Il
ce no fut que depuis ce tems que les villes qui d'ancienneté avoient des devises commencèrent à en former leurs armoiries. C'est ainsi que, Paris ayant conservé la «e/" comme sinibole d'un commerce qui la caraclérisoit singulièrement dès son origine, et qui exprimoit si bien l'inclination dominante de ses premiers habitons, elle en auroit fait ensuite le même usage.
On peut supposer que cet ancien emblème fut orné de fleurs-de-lis lorsqu'il fut mis en armoiries, ornement que nos auteurs auroient pris pour une concession des armoiries mêmes, dont ils ont donné la gloire à Philippe-Auguste. Il est vrai que ces fleurs-de-lis ont dû être un don de roi, et que la Ville n'a pu de son autorité en charger son écu. Car elles étoient dès-lors, et même longtems avant Philippe, le simbole de la puissance royale, comme elles le sont à présent. On peut voir sur cela la Diplomatique de Dom Mabillon. Mais rien ne nous porte à croire que ce soit plutôt Philippe qu'un autre roi qui ait ainsi orné nos armoiries. Les écrivains qui le disent ne citent aucune autorité. On peut, au contraire, induire la fausseté du fait par les termes mêmes dont ils se servent pour l'établir.
Ils nous parlent d'un chef semé de jleurs-de-hs sans nombre dans ces armoiries. Sont-ils bien persuadés que l'usage de semer ainsi les jleurs-de-lis fût déjà établi ? Il ne l'étoit certainement pas à l'égard des sceaux. Le contre-scel de Philippe même n'en portoit encore qu'une seule. Louis VIII, son fils, fut le premier qui commença d'employer les jleurs-de-lis sans nombre dans le sien, et saint Louis l'imita. Mais l'usage n'en éloit pas encore si bien affermi que ces deux rois ne conservassent aussi chacun un autre confre-sccl d'une seule fleur-de-lis, comme avoit été celui de Philippe-Auguste. Cet usage ayant enfin prévalu, les fleurs-de-lis sans nombre formèrent depuis l'écu de France , et ne furent réduites à trois . comme nous les voyons, que par Charles V, selon quelques-uns, ou |)ar Charles VI, selon tous les autres. Si donc l'on doit conclure de l'ancienne forme des armes de France par la manière dont elles étoient représentées sur le contre-scel de nos rois, il faut dire (ju'au tems de Philippe-Auguste on n'y voyoit pas encore plusieurs fleurs-de-lis, puisque celui de ce prince n'en portoit qu'une seule. Or quelle apparence y a-t-il que Philippe ait donné les fleurs-de-lis à la Ville dans une forme qui n'étoit pas encore usitée?
De plus, nos auteurs sont-ils bien persuadés encore que ce qu'ils appellent Chef dans les armoiries de la Ville fût alors bien connu, c'est-à-dire cette manière de retrancher les fleurs-de-lis dans la partie supérieure de l'écu pour laisser à nud le reste du champ qui n'est point occupé par la nef? Pour nous, nous n'en croyons rien. Il n'y a qu'à revoir le sceau que nous avons donné. C'est un témoin fidèle de l'usage de son tems sur ce point. Quoique postérieur à Philippe- Auguste , on n'y voit point encore ce chef prétendu. Les fleurs-de-lis y occupent la totalité de l'espace que la nef ne remplit j)oint dans le champ. C'ctoit la manière de blasonner lorsqu'il fut gravé, c'est-à-dire du tems de saint Louis.
Section 6. — Récapitulation du S xi, où l'on voit à quoi s'en lenir sur i'orijjine, la signilication et Tusaffe de la devise
ou des armoiries de la Ville de Paris.
