LEÇON
Les maîtres nourris des faux principes de cette méthode vicieuse ne savent pas donner l'épée, il la présentent et disent : Faites telle parade.
De cet enseignement incorrect, il résulte un état perpétuel de gêne. La conséquence de ce manque de savoir est que rélève s'effrayant delà vue de l'épée qui vient le menacer, est tout à fait inhabile aux parades, en prend une au hasard, et lorsqu'on lui dit trop lard celle qu'il devait prendre, il n'entend plus, ne voit plus, s'étourdit, perd la tôte et se dégoûte justement d'un art qui embarrasse ses idées et paralyse ses mouvements.
L'élève doit être prévenu d'avance, et le mouvement d'épée doit suivre la parole, ainsi que dans l'assaut l'exécution doit suivre la pensée. Tandis qu'avec ce qu'ils nomment audacieusèment leur méthode, c*est la pensée qui suit l'action, lorsqu'il y a une pensée. Croyant qu'ils retiendraient mieux en leur parlant le langage du poëte, je leur ai dit souvent :
Dans toutes les affaires
La tète doit toujours agir avant le brns.
Elèves eux-mêmes de maîtres sans méthode certaine, ils enseignent et font exécuter avec mollesse ou dureté des coups
dont ils Ignorent la valeur réelle, La position prise par leur écolier n'est jamais moditîée pareux^ cl, prctemkul qu'il ue faut pas conlrarier la nature, ils ajouteat : // est bâti comme cela!
Enfin ce qu'ils appellent leur lei;on n'est jamais précis^ clair ni lucide; c'est un radotage fatigant et une monotonie qui endorment; tout s'y eînbrouille dana la plus admirable confusion,
H faut exécuter les coups avec précision et calcul, sans dureté, sans faiblesse, avec grâce et facilité; alors on comprendra que :
Ûeg coups aîsément faits sont, rarement mèê^
Il faut toujours donner aux élèves une situation normale el leur dire : Dans le cas où vous vous trouvezj^ pour favonser telle combinaison il faut tel coup^ telle parade et telle riposte ; dans telle circonstance employez telle feinte^ car elle trompe infailliblement l'adversaire.
Enfin il faut contrarier souvent l'élève qui veut 0{^9er sa volonté seule aux bons principes, et l'on doit absolument combattre autant que possible les défauts donnés par Ift Bà^ ture; les arts gymnastiques nous profitent tous les jours que Ton peut arriver à d'heureux succès en ce genre.
PRIME
Ils enseignent à parer prime sur tous les coups et à riposter p«r un coupé, dont ils ont si mal compris là' oiar^ et la ligne» qu'il vient dans les assauts frapper huit lais sur dii^k
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tête ou le corps de l'adversaire, ainsi qu'on le ferait avec le coupant d'un sabre.
La riposte de prime ainsi faite est inquiétante, en ce sens que les coups que l'on reçoit font grand mal ; mais ils ne sont pas dangereux.
SECONDE
Ils font exécuter très-souvent le coup de seconde, soit dans cette position, soit dans celle d'octave, lorsqu'ils jugent que Ton doit tirer dans les lignes hautes, parce qu'ils s'imaginent qu'au moment où il se baissent et tirent, le coup de l'adver* saire passera par-dessus leur tête.
Si ce coup est manqué, on risque d'avoir la tète traversée, Jeurobjecte*t-on;àcela, ils répondent naïvement : On fait ce coup dans les assauts, mais pas en duel.
Cette manière d'enseigner, qui a si peu de rapports avec les armes^ doit amener l'élève à dire : Alors vous croyez que j'apprends à faire des armes pour savoir jouer du violon le jour où je devrai me battre ?
Tierce, quarte, demi-cercle, toutes les parades enfin sont faites dans les lignes parfaitement inconnues à la raison.
Ils font travailler avec une certaine vanité \e& parades en pointe volante, ainsi que la risposte qui se fait en jetant le coup droit de revers et en faisant décrire un cercle quelconque à la pointe de leur épée.
Parer en pointe volante habitue la main à des écarts dangereux. Jeter la main de si loin nuit à la justesse*
Pourquoi donc décrire des cercles lorsqu'on peut suivre une ligne droite ?
404 tiWX NÉTIIOUES C4iMl>ARÉ£â.
L'ASSAUT
Le Ciidre cit \mU^ on j>eut y ajutiler des pctiimtii*
Naturellement ici se i'out jour toutes ks fautes qye uous avons déjà sis^tmlées. Le cliamp est large et ou vert •
Daui leur garde d'assaut, h corps en avant ou renverséj i\§\ emploient une grande raideur ; ils ont les bras tendus, ta poitrine rentrée j le pied droit en dedans et le pied gauche ea| dehors, la pointe de leur ëpée soit eu Ym\ soit dans les jambes, soit sur les côtés, mais a la plus grande distauce.
