‹ Les armes et le duel, ouvrage agrééChapitre 8 sur 197 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

pas dire : cb ne sont point les balles et les épëes qui tuent, CE sont les témoins ; mais mou aphorisme subsiste, surtout si Ton songe à la part immense et à la responsabilité qui pèsent sur les hommes au jugement desquels est soumise une question dont un duel peut être la conséquence.

Le Code du duel, malgré les adhésions qu'il a reçues, malgré l'espèce d'intérêt porté sur lui par les paroles du célèbre défenseur de l'accusé dans le procès auquel nous faisons allusion (1), et celle d'un de nos premiers écrivains (2) qui révéla l'existence de ce code aux magistrats étonnés ; ce formulaire de l'honneur, s'il est permis d'employer ce langage, renferme, selon nous, des théories non acceptables. La grande question du duel est encore à traiter, au triple point de vue de la raison, de la morale et des convenances.

Sollicité par de nombreux amis, par mes élèves, et par des personnes dont je m'honore d'être connu, et qui tous désiraient avoir mon opinion sur uneljuestion à laquelle se rattachent les intérêts les plus graves, l'honneur et l'existence; accablé de demandes, j'ai dû céder. J'offre donc au public le résultat de mes recherches et de mes études. Ce livre n'est qu'un essai que doit suivre ou plutôt compléter, dans deux ans, un autre ouvrage plus considérable, plus varié, et plus concluant si c'est possible (3).

J'apporte ici le fruit de lectures assidues, d'observations

(i) U. Berryer.

(2) Alexandre Dumas, à la session des assises de mars 1846, à la Cour de Rouen.

(3) (le second ouvrage, dont rexpérionce et la réflexion ont chaque jour étenda les limites et qui, d*aîlleurs, devait obéir au précepte de Técole (noiitfM prmnatur in annum), paraîtra vers 1866.

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consciencieuses recueillies de toutes parts ; à défaut d'instruction profonde, j'ai beaucoup réfléchi, beaucoup lu, et j'appuie mes assertions sur des autorités respectables et que je cite toujours.

Maintenant, encore que bien d'autres avant moi aient traité ce sujet, avec la crainte de ne pas offrir à tous mes lecteurs l'attrait de la nouveauté, je puis redouter de rester au dessous des espérances des hommes réputés connaisseurs dans la science dont je viens exposer les préceptes; mais je crois être le premier, parmi les professeurs, mes confrères, qui, sentant profondément l'importance et la dignité de sa profession, ait osé, à propos de duel, se prononcer aussi franchement contre ce préjugé, en prenant en main la cause de la religion, de la morale et des lois.

L'homme est né pour vivre en société ; malgré la dénégation formulée par la plume paradoxale de J. J. Rousseau, cette vérité domine après avoir vaincu d'anciens sophismes et les systèmes nouveaux ; la base de notre organisation repose sur cet axiome établi par la philosophie et la politique.

Chacun de nous doit contribuer au bien-être de la société dont il fait partie ; ainsi dans le corps humain tous les membres, tous les organes doivent fonctionner dans un but d'intérêt général.

Mais, au sein môme de notre civilisation, subsistent encore d'odieux préjugés, triste héritage des siècles barbares, qui viennent entraver dans sa marche l'action de Thomme^sur la société, et celle de la société sur l'homme. Parmi ces préjugés que la religion, la morale et les lois n'ont pu encore que modifier, le duel est le plus redoutable par sa nature et par

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ses résultats. Je me suis proposé de développer dans cet ouvrage un ensemble de considérations sur l'origine, l'histoire, l'avenir de celte institution déplorable, et de livrer à l'appréciation du public les éléments d'une science nécessaire longtemps encore, puisque seule elle peut tendre à diminuer et, par suite, à faire disparaître un préjugé fatal.

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