SCEAUX ET ARMOIRIES DES VILLES
Sommaire. Origine des sceaux des villes. — Le sceau, indice certain de la possession de liberle's communales. — Municipalités gallo-romaines. — Rétablissement des communes en France. — Apparition dos premiers sceaux municipaux. — Leurs légendes. — Leurs emblèmes. — Sources diverses de ces emblèmes. — Exemples. — Comment s'établirent les lois qui régissent les emblèmes. — Les emblèmes des villes deviennent armoiries. — Exemples du passage des emblèmes municipaux à l'état d'armoiries. — Marque du patronage. — Division des armoiries des villes en diverses classes. — Armoiries parlantes ou tirées de la signification du nom des villes. — Armoiries tirées de la situation topograpbique ou des particularités monumentales des villes. — Armoiries tirées de celles du seigneur de la ville. — Armoiries portant l'image ou les attributs du patron de la ville. — Armoiries rappelant des événements de l'histoire des villes. — Tours, murailles, portes et clefs dans les armoiries des villes. — La ileur de lys dans les armoiries des villes. — Application aux armoiries de Paris des principes généraux qui précèdent.
Au point de vue des libertés communales, on peut diviser les villes en deux origine des sc<
(les villes.
catégories principales : celles qui possèdent tout ou partie de leur autonomie, et celles que des événements de diverse nature en ont tout à fait privées, pour y substituer le pouvoir de l'Etat. Ces dernières n'ont point, à proprement parler, de vie publique, puisqu'elles sont dans la main de l'Etat, qui agit pour elles et en leur nom. Les autres, au contraire, quelque petite que soit leur part d'autorité, doivent, pour en faire usage, former un tout agissant, se constituer en communauté, en corps de ville, se personnifier pour ainsi dire. Dans l'administration des affaires communes qui leur est laissée, elles se trouvent en effet, ainsi qu'un particulier, constamment en présence du souverain, des autres communautés ou
des simples citoyens; elles passent donc des actes, concluent des traités et font des transactions de diverse nature.
Ces pièces écrites, émanation de la vie collective de la cité, portent nécessairement avec elles tous les caractères d'authenticité qu'exigent la coutume et la loi, et qui donnent de la valeur aux simples actes privés; elles doivent donc être munies de signatures et surtout d'un sceau*' . Ainsi on peut affirmer d'une manière générale qu'une ville ne put avoir un sceau qu'à partir du moment où, plus ou moins libre de ses actes, elle eut une vie collective qui lui donna une personnalité distincte. Dès lors, elle en posséda nécessairement un; et ce sceau commun, expression de la personnalité municipale, eut la même origine et la même destination que le sceau individuel des seigneurs féodaux, signe de leur puissance personnelle.
Le sceau, Né Ic jour même de l'établissement de la commune, le sceau d'une ville porte
indice certain
de donc avec lui, d'une manière plus certaine encore que le beffroi communal, la
preuve de la possession d'un certain nombre de libertés, droits et privilèges nmnicipaux. En thèse générale, le droit au sceau commun est si intimement lié aux droits essentiels de la municipalité, que, de l'existence de l'un, l'historien peut
)a possession
libertés cominunaIi'$
Ce mol sert à désigner et l'instrument employé pour sceller un acte et l'empreinte faite par cet instrument. Pour éviter l'équivoque, on fait parfois usage des expressions sceau -matrice et sceau-empreinte.
Les sceaux, dont la forme, la grandeur, la matière et le mode d'apposition sont nombreux et variés, peuvent se diviser en deux classes principales : le sceau proprement dit ou grand sceau (sigilbun), et le sceau du secret ou petit sceau [sigilluDi secreti ou simplement secrelum). Le premier servait à authentiquer les actes publics ou de grande importance auxquels il était attaché; il avait parfois jusqu'à un décimètre de diamètre. Le second , qui s'eiuployait pour les actes de main privée et, comme nos cachets, pour les lettres missives, était, par suite d'un usage plus fréquent, plus répandu et de dimension plus petite que l'autre.
Les sceaux étaient d'abord plaqués sur l'acte ; mais, à partir du xu' siècle, ils y furent suspendus par des lanières de parchemin ou par des cordons de soie, de laine ou dt; chanvre. Pour rendre la falsification plus difficile et donner ainsi aux actes
une plus grande authenticité, on plaça dès lors, presque toujours, au revers du grand sceau le sceau du secret, auquel cet usage fit donner le nom de contre-scel [contrasigillum).
