OPINIONS DIVERSES SUR L'ORIGINE DES ARMOIRIES DE LA VILLE DE PARIS
Sommaire. — Mode de recherches des anciens auteurs héraldiques en ce qui concerne les origines spéciales des armoiries. — Armoiriesde Paris. — Sentiment de Gilles Corrozet. — Elles sont dues à une concession de Philippe -Auguste. — Signification du navire quelles contiennent. — Réfutation. — Sentiment d'André Favyn. — Origine tirée de la forme de l'île de la Cité. — Appui que lui prête le P. Ménestrier. — Les tours de Notre-Dame de Paris; la flèche de la Sainle-Chapelle; les cinq ponts de la Cité. — Réfutation. — Sentiment de l'avocat général Marion. — Curieuse défense de ce sentiment par le P. de Varennes. — Sentiment de Claude Minos et de Theodorus Hopingus. — Le Navire, emblème des anciens Francs et Gaulois. — Monnaies romaines, franques et gauloises. — .leu de pile ou face. — Saint Augustin. — Réfutation. — Véritable étymologie du moi pile. — Sentiment de Tristan de Sainf-An)and. — Origine isiaque. — Elle a fhonneur d'une consécration légale en 1811. — Tacite, .lacob Spon et Petit-Radel. — Réfutation.
A l'époque où l'on se mit à étudier eu détail l'ongiiie des armoiries, leur mo<ic-
(le recherclies
signification, leur formation et les chanp[ements qu'elles ont successivement subis, ""^"'"^^ il y avait déjà plusieurs siècles qu'elles étaient en usage. Il fallait donc reveniien arrière pendant un espace de quatre ou cinq cents ans, pour se mettre à la ' recherche de faits d'un intérêt secondaire; mais cette période est pleine de ténèbres, et, si la lumière que les grands événements historiques répandent autour d'eux vient çà et là en éclairer quelques points, les autres restent ensevelis dans une ombre douteuse, souvent même dans une profonde obscurité. En outre, les hérauts et poursuivants d'armes, qui sont chronologiquement nos premiers auteurs héraldiques, n'étaient point des savants, ils avaient, il est vrai, une grande connaissance des règles et coutumes relatives aux armoiries; mais, si l'on en juge d'après leurs ouvrages, ils connaissaient peu l'histoire de leur propre pays et ne possédaient que la mythologie, l'histoire des temps fabuleux ou héroïques, et celle des divers peuples de l'antiquité.
Aussi est-ce parmi les héros de ces époques lointaines et chez les nations disparues depuis des siècles qu'ils allèrent souvent, pour flatter la vanité des lois
et des grands seigneurs qui les employaient, placer l'origine des royaumes, des villes, des familles et celle de leurs armoiries
Lorsque, poussant moins loin leurs prétendues investigations, ils bornèrent le champ de leurs recherches rétrospectives aux premiers temps des rois Capétiens, ils ne furent pas généralement beaucoup plus sages et donnèrent encore leurs propres visions pour des réalités. On doit reconnaître qu'ils le firent souvent avec une espèce de bonne foi naïve.
Ces erreurs, présentées parfois d'une manière assez habile et même, dans une certaine mesure, savamment défendues, furent acceptées par des auteurs plus sérieux , propagées par d'autres , et passèrent bientôt à l'état de vérités historiques , autour desquelles se groupèrent ainsi, pour les recommander, les noms de quelques hommes d'une érudition considérable.
Ce n'est pas ici le lieu d'énumérer les fables, les absurdités qui prirent ainsi place dans l'histoire; nous nous bornerons au sujet que nous traitons, et l'on sera sans doute suffisamment édifié, lorsqu'on connaîtra les diverses opinions émises sur les armoiries de la Ville de Paris.
Le premier auteur connu qui se soit occupé de déterminer l'orighie des ar-
Ainsi, pour satisfaire d'un seul coup toutes les familles issues ou se disant issues des anciens Francs, on leur donna pour auteur commun un prince troyen, qui fut nommé Francus ou Francion. Ce prétendu fils d'Hector serait arrivé en Germanie après la ruine de Troie , et s'y serait établi. C'est de lui que seraient sortis tous les Francs.
Telle est entre autres l'opinion de Tritliènie , abbé de Spanheim, mort en i5i6, cpii sappuie sur l'œuvre supposée de Hunibaud, auteur vivant sous Clovis I". lequel aurait composé une bistoire des Francs réduite par lui en douze livres; mais les savants révoquent en doute l'existence même de cet ouvrage. (Dupleix, Mévioire des Gaules, 1. Il, ch. xxiv; Pontanus, De orig. Franc; Cluvier, Anl. Germ. I. 111, ch. xx; Simier; Vossius, etc.)
On peut consultera cet égard l'ouvrage intitulé: Paris et ses historiens aux xiv' et à v' siècles, Documents et écrits originaux recueillis et commentés par MM. Le Roux de Lincy et L. M. Tisserand, in-4°, Paris, iSfiy, p. loa et suivantes. On y trouve la prétendue origine du nom François, celle du nom de Paris, et des notes curieuses accompagnant le
texte de cette partie de la Description de Paris sous Gharles V, par Raoul de Presles.
Les anciens auteurs ne joignent-ils pas au miracle de la sainte ampoule, apportée pour le sacre de Clovis par une colombe, celui de l'origine divine de l'écu d'azur à trois fleurs de lys d'or, descendu du ciel, h cette même occasion, pour servir d ai'nioiries au roi franc et à ses successeurs? (Voyez, entre autres auteurs, Robert Gaguin, Favyn. etc.)
La bannière de Danemark, la croix de Toulouse, les hermines de Bretagne ne sont-elles pas aussi venues du ciel? L'étoile, ou comète à seize rais de gueules, n'a-t-elle pas été adoptée par les Blacas en mémoire du roi mage dont on les prétendait issus? Qui ne connaît les plaisanteries auxquelles a donné lieu la prétendue origine de l'illustre maison de Lévis, sortie, suivant certains généalogistes, de la tribu juive de ce nom? Enfin n'avons-nous pas vu de nos jours, en i8ii, imprimer mie histoire généalogique de la famille Villaines de la Villenne depuis fan du monde 2018 (autrement dit depuis Abraham) jusqu'en i83i de l'ère chrétienne? (Riom, E. Leboyer, in-8°.)
OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE. 17 rnoiries de la Ville de Paris est Gilles Corrozet (i55o). Sans appuyer sur au- semimcni
do
cune preuve son assertion doublement erronée, il alTirnie qu'elles sont une ciiies corroiet. concession du roi Pliilippe-Aujjuste, qui les aurait données, en 1190, à cette ville, lors(|u'il en créa les ofiiciers municipaux.
Voici comment s'exprime Corrozet: r- Le Roy Philippe Auguste, dit le Conquér rant, accreut grandement son Royaume, et enrichit de beaucoup sa ville de Paris. rrEn Tan mil \c'' , il créa les eschevins de la vdle, donnant à icelle les armoiries
Lts armoiries de Pari»
dues à une concessiou de Pbilippe-Augusie.
Corrozet (Gilles), imprimeur, libraire et auteur, était né h Paris en 1 5 1 o. Selon l'usage qui existait de son temps parmi les imprimeurs et les libraires, il avait pris une devise faisant allusion à son nom, comme avait fait, entre autres, un de ses confrères , Nicolas Cliesneau, qui avait pour marque un cliène vert. La marque de Corrozet était une main étendue tenant un cœur au mili(Ui duquel était une rose ("panouie, avec ces mots : In corde prndentis revirescit stipicnlin. Il composa divers ouvrag-es en vers et en prose, et mourut, en lSCS, à Paris, où il fut enterré dans le cloître des Carmes de la place Maubert. Moréri', nuteur du DIcliunnaire liixlorit/uc , lui a composé cette épitaplie :
L'an mil cinq cens soixante huit, A six heures avant minuit, Le qnatriesme de Juillet, Décéda Gilles Coriozet, Agé de cinquante huit ans, Qui libraire fut en son temps.