Concluons donc de tout ce qui vient d'être dit touchant nos armoiries : qu'il est absurde de prétendre que soit aucune autre cause que le seul commerce par eau qui ait attiré la nef ou barque des rnai-chands j)Our armoiries à la Ville de Paris: que, cette cause unique n'ayant jamais dû plus naturellement produire cet efl"et que durant la simplicité de nos premiers
Parisiens, où elle étoil dans sa plus grande force, la Ville a dû prendre dès-lors la nef, non j)our armoiries, mais comme simple devise, à l'exemple do quelques autres villes, même dans nos Gaules, qui avoient aussi des devises qui leur étoient propres; que cette devise, employée depuis en armoiries, n'a point été ornée de (leurs-de-iis par Philippe-Auguste , niais peut-être par Louis VIII, son fils, qui a introduit l'usage de les semer ainsi sans nombre dans son contre-scel, ou plutôt par saint Louis, tant à cause de la brièveté du règne de Louis VIII, sous lequel on ne voit pas d'ailleurs qu'il ait été rien fait en faveur de la Ville, que parce que cet usage s'est plus all'ermi sous le règne de saint Louis, et que ce fut apparemment la nouvelle concession des fleurs-de-lis qui donna occasion de graver alors le sceau qui les porte, et qui est celui que nous avons donné.
Mais nous devons conclure aussi, qu'encore que la nef ne fût regardée que comme sim[)le devise dans les premiers tems , la Ville a dû dès-lors s'en servir comme de sceau ou de cachet dans l'administration de ses afl"aires, de la même manière qu'elle en a servi depuis, lorsqu'elle a été regardée comme armoiries. Nous en avons montré les raisons. C'étoit la coutume des anciens, et l'on ne voit ]jas en effet à quel autre usage la devise d'une ville auroit pu être employée. Or le simbole du commerce par eau ayant été ainsi le caractère expressif de l'administration populaire des Parisiens dans les lems qui ont précédé le sceau que nous donnons, il est évident (|ue toutes les fonctions municipales ont dù être sousmises aussi dès-lors à l'empire de la marchandise de l'eau, de la même manière (jn'elles lui ont été subordonnées depuis, comme on l'a démontré par les actes qui ])orlent son empreinte, (iar nous verrons en effet combien étoit grand cet empire. C'est donc ainsi ipie nous pouvons satisfaire à la promesse que nous avons faite de montrer autant ((u'il est possible : que les fondions communes et ordinaires de l'eschevinage n'étoient fpi'un simple accessoire de la marchandise de l'eau, aussi bien dans les tems qui ont précédé le règne de saint Louis que dans ceux qui l'ont suivi; et que celles qui concernent celte marchandise ont toujours été regardées comme le fond de l'eschevinage parisien
{Disnertiaion sur l'onifuie de l'Hotcl de Ville de Paris, pai' Le Roy, conlrôleiii' des rentes de l'Hôlel de Ville de Paris, in-l'oiio, Paris, 1 7^5 , deuxième partie, paragraphe xi'^.)
OPliMON DE DOMS FEI.IBIEN ET LOlU.N EAU
D'autres prétendent que le navire des armes de la Ville de Paris a rapport à celui d'Isis, dont on célébroit une fête à Home tous les ans, parce qu'on lui attiibuoit l'invention des voiles pour la navigation. Mais qui ne sait que l'origine des armoiries en France n'a commencé que vers le temps de la première croisade? Et ce l'ut (l('|)uis ce temps que le roy Philippe-Auguste, en créant les échevins de Paris en i 190, donna à (('lté \ille, pour ;unioirie, de gueules au navire d'argent au chef d'azur, semé de Heurs de lis d'or, ainsi
En lèle de ÏHifiloire (le Parts [mv Ï)D. Félibion qui suivent, afin de coiii[)l(i!er la reproduction des et Lobineau. diverses opinions émises sur l oriffine des annoi-
Nous avons publié ce passage de l ouviage de ries de Paris. Fciibien et I^obineau . ainsi que les deux extraits
qu'étoit pour lors l'écu de France, et par ce symbole ce prince donna à entendre, comme le dit Corrozet, que Paris est la dame de toutes les autres villes du royaume, qu'elle est la nef d'abondance et afïluence de tous biens. Voilà la véritable et juste idée que l'on doit avoir de ce navire que cette ville porte dans ses armoiries.
{Histoire de la Ville de Paris, par Doms Félibien et Lohineau; in-folio, Paris, lyaTi, (. m. — Pièces jiislif. p. 7 et 8.)