Le roi , les princes et les seigneurs étaient représentés en efllgie sur leur grand sceau; sur le petit sceau, sceau du secret ou contre-scel, se trouvaient communément leurs armoiries. Les lettres patentes et celles de provision des charges principales, émanant de la chancellerie royale de France, étaient munies du grand scel représentant le roi , assis sur son trône, dans sa majextc, c'est-à-dire avec les insignes de la souveraine puissance. Au revers de ce sceau était appliqué le contre-scel. Ce dernier, portant l'écu fletirdelysé , servait en outre à fermer les lettres closes ou de cachet et autres missives du roi.
Peu à peu, l'emploi du sceau avec effigie devint plus rare, et, au xvi* siècle, il n'était plus guère conservé, en France, que par le souverain. Dès lors le scel et le contre-scel ne différèrent généralement que par la grandeur de leur module. La coiumunauté municipale de la Ville de Paris nous en fournira des exemples.
SCEAUX ET ARMOIRIES DES VILLES. 3 toujours conclure l'existence des autres et r(^ciproquenient, comme s'il avait, devant les yeux, la charte iiiêirie de concession ou de reconnaissance de ces libertés.
Sous le {{ouvernement romain, les cités de la Gaule jouissaient d'une orga- Municipalités
gatio-romaincs.
nisation municipale; elles avaient, à l'instai- <le Rome, leur sénat, leur curie, et les citoyens y étaient soumis à la juridiction de magistrats pourvus de leurs charges par voie d'élection. Ces droits et ces privilèges dispai"urent peu à peu avec la domination franque, bui'gondc ou wisigothe, surtout pendant les calamités (jui désolèrent le i-oyaume sous les derniers Carlovingiens, et cjui changèrent son organisation politique.
Dans le midi de la France, quelques villes conservèrent presque en entier leurs libertés municipales, d'autres n'en sauvèrent que des débris; mais, dans le nord, ces libertés s'afl'aiblireiit ou disparurent à peu près complètement pendant de longues années de sei vitude, de telle sorte qu'on y perdit, en tout ou en partie, le souvenir de les avoii' possédées.
Au XI'' siècle on les voit renaître, ici concédées ou plutôt vendues par le sei- Kctabiissement
des
gneur, là reconnues comme préexistantes et confirmées par écrit; bientôt, sous la «mmunes en France.
protection royale, elles s'étendent à un grand nombre de villes, telles que le
Mans, Cambrai, Noyon, Beauvais, Saint-Quentin, Laon, Amiens, Soissons, Or-
léans, Saint-Denis, Beaumont-sur-Oise, Etampes, Chambly, Abbeville, Arras,
Doullens, Saint-Omer, Cassel, Senlis, Péronne, Montdidier, Béthune, Boulogne,
Compiègne, Hesdin, Calais, Chauny, Bapaume, Aire, etc. C'est l'œuvre de deux
siècles.
Les chartes de concession émanant de seigneui s dilïerents, et accordées à des villes situées dans des pays régis par des lois diverses, ne se ressemblent que par la niention de l'affranchissement et la formule presque invariable qu'on lit au
début : /// nomme Domim et mdividuœ Trinilatis, ego Rer \Dvx, Cornes,
ou Dominus^ de dedi et concessi hominibus de , etc.
Les privilèges obtenus ou confirmés varient beaucoup suivant les localités'''. Ils
Cependant les chartes connnunales (J'allraii- Marie, de Bruyères en Laonnois, sont la reproduc-
chissement étaient souvent, dans une même pro- tion de la charte de I^aon. Celles de Chauny et de
vince, copiées les unes sur les autres. Ainsi celles Vailly sont calquées respectivement sur celles de
de Crespy, de Coucy-le-Château, de la Fère, de Saint-Quentin et de Soissons.
à LES ARMOIRIES DE PARIS.
sont plus ou moins grands, selon la libéralité ou la puissance du seigneur, suivant qu'ils sont librement octroyés ou arrachés par la force. Là, en vertu des droits qui lui sont accordés, la ville devient une véritable république : des magistrats élus sous les noms de maires, échevins, jurats ou consuls, font les lois, ont une cour de justice, haute, moyenne et basse, votent les impôts et soudoient une milice communale. Ici, la ville est administrée par des officiers municipaux que le roi ou le seigneur choisit parmi les élus de la commune; celle-ci n'a que le droit de basse justice , la police de la cité et la répartition des tailles.
Apparition Qn comprcud, après ce que nous venons de dire, pourquoi les premiers
(les
premiers sceaux sceaux municioaux commencent à paraître seulement vers le xu^ et le xuf siècle.
municipaux. ■■■
Leurs légendes. Ils portent généralement l'emblème de la ville entouré d'une légende. Cette
légende a une grande inqiortance, non-seulement au point de vue de l'histoire particulière de cette ville, mais encore sous le rapport de la science paléographique en général; car l'écriture qu'on y observe se modifie de siècle en siècle et permet de déterminer, par le simple examen de la forme que présentent les caractères, l'âge de ces monuments sigillaires, de la même façon que sur les monnaies, sur la pierre des édifices et sur le parchemin.