Son corps repose en ce lieu-cy , A i'àme Dieu fasse mercy!
On a de lui : 1° Les Antiqiiilez de Paris, nombreuses éditions depuis i532 ; 2° Ze Trésor des Histoires de Fiance, 1 583 , in-8°. f Ce n'est, dit le Nourveau dictionnaire historique, qu'un recueil coiu't fret imparfait des noms des rois et des princes, -rde leur âge, du temps de leur règne, etc. Le rr reste de ce Trésor est une rapsodie pleine de T contes ridicules." d° Les divers propos des illustres hommes de la chrétienté, Lyon, i558, in-16, ouvr. rare; li° Le Parnasse des poêles f rançois , 1 572, in-S".
Son petit-fils , Jean Corrozet, imprimeur et écrivain comme lui , augmenta considérablement le Trésor des Histoires de France , et en imprima une nouvelle édition en 1G28, avec de nombreuses additions.
I^cs Annules et Ch-oniques de France, par ^icole
Gilles, secrétaire du roi Louis XII et contrôleur de son trésor, mort en iSoy, attribuent aux armoiries de la Ville de Paris la même origine que les Antiquités de Paris. Mais cette conformité d'opinion se rencontre seulement dans les additions faites à l'ouvrage de Nicole Gilles par les continuateurs de cet liislorien. Tous, notamment François de Belleforest et Gabriel Dupuis, ont, sur la question qui nous occiq)e, copié littéralement Corrozet.
Quant aux éditions antérieures, imprimées en i5r2 0, \ i5^7, i552 et 1 5. 5 7, elles ne disent rien des armoiries de la Ville de Paris, et laissent ainsi, à cet égard, la priorité au Parisien Gilles Corrozet.
Les Antiquitez , histoires et singularités de Paris, cille capitale du Boijamne de France, i55o. Paris, au Palais, en la boutique de Gilles Corrozet, in-i 2, fol. 60.
En 1090, le roi Pbilippe-Auguste n était pas né. Il y a donc une faute d'impression dans cette date, car l'imprimeur ne peut avoir mis Philippe- Auguste dit le Conquérant au lieu de Philippe 1". Tous les auteurs qui ont reproduit fopinion de Corrozet l'ont compris de cette manière et ont cliangé 1090 en 1190, ainsi qu'on l'a fait d'ailleurs dans les éditions suivantes des Antiquitez de Paris.
Cependant deux auteurs, qui vivaient vers la même époque, Paul Merula et Jodocus Sincerus, autrement dit Jean Zimerling , ne permettent pas d'admettre comme certaine cette rectification, car ils disent, l'un copiant l'autre textuellement : ^Phi- ^ lippus I , Galliœ Rex, anno ciaxc Eschevinos (viros rrconsulares) urbi dédit; locoque insignium navem (tliliis aureis ornatam.-^ [Cosmographia generalis , par Paul Merula, in-/i", Leyde, i6o5, pars 11. liber m, cap. 21, p. ^78; Itinerarium Galliœ, par Jodocus Sincerus, in- 12, Lyon, ciniocvi, p. 33o.) Ici il y a concordance entre la date et le nom
ff qu'elle porte aiijouiHriiuy, c'est de gueules à un navire d'argent, le chef d'azur crsenié de fleurs de lys d'or : donnant par ces signes à entendre que Paris est la rrDanie de toutes les autres villes de France, dont le Roy est le seul gouverneur cr et patron, qu'elle est la nef d'abondance et aflluence de tous biens, et tout ainsi cf que la navii'e représente une république bien administrée, ainsi les autres villes «se reiglent selon le gouvernement et police d'icelle.*î
En s'expriniant ainsi, Corrozet n'était probablement que l'écho d'une opinion reçue de son temps et transmise par quelque tradition , sans qu'on puisse déterminer l'époque où une jiareille erreur a pris naissance. Cependant la prédilection toute particulière que Philippe-Auguste montra pour Paris, et qui donne même à son règne une importance considérable dans l'histoire de cette ville, permet d'expliquer comment on a pu être porté à lui attribuer cette prétendue concession. Les améliorations et embellissements dont il dota Paris, les principales rues pavées, les Halles construites, l'enceinte fortifiée dont il poussa les travaux avec activité et qui ])orte encore son nom, Notre-Dame achevée, le Louvre et son donjon bâtis, le soin qu'il eut, avant de partir pour la Terre Sainte, de nommer au nombre des exécuteurs de son testament quelques bourgeois parisiens auxquels il confia le Trésor Royal et qu'il adjoignit à l'administration de ses domaines pendant son absence, de nombreuses cliartes concédant ou confirmant d'importants privilèges, toutes ces faveurs enfin l'ont fait considérer comme le restaurateur ou le nouveau fondateur de Paris. La reconnaissance publique, la disposilion de l'esprit humain à toujours préciser, à donner une date, à attacher un nom à l oi-igine de toute chose, expliquent comment la population parisienne a pu ajouter nue concession d'armoiries aux nondjreux actes qui lui faisaient chérir et respecter la nuMUoire de ce iiioiiaïque ''^
D'ailleurs, (juelle que soit la nianièi'e dont s'est foi'mée l'o])inion émise par
du monarque; mais la date et le nom importent peu , puisque le l'ait même de la concession est laux.
Remaïqiions en outre que Merula et Sincerus, en écrivant leur ouvrage , avaient probablement sous les yeux le texte de Corrozet (e'dition de i55o), et ([ue l'e'vidente contradiction que présente ce texte leur parut porter plutôt siu' le nom du monarque que sur la date.
" Pliilippe-Auguste . dit M. Le Roux de IJncy,
p. 110 de son Histoire de rHôtel de Ville de Paris, se montra toujours favorable au développement de la Municipalité parisienne, et, sous ce rapport, la tradition liistoritpie qui le considérait comme fondateur de celte Municipalité ne manquait pas de quelque vérité. Plusieurs chartes des années 1 187 à 1120 sont relatives aux Marchands de l'eau de Paris, et presque toutes non-seulement confirment leurs anciens privilèges, mais encore les augmentent ou les étendent.
OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE. 19 (lori'ozel, 011 pciil racilenienl en faiic voii' le ncsiiit. 11 dit que les armes de i'aris sont une concession de Pliilippe-Aujjusle; mais il n'en donne aucune preuve. Nul aiileur, si ce nest ceux qui, sajis vérification, ont répété son dire, n'a parlé de cette prétendue concession; aucun inventaire des archives de la Ville n'a mentionné l'existence de l'orifpnal ou même d'une copie des lettres royales. Cette pièce, si elle avait existé, aurait été pourtant d'une importance assez grande pour que la Municipalité l'eut soigneusement conservée et que des copies en eussent au moins fait connaître le contenu. Or aucun historien sérieux n'en parle; il est donc permis déjà de douter de son existence; mais on sera foi'cé de la nier complètement, si l'on passe à l'exameii de la deuxième et de la troisième affirmation de Gorrozet. 11 suffit, pour cela, de jeter un simple regard sur un sceau de la Ville pendant à un acte du commencement du xnf siècle et conservé aux Archives de l'Empire
Si les armoiries de Paris, telles qu'elles existent aujourd'hui, sont, comme le dit Gorrozet, un don de Philippe-Auguste, il est évident que, plus on se rapprochera de la date de la concession, plus ces armoiries devront être conformes au blason concédé; or ce sceau, dont nous donnons le dessin exact est du l'ègne même de ce monarque, postérieur à i 190 d'une dizaine d'années tout au plus''''; il n'a point de chef et ne |)orte aucune trace de fleurs de lys. La deuxième assertion de Gorrozet disparaît donc, et, comme la barque de marchand de rivière, que ce sceau représente, est loin d'être l'emblème de grandeur, de la richesse et l'image d'une république bien adminislrcc , d'un vaisseau dont le Roi serait le chef ou patron, il est impossible d'admettre la troisième aflirmation de notre auteur.
