‹ Les armoiries de la ville de Paris: sceaux, emblèmes, couleurs, devises, livrées e céroemonies publiquesChapitre 25 sur 107 · OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE · texte numérisé non relu

OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE

Ce j(Hi est (l'une siiiiplicilé telle que, sans avoir besoin d'être transmis d'un peuple à un aidre, il a pu naître spontanément dans tous les pays le jour où commença l'usage des monnaies, et il a du changer de nom avec la langue locale et la l'orme des empreintes. On l'appelait en France caput aut navem, (juand la langue latine et les nu)nnaies romaines y étaient en usage, de même cpi'on l'a nommé croix ou pile, sous saint Louis, puis pile ou face, lors([ue l'effigie de la tète de nos rois est venue reujplacer la croix.

Pourquoi le mot pile s'est-il toujours conservé en France? Par la l'aison fort simple que, s'il signifie vaisseau^^\ f ilote et pelote, pilier, pilon, javelot, il est aussi un terme de monnaie. .lusqu'au milieu du wif siècle, on fal)ri(pia au marteau les espèces d'or, d'argent et de billon. Dans cette fabrication, qui lut usitée en France durant des siècles, on se servait, pour marquer les pièces, de deux poinçons appelés coins, de grosseui- proportionnée aux espèces, dont l'un était nommé pile et l'autre trousseau. Les empreintes des monnaies y étaient gravées en creux, l'écusson sur la pile, et la croix ou l'effigie du roi sur le trousseau. Après avoir donné à la pièce la forme voulue, on la plaçait sur la pile, enfoncée solidement et d'aplondj dans le ceppeau^^^; on mettait le trousseau par-dessus, puis on pressait d'une main , entre les deux coins et à l'endroit des empreintes , la pièce qui , au moyen de ti'ois ou quatre coups d'un petit maillet de fer appliqués de l'autre main sur le trousseau, se trouvait marquée des deux côtés.

Selon nous, le moi pile, employé pour nommer, dans les monnaies, le côté opposé à la tète ou à la croix, n'a pas d'autre origine que le nom môme de l'instrument de monnayage appelé pile.

Le côté où se trouvait soit une croix, soit une tête, a pu tout naturellement recevoir fun ou l'autre de ces deux noms; car c'était toujours une de ces deux

Remarquons qu'il n'a celle signification que dans le sens de vase (vas œreuni, ferreum, ligneuni).

La pile était un fer ou coin de 7 ou 8 pouces , ayant vers le milieu de sa longueur un gros débord ou lalon, et à sa partie inférieure une queue en forme d'un gros clou carré. La partie supérieure portait gravées les armes du roi ou celles du prince qui faisait battre la monnaie; l'inférieure était enfoncée jusqu'au talon dans un trou ou souche de bois que les anciennes ordonnances appellent cippinii ou ceppeau (du latin cippns)et qui se trouvait au bout du siège du monnayeur. (Ord. des rois de

France, t. II, p. 817 et note (c); Traité des mniinoies, par Boizard , 9 vol. in- 1 2 , 1 7 1 1 ; Traité des monnoies, par Poulain, in-ia. 1709; Glossaire français de Sainte-Palaije , manuscrit de la Bibliotliècpie impériale, coté Moreau 1G29, au mot pile.)

Boizard , dans son Traité des monnoies , nous donne l'étymologie des mots file et trousseau. Le premier de ces instruments s'appelait ainsi parce que, étant placé sous la monnaie et le trousseau, il recevait tout l'effort des coups de maillet, et que la monnaie était pilée sur lui ; le second, parce que le monnayeur le tenait et le retournait ou troussait, à chaque pièce qu'il frappait.

marques qui y était empreinte, quel que fût le pays oij circulait la monnaie, quel que fût le prince au nom duquel on la frappait. Il n'en était pas de même sur la face opposée, où étaient ordinairement marquées les ai'mes dn souverain ou quel([u'une des pièces qui les composaient; celle-là variait à Finfini. A coté des ateliers monétaires du roi fonctionnaient en grand nombre ceux des évêques, des abbés, des grands feudataires, des barons, des seigneurs et des comnmnes. Cette variété considérable de provenances amenait, sur la face destinée à les indiquer, une variété d'emblèmes telle, qu'aucun d'eux ne pouvait, par sa peimanence, imposer son nom à ce coté de la pièce.

Cependant, si l'on y avait toujours placé les armoiries du roi ou du seigneui-, les mots génériques d'armes, ai-moiries, écu, écusson ou blason, par exemple, auraient pu lui être appliqués; mais il n'en fut l'égulièrement ainsi que dans les trois derniers siècles. Auparavant, on n'y remarque que la pièce principale des armoiries; ainsi, les monnayeurs du roi y plaçaient, par exemple, une ou plusieurs fleurs de lys acconq)agnant un autre dessin ; ceux du duc de Bretagne , une ou plusieurs mouchetures d'hermine, etc.