La légende du sceau des villes change selon les lieux et les temps; elle se modifie surtout avec les noms des offices municipaux. Voici les formules le plus
fréquemment employées : SigiUum commune de , Sigilhim civium de ,
Sigillum communionis de , SigiUum consiihim de , Sigillum juralorum
de , Sigillum majoris et juratorum de , Sigillum majorie de ,
Sigillum preposilure de , Sigillum scabinorum de , etc.
Si, au lieu d'un sceau, il s'agit d'un contre-scel, la légende reste ordinairement la même, sauf le mot Conlrasigillum , qui vient remplacer celui de Sigillum.
Les légendes sont souvent aussi traduites en langue vulgaire; dans ce cas, la date en est généralement postérieure au xiv*^ siècle
Leurs emblèmes. Lcs cmblèmes gravés sur les sceaux étaient reproduits en peinture ou en broderie sur les bannières des communes, et sculptés sur la pierre des monuments ])ublics; ils étaient apposés sur les actes municipaux, ornaient les cottes et les
Appendice I.
SCEAUX ET ARMOIRIES DES VILLES. 5 robes des officiers el agents de la ville, ainsi que celles des gens de guerre à pied ou à cheval formant la milice que la cité soudoyait. C'était enfin la marque et l'insigne comnmnal par excellence.
Bien qu'aucune règle ne semble avoir présidé au choix de ces emblèmes, on sources diverses
(h; ces emblèmes.
peut, sous ce rapj)orl, diviser les sceaux des villes en plusieurs groupes principaux. Ainsi les ligures emblématiques sont ordinairement tirées du nom de la ville, de l'étymologie do. son nom, de la nature de son commerce ou de son industrie. Elles sont (Mupiuntées également à ses fortifications, à sa situation topographique, quelquefois à un fait historique dont elle a été le théâtre, à un monument remarquable renfermé dans son enceinte, ou aux armoiries du prince dont elle dépendait, etc. On voit souvent aussi, sur le sceau d'une ville, l'image ou seulement les attributs de son saint patron. Mais ce qu'on y rencontre le plus communément, surtout dans les temps anciens (car cet usage fut presque universellement abandonné au xvi^ siècle), c'est la représentation même des maires, échevins, consuls et jurats, isolés, ou réunis en conseil, tantôt debout, tantôt assis, quelquefois à cheval.
Voici quelques exemples pris dans chacun de ces groupes : lixempus.
Lyon, Reims, Mulhouse, Mantes, Montpezat, Nuits, Olargues portent respectivement sur leur sceau un lion, des rinceaux, une roue de moulin, une menthe, des balances, un noyer une marmite. Dunkerque avait anciennement sur le sien un maquereau ou un hareng, qu'un dauphin, animal plus héraldique sans doute, mais caractérisant moins bien la nature du commerce de cette ville, vint remplacer plus tard. Paiis, Nantes, la Rochelle, Dieppe, Morlaix, Libourne, Roscoff et d'autres villes portent un navire en rapport avec leur commerce ou leur position géographique. Avignon otTre un pont et des bâtiments; Bordeaux, Toulouse, Périgueux, des remparts et murailles crénelés; Verdun, une porte de ville fortifiée de deux tours; Arras, une enceinte à trois coupoles soutenues par autant d'arcades. Nîmes mit tour à tour sur son sceau le crocodile et le palmier de ses monnaies gallo-romaines, des arcades figurant ses arènes et l'image de ses ofiiciers municipaux. Pontoise et Gahors choisirent le pont de leur ville; Rouen prit le léopard des ducs de Normandie i^'; Strasbourg et Monl-
0//a en espagnol , marmite en français. On voit deux léopards sur deux sceaux portant
Nuits, en latin ISiiciacum. la légende Sigillum communie urbis Rothom. (]es
peiiier adoptèrent la Vierge et Tenfant Jésus, sous ie patronage desquels elles étaient placées; Limoges eut saint Martial, son patron; Saint-Jean-d'Angély, le chef de saint Jean-Baptiste, qu'on trouva, dit-on, dans cette ville au xi" siècle. Enfin Abbeville, Corbio, Doullens, Montreuil, Péronne, la Rochelle, Saint-Riquier et Vailly montrent sur leur sceau leur maire à cheval, tandis que Amiens, Avignon, Compiègne, Dijon, Lille, Mauriac, Meaux, Meulan, Nîmes, Peyrusse, Soissons, Troyes, y ont représenté la réunion de leurs officiers communaux, tels que maire, échevins, jurais ou consuls'''*
Comment Dans l'originc , les emblèmes sigillaires ne furent soumis qu'à une seule loi,
s'élablirtnt les luis
q"' inhérente à leur nom même, celle qui consistait à offrir une représentation
régissent les emblènii's. ^ ^
réelle ou conventionnelle du possesseur de ces emblèmes. Le sceau n'accompagne, en effet, les actes auquels H est joint, que pour en affirmer constamment l'authenticité, comme le ferait, s'il pouvait être toujours présent, l'individu on la commune dont ces actes émanent.