Au reste, comment Phdij)pe-Auguste aurait-il donné un chef semé de fleurs de lys sans nombre à la Ville de Paris, puisque son propre sceau n'en a pas même une, que son contre-scel n'en porte qu'une seule, et que le semé de fleurs de lys ne commence à paraître, sur les contre-scels royaux, qu'à partir de Louis VIll, fils de ce monarque?
Enfin, si l'on en croyait Paul Merula (i6o5) et Jean Zinzerhng (1606), ce ne serait pas à Philippe-Auguste, mais à Philippe P', son bisaïeul, que Paris devrait, et cela dès 1090, c'est-à-dire cent ans plus tôt, la création de ses échevins et l'octroi de ses armoiries au chef fleurdelysé On peut appliquer aux assertions de ces deux auteurs la réfutation qui précède; et, si l'on avait besoin d'une preuve
Archives de l'Empire, J i52, 11° 00, et in- Voir la note précédente,
ventaire des sceaux n° 5582. INous donnons \e foc- Voir p. 5i.
stmile de cet acte pl. I et le dessin du sceau p. 5o. P. 17, note 3.
de plus, on la trouverait dans leur désaccord même sur la date de la concession et sur le nom du roi qui l'aurait faite.
L'opinion de Corrozet, dont nous venons de faire voir le [teu de fondement, a été admise et reproduite dans un grand nombre d'importants ouvrages, tels que ceux de François de Belleforest (lôyB), André Du Cliesne (1G2/1), Bernard de Girard, seigncui- du Haillan (1627), Claude Malingre (i6/io), Joannes Limnœus (1657), Le Maire (1G8/1), Rey (iSSy), et même dans YArt de vérifier les dales"^^'.
s^iiœeni Au siècle suivant , en 1620, le Parisien André Favyn , dans son Tliédlre d'honneur
d'André Favyn
(•6jo)- et de chevalerie '-\ réfuta les assertions émises par Corrozet au sujet des échevins et des armoiries de Paris; mais il attribua aux armoiries une origine bien plus reculée et bien moins admissible encore que celle qu'il repoussait. Pour lui, l'antiquité n'avait point de ténèbres; et, quelque obscur que fût à ses yeux un point d'histoire, il trouvait toujours chez les anciens ou chez les modernes, soit un poëte, soit un historien, dont la crédulité ou les visions devenaient autant d'éclaircissements. S'appuyant sur cr le docte n Génébrard^"*', rr homme plus sage dans ses mœurs
' ' Cosmographie , par Belleforest, in-fol. lôya, 3 vol. t. I, folio 2.30; Recherches sur les antiqmlés (les villes de France , par AiidjT Du Chesne, in-8", \(i-îk, 1. t, cil. xxiii, p. !2i8; Histoire générale (les Rois de France, par du Haillan, in-folio, Paris, 16-27, ^ '•• L liv. XI; Annales et antiquités de la ville de Paris, par Malingre, in-foi. Pai'is, i6io, 9 vol. I. III; De jure puhlico , par Joannes Limnœus, in Strasbourg , i Gôy, 1. 11 , liv. VI , lie insignihus; Paris ancien et nouveau, par Le Maire, in-i 2 , Vans, i684, 3 vol.; Histoire du drapeau, des couleurs et des insignes de la monarchie française, par Rey, in-8°, Paris, 1887, 9 vol. t. II, p. 68; Art de vérifier les dates, I. V, p. 587. — Appendice II, n°' i, 9 , 8 et II.
Le Théâtre d honneur et de chevalerie, etc. par André Favyn , Parisien , avocat en la Cour de Parlement, Paris, 1690, 9 vol. in-/|°, t. I, p. 16. (Voyez note 5 de la page 9 de cet ouvrage.)
Favyn (André), avocat, né h Paris à la (in du xvi' siècle, s'adonna à l'étude des antiquités de la monarchie française , et composa (juelques ouvrages assez estimés des curieux, rr On reproche cependant rrà l'auteur, dit la Riographie universelle et moderne, (fde s èlre monli é trop crédule et d'avoir négligé de f citer les sources où il a puisé quantité de faits qu'on
frne peut admettre d'après lui.r, — On ignore les circonstances de sa vie et la dale de sa mort, que les biographes placent par coiijeclure veis 1690. Cependant l'épîlre dédicatoire de son Théâtre d'honneur et de chevalerie , (ju'il adresse à noble et docte seigneur monsieur Maistre Nicolas Le Clerc, seigneur de Franconville, du Tremblay, etc. conseiller du Uoy en sa Cour de Parlement, nous apprend qu'il vivait en juin i6iy, et qu'il avait composé cet ouvrage chez ce magistrat, son protecteur, dont il habitait la maison à Paris.
On a de lui : 1° Histoire de Navarre, contenant l'origine, les vies et conquêtes de ses rois, Paris, 1619, in-folio, ouvrage que Lenglet Dufresnoy a jugé très-sévèrement; 9° Traité des premiers offices de la Couronne de France, 161 3, in-8''; 3° Le Théâtre d'honneur et de chevalerie, ou Histoire des ordres militaires des Rois et Princes de la chrétienté et leur généalogie, Paris, 1690, 9 vol. in-k", fig. Lenglet Dufresnoy accuse Favyn de manquer souvent d'exactitude , et le P. Ménestrier dit qu'il a fort maltraité les ordres de chevalerie, rr Cet ouvrage curieux, rrdit la Biographie universelle , n'en est pas inoins ff très-recherché. ^
Génébrard (Gilbert), né vers 1037, àRiom, en Auvergne , fut docteur de la maison de Navarre
OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE. 21 que dans ses écrits,^ dit le Nouveau dictionnaire liistorique , il n'hésita pas à donner la date précise de la fondation dt; Paris.
rr I^a ville de Paris, dit-il, bastie l'an du monde deux mille neuf cent quatre- oriKine
(les
fc vingt et un, le premier d'Abezan, de Bethléem, juge d'Israël, successeur de ^Hmoiries^.ie rr Jephté, treize cent vingt-cinq ans après le Déluge, cent quatre-vingt-dix-neuf ans ''' "alTcuc rr devant la fondation de Rome, selon le tesmoignagne du docte Génébrard, archerrvê(jue d'Aix en Provence, livre premier de sa Chronologie, a retenu pour ses rr armoiries le navire d'argent fretté et armé en champ de gueules, comme la rr métro])olitaine de la Monai chie Françoise.
