‹ Les armes et le duel, ouvrage agrééChapitre 186 sur 197 · LE PRÉVÔT · texte numérisé non relu

LE PRÉVÔT

El faiiiittiÊïir^ il mébiïj pt^ur prii de fa vicloirc, Lei mf rtliHi d« Tâmouf aui ^iftlmes de îa gloire.

l-e prévôt est un enfant d*une grande ville ; si son éducation a été peu^oignée sous le rapport moral, en revanche son instruction a été peu suivie. Son premier chapeau a été un bonnet de police ; il suivait les tambours en accompagnant leur musique avec deux morceaux d'assiette. A dix-huit ans il s est engagé volontairement, A rexpiraliou de son premier congé, il s'est fait admettre comme remplaç?.iiLS*il a choisi Tarraft de l'infanterie, les entiipagoies il^'-lileont été toute son ambition ; à moins qu'il n'ait pris la caisse ou le cornet, alors il est resté dans le centre. Les illustres sont devenus tambours-

(\) Loin de nous, qui avons élé si heureusement secondé, de vouloir méconnaître ]es utiles services de quelques-uns des adjoints de nos con* frères : certains prévôts sont dignes d*ètre maîtres, et nous sommes heureux de citer M. Ardoin, dont les qualités solides et Tincontestable talent tranchent si remarquablement avec le type plaisant que la vérité nous oblige à tracer.

Je ne puis que donner des éloges à mon premier prévôt actuel, M. Desjardins^ dont Tactivité et le zèle égalent le talent et la loyauté.

Un engagement de sept ans vient d'attacher à ma salle M. Jacob, jeune maître qui a déjà fait ses preuves. Le succès de ses assauts publics, sa tenue, ses qualités morales et physiques appréciées des jeunes amateurs d'escrime, telles sont les garanties qu*ii m'offre à son entrée, et auxquelles il ne manquera pas de foire honneur.

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maîtres; ils avaient la canne! Vordommuce la plus utile à Tarinée, selon lui, est celle qui a autorisé les fusiliers à porter moustaches, et la plus désastreuse, la plus coinpromettaute pour la dignité nationale et guerrière, celle qui a défendu le port du sabre nommé demi-espadon, haute et précieuse faveur concédée jadis aux maîtres,

La salle d'armes du régiment Ta vu grandir ; après trois ans de travail non assidu, un beau jour que Ton congédiait une classe, il a été, à défaut d'autres, pris pour prévôt par le premier maître, qui lui a confié la spécialité de boutonner les fleurets.

Le respect au niallre, Thonneur rendu aux armes relèvent de lui. Sa voix tonnante prescrit le salut qu'on doit rendre aux tireurs. 11 enlève avec dextérité, d'un revers de fleuret, le bonnet de celui qui ne s'est pas découvert assez vite, car, dit-il, la politesse est fille de l'honneur, c'est vous dire qu'elle est française.

Exempt de service sous le prétexte de la salle d'armes, il est quelquefois homme de confiance de l'officier qui surveille les maîtres. Dans ce poste, il prend de belles manières, et bourre sa mémoire de quelques lambeaux de phrases qui sont des énigmes pour lui, mais qu'il débite avec aplomb.

Le service lui pèse d'autant plus qu'il s'en préoccupe moins. 11 crie sans cesse aux passe-droits et aux injustices; c'est lui qui, dans un mouvement de colère, a formulé cet aphorisme militaire, modifié depuis par les tambours-maîtres, dont il est toujours l'ami : Je rends ma canne an gouvernement ; il s'anangera comme il pourra.

Enfin arrive le moment de la liberté pour lui. 11 a atteint

Iretïle-t inquiis; lareniiilttceiiioiit iiciui esl plus permis; quant k un rèîtijçageûientj ou le lui lefuse : riïlatest assez aveugle pour so priver de ses services. On lui délivre sa leuille de roule.

Au milieu dvui détarhcîiient de quatre cents congédies, vous distinguerez un préviVt; il a conservé son pantalon d'or* dounance; omis il u substitue une veste bourgeoise et m grand chapeau rond^, au dulniiin on à la tunique, et au bonnet de police. Sur soti sac ou à s^jn porte-manteau en coutil rayé, sont lîxés doux fleurets au?c poignées desquels sont smpendus deux nuis<iues renfermant les sandales et le gant. Sa main droite est arniée d'une canne qull inananivre sans eesst^ ; la gauche caresse une gotirde de Corse avec illustrations gravées au couteau, 11 y a toujours Napoléon, un nom defenimej une fleur et une épée.

Il revoit ses |)énales, s'enouie bientôt près de ses vieux parents qu'il fatigue. Après s'ftti-e fait d/*sallérer par tons ceux qui ont le malheur de se rappeler son nom, il songe à faire quelque chose.