Cependant il est souvent difficile, parfois même impossible, de découvrir ce caractère essentiel formant le lien symbolique entre une ville et son emblème. La raison en est simple : le choix de ce signe a eu fréquemment pour cause une particularité d'une importance plus ou moins grande, mais toute locale, ([ue le temps a détruite ou fait oublier; quelquefois aussi un motif des plus futiles et que rien ne peut rappeler a seul présidé à ce choix.
Toutefois, lorsque l'usage de ces emblèmes vint à se généraliser, certaines coutumes s'établirent en ce qui concerne la formation et la disposition des diverses pièces et figures qui composent les sceaux. Peu à peu, ces coutumes constituèrent un ensemble de règles qui, au xv*" et au xvi'^ siècle, furent réunies par quelques auteurs'^' en corps de lois écrites. On voit donc que les emblèmes suivirent, à cet égard, dans leur développement, hi même marche que les lois civiles et criminelles connues sous le nom de coutumes, lesquelles ne
sceaux sont a[)j)osés l un à iiiif cliaite de l'an piéseiiler les traits particuliers, la personnalité des
13 9 '2 (acte de vente), l'autre à une charte de l'an olliciers en charge au moment de l'apposition du
1 ;î69 (relative au bail des moulins du roi). Dans sceau, mais de rappeler d une manière générale,
les premières années du xiv' siècle, les léopards sans acception de temps ni de personne, le droit
furent remplacés par l'agneau pascal. Cependant on de la ville d'avoir des magistrats chargés des af-
les voit encore, en iSfia, figurer sur la banderole faires communales et du maintien des libertés et
])ortée |)ar le mouton. (Histoire de la commmie de privilèges municipaux.
Houen, par M. Chéruel, p. i58.) Nous citons les principaux d'entre eux dans
Ces images n'avaient point [)0ui' but de re- ie chapitre premier de cet ouvrage.
SCEAUX ET AI^MOIRIES DES VILLES. 7 furent également codifiées, dans |)resque toutes nos |)rovinces, que vers cette même époque.
Si les lois qui régissent les emblèmes proviennent de la généralisation de leur usage, on doit natuiellement chercher l'origine de ces lois auprès de ceux qui, exerçant le métier des armes, firent des emblèmes un usage plus général, plus com|)let, et qui, en outre, avaient des officiers chargés d'en étudier et d'en régulariser renq)loi. C'est ce que nous allons faire.
Aussi loin que l'on remonte dans l'histoire des peuples, on y voit établi l'usage des emblèmes. Dès que les hommes se réunirent en troupes pour le combat, ils eurent, comme moyen de ralliement, des signes (^signa) qui, s'élevant au-dessus de leurs bataHlons, tenaient lieu des diverses espèces de drapeaux employés de nos jours. Afin de distinguer les nations rivales et d'empêcher la confusion entre les dilTérents corps d'une même armée, on fixa sur ces signes de ralliement des marques, des emblèmes ou des symboles.
De même, les simples combattants, pour être remarqués dans la lutte par leurs compagnons et leurs ennemis, ornèrent de figures de leur choix leui's armes et leurs vêtements de guerre. Mais ces emblèmes étaient personnels, et aucune loi ne réglait la forme, la représentation et l'agencement des dilférentes pièces qui les composaient. Il en fut ainsi jusqu'au xf siècle de l'ère chrétienne.
Vers cette époque, plusieurs causes presque simultanées amenèrent la généralisation complète de cet antique usage. Ces causes sont principalement l'établissement ou la consolidation du régime féodal, l'emploi des armures ou vêtements de fer, l'institution des jeux militaires nommés tournois, et les Croisades. Elles donnèrent plus tard naissance à l'hérédité et à la réglementation des emblèmes, qui prirent alors le nom significatif d'armoiries ou d'armes, parce qu'ils étaient ordinairement placés sur les armes des guerriers.