rr Quelques-uns ont écrit, ajoute-t-il, que Philippe-Auguste, deuxiesme de nom, rrdict Dieudonné, et le Conquérant, fut le premier instituteur du Prévost des marrrcliands et des Eschevins de nostre ville de Paris, à quoy il n'y a raison ny apparr rence quelconque, car seroit-il croyable que ceste belle ville, le domicile de nos rrRoys de la première et seconde lignées, aye esté sans corps de ville et Officiers rrd'icelle? Veu que dans les Capitulaires de Charlemagne et de ses enfans, il est rrfaict mention en plusieurs endroicts de scabinis, des eschevins^'', lesquels estoienl rr comme les gouverneurs et juges politiques des bonnes villes de France.
rr Semblable erreur à ceux qui rapportent les armes du navire avoir esté donrrnées à la dicte ville de Paris par le dict Philippe-Auguste : veu que, dès le rr temps de nos Druides anciens, le navire estoit l'enseigne de la dicte cité des rr Parisiens, peut-estre pour la raison rapportée par le docte Estienne Pasquier--' rrtraictant ce subjecl, que les premières limites de ceste grande ville représentent
et professeur de langue liébraïque au Collège royal. Piqué de n'avoir pu obtenir levêché de Lavaur qu'il désirait, il quilla le parti du Roi pour celui de la Ligue. Le duc de Mayenne le fit nommer archevêque d'Aix. Celte ville s'étant soumise à Henri IV, Génébrard se retira à Avignon , d'où il attaqua le gouvernement du roi par des écrits pleins de violence. Le Parlement d'Aix fit brûler l'un d'eux par les mains du bourreau et bannit le prélat du royaume, avec défense d'y rentrer sous peine de la vie. On lui permit pourtant plus tard de se retirer à son prieuré de Semur, en Bourgogne, où il mourut le 16 février 1697, à soixante ans. trCénébrard, dit le ff Nouveau diclionnaire histoiique , était certainement fTun des hommes les plus savants de son siècle, rrmais non pas un des plus judicieux. 11 passa pour
Tun hoiimie plus sage dans ses mœurs que dans (Tses écrits.'' Outre sa Chronologie sacrée, on a de lui un grand nombre d'ouvrages, tels que : un Commentaire sur les Psaumes, les Trois Livres de la Trinité, une Traduction de Josèplie, une Traduction de différents rabbins , une Edition des OEuvres d'Oi-igène et des Ecrits polémiques.
Les scabini du temps de Charlemagne sont, suivant quelques auteurs, l'origine des otliciers municipaux connus plus tard sous le nom d'éc/tevins. Favyn, qui semble être de cet avis, leur attribue cependant, par une inconséquence dont il donne de fréquentes preuves , des fonctions qui en feraient plutôt des ofllciei's royaux et politiques.
Recherches de la France, par Estienne Pasquier, in-fol. Paris. i6iq. - Appendice 11, n° 5.
rrla forme et la figure d'un Navire. Paris, de son coiiuiiencemeiil , n'estoit qu'un rcchasteau de plaisance, basty pour le déduict de la cliasse par les premiers Rovs « Gaulois où de présent est le palais. Depuis, les liabitans esleurent leurs demeures rrdans ceste isle que faicl la Seine, la quelle en son assiette représente la forme ''d'un navire, estant large en façon de pouppe, oii est bastie l'Eglise Cathédrale, rrson Cloistre, l'Evesclié avec l'Hostel-Dieu : et la Proue, la pointe d'icelle où esl fr le bout du jardin du Palais, joinct à présent au Pont-Neuf et remply de maisons; fr l'enclos de la cité représentant naïfvement la forme d'un navire, lequel esloil i-r chez les Egyptiens le hyérogliphique de la souveraine puissance, la marque et ffle symbole de connnandement et de prééminence. Ainsi Paris est à bon droict «appelée la Royne des villes.
ff Asiris Luiuique prior, quia robore et arrnis,
ffËt reiiquas Urbes consiiio superat. n
Marc de Vulson de la Colombière (i6/i/i), dans sa Science héroïque'^'K Pierre Paillot (1668), dans sa Vraije et parfaite science des Armoiries , Sauvai (lya^), dans ses Antiquités de Paris se rangent, ainsi cpie le P. Ménestrier. à l'opinion de Favyn
Même seiiliineiil défendu par le P. Méneslrier (1679-1696).
Ces auteurs ne se conteiilenl pas, on le voit, de dire d'une manière générale que l'île de la Cité a la forme d'un navire; ils en énumèrent les parties princi-
Science héroïque Marc de \ ulson, seigneur de la Colombière, chevalier de l'ordre de Saint- Michel, g-entilhomnie ordinaire de la maison du roi , in-fol. Paris, i6/i4, p. 196. — Appendice II, n° 6.
La vraye et parfaite science des Armoiries, par Pierrre Paillot, Parisien, in-l'ol. Paris, 1G68, fol. 478. — Appendice II, n° 7.
Histoire des Aiilifjiiitésdela ville de Paris, par Henri Sauvai, 3 vol. in-fol. Paris, 17^/1, t. I, p. /i5. — Appendice II , n" <).
Méneslrier (Claude-François), jésuite, ne' à iiVon en i(i33, mort le 3i janvier 1705. Homme d une jirol'onde émdilion, savant dans les langues anciennes , il s est distingué comme théologien , prédicateur et antiquaire ; mais il doit surtout sa célébrité à son Traité du Blason, qui esl le meilleur ouvrage que l'on possède sur cette matière. Sa mémoiie était prodigieuse. On dit que la reine Christine, passant par Lyon, fit prononcer en sa
présence et écrire trois cents mots, les plus bizarres qu'on pût imaginer, et que le père jésuite les répéta tous sans hésiter, dans l'ordre où ils avaient été écrits. On a de lui :
1° L'Histoire du rcgiic de Louis le (Iriiiid par tes médailles, emblèmes, devises, etc.
'a" L'Histoire consulaire de Lijon , i()()3. in-fol.; autre édition en i6()G.
3° Divers petits Traités sur les devises , les médailles, les tournois, le blason, les armoiries. Le plus connu est son excellente Méthode du Blason, dont la meilleure édition est celle revue et augmentée par M. L*^". et imprimée, in-8\ à Lyon, en 1770. La première édition est un in- 19 de 1661.
5° />a Philosophie des images, 1O9/1, in-iî2.
5° Usage de se faire porter la queue, Paris, 170/j, in-i t!.
Les Mémoires de Niceron contiennent, t. P', la liste complète de ses ouvrages. — Appendice II , n° 8.
OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE. 23 pales et on fléUM'iniiiciit la situation; là est l'avaiil; ici l'arrière; ils nous monti'cnt les lianes du navire li<jurés par les quais de Tile. Le P. Ménestrier, bien (pTil ne soit pas l'inventeur de ce système, se l'approprie par l'ardeur qu'il met à le déiendi'e, et lui prèle une certaine force, parce qu'il est le plus savant et le plus coinni d(^ nos auteurs héraldiques. Il va bien plus loin encore (jue Fuvyn : il n liésile point à donner des mats à ce navire, dont le Roi, suivant l'expression allégoi-ique d'André Du Cliesne et de Corrozet, tient lui-même le gouvernail.
Dans son ouvrage intitulé Ori(fine des Armoiries , le P. Ménestrier examine les diiréi'entes causes qui donnèrent naissance aux armoiries et déterminèrent le choix des endjlèmes; il en compte sept principales : i° le Nom; 2" un Evénement illustre; 3" les Dignités ou Charges; h° les Croisades; 5" les Devises; 6" les na})ports symboliques; 7" les Singularités du l*ays. Après avoir donné des exemples des six premières origines, il arrive à la septième, les Singularités du Pays, et cite la Ville de Paris, qui, dit-il, a un navire pour armoiries, parce que l'ile du Palais, où est la Cathédrale, a cette forme.
