‹ Les armes et le duel, ouvrage agrééChapitre 187 sur 197 · LE PLASTRON-PRÉVOT · texte numérisé non relu

LE PLASTRON-PRÉVOT

Lorsque j'inventai l'escrime à la baïonnette, je reçus chez moi un prévôt qu'on m'avait supplié de prendre. Je reconnus en lui rignorance à son plus haut degré. Je lui dis alors : a Lorsque j'aurai un peu de temps, je vous donnerai des « leçons, et, si vous arrivez un jour à me toucher, n'oubliez « pas (pie c'est à moi que vous devrez cet avantage. » Je mis ma montre devant ses yeux et ajoutai : « Faisons des « armes jusqu'à ce que vous me touchiez une fois. » Une heure après, il n'avait pas effleuré mon gilet.

Je le pris donc comme plastron pour mes études à la baïonnette. Il crut que le plastron avait une intelligence, et le prouva en ne revenant plus chez moi. J'appris qu'il essayait de s'approprier mon invention, sans se douter qu'il faut avoir de l'esprit pour ôtre un voleur, et qu'il se faisait

IF^ MVITRES I> AKU&S.

bafoiior parloiil où il se présentait pour donner des leçons. Son ânarier son ingralilude, Yoni cooduit à la dernitîre misèi^. Il me salue t|iiaud il nio voii, mais ju no le vous Jamais,

LE PRÉVÔT HECONNAISSilNT.

Lctrsqne pour défendre l'ordre, on vonlut bien, dans mm quarlier, me nommer lieuteDaut eu prenner do la garde r»ationale, j'eus le malheur, dans une èuieule, d'avoir un doigt brisé. On me te coupa, et lo lendemain, un de mes prévôts me quitta, me croyant perdu. Quelle reconuaissance, quelle pitiéj quel dévouement^ quelle religion dans cet abandon !

Un au apn'^s, il était dans la plus profonde détresse, ei îi'osait pas veuii me trouver, Ja lui écrivis ; veuei, je vous donnerai le moyen de fT:açîner voîrc pain d*abord-^ puis, nous chercherons mieux. — Il a aujourd'hui, par mes soins, une place qu'on estime, au plus bas mot, six mille francs par an. Vous comprenez que sa reconnaissance pour moi a redoublé. 11 n'a jamais pu se décider à avouer, môme a ses plus intimes amis, qu'il ne devait qu'à moi son heureuse position.

Page 1