Des officiers qu'on appelait rois, maréchaux, hérauts et poursuivants d'armes, furent chargés, entre autres fonctions, par les princes et grands seigneurs à la cour desquels ils vivaient, de tout ce qui se rattachait à ces signes distinctifs; ils devaient composer et dresser les armoiries, en tenir registre et corriger les abus et usurpations qui pouvaient survenir au sujet de ces marques d'honneur. Ce furent eux qui commencèrent l'œuvre de compilation d'où naquit la science du Blason ou Art héraUique^^\ ensemble de règles fixes servant à former et à
C'est à un héraut d'armes d'Alphonse V, roi fice, ie héraut Sicile, (ju'on doit le plus ancien d'Aragon, connu seulement par son surnom d'of- traité du blason imprimé. Ce curieux ouvrage,
décrire les armoiries, et dont l'application constitue la seule mais importante différence existant entre ces emblèmes nouveaux et les anciens. C'est faute d'avoir fait cette distinction si simple, si naturelle, que tant d'auteurs, après avoir attribué des armoiries aux différents peuples de l'antiquité, sont tombés dans le ridicule d'en donnera Jésus-Christ, aux patriarches, à Sem, à Cham, à Japhet, à Noé, à Seth, à Caïn et à Adam lui-même.
Les embicmes Les hérauts ne s'occupèrent que des armoiries de la noblesse et laissèrent dans
(les villes
ienneni armoiries. oubH regrettable l'étude des emblèmes des villes, des communautés et des familles bourgeoises. Le but do leur institution étant tout particulier à la noblesse, on comprend qu'il en ait été ainsi. Cependant, le moment où s'établit l'hérédité des emblèmes dans les familles ayant coïncidé précisément avec celui où les villes commencèrent, par la formation successive des communes, à entrer dans la vie politique du royaume, l'emploi des emblèmes municipaux se propagea, dans toutes les provinces, par l'usage du sceau commun peu de temps après l'apparition du nom nouveau d'armoiries.
La vie communale, en personnifiant les villes, les avait obligées, non-seulement à avoir, comme un particulier, un sceau pour authentiquer leurs transactions et autres actes écrits, mais encore à pourvoir à la sûreté de la commune et à fournir l'aide militaire à l'Etat ou au seigneur dont elles relevaient. Les emblèmes municipaux furent donc, dans ces diverses circonstances, assujettis à la coutume générale; on les plaça sur les armes et bannières des milices bourgeoises, en leur donnant une signification semblable à celle des armoiries des nobles, avec lesquelles ils tendirent à se confondre peu à peu.
En effet, si l'on compare les sceaux des villes et des communautés du xi'' au xiv® siècle à ceux des seigneurs, on remarque entre eux une différence caractéristique. Dans ceux des seigneurs, l'origine essentiellement militaire des emblèmes est toujours soigneusement indiquée par la présence de l'écu ou bouclier sur lequel ces emblèmes sont gravés, tandis c[ue les villes ou communautés, n'ayant aucune raison particulière d'employer ce signe guerrier, placent les leurs directement sur le sceau lui-même. Mais, plus tard, on voit disparaître insensiblement cette seule et logique différence de forme.
dont la première édition, imprimée en i^qS. est .s( avoir et cognoistre d'une et clmcune couleur la verhi tort rare, a pour titre : liluxon des couleurs en nr- et la propriété, et la manière de blasonner et faire mes , livrées et devises, livre très utile et subtil pour livrées, devises et leur blason.
SCEAUX ET ARMOIRIES DES VILLES. 9 H y avail au reste, quant à l'usage, une grande analogie entre les sceaux municipaux et les sceaux seigneuriaux. Les armoiries des seigneurs ne servaient pas seulement à décorer leurs armes, h faire distinguer leur bannière ou leuipennon dans le combat, à authentiquer les actes et contrats qu'ils passaient personnellement; elles jouaient aussi, dans l'ancienne constitution civile et politique de la France, par rapport à leurs sujets et vassaux, un rôle de collectivité semblable à celui du sceau des villes et corporations.
Si les armoiries des familles nobles n'ont aujourd'hui qu'un caractère individuel et tout personnel aux membres de ces familles, il en était autrement sous le régime de la féodalité.
En effet, les seigneurs, suivant la qualité de leur seigneurie, jouissaient, dans Tétendue de leurs tei res, d'une partie plus ou moins grande du pouvoir souverain. Un simple seigneur châtelain le possédait presque en entier. Il avait droit de haute, moyenne et basse justice, et, par suite, une cour ou barre de juridiction, où la justice était rendue en son nom par des juges qu'il nommait. On y prononçait des arrêts tant au criminel qu'au civd; on y connaissait des crimes entraînant la peine de mort, aussi bien que des contraventions de police ne donnant lieu qu'à un emprisonnement de quelques jours ou à une simple amende. Le châtelain avait ses sénéchaux, juges, baillis, prévôts, procureurs, procureurs fiscaux, commissaires, notaires, huissiers, sergents et archers, tous nommés pailui, fonctionnant en vertu des lettres de provision qu'il leur avait délivrées, et, suivant leurs charges, rendant la justice, passant les actes et contrats, assurant l'exécution des arrêts de sa cour, ainsi que des lois et règlements de police, levant les impôts, etc.
