.
Les aroies admises pour le duel sont : le pistolet, le sabre el Tepée,
Nous n'avons pas besoin de venir encore une fois nous élc* ver contre Tusagc absurile du i>istoletj nous avons digà ilil que le duel avec celle arme n*avaît rien de généreux^ Hou de français j el nous avons écrit autrefois et reproduit dans noire chapitre du Duel qu'avec un pistolet la modcralion était im-' possible, et que la suite du combat donnait toujours une solution insuffisante ou cruelle. Car bien des gens espèrent qu'oo ne chargera pas les armes, et la rencontre dégénère en bouffonnerie ; ou dans le cas d'une blessure, si la mort n'est point la conséquence de la lutte, les suites du mal sont souvent plus terribles que le trépas.
Le sabre convient aux soldats, mais il est bien peu en harmonie avec le duel. Il a Tinconvénienl d'estropier. Dans ud combat, on court, il est vrai, des chances mortelles; mais si l'on échappe à la mort, encore faut-il s'efforcer de prévenir ces blessures qui rendent inaptes aux professions indispensables à l'existence.