Le P. Ménestrier se borne à ces quelques mots, parce qu'il n'examine ici que lours
I , . . ... de
d'une manière générale l'origine des armoiries; mais dans un autre ouvrage'-* il ^ollL-Da„,^e ,ie Paris, s'étend bien plus longuement sur la prétendue ressemblance (ju'il a constatée,
la nèrlie (le
la Sainle-Chapi'lle ,
et, après l'avoir expliquée comme Favyn et Pasquier, il ajoute que les deux tours .in,, |m„i!"ie la ciié
de Diotre Dame fort élevées représentent assez bien les mâts du grand navire parisien. Ebloui par cette ingénieuse découverte, il perd de vue le jugement sévère qu'il a porté sur les ridicules visions et sur les inventions fabuleuses de la plupart de ses devanciers; il oublie ses propres plaintes sur leur ignorance héraldique, et ne se rappelle même pas un point bien connu de l'histoire de Paris; car ces tours, qui, suivant lui, viennent si heureusement compléter la ressemblance de l'île de la Cité avec un vaisseau, n'étaient point encore construites du tem])s de Philippe- Auguste, époque à laquelle il reconnaît que les armoiries de Pai'is existaient déjà, telles qu'elles sont aujourd'hui. Puisque le P. Ménestrier, malgré toute sa science, consentait à commettre une pareille eri'eur chronologique, il eut pu
Oriffiuc des Armoirien, par le P. Ménestrier, (De La Chesnaye des Bois), in-8°, Paris, lyôy-
in-19, Paris, 1679, 2 vol. cliap. v, p. 935; Die- 1766, 7 vol. t. I, Rccli. sur les armoiries, p. 27.
tionnaire gcnéalogifjiie , héraldique, citronologiqiie et Histoire consulaire de la cille de Lyon, par le
historique, contenant l'origine et l'état actuel des P. Me'nestrier, in-l'ol. I^yon , iGyO, a vol. I. \,
premières maisons de France, etc. pai'l). I>. C. D. 15. p. 366. — Appendice 11, n" 8.
et
le vaisseau (les armoiries (le
1 ville (le l'aris.
joindre aux deux tours de l'église Notre Dame la flèclie de la Sainte Chapelle et compléter ainsi un magnifique trois-mâts.
11 y a quelque chose d'ingénieux, nous le reconnaissons, dans ce vaisseau arrêté au niilieu de la Seine et symbolisant Paris; aussi, tout en nous étonnant de voir un historien sérieux se rallier au sentiment de Favyn, trouvons-nous tout naturel qu'il ait séduit l'imagination d'un poëte. Dans le chapitre rr Paris à vol d'oiseau,-^ de Notice-Dame de Paris, Victor Hugo complète le tableau, présenté par Favyn et Ménestrier, en donnant pour amarres à ce vaisseau les cinq ponts qui relient la Cité aux deux rives du fleuve.
Cette opinion, disons-le tout d'abord, est basée sur une simple conjecture, que peut venir remplacer une conjecture plus naturelle et plus vraisemblable, en admettant même que la Cité ait complètement la forme d'un navire.
Mais, en réalité, cette ressemblance existe-t-elle? a-t-elle jamais existé?
Si les îles fluviales affectaient toute espèce de formes comme celles de l'Océan, on aurait pu, à une époque quelconque, être frappé de l'aspect que présente celle de la Cité, et lui trouver, à la rigueur, quelque analogie avec un vaisseau. Mais il n'en est point ainsi; toutes les îles de rivières ont, par suite de l'action même de l'eau sur leurs bords, une forme allongée dans le sens du courant; et ce fait ne peut par conséquent donner lieu à aucune remarque particulière pour une d'entre elles. Cela est vrai surtout pour la (^ilé, qui n'a d'autre ressemblance avec un navire que la forme allongée; or aucune des nombreuses villes qui, comme Paris, contiennent une île dans leur enceinte, n'a vu là un motif suflisant pour placer un navire dans ses armoiries.
Nous pouvons, entre autres, citer Melun, qui est aussi divisé en trois parties : une sur cliaque rive de la Seine, et une troisième, qu'on appelle aussi la Cilé, placée au niilieu des deux autres dans une île formée par la rivière, et où se trouve également une église Notre-Dame" .
Enfin, si Paris, dans le choix de ses armes, s'était guidé sur cette prétendue
Ajoutons que le poëuie d'Abbon établit d'une manière certaine l'existence du culte d'Isis dans celte ville, qui porta longtemps, à cause de cela, le nom d"/«eo.v. On voit donc que, outre la ressemblance nautique qui lui e'tait ronuuune avec Paris, elle avait, dune manière plus sûre encore, les
mêmes motifs de prendre pour emblème le navire isiaque (voir les détails relatifs à cette origine, p. Cependant la ville de Melun porte : d'azur, semé de fleurs de lys d'or, au cliàteau d'argent flanqué de deux tours de même . sommé de gueules , maçonné et ajouré de sable.
OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE. 25 similitude do forme, il eût pris un vaisseau et non la simple barque que porte l'ancien sceau dont nous avons déjà parlé.
Nous remontons naturellement jusqu'à cette empreinte, qui est la plus ancienne; car il ne faut point aller chercher la vérité dans l'orgueilleux vaisseau à trois ponts, voguant toutes voiles dehors, qui orne les sceaux des xvi'', xvif et xvm'' siècles et que le lomps a grandi, mais dans ce bateau dont la forme simple et modeste est, nous le verrons, pleine d'enseignements, non-seulement sur la question des armoiries de la Ville, mais encore sur l'histoire des premiers temps de la Municipalité parisienne.
D'autres auteurs n'admettent ni l'opinion qui fait des armoiries de Pai-is une concession de Philippe-Auguste, ni celle qui leur donne pour origine une prétendue ressemblance (Mitre un navire et lîle de la Cité. Ils prétendent, le célèbre avocat général Marion entre autres, que le navire a été choisi, depuis les temps les plus reculés, comme emblème de Paris, parce qu'il est le symbole de la prospérité, de la richesse, d'un commerce florissant, et la parfaite image du gouvernement d'un État bien réglé, fonctionnant sous de sages lois, mais soumis pourtant aux agitations et aux périls suscités par les passions humaines, de même que le vaisseau est sujet aux tempêtes qui entravent sa navigation.
SeiiIiiiH'nt de
l'avocal général Marion
Ce sentiment a trouvé un ardent défenseur dans le R. P. de Varennes^-', dont nous allons citer en entier la curieuse plaidoirie. Après avoir successivement étudié divers emblèmes pouvant entrer dans la composition des armoiries et nieu-
(le
ce senlimciil
it P. de Viireiini' { iC35).
' Plaidoyers de Simon Marion, avocat général au Parlement de Paris, in-ia, Paris, 16-29; cinquième plaidoyer, prononcé au Parlement, le lundi 1 1 janvier 1 588, pour la récepliou du duc d'Illpeinon à l'état et office d'amiral de France, p. 6i.
Marion (Simon), né à Nevers, savant jurisconsulte, avocat éloquent, avait, disent les biographes, une imagination féconde et une mémoire si (idèle, ff qu'elle n'égara jamais rien de ce qu'il lui avoit ff confié. 11 D'abord avocat au Parlement de Paris, il fut, le 12 août i5gfi, nommé un des conseillers de celle cour, devint ensuite président de la seconde chambre des enquêtes et enfin avocat général ; des lettres de noblesse récompensèrent ses longs et importants services. Il mourut à Paris en iGo5, à soixante-cinq ans. après avoir remis sa charge au
sieur Cardin Le Bret, seigneur de Flacourt, et fut enterré dans l'église Saint-Merri, sa paroisse. Le cardinal du Perron lui fit cette épilaphe :
Sous ce tombeau paré de mainte sorte D'honneurs muets, git l'éloquence morte.
