‹ Les armes et le duel, ouvrage agrééChapitre 4 sur 197 · DE I.A PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE I.A PREMIÈRE ÉDITION

Je viens offrir au public un ouvrage sur les armes et le duel. Mon livre est le résultat de trente années d'études consciencieuses. Dès l'âge de vingt ans, j'ai fréquenté les salles d'armes comme tous les jeunes gens de l'empire mes contemporains, et cédant à ma vocation, j'ai abandonné la carrière à laquelle ma famille m'avait destiné, pour embrasser celle que je parcours aujourd'hui.

La théorie , les préceptes recommandés dans mon travail , sont ceux qui m'ont été tracés par mes premiers maîtres. J'ai eu le bonheur dVoir pour guides dans l'art que je professe des hommes aussi recommandâmes par leurs talents que par leurs qualités morales. Mon plus grand titre à la bienveillance de mes lecteurs est d'avoir été l'élève des La Boëssière, des Menissier , des Gompoint , des Gharlemagne, de feu Gomard et de M. Gaselli, amateur de la force des maîtres les plus expérimentés.

J'ai eu le bonheur de comprendre dès mon entrée dans ma profession le peu de valeur du faux axiome : qui touche a raison. J'ai

voulu, suivant l'exemple de mes maîtres, rendre à l'art que j'aimais et que j'aime toute la part intelligente dont on a vainement cherché à le deshériter. Mon ouvrage n'est pas une série de parades et de feintes, une suite de coups portés ou rendus avec des règles à peu près certaines : j'ai cherché et je cherche encore, sans fatiguer ceux qui veulent bien suivre mes leçons, à prendre le côté philosophique d'une science utile.

Ce livre s'adresse aux maîtres, aux amateurs forts, ainsi qu'à ceux qui ont déjà quelque connaissance des armes.

Évitant les innovations inutiles, j'ai conservé dans ma théorie tous les noms adoptés par mes devanciers; dans la seconde partie de mon ouvrage, intitulée Réflexions, j'ai |)lacé les changements que la raison m'a conseillé d'introdiiin\

L'étude constante que j'ai faite de l'art que je professe m'a conduit à suivre une marche qui pourra trouver des contradicteurs parmi ceux qui , sacrifianl au goût du jour, ont rencontré des prôneurs pour répandre dans le monde la réputation de savoir qu'ils se sont donnée. J'ose espérer que ceux qui voudront bien étudier mes préceptes feront une différence entre le professeur et le vigoureux maladroit dont la pointe , m rencontrant votre corps, est la seule démonstration concluante.

J*espère aussi que l'on voudra bien admettre la possibilité du progrès et celle de trouver quelques règles nouvelles. Mes lecteurs trouveraient singulier de me voir, à l'exemple d'un auteur étranger, dont j'ai le traité sous les yeux, employer cent pages ù constater les développements de l'escrime depuis le 16® jusqu'au 19® siècle, et ensuite refuser à un écrivain le droit de chercher quelque chose de nouveau.

Docile aux avertissements de la critique, j'accueillerai avec reconnaissance les observations que Ton daignera me faire, j'en profiterai volontiers. Si mes réflexions répondent souvent à des auteurs que j'ai lus et commentés, et que par convenance je n*ai pas dû nommer, qu'on ne se trompe pas sur les motifs de mon silence ; mes propres sentiments d'accord avec les conseils de mes anciens maîtres m'ont toujours appris, tout en conservant ma propre dignité , à ne jamais me poser comme agresseur.

La spéculation ne m'a pas guidé dans la publication de ce livre ; mais après avoir lu tout ce que Ton a écrit sur les armes depuis 1531 jusques en 1845 j'ai cru pouvoir apporter ma pierre à l'édiflce sur les parois duquel sont inscrits avec honneur les noms de ceux dont je me glorifie d'avoir été le disciple et l'ami. HL»ureux si Eugène Grisier, mon élève , mon neveu et mon enfant d'adoption, peut un jour, en suivant la même carrière, tracer le nom que je lui lègue à côté de ceux près desquels je laisse au public, mon seul juge, le droit de me placer.

Paris, septembre 1846.

A. GMSIER.

os CAUSERIE EN FORME DE PRÉFACE

OU

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