CONSEILS POUR LE DUEL
TAcbez que l'esprit ne soit pas l*a?ocat «lu mal.
(Grisier.)
Il y a quelques mois, devant les membres d'une Cour royale du royaume, nous avons vu les magistrats s'inquiéter sur leurs sièges en entendant révéler devant eux l'existence d'un appendice au Code général d'après les règlements duquel ils rendent la justice. Un des premiers écrivains de notre époque apprenait à quatre conseillers en robe rouge que, pour se sauvegarder en raison de l'insuffisance des lois, et en présence des dissentiments des procureurs généraux et des chambres de mise en accusation, les hommes avaient rédigé certains articles admis maintenant comme axiomes, et en vertu desquels les collisions individuelles étaient réglées. L'auteur des Mémoires d'un Maître d- armes révélait en un mot le Code du Duel.
Nous ne venons pas nous élever contre la publication de ce. livre, rédigé par un homme qui a su, en raison du sujet qu'il avait choisi, obtenir les adhésions les plus favorables, et auquel nous avons rappelé dans notre ouvrage les entretiens fréquents après lesquels il a daigné s inspirer de notre expérience et consigner un de nos aphorisines les plus exacts ; mais nous croyons permis au professeur qui a donné depuis seize années plus de cent vingt leçons de duel, et qui a eu le bonheur de ne pas avoir un seul de ses élèves blessé un peu
nfii'LoifJNs sim tm armef.
fçi'ièveiiMMit, (l(^ vmh\ dans le TraitV' des Armes et du Duet, offrir < indiques ctnîseils ii cDUX qiruno alTairo mallR^ireiise eoiitmiiulnut h ehcrcher par eux-miïmes iino satisracUoii, une rëparation ou une vengeauce qu*i la It^gislalion acluelte n'éM pas m\ mesure de leur donner (1).
MODE SOIVÏ DE NOS JOURS DANS V^V. yiriLSTlON DE DIKU
Hue ûfiense est reçue ou faite. Deux hommes, après une insulle grave^ eroîeut dtivoîr recourir au cornlmt, persuadés i|ue les armes seules peuvent leur veuir en aide pour lerrniuer leur différend. Chacun d'ttix remet à des tiers (ordinaireinenl ce sont deux anns choisis do part et d*autre) le soin de rrgler d'une manière tonvenat>le le mode dt? la réparation exigée par les eirconstaijces et les lois do rhonueur auxquollcs J^^B société obéit. ^^^
Chaque siècle, chaque époque amène dans les questions de duel certains sophismes que le bon sens ne peut déraciner. Montaigne ne voulait pas que les gentilshommes apprissent à escrimer. Les raffinés, sous les Valois, au temps où l'épée faisant partie du costume amenait presque instinctivement la main à la poignée pour un mol ou un regard, avaient des règles qui seraient rojelées aujourd'hui comme contraires aux préceptes admis. De nos jours, où des intermédiaires posent
(l)Depuîs le jour où ers lignes paraiseaient dans la première édition, j'ai donné au moins un égal nombi-e de leçons de duel, Oe bonheur vraiment providentiel ne s*est pas une seule fois démenti.
RBFLEXIO?IS SUR LES AKMKS. 427
les conditions crime rencontre, on a toujours varié les règles a suivre ; mais il est une erreur contre laquelle je ne saurais trop m'élever, c'est celle que j'entends traduire journellement par cette phrase stéréotypée en quelque sorte sur les lèvres de tous ceux qu'une discussion amène à uu combat : — J'ai une vengeance à exercer ou une réparation à accorder, je suis à votre disposition ; vous, messieurs, ou mes amis, qui êtes mes témoins, je vous confie mon honneur, j'attends votre décision, et si le duel vous paraît nécessaire, agissez comme en votre nom, vous m'appellerez à Tlieure convenue, vous armerez mon bras de l'arme que vous aurez choisie, tout vous regarde, mon rôle est suspendu jus(ju'au moment de l'action. — L'auteur (U) l'Univers et la Mahon^ fait dire à Ludovic :
Je no sorU'rai pas domain do nisi domeuro : Vous acccjiteroz tout, l'arme, !o terrain, Theure.
Cet abandon généreux de sa vie, cette confiance illimitée dans l'affectueux dévouement de ses témoins, séduit l'homme chez lequel le mouvement du cœur précède la réflexion et l'esprit. Nous-même nous avons suivi ces errements lorsqu'il s'agissait de notre propre existence ; mais ici le professeur doit prendre la place de Thomme privé, et nous nous élèverons avec énergie contre ce laisser-aller chevaleresque, que nous n'hésitons pas à traiter de cou|)al)le.
La conservation, la défense de la vie, sont des obligations saintes ([ue la Divinité a placées dans le cœur de la créature ; toutes nos pensées doivent èlre consacrées à proléger cette existence qui nous est confiée, et à laquelle se rattachent si souvent celles de tant d'autres personnes.
BÉFLEX10NS SUR LES ARHri..S,
Si le li'îinoin était toujours pai failenient h la Imiilcur de sa missiôiî, je comprentlrais peut-être ralinégatioii e»tièr(î ih celui qui se bat ; tuais nmlbeureusement, j'ai vu celte respouïiabilité tant de fois oulilit'O par roux sur lesquels elle pesait, que je nrélùverai ioujnurs avec une énergie croissante cuiilnî cette njuthmlc subversive.
J'ai manifesté dans mon chapitre du Duel toute la joie (\m Von devait éprouver de la substitution des témoins aux seconds, Cestj eu eflet, un pas iixnnense da lacîvilisatioiî ; mais aujourd*huij il y u plus que la vie (tout le monde en Europe, et en France surtout, me comprendra), il y a Tbonneur d'engagé, lorsque Ton se rend auprès d'un adversaire pour Yap* peler ^ au nom d'nn ami ou d'un boumie qui vous a romi^ cette mission pénible^ mais honorable.
Le lémoin doit donc reconnaître d'abord les chances favorables à celui qui le lait son rnandulaire, et cf* \ù}s\ ipfen |*n*sence d'une otfense grave de la part de celui dont li est l'assesseur qu'il doit céder aux exigences de Tennemi.
Toutes les tentatives de conciliation sont-elles épuisées, il doit insister, comme nous Tavons écrit plus haut, sur V égalité rationnelle des armes choisies, c'est-à-dire leur proportion aux forces respectives (1); il doit, quand il a jugé l'honneur satisfait, arrêter une effusion de sang toujours imparfaite pour laver ce que la société contraint souvent à regarder comme un outrage, et pouvoir, si les lois du monde s'enquièrent de la régularité du combat, venir dire à ses pairs : L'injure était flagrante, les règles actuelles de l'honneur exigeaient une
1) Voir page 365. Observation sur la longueur de Tépée.
rencontre ; elle a eu lieu, c'était un malheur inévitable ; mais la loyauté présidait à la lutte, les chances égales étaient judicieusement réparties, et dans ce combat que chacun de nous déplore, mais que des circonstances impérieuses ont motivé, sans que la conciliation fût acceptable, l'épée et le plomb ont