OPINION DE D. TOUSTAINT ET D. TASSIn''\
Celui (le sceau) que le roi Philippe- Auguste, en créant les échevins de Paris en 1190, donna à cette ville, étoit semé de fleurs de lis d'or, ainsi qu'étoit pour lors l'écu de France, et Et par ce symbole ce prince donnoit à entendre, comme le dit Corrozet, que Paris est la «dame de toutes les autres villes du royaume, qu'elle est la nef d'abondance et affluence de "tous biens. 51 Voilà l'idée que M. Moreau de Mautour vouloit qu'on eût du navire gravé sur l'ancien sceau de la Ville de Paris. M. Leroi en donne une plus simple et plus juste dans sa dissertation sur l'origine de l'Hôtel-de-Ville et du corps municipal. «Ce n'est, selon lui, «que vers le milieu du xiii^ siècle que l'on a commencé à nommer les olficiers municipaux «prévôt et échevins des marchands. Avant ce temps-là on ne leur donnoit que le nom de «citoyens ou de bourgeois de Paris, comme étant à la tête de l'Etat populaire qu'ils repré- «sentoient. Ils paroissent sous ce titre dans plusieurs anciens arrêts des registres Olim du «Parlement. L'ancien sceau de la Ville de Paris prouve encore que la marchandise a tou- «jours été le principal objet du corps municipal. On y voit une nef, et la leçon du sceau «porte : Séel de la marchandise de l'ieau de Paris. Ce même sceau est appelé, dans les titres « auxquels il est apposé, Séel de la Ville de Paris, ou Séel de la prévôté des marchands. On s'en «servoit sous le règne de Charles V, du roi Jean, de Philippe-de-Valois, de Philippe-le- «Bel et de Philippe-le-Hardi, non-seulement pour les actes qui regardoient la marchan- «dise, mais encore pour tout ce qui concernoit les autres affaires de la Ville. On croit que «ce sceau a été fait sous le règne de saint Louis, à cause du rapport qu'ont les caractères «de la légende avec les caractères de la légende du sceau de ce saint roi. Cet ancien sceau «de la Ville de Paris ne représente point, comme celui d'aujourd'hui, un vaisseau équipé «de toutes ses voiles et de tous ses agrès, mais une simple barque de marchands. Il est, «par conséquent, le symbole de la marchandise,
{Nouveau traité de diplomatique , xn-h", iy5o et antres, t. IV, p. 27'j.)
OPINION DE L. VAÏSSe'".
Paris, capitale de tout le royaume et chef-lieu de la Seine, [)orte : «de gueules, au na- «vire antique d'argent, voguant sur des ondes de même, au chef semé de France. 55
Voir la note 2 de la page précédente.
La Ville de Paris étail en possession de ces armoiries longtemps avant que l'ordonnance des commissaires du conseil, en date du -2 février iGfjy, les eût légalement fixées. On les retrouve, telles que nous les donnons, sur une médaille de Louis Xll. Le Père Ménétrier, en répétant, d'après les auteurs qui l'ont précédé, qu'elles ont été accordées aux échevins de la capitale par Philippe-Auguste, en i 190, époque de la création de ces magistrats municipaux, ajoute qu'on y mit la figure d'un navire f parce que l'île du Palais, où se trouve la cathédrale, a cette forme." D'autres ont supposé, assez gratuitement, que ce navire était l'attribut d'Isis, dont le culte aurait été apporté par des Egyptiens ou des Grecs sur les bords de la Seine, antérieurement à l'invasion romaine. Mais Félibien, dans sa dissertation sur l'origine de l'Hôlel-de-Ville de Paris, nous paraît démontrer, d'une manière bien autrement satisfaisante, que la figure du navire, ou, plus exactement, de la barque antique que l'on voit sur ces armes, n'est que l'emblème qui existait sur le sceau de la corporation des marchands, qui précéda les échevins dans l'administration de la Ville, corporation qui s'intitulait la Marchandise d'eau, parce que le commerce de Paris, déjà considérable alors, se faisait à peu près exclusivement par la voie de la Seine, et qui existait déjà, sous le nom de Nautœ Parisiaci, du temps de l'empereur Tibère, comme l'atteste un monument trouvé en 1710 dans les fouilles faites sous le chœur de Notre-Dame. La légende : Marchandise d'eau de Paris, subsista sur le sceau municipal jusque sous Charles VI.
(Armoriai national de France , ])nr L.Vaïsse, in-folio, iSia, p. 36.)
Villes portant un Navire dans leurs Armes
APPENDICE lïl.
(Voir tome I. page ig, note i.) VILLES PORTANT UN NAVIRE DANS LEURS ARMES.