Pour valider et authentiquer tous les actes ou sentences émanant du pouvoir seigneurial, ou résultant de transactions entre les vassaux et sujets de la seigneurie, un officier, portant le titre significatif de garde-scel, y apposait le sceau du seigneur, sceau personnel qui devenait ainsi une espèce de sceau commun, par l'authenticité collective qu'il donnait et la protection dont il était le garant.
Toute la science héraldique se portait naturellement sur l'élude des insignes de la noblesse, mais l'esprit d'imitation et d'ambition poussa les villes à rechercher les mêmes règles pour les appliquer aux emblèmes municipaux. On emprunta au blason son vocabulaire si précis, si én)inemment descriptif; on se conforma à ses lois, et, par une extension de signes, qui n'était que la conséquence de celle des idées, on vit, dès le xv^ siècle, paraître, dans des écussons,
les armoiries des villes comme celles des nobles, soit sur les sceaux, soit sur les monuments publics.
Cette remarque n'est point particulière aux vdles seulement; elle s'applique à toutes les communautés et corporations, ainsi qu'aux bourgeois, gens de métier et artisans, parmi lesquels l'usage du sceau était autrefois très-répandu.
Le passage de l'état d'emblèmes à celui d'armoiries ne produisit pas seulement un changement de nom. Il en résulta souvent des modifications importantes, qui altérèrent plus ou moins le symbole primitif. Ainsi la représentation figurée des officiers municipaux, gravée si fréquemment sur les sceaux, disparut presque complètement, pour faire place à des symboles plus simples ou plus héraldiques; on joignit à l'ancien emblème d'autres pièces empruntées au blason , et surtout celles ou partie de celles qui décoraient fécussoji du roi ou du seigneur dont la ville dépendait; puis, enfin, les émaux, les couleurs et les fourrures, ornant les armoiries des nobles, vinrent également prendre place sur celles des villes.
Exemples du passage Volci quelqucs cxemples à l'appui de ce que nous venons de dire :
des
eniWènies municipaux J^g poissou , iiarciig OU luaquereau , du sceau de Dunkerque, devient, sur les d'armoiries. armoirlcs de cette ville, un dauphin d'azur crêté et oreillé de gueules, auquel se joint un lion passant de sable. La modeste plante du sceau de la ville de Mantes est changée, sur son écusson d'armes, en un chêne de sinople englanté d'or et défaillant à dextre. Les murailles crénelées du sceau de Bordeaux sont remplacées par un château d'argent, qu'accompagne un lion léopardé d'or, souvenir du léopard des anciens ducs de Guyenne. Les clefs papales succèdent, sur le sceau d'Avignon, au pont et aux bâtiments qui s'y trouvaient d'abord. L'Y initial du nom d'Yssoudun, placé sur le sceau de cette ville, est changé, sur son écusson d'armes, en un pairie d'or, hguie héraldique dont la forme se rapproche beaucoup de celle de celte lettre. A hi j)lacc de l'enceinte à coupoles et à arcades gravée sur le sceau d'Arras, on voit une fasce d'argent, chargée de trois rats de sable et accompagnée d'une mitre et de deux crosses d'or. Enfin, au-dessus de chacune des tourelles que porte le pont de Gahors, vient se placer une Heur de lys d'or, symbole de la puissance et de la protection royales.
Quant aux images des officiers municipaux, qui composaient un des emblèmes communaux le jilus répandu et peut-étie h' plus lationnel, elles disparaissent de partout, notamment du sceau de chacune des vingt villes que nous avons citées plus haut, et font place à des pièces héraldiques qui constituent de véri-
SCKAUX lîT ARMOIRIES DES VILLES. 11 tables armoiries. Celte dernière espèce de transformation est remarqual)le; elle montre combien lut puissante, sur les symboles sigiJJaires des villes, la force d'absoi'ption des armoiries, de la langue; et des lègles du blason, quoicjue cette force s'exerçât lentement et d'une façon en (juebpie sorte latente.
Enfin, les exemples de l'adjonction à l'ancien endilème urbain des pièces héraldiques du ])rince ou du seigneur dont relevait la ville sont très-nombreux, parce ([ue cette adjonction était un moyen aussi sinqile que logique de montrer la souveraineté de l'un et la dépendance de l'autre, f.e plus grand nombre des villes de Fiance portent, on le sait, la fleur de lys, anti(|ue emblème des Capétiens. Celles des anciennes provinces empruntent aussi à leui's ducs ou comtes j)ai'ticuliers : en Bretagne, les hermines; en i^oi-raine, les alérions; en Guyenne et en Normandie, le léopard; en Languedoc, la croix de Toulouse; en Champagne, la bande côtoyée de doubles cotices potencées et contre-potencées; en Roussillon, le pallé d'Aragon, etc. Rodez, Melun, Béthune, Boulogne, Roye, etc. prennent à l'écusson de leurs seigneurs les figures et meubles de leurs armes.