Car Marion, du Sénat l'ornement, Et du barreau le miracle suprême, N'est pas le nom d'un homme seulement, Mais c'est le nom de l'éloquence même.
Ses plaidoyers ont été publiés en iSg^i, 1598, 1 620, 1 Gst5 et 1 629.
Catherine Marion, sa fille, mariée à Antoine Arnauld, eut vingt enfants; dix mourui'ent en bas âge , les autres se rendirent tous illustres par leurs talents et leuis vertus. — Appendice 11, n° 10. Le Roy d'Armes ou Wirt de bien former, eharger,
blor un écusson, il arrive au navire et s'exprime ainsi: rr Puisque celte fijjure ff d'armes arreste nos pensées sur la Royne des villes, qui est aiijourd'liuv celle ffqui reçoit nos travaux et nous conserve en la jouissance de son doux air, il faut K que ma plume luy rende ses devoirs, et si elle a eu jusqu'à présent quelque force et pour s'essorer vers les quatre parties de ce grand univers, qu'elle employé son vol rrà la recherciie des grandeurs et de la gloire de son NAVIRE. Autrement il serr roit à craindre que la plupart de ces foi ts esprits du temps, ne pouvant supporter crnostre silence en un sujet si honorable, ne vinssent à nous blasmer de trop d'inrr gratitude à l'endroict de cette cité toute Royalle, et qui ne cesse tous les jours de crnous faire sentir les efFects signalez de ses grandes boutez ''. Donc, autant pour rrme jnettre à couvert d'un tel reproche que pour donner du jour aux véritez qui rse présentent en ce dessein, j'avanceray dans les termes d Une proposition génère raie, que le navire voguant dessus les ondes de la mer, quoiqu'en peinture, a cf esté de tout temps la parfaite représentation de la prospérité. La preuve s'en peul évidemment recueillir de ce que nous trouvons qu'en certaines médailles de ff l'empereur Hadrien, et dans celles niesmement du second des Césars, il y avoil ffune nef équippée de ses voiles et de ses rames, avec cette devise: A In félicilé tt d'Auguste. Et pour monter encore plus haut, tandis que ce navire si foi't honoré '■des Athéniens faisoit voyage vers Délos, au temple d'Apollon, suivant le vœu ff qu'en avoit fait autrefois leur Thésée, la loy ne perinetloit pas qu'on fist mourir ffou (pi'on menast à supplice cjuelconque les plus grands criminels. D'où il advint r: aussi que, comme remarque Platon en son livre intitulé Pliu'doii, il se coula ff beaucoup de temps entre l'arrest de mort prononcé conti'e Socratc et le jour aufcquel il devoit estre exécuté; attendu ([ue, le procez ayant esté jugé seulement la fc veille du départ de ce navire de Salul, il fallut alteiulre son retour dans le havre ff d'Athènes. De sorte qu'on ne s'estonnoit |)as, dans les siècles suivans, si pour rrune marque de bonheur on rejirésentoit un navire fendant les eaux à j)leines rr voiles, veu que parmi les peuples les plus sages de toute la gentilité, Ton lui rrportoit un mesme respect, et on lui rendoit autant d'honneur qiu? si c'eusl esté
briser, timbrer, parer, c.rplii/iier etbinsoniier les armoiries, etc. par le l\. P. Marc (Jilljorl de Varcnnes, de la Compagnie de Jésus, in-folio, Paris, i GAo, deuxième (■dilion, p. 'iS;^. I^a première édition osl de i(')3.t.
\ arennes (Marc (lilherlde), né à Bourbon-Lancy en i5()i, entra dans la Compagnie de Jésus dès ràge de dix-neuf ans. Il enseigna les humanités,
exerça la préirise et gouverna successivement le collège de \ amies et la n'-sidence de Pontoise. Il mourut à Pioimes le iG mai iGOo: on a de lui, outre l'ouvrage ipie nous \enoiis de citer, les Beautés de l'âme, l*aris, chez Nicolas Buon. iG^io, in-8\
Il ('(ail |)r(j|)al)i('menl pensionm'' pai' la Ville de Paris.
OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE. 27 f (juel(|ii(' déesse qui présidast à la Fortune. Mais les chreslieris ont bien encore r- plus de sujet de d(''clarer la vraye félicité qui accompagne les enfans de Dieu (rpar ce grand vaisseau de l'Eglise, qui ayant les voiles de ses intentions enflées r par le souille de rEs[)ril-Sainct, et voguant de droict fil, malgré tous les corsaii'es rrde l'Enter et tous les monstres de l'Erreur, prend sa route asseurée vers le poi-t ffde Sion la déleste. InlaiHihlemenl elle est si fort dans le bonheur, (pie les moi f'tels, qui sont agitez par tant et tant d'orages violens et contraires, peuvent se T préserver de ces naufrages espouvantables qui n'ont point de ressource et qui sont chez Tertullien cet inenatabile excussis profiindum , inexlricahile impaclis naufragimn, r irrespirahile devoratis hypobrichium; pourvcu qu'ils soient embarquez dans celle rrnef de l'unique espouse du Tout-Puissant, où se void le vray mast de la foy, rf l'ancre de nos espérances les plus asseurées, le gouvernail d'une parfaicle charité, ffl'égoust d'une amère pénitence, la hune d'une prudence toute saincte, le guidon rrde la Croix, les cordages de mille dévotes prières et bonnes œuvres qui montent rr vers le Ciel, les voiles et les rames de nos plus saines aftections, le biscuit de "••l'Eucharistie, l'eau douce des consolations Divines, et les armes de l'un et l'autre rr Testament. Paris, le théastre de l'Europe, le séjour du pi-emier Roy Chrestien, rrla perle des villes, et le diamant de la bague de ce bas monde, à meilleur titie frque l'Asiatique Ormus; je loueray toujours ces sages Druides et ces autres anrrciens Gaulois, qui vous ont donné poui- armes l'escu de gueules, au navii-e fretté rr et voilé d'argent sur des ondes de mesme, puisque vostre félicité, qui paroist dans rr les accroissemens journaliers de l'éclat de toutes ces rares perfections dont vous tr estes ennoblie, ne pouvoit estre plus naifvement représentée. Je n'ignore pas, rrDieu mercy, que plusieurs ont voulu dire que vous avez pi-is cette sorte de blason rrpour autant que vous estiez autrefois comprise dans les bornes de cette isle que r'faict la Seine, et qui représente en son assiette la forme d'un navire, à prendre r-la pouppe oià est l'Eglise avec le Cloistre de Nostre-Dame, et la proue au bout du rr jardin du Palais, joint à présent au Pont-Neuf et remply de maisons. Mais puisrrque vous estes la fleur de tout le Christianisme, qui faictes tant d'estat de la rr sincère piété, que vous pouvez sans vanité conter entre vos bastimens beaucoup rr plus de sacrez autels, et de maisons dédiées au culte du grand Dieu, qu'il ne rrs'en remarque mesmement dans celte fameuse cité ([ui s'est acquise longtemps rry a le nom de saincte; et puisque vous pouvez dire avec vérité que jamais ville rr quelconque ne fust remplie d'une Noblesse tant illustre et si nombreuse, nv rme s'y est veue si fort peuplée de tant de bons esprits, ny habitée de tant de
rrfaniiHes si puissantes eu biens, en alliances et en crédit, poiirquoy ne maintienrr drions-nous pas que, pour marque d'une si grande prospérité, le Navire vous est rrbien deu ?