Le coqis ainsi placé n'a ancuue élégance^ la raideur ôte UM partie de la vitesse; la poitrine mal placée nuit k rhygièoe;^ les pieds, bien, posés, doivent contribuer par leur position à 1 grâce et à la solidité du corps; ils doivent former TéqueiTOi Les pointes posées hors ligne retirent toute précision.
11 y a même de ces maîtres qui placent en garde leur corps très en avant et le laissent tomber en se fendant dans une di-^ rection presque horizontale; qui enfin tiennent leur fleurtit dans la ligne la plus transversale parce qu'ils couvrent» disent^ ils, le dedans avec la pointe, et le dessus avec le fort.
Je livre ces détails à l'appréciation des hommes sensés ^i s'occupent de notre art .
Us posent en travers leur bras gauche sur le d^yant de lebr poitrine, attaquent et se retournent pour faire |iâr retraitej^'^ et se baissent pour esquiver le coup qui }«^^ porté daw^ les lignes hautes.
Avec le bras on peut repousser le boulon d*un fleuret; mais Tépéeà la main, une blessure estcertaine^ et l'on aide au coup qui finit par arriver facilement jusqu'au corps. Se retourner est un mauvais moyen, car on se prive de parer; le seul bénéfice honteux qu'on en retire est d'être tué dans le dos. On est plus sûr d'opposer son épée au coup porté en haut qu'on n'est certain de se baisser à temps pour ne pas avoir la figure traversée.
Ils s'obstinent à croire qu'il y a plus de sûreté à ne pas donner l'épée.
I^ métb ~ ^ ut qu'on joigne les fers si on ne veut être sans cesse expu^Xjes coups pour coups. L'épée à la main, celui qui marchera bien devant lui, la pointe de son épée dans le visage de son adversaire, aura un grand avantage; il est certain que cette garde imposante forcera celui-ci à venir se mettre en ligne. C'est instinctif, j'en ai la preuve de plus d'une manière. Ou ne peut pas bien se rendre compte de cela dans les assauts.
Les maîtres dont je parle aifectionnent les corps-à-corps à un tel point que les leur interdire serait les faire douter de l'existence de l'art des armes. Touchent-ils leur ennemi ou manquent-ils le corps, ils poussent des sons gutturaux à effrayer les gens les plus braves.
Saint-Georges et les autres savants disciples de LaBoëssière avaient compris (et l'époque dont ils étaient les contemporains leur en faisait une loi, car le port de l'épée rendait le duel plus fréquent), Saint-<îeorges, disons-nous, et avec lui les véritables amateurs, avaient compris toute l'importance de tirer de loin. En suivant ce mode, on prouve que l'on a reconnu
46G DEUX MÉTÏJUlîl::^ tOMl'AllÈES.
103 ressources do Tarlquo rou gullive el les couscquenccs qui lui sont inhémriles. Toujours cal mes et j^raves^ cosillmlres lirours ilt-ilaignaîeul les cris si iiouvent répétés (juireleiiUsseali aujourdliui dans corfaiues sallcy^ cris sauviigcs, qui iic peu--' vent servir k effrayer Thouiinc qui a la conscience de sou savoir* la vraie métliodo n'a jamais conimaudé ce luxe de développcmeut du laryux.
La promière attaque^ dans les principes de ce que l'on veut appeler la nouvelle école, eistsouvent un coupé déya^é demem. Il n'y a rieu de plus couiprouicllim^ car si radversaire lire droit, ou est perilu- La rnctbodo veut que la première atlaque soit ou uo peut plus simple, qu'oo ait prévu sou succès, et qu'elle arrive dans uiio opposition.
Ce n'est qu*aprés avoir reconnu Tiusufïisance du jeu sim|)le que Ton doit cuqjloyer les coups compliqués, mais il faut au préalable essajer le jeu simple, toujours plus favorable et plus sôrj cl redouter la complication dès le début d'un combat.
Voici un de leurs enseignements : — Lorsque je sais que Ton me porte un coup dans les lignes basses, je n'hésiste pas à tirer en haut en môme temps, parce qu'en se fendanj^ tous deux, le haut de chaque corps se porte en avant et mon coup touche plus tôt et plus fort que celui qui veut m'atteindrt dans la ligne basse, —
Lorsque ne voulant pas parer (au mépris d'un principe de rigueur) on se fend exprès ensemble, on fait faute neuf J^ sur dix. Le coup menacé en bas peut se t^nrÉier dans ime ligue haute, alors le danger est égal, et dans^^isas où Ton atteindrait son ennemi, tirant dans la ligne basse, (pi'amve-
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rait-il î On donnerait douze pouces de fer dans la poitrine pour en recevoir en retour six dans le bas- ventre. C'est bien trouvé et digne d'admiration. Je ne sais si la société des libres échangistes a envisage cette question dans le grand traité d'union commerciale dentelle se préoccupe.