Tout ce qui présente le caractère d'un usage général finit par se régulariseï* dans l'application; il en fut ainsi de l'introduction des pièces de l'écusson du souverain dans les armoiries municipales. On choisit la paitition de l'écu se prêtant le mieux à l'entrée de meubles nouveaux dans un écusson, c'est-à-dire celle qu'on pouvait toujours y adapter en laissant intact le blason primitif; et ce fut ainsi que le cAe/' devint la place réservée, marquant spécialement le patronage et la souveraineté sur une ville ''l
Les chefs d'azur fleurdelysés d'or, les chefs d'hermines, entre autres, portant aussi les noms significatifs de chefs de France, chefs de Bretagne, prouvent, par la multitude d'exemples qu'on en pourrait donner, que cet usage passa dès le xv*" siècle, mais surtout à partir du xv!*", à l'état d*; pratique régulière et de véritable loi héraldique.
Marquis du palronage.
Terminons par quelques exemples conqilétant, au point de vue des armoiries des villes, ce que nous avons dit plus haut relativement à la division, en plusieurs catégories princi|)ales, des sinqjles emblèmes placés primitivement sur les sceaux municipaux.
Division des
armoiries des villes en
diverses classes.
C'est ainsi que les chevaliers de Malte, pour faisaient partie, ajoutaient à leurs armes un chef de montrei' leur soumission à Tordre militaire dont ils jrueules îi la croix pleine d'argent.
Armoiries parinnKs Un gi'and iiombre de villes ont ce qu'on appelle des armes parlantes, c'est-
ou tirées
<iHa significuion à-dlrc tifées de la signification même du nom de la cité. Ainsi Bapaume et Ma-
(lu nom ^ ^
(le la ville. nosque ont des mains ouvertes; Bayeux, Brioude, Digne, Meaux, Mende, Montargis, Péronne, Riom, Sisteron, Seyssel, Toul, Vailly-sur-Aisne , Valensoles et Montaigu ont la lettre qui commence leur nom; la dernière y joint un mont. Castellane, Castelnaudary, Castel-Sarrazin, Gliâteau-du-Loir, Ghâteauroux, Château-Thierry, Châtillon-sur-Seine ont un château ou des tours '''; Goulommiers a un colombier et des colombes; Draguignan a un dragon; Espalion , un lion tenant une épée; la Flèche, une flèche; Fougères, une fougère; Fontenay-le- Comte, une fontaine; Montbar, deux bars; Mirande, des miroirs; Mont-Dauphin, un dauphin; Orange, des oranges; Pierre-le-Moustier, un monastère; Pontorson, un pont et un ours; Rochefort, une roche; Rozoy, des roses; Tournon et Tournus, des tours, etc.
Armoiries tirées de la situation topographiqup ou
lies particularités monumentales des villes.
On rencontre souvent aussi, dans les armoiries des villes, des pièces qui rappellent la situation topographique de ces villes ou un monument remarquable qu'elles renferment. Voici quelc[ues exenq^les de ce l'ait : Garcassonne et Dinan ont placé dans leurs armes leui- ancien château; Montivilliers, qu'arrose la Lézarde, y a mis un lézard, et Moustiers, ses fameux rocs, que réunit une chaîne en fer de deux cent vingt-sept mètres. Orthez, Pont-à-Mousson, Pontarlier, Pont- Audemer, Pont-de-l'Arche, Pont-de-Vesle, Pontoise, Pontorson, Pont-Saint- Espj'it, Pont-Sainte-Maxence, Sommiers, Villelranche de Rouergue et Villefranche de Roussillon ont adopté leur pont, etc.
Armoiries tirées
lie celles du seigneur de la ville.
D'autres villes ont emprunté à l'écusson de leur ancien souverain ou seigneur une ou plusieurs de ses pièces héraldiques, et quelquefois elles ont pris exactement les mêmes armes. Bar-sur-Aube, Ghaumont, Nogent-sur-Seine et Troyes ont la bande côtoyée de deux doubles cotices potencées et contre-potencées des comtes de Champagne. Nantes, Rennes, Quimper, Brest, Dinan, etc. ont les hermines des ducs de Bretagne; Montlort-l'Amaui-y les eut également, tant (|u il fit partie de fapanage de ces derniers. Toulouse, Fanjeaux, Moissac, etc. adoptèrent la croix (les comtes de Toulouse; Bar-le-Duc et Pont-à-Mousson , les bai's des comtes de Bar. Avignon a les ciels papales; Dijon
es iirmes de Bourgogne aii-
La tour de Ghâteauroux est de gueules ou rouge, bien (jue l'origiiio dn nom soil (lliiilcati-llaoul.