rrQue si l'antiquité croyoit obtenir une bonace du Ciel et une heureuse navigaftion, pourveu qu'elle gravast sur la coque d'un vaisseau Evttaoici ou bien Upovoia frawlovcra, que ne devons-nous espérer, voyant que dans le chef des armes de cr cette ville toutte Royalle nous remarquons les émaux et les fleurs de nos morrnarques? Je sçay bien que c'est l'ordinaire de touttes les villes de ce Royaume ffd'adjouster à leurs propres escussons le chef de France, mais véritablement il cr semble que ceci est deu plus particulièrement au Navire de celle qui est la decr meure ordinaire des Roys, et qui reçoit immédiatement de Loiiys, son Soleil, rrtant de favorables influences. Aussi est-ce la plus asseurée, Cynosure, qu'il conrr sidère en ses entreprises, c'est l'estoile polaire de son cœur, c'est le poinct que "•regarde incessamment devant soy l'aymant de sa boussole, et c'est suivant ses f ordonnances qu'elle va conduisant et son gouvernail et sa course, estant bien rr asseurée qu'elle aura le mesme progrès que celui que demandoient les Athéfrniens, touttes et quantes fois que, démarrant du port, ils crioient AyaOri Tv;)(r;. rr Qu'il soit donc escrit à jamais que Paris porte de gueules au navire fretté d'argent, voguant sur des ondes de mesmes, et au chef d'azur semé de fleurs cr de lys d'or, ou plus brièvement au clief semé de France, n
Pour réfuter tout ce ponqieux fatras, il suffit de montrer la petite barque du xm*" siècle.
Quelques auteurs, tels que Claude Minos (i576)''\ Tiieodorus Hopingus
' De Symbolis et Enihlematibu.i , par Claude Minos.
Mignault (Claude), plus connu sous les noms de Minos ou Minoés, naquit vers i536 à Talant, près de Dijon. Après avoir professe la philosophie et la langue grecque et latine à Reims, [)uis à Paris, il étudia le droit à Orléans, où il prit ses degrés (après iSyS), et fut, pendant quelques années, avocat du roi à Etampes. Nommé plus tard profes- .seur en droit canon à Paris, il était doyen de cette faculté en 1097. Mignault joignit une rare probité à une vaste érudition. Mort à Pai is le 3 mars 1606, à soixante et dix ans, il fut enterré dans l'église
de Saint-Benoît. Papillon a fait son éloge {Mémoires de UUcraturc , t. Vil).
L'ouvrage le plus connu de Mignault est son Commentaire sur les Emblèmes d'Alciat, Anvers, iSy/i, in- 16. Il en fit une ti-aduction en vers français, Paris , 1 5H/i , in-i -2 ; elle est rare.
11 a laissé encore, outre des éditions d'un grand nombre d'auteurs avec de savantes notes , les ouvrages suivants : 1" Pancgtjricus seii lielalio pro schola Juris Parisieiisis , Paris, Drouarl, iGoo, in-8°; 2" De libcrali adolescentum instiiulioiic ; 3° An sit commodius adolescentes extra gijmmsia quam in gijmnasiis ipsis institui? 1676, in-8'.
OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE. 29 (16/19) "\ s'appuyaiil, ainsi <jiie Favyn^'-) et La Roque sur Sidonius Apollinaris, Latiiius Pacatus et lîeahis Illieuanus disent, avec eux, que le navire était l'emblème adopté par les anciens Francs et Gaulois, qu'il était peint ou brodé sur leurs étendards et empreint sur leurs monnaies; mais, de plus, ils en concluent que Paris le conserva comme son symbole particulier.
Tlii-'O.lonis Hopingus ( i576-i64a).
rrEn ce qui concerne les emblèmes des Parisiens, il faut savoir, dit Ilopingus, que la nation des Francs, ainsi que l'attestent Sidonius Apollinaris, Latinus Pacatus et Beatus Uhenanus, était, dès les siècles les plus reculés, adonnée à la navigation et très-exercée au métier de pirate. Partout où elle choisissait un lieu pour s'y établir et y fonder une ville, elle se plaisait à y entourer d'honneurs le symbole sacré de l'ait nautique, suivant peut-être en cela l'exemple des Gépides, race célèbre sur les bords de l'Océan germanique et habituée depuis plus longtemps encore à arborer cet emblème. Le navire symbolique y était donc consacré comme un mémorial de la plus haute antiquité. C'est ce que fait encore ouvertement aujourd'hui Lutècc, la royale et incomparable cité des Parisiens; et elle se place manifestement sous d'heureux auspices, puisque les richesses sont le produit du commerce maritime, et que les nations, les contrées auxquelles la nature a refusé un facile accès, s'ouvrent aux navigateurs. Il était donc permis
\jO navire, rn.hlèriie des anciens F' raru» tl Gauloii.
Ttieodori Hopingi De hisignium sive Arviorumprisco etnovo jure tractalus, in-fot. 16/1 tj, caput sextum, pars VU, 11° 1287, p. 4i3. Cet auteur, dont le véritat)le nom est ïlieodorus Hôpingli , n'est mentionné dans aucun dictionnaire biographique. Il naquit le 1 5 janvier 1 Sg 1 , à Soest en Weslphalie , fut professeur dliistoire et d'éloquence à l'Académie de Marpurg, et composa divers ouvrages d'érudition, dont le plus connu, après celui que nous venons de citer, est intitulé : De Sigillorum prisco et novo jure tractalus, m-k", 16/12. (Table des auteurs par Clément, manuscrit de la Bibl. imp. section des Imprimés.)
'^^ Le Théâtre d'honneur et de chevalerie, etc. par André Favyn, Parisien, avocat en la cour de Parlement, in-/i°, Paris, 1620, 2 vol. t. I, p. 1/1.
' Traité singulier du Blason , contenant les règles des armoiries des armes de France et de leur blason , ce quelles représentent et le sentiment des auteurs qui en ont écrit, par M' " Gilles-André de la Roque , chevalier, sieur de la Lontière, in-12, Paris, iGyS, chap. ni, p. 17.
Roque (Gilles-André de la) , sieur de la Lontière, d'une famille noble de Normandie, né au village de Cormelles, près de Caen, en 1597, mort le 3 février 1687, à Paris, âgé de quatre-vingt-dix ans. Il s'est fait connaître par plusieurs ouvrages remarquables sur le blason , la noblesse et les généalogies. Doué d'une mémoire prodigieuse, il connaissait toutes les fraudes généalogiques, bases principales de l'illustration de certaines iamilles, et les dévoilait sans ménagement. On a de lui, outre l'ouvrage cité plus haut: 1° Traité de la noblesse , de ses dijférentes espèces, de son origine, etc. in-h", Rouen, i634, et Paris, 1678; 2° Traité du ban et de l'arrièreban, in-12 ; 3° Généalogie de la maison d'Harcourt , in-fol. U vol. 1662 : k° Traité des noms et surnoms, in-12; 5° Histoire généalogique des maisons nobles de Normandie, Caen, i65Zi, in-fol.
OEuvres de Sidonius Apollinaris, édit. in-Zi" du P. Sismond, i652. — OEuvres de Latinus Pacatus Drepanius, édit. in-8°, i63i. — Fies Germanicœ, par Beatus Rhenanus, in-/i°, i0y3.
de prévoir que Paris se développerait, et, comme révénemeiit l'a démontré, (pril serait un jour un lieu d'extrême abondance, la patrie des lettres et des sciences, le rendez-vous universel des plus savants hommes et le séjour le plus fréquenté de l'univers'".