Ils attaquent pour redoubler, font ces deux choses simultanément, sans s'inquiéter de la riposte, et agissent comme s'il était convenu qu'elle n'existe pas. Sur leur premier mouvement si l'on riposte, ainsi que le commande impérieusement la méthode, il sont frappés d'une manière terrible, n'étant occupés que de redoubler, ne s'inijuiétant pas du tout de leur parade ou de leur retraite.
Mais le triomphe des disciples de la méthode des pontons, leur ravissement, leur bonheur, ce sont les coups de temps I Par eux, disent-ils, nous sommes certains d'intimider les plus forts, de faire faire un mauvais assaut à l'homme méthodique, et c'est toujours une consolation que de pouvoir dire : Monsieur un tel qui a la réputation de faire si bien des armes, a pourtant mal tiré avec moi.
La bonne méthode veut impérieusement qu'on soit trèsavare de ce coup, qui demande le plus grand jugement, la plus grande précision, un coup d'œil suret la plus parfaite exécution. On ne doit oser l'entreprendre que lorsque Ton est certain de posséder ces qualités. Le coup de temps, c'est leur idole, ils ne sortent jamais sans lui ; ils le présentent partout à tort et à travers. C'est sur ce point d'appui que repose pour eux la joie, l'espérance et la fortune.
• Dans leur tôto un beau jour ce talent se trouva I » PiRON, Mélromanie.
i6^ l>EliX MÉTHODES COMUAHÉES.
Bans un assaut sévère^ dangereux j lorsqu'ils ne saveolplus du tout où ils en sont, il y a des novateurs qui ne veuleot pas, lorsque c*est de la plus absolue nécessité, reculer d'un pas ; Tignorance n'exclut pas la bravoure, ils mettent à rester là ud certain amour-propre ridicule, un certain courages carde pm on peut se foire blesser ; ce sont encore eux qui ont inventé ces fameux duels, et nous en avons été témoios involontaii^s, dans lesquels on s'attache le pied gauche à un point fixe.
Rester en mesure lorsqn'ou se trompe, c'est vouloir rester devant lennemi sans munitions. ^H
Il y en a d*autres qui font la faute contraire et se sauvent ^ d*une façon honteuse sur le coup qu*on leur porte.
L'assaut est Timage du duel, et le duel est la guerre en miniature.
Sur ce champ Je bataille dû rhonneur nous conduit, La mort fuît qui la brave, et cUerclie'qiii la fuit.
Ils ont des discussions à chaque coup, veulent entrer dans des explications dont ils ne sortent jamais, et ce qui est incroyablement comique, c'est que plus un sot bredouille, plus il croit qu'on le comprend. Cependant j'en ai connu un qui bredouillait exprès afin d'ennuyer son monde, espérant qu'on ne lui demanderait plus des explications qu'il savait bien ne pouvoir donner. ^
J'ai toujours pensé que lorsqu'on faisait des armes devant des personnes qui nous font l'honneur d'assister à nos exercices, il était convenable de s'en rapporter à leur jugement.
Ils tirent deux heures sans le moindre repos, poi»^ prouver qu'étant vigoureux, ils doivent être considérés comme tireurs qui connaissent à fond tous les secrets de l'art.
Un assaut aussi long doit nuire au goût et à la belle exécution, car lorsqu'on fait des armes si longtemps, on ne peut conserver la grâce, la précision et la justesse.
Cependant ils osent faire des assauts en public ; il y en a cent qui tombent honteusement, un seul réussit, il passe pour habile, il a tout risqué, il a peut-être bien fait, car.
Quand on n'a rien à perdre, on a tout à gagner.
Recherchant surtout la réputation d'improvisateurs en escrime, ils rejettent l'enseignement qu'ils ont dû recevoir; à les entendre, ils n'ont jamais pris que quatorze leçons.
Dans leurs assauts, bien ou mal, ils veulent toucher beaucoup.
Ils ne savent pas se fendre sans renverser le corps.
Le hasard y tient lieu de prévoyance.
Le caprice prend la place de la raison.
Le bizarre et l'absurde en font tous les frais.
Ils veulent que leur main ait plus d'esprit que leur tête.
Ils feintent du corps et non des doigts.
Le coup qu'ils ont touché assez fort pour faire mal se décuple en valeur à leurs yeux.
Recherchant le jeu du bras et renonçant à celui de l'esprit, les coups fantasques sont leurs coups méthodiques, et cependant ils trouvent des admirateurs ; ce qui nous fait dire :
L'aigle d'une maison n'est qu'un sot dans une autre.
L*assaut n'est point pour eux l'image du combat (1).
(1) A l'un des princes de cette méthode, je disais, il y a quelques années : c Si je faisais des armes avec vous en public, j'aurais des craintes pour ma
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