SCEAUX ET ARMOIRIES DES VILLES. 13 cien cl inodoriic; Pau et Oléron, la vache de Béarri; Besançon et Cambrai, anciennes villes impériales, l'aigle éployée de l'Empire; Partiienay, les burelles et la bande de ses seigneurs; Bayeux, le léopard des ducs de Normandie; Ghâteaubrianl, Clisson, Dreux, Foix, Nevers, Roye, Vitré, les armes de leurs seigneurs.
Outre Strasbourg, Limoges, Montpellier, Saint-Jean-d'Angély, dont nous avons Armoims
portant l'image
déjà parlé, citons encore, comme i)ortanl sur leurs armoiries l'image ou les attri- «u
^ ' , " ksatlribuls
buts de leur saint patron, les villes de Bazas, de Saint-Etienne, de Saint-Floren- „ tin, et les îles Sainte-Marguerite.
Les armoiries des villes ont souvent aussi pour but de rappeler le souvenir d'un Anuoirics événement remarquable qui s'est accompli dans les murs de la cité, ou auquel uesévLemems
(le rhistoire
les habitants ont pris part. Ainsi Cognac, où naquit François I", qui y réunit 'lesviiies. j)lus tard une assemblée de notables, a mis l'image même de ce prince dans sou écusson. Nancy, par son chardon accompagné de la devise Qtti s'y frotte pique, lait allusion au siège que ses habitants eurent à soutenir contre Charles le Téméraire, dur de Bourgogne, ainsi qu'à la défaite et à la mort de ce dernier. Vienne enroule , autour du tronc du chêne de ses armes , la légende Vienna civitas sancla, qui rappelle le titre de Sainte qu'elle doit tant à ses douze évèques placés au nombre des saints qu'aux nombreux conciles particuliers et au concile général qui s'y tinrent du v*" au \\f siècle. La ville du Mont-Saint-Michel, où fut établi, par Louis XI, l'ordre de chevalerie que ce monarque plaça sous l'invocation du grand archange, a mis dans ses armes les coquilles du collier de cet ordre.
Enfin, de même que les tours, les murailles d'enceinte et les portes sonl tou,s,
1,1 ,, , , I .,, , - murailles,
des symboles assez Iréquemment employés par les villes, la ciel se rencontre portes et defs aussi fort souvent dans le champ de leurs écussons. Sans compter Avignon, dont les clefs héraldiques sont un emblème souverain, Angers, Brioude, Cassel, Cluny, Condom, Corbie, Martigues, Monl-de-Marsan, Narbonne, Romorantin, etc. en ont mis dans leurs armoiries, avec une signification complètement urbaine.
dans les armoirîf.' ■ Ii-s villes.
Nous ne pousserons pas plus loin cette énumération déjà fort longue, et nous nous bornerons, pour terminer, à faire observer : i" ([ue presque toutes ces
l.a (leur id: lys dans les armoiries des villes.
villes, outre les pièces héraldiques qui leur sont propres, portent la fleur de lys comme marque de leur soumission à la monarchie française et du patronage du souverain; 2° que ce symbole du pouvoir politique est placé ordinairement dans le chef, quelquefois dans le champ même de l'ccu, soit en quantité déterminée, soit sans nombre.
Ai,,)ii.;,iion On verra, dans les chapitres suivants, l'application exacte, pour le cas parti-
IX ;irmi)irics de P;iris
à<^^ culier qui nous occupe, des généralités que nous venons de poser comme base
principes généiaiiv
,1"' (le notre travail. Nous montrerons, en elîet, que le sceau des Parisiens, avant de
premicnl 1
se transformel' en véritables armoiries, a toute la simplicité des antiques emblèmes, ])uisqu'une seule pièce le décore.
Nous verrons qu'il n'est alors soumis à aucune loi héraldique; le blason n'était pas encore né, et l'emblème de la vieille Lutèce existait déjà.
Mais en même temps que la ville grandit, que croissent sa splendeur, sa |)uissance et son commerce, les emblèmes, ainsi que nous l'avons dit, se généralisent et se fixent; le pouvoir royal s'étend sur tout, fait partout acte de présence et de souveraineté. Alors le modeste et primitif symbole des Parisiens se transforme et grandit aussi. A côté de lui, sur le sceau communal, vient se placer celui de la royauté, d'abord d'une manière indécise et sans y occuper une place fixe; puis, après avoir traversé cette époque de transformation dont nous avons ])arlé, l'ancien emblème passe complètement et pour toujours à l'état d'armoiries, par l'inlroduction définitive de la marque béraldique du j)at rouage royal et par l'emploi des divers émaux en usage dans le blason.
Dès lors la ville de Paris n'a pas seulement un emblème et un sceau ; elle possède des armoiries.