Tous les étals luisent indifférents, dit-il; mais à chaque proposition il refuse. — La gymnastique seule me convient à moi : l'escrime, la natation, la voltige, la danse: au régiment j^élais le premier pour les exercices du corps. Mais ses ressources ne lui permettent pas, comme au type déjà mentionné par nous, de fonder un étabhssement ; il faut donc avoir re^ cours aux amis. Quelques jeunes gens auxquels il a conté ses exploits passés, et que séduisent ses allures martiales, sa prestance, ou qu'il a amusés par ses discours et ses forfanteries, s'intéressent à lui, le recommandent. Il arrive chez un maître ; il est sauvé : il est prévôt !

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Son patron, ou plutôt saii bourgeois^ car il a un goût prononcé pour celte dénomination qui indique toujours ses prétentions militaires, doit, dès le moment de l'admission de son aide, avoir toute confiance en lui; car la première phraso prononcée par le prévôt a été celle-ci : Bourgeois^ avec moi vous aurez une salle un peu bien tenue : je sais, depuis longtewpsj rétablir le désordre.

Le maître sourit et essaye son adjoint. Il le reconnaît parfaitement incapable; mais, à force de plastronner, notre homme parvient à ce degré de science nécessaire pour placer un homme en garde. 11 commence alois une leçon, et malgré les conseils réitérés de son maître, il revient a son ancien langage :

Allons, monsieur , prenons-moi crânement cette leçon, plaçons-nous fièrement^ la main au bout du bras, la tête fixée aux épaules, l attitude cramponnée, assis sur vos hanches, et tenons-nous bien.

L'élève se place en vertu de ces prescriptions et le discours continue : Filez-moi un coup droit, en glissant sur moi comme de t huile; du gracieux, du facile, mais toujours du a'dnement é?icrgiipie. Et ù chaque coup, relevant son fleuret en guise de cierge, répétant : A moi, c'est là, c'est rà, notre homme arrête Tépée de la main gauche sur le petit cœur en drap garance qui orne le plastron dont on lui a fait cadeau.

Le moment du repos arrive; c'est celui des narrations. Le prévôt ne tarit pas ; il raconte ses hauts faits militaires, ses assauts, ses duels, ses dialogues avec ses chefs. Son capitaine était un homme plein d'instruction, la fenune de son lieutenant lisait presque toujours ; autant l'officier était peu lectu-

neujTy uutaîU Tépousc était limnie. Son conimanilaiit était k cheval sur la discipline ; les amateurs do la bouteille étaient surtout poursuivis sévèrement par lui ; mais tiotre ]irévôt avait trouvé grâce devant son chef^ car une foisy ajoutii-l-il, fue fêtais un peu bleu, a Commandant^ yfue Je lui dis^ vom voyez iottjmivs ipumd fai Ini^ çt jamau qumul fai smf. n

Le commandant fut stupéfait, l6s auditeurs le sont aussi : Tosprit iniposo toujours,

Uoe des peines du prévôt est qu'il j'aith tratmUler entre as repm.

Un jour une nouvelle se répand dans le monde aeadénriquo; uu régiment de cavalerie doit donner un assaut. Les iïivitalions circulent; leprévùt voit arriver un trompette porteur d*un billet pour le professeur, occupé dans ie moment ii donner nm leçon. Jiourgeofs^ dit-il, conimuez ; c'est une trompettû qiuvoi/s porte une lettre, — Je viens à Tinstant. — - 1 Eà bien. Je vais la faire asseoir et la rafraîchir.

Pour l'assaut il a préparé son fleuret de prédiction, avec lequel il doit faire des miracles. Il tire avec vigueur, bourre son adversaire de coups durs toujours parés, et à la fin de la passe d'armeSj plein de confiance dans son succès, et avec la générosité, compagne du vrai talent, il reçoit sans parer la dernière botte, arrache son gant et son masque, qu'il dépose avec son fleuret aux pieds de son adversaire, saisit la main du rival heureux, l'embrasse avec efTusion, et répèle avec deux appels du pied : Gloire aux armes, respect aux maîtres !

Je suis forcé de dire que cette médaille à face bouffoune a souvent uu revers odieux.

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Il y a de nombreuses variétés dans Todieux comme dans le ridicule. Mais je veux être bref sur ce point, et ne pas les parcourir toutes.

Si je retourne la médaille, ce n'est ni haine ni colère. Je suis habitué à l'odieux. Les jours et les prévôts se succèdent pour moi depuis si longtemps !

Je voudrais simplement rendre la vue à quelques aveugles volontaires. S'ils me refusent pour médecin, le jour viendra que la vérité leur crèvera les yeux. Mieux vaut se laisser opérer tout doucement. La bonne foi et la raison ont la main si légère et si sûre !

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