Quant à Claude Minos, il se borne à ces quelques mots : ^rLes auteurs assignent aux anciens Francs le navire pour emblème; et la preuve qu'ils en donnent, c'est que Paris a conservé jusqu'à nos jours ce même symbole - . ■î^
Ces deux auteurs, on le voit, se bornent à dire, en s'appuyant uniquement sur une conjecture, que Paris avait un navire j)our emblème, parce que tel était le symbole des anciens Gaulois et des anciens Francs.
Voyons comment on essaye d'établir ce dernier point:
Les Francs, qui dans l'origine habitaient les bords du Rhin et de la mer du INord. aux pays de Clèvcs, Gueldres, Juliers, Frise, Hollande, Zélande et Rrabant, portaient, pour cette raison, la qualification de Ripuaires, du latin ripa.
t:A cause de cela, dit André de la Roque ^ , Sidonius Apollinaris, Renanus, ffLatinus Pacatus et d'autres remarquèrent que le navire esloit les propres armes fMît devises des anciens Gaulois et François.
rrC'estpeut estre, ajoute-t-il un peu plus loin, ce qui a donné lieu à Jacques ff Charron de Monceaux, Claude Malingre et autres historiens'', de dire que rcMérovée lit peindre dans ses étendards un navire fiollant d'argent on champ de
rflnsig-nia Parisiorum quod ntlinet, scienduni "priscis secuiis Francoruni gentem navalein et piffraticaj arlis, leslibus Sidonio Appoliuari, Latiiio (f Pacalo ac Beat. Rlienano , exercitatissimam fuisse , nplacuisseque g-enti . ul , quamcumque sihi rpfjioiiem crurbis condeuda! qiiieli deligeient. hoc sacro naiifftico honori (forsaii ad exemplum Gepidariiin , per TGermanicum Oceamim claroriim . ideniqiie Insigne rranteausurpanliiiin) el anliquitali nienioi abilesynirf bolum Navis aniplissima; dicareliir. Ouod idem Rerrgalis et inconipai'abilis Parisioi iiiii Liilelia adbiic rrapeiie sibi \indicat : bono. ut constat, auspicio, f-quia divitiœ allalini navigationi comparantur, et ffgentes regiones(jue, ad qiias nalura accossuin iierrgavil, arle proniautur. Oiniiiari igituc licuit, Luler tiani amplialuni iri . atque , ut eventu liquet , opibus r adluenlissirnam fore, nec non lillerarum et discifrplinaruni cognilione, et doctoruni boniiiunn conrrcursu frequeiilisslmo el ubique lorrarum celeberr l iino. 1 Th. Hopnigus cite quol(|U('s auteurs qui ont
traité le même sujet avant lui; ce sont : Stephaïuis Força tu lus (Etienne Forcadei) , De iniperio cl phllosopliia vetevum Gallorum, in-A°, i58o, j). Syy; — Franciscus Mennenius, Deliciœ ordinis cqueslris , Ordo navalis site Cochlearis, p. lOo; — Georges Rraun, Cicilatcs or bis teriarnm, in-foi. Cologne. iSya ; — Claudius Minoes, De Symbolis et EmbleiiKitibus; — Joachim Canierai'ius, De Sifinboli.i; ■ — Laurent lîeyerlingk , Magnum Tbealruiu vila' liuinanw , in -fol. l. VII, lit. S. voc. Sleinitin ; — Joannes Linuiu'us, De Jure puhlico, in-/i°; — Jodocus Sincerus (Jean Zinzerling), Itincrarium Galllarum, in-i-j, Lyon, p. /i65.
' rfiNavcm Francis veteribus j)r() sienuuale adi-scribunt aulhores, argumento inde ducto, quod rr idem signum Parisiorum hue usque manifeste de- '•prehendanuis.-
' Voyez note 3 de la page
' La Roque met ici en note à la marge : r-Chnrfi'on, ]li,sl. (les Gaulois el des François. Le [)rincipal
OPINIONS DIVEIISKS SI U LEUH OHIGINE. 31 rr gueules, ])our niai'([uer qu'il cstoiL Roy do ces pays-là, qui, par leur situation cr marécageuse ou maritime, obligeoient les hahitaiis de s'appliquer à la navicrgation, et qu'il ajoutoit à cette figure ces paroles : Eu allera quœ vehat Argo; «faisant allusion à cette flotte des Argonautes qui s'empara de la Toison d'or de
rr Colchos. "i
(llaude Malinjjre et Jacques Cliarron ne nous apprennent point où ils ont fait la découverte de ce drapeau de Mérovée; mais La Roque, par le doule qu'il émet, paraît l'avoir deviné : aidés de leur imagination, et appuyés sui' la conjecture d'ApoUinaris, de llenanus et de Pacatus, ils ont peint et bi'odé eux-mêmes l'étendard du roi franc.
Ceux qui soutiennent cette opinion donnent poui- raison que certaines mon- Lenaviit-
sur
naies frantiues et pauloises auraient porté d'un côté une téte (celle du patriarche i'-^ "ionmiies romaines .
^1 franqups
Noé ou de son |)etit-fils Gomer", selon Favyn), et de l'autre un navire. Ils essayent de le prouver en rappelant l'ancien jeu de tête ou pile, connu des Itomains sous le nom de caput aut navetn, et consei'vé jusqu'à nos jours sous ceux de rroia: ou pile et de pile ou face.
gauloises.
Ji-u (II' Pile nu Via-c.
11 est certain qu'avant l'établissement des Francs dans les Gaules, et depuis, divei'ses monnaies romaines en bronze et assez loui-des, telles (pie Vas et ses subdivisions, le semis, le triens, le quadrans, \e sejtlans et l'once, y étaient partout en usage, et qu'elles étaient marquées, d'un côté d'une téte, et de l'autre d'un navire, ou , pour être plus exact, d'une proue de navire. Sans qu'il soit besoin d'invo- (|uei' le témoignage de Macrobe, d'Aurelius Victor et de Pierre-Daniel Huet<-, nous en trouvons la ])reuve dans nos collections de médailles; et saint Augustin nous l'apprend indirectement, quand, pailant des deux images de l'âme, dont l'une se rapporte à Dieu et l'autre au corps, il dit ^ : rt An duas liabebit anima
ffsyiiibole des armes de la ville de Paris a este fait ffsur ce modèle; car c'est un navire e'qiiipé, voilé et frflottant d'argent en champ de gueules. M. Matrlingre, en ses Annales de Paris, i. III; Bernard de frGirard du Haillan, Hist. de France, v
Gonier, appelé aussi Gallus, chef des Gaulois ouGalates, selon quelques anciens auteurs, tels que Eusèhe, Zonaras et Isidore.
''^^ lis disent que Janus, roi d ltalic, lit marquer sur ses monnaies, d un côté l'image de sa tête, de
l'autre celle d'un navire, en mémoire de l'arrivée de Saturne en Italie, arrivée qui eut lieu par mer et par conséquent dans un vaisseau ; ils ajoutent que de là était venu le jeu de tête ou navire , en usage parmi les enfants de leur temps. ( Macrohus, Snturii(dlnm lih. I, cap. i; Aurelius Victor, De origine genlis romaïKP; Huet, Histoire du coiinnerce rt de la iiarigalion des anciens, in-io..)
De Anima, lib. I\ . cap. .\iv.
r imagines, a summo quidem Doi, ab imo quidem corporis, sicut in nummo dicitur