Il nous parait donc logique de penser que l'instrument servant à marquei' l'empreinte sur les monnaies, comme sur les sceaux, a donné son nom à cette empreinte, et que telle est la véritable origine du mot pile, servant à désigner un coté de la monnaie.

On ne peut, en conséquence, s'appuyer sur la signilication de ce mot poui' pi'ouver (jue le vaisseau était l'emblème des Francs et des Gaulois; jusqu'à présent on n'en a point rencontré l'empreinte sur leurs monnaies.

De plus, lors même qu'on admettrait, sur ces points, l'assertion de Claude Minos, de Theodorus Hopingus et d'André Favyn, la barque parisienne du xni'" siècle viendrait encore démentir la conclusion que ces auteurs veulent en tirer.

soniimcnidcTiision 11 uc nous rcstc plus qu'uue opinion à examiner: c'est celle qui consiste à faire

(le Sainl-Auiiinil i ta • i

(<Gy,). remonter l'origine du navire, dans les armes de Paris, au culte que les anciens

Origioi' isiaquo .

habitants de cette ville auraient rendu à la déesse Isis.

armoirios do Pun's.

Tristan de Saint-Amand, savant antiquaire, est un des premiers auteurs français qui aient soutenu cette opinion. Voici en quels termes il essaye de l'établii- : cr Nous voyons, dit-il , ({ue de toute antiquité la ville de Paris a un navire poui-

Commentaires historiques sur les vies des cm- lûmes in-fol. i644, t. IH, comni. 128, page 785. pereurs, par Jean Trislan de Saint-Amand, 3 vo- Tristan (Jean) , écuyer, seijjneur de Saint-Amand

OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE. 85 rr devise, ffne je liens avoir pris son origine de (■(; (jue les Siièves ou Germains "(les Siièves faisant la jjrandc partie de la Germanie comme Strabon et Tacite rie remar(|nenl) vénéroient cette déesse (Isis) quelquefois sous la forme d'un ff vaisseau. Pars Siievorvm (a dit Tacite) hùh mcrificat; undc causa el origo pcrevgrino sacro, parum romperi, nisi qiml signiim ipsvm, in modum Lihimiœ fguralwn, rrdoref advecliciam religioncm J'estime toutefois que ce n'estoit pas qu'elle fust r adorée sous la représentation d'ini navire, mais bien qu'elle lestoit dans un rr vaisseau estimé sacré, el (|ui estoil de la l'orme de celui qui estoit vénéré en fr Egypte et à Rome sous son nom, appelé Mdis imvigium. J^a raison de ce culte rr estant seulement ({u'elle estoit estimée avoir inventé les voiles pour la navire gation; estant surnommée, pour ce sujet, Pelagia, et aussi estimée par les rr Egyptiens avoir parcouru toutes les mers dans ce vaisseau, chercbant son fds rr Harpocrate.

Jacob Spon (16/17), T*^*' ^ défendu le même sentiment et fait des remarques analogues sur le passage de Tacite^- , ajoute qu'il existe des médailles égyptiennes de Julien l'Apostat, où l'on voit cette déesse dans un vaisseau. Le savant jésuite Atlianase Kircber et d'autres érudils, dit-il, la représentent portant un vaisseau sur la main. Diodore et Apulée disent qu'elle présidait sur la mer, et ce dernier fait prononcer à Isis les paroles suivantes, que cite encore Jacob Spon : NavigahiU jam peJagn fado, mdem dedicantes carinam prmuias commeatiis lihant mei an ver dot es.

et du Puy-d'Amour, fils d'un auditeur de la Chambre des comptes de Paris, fut attaché à la maison de Gaston de France, duc d'Orléans, frère de Louis XIII, s adonna à l'étude des antiquités et delà numismatique et mourut après l'an iG5G. Ses commentaires historiques, qui finissent à Valentinien, dénotent, chez leur auteur, une grande érudition. Cependant Angeloni . antiquaire italien , et le P. Sirmond y relevèrent plusieurs erreurs. Tristan, dit le Nouveau dictionnaire historique, répondit à leurs critiques avec l'emportement d'un érudil sans éducation, et le jésuite, ainsi que l'Italien , le laissèrent triompher, ne jugeant pas à propos de se mesurer de nouveau avec un adversaire aussi brutal.

De Morihus Germanorum , cap. iv.

^ Recherches curieuses (V antiquités , par Jacob Spon, in-4°, i683 , Lyon, dissertation ai, p. 3oa.

Spon (Jacob), fils d'un savant et iiabile médecin

de Lyon, naquit dans celle ville en iGi-el fut reçu docteur en médecine à Montpellier. Son attachement pour la religion protestante l'engagea à sortir de France en iG85 pour se retirer à Zurich en Suisse; il mourut en chemin à Vevay , canton de Berne, le 95 décembre de cette année. Il s'adonna avec succès à l'étude des antiquités, et composa plusieurs ouvrages d'une grande érudition. Les principaux sont, outre celui que nous venons de citer : 1° Miscellanea enulitœ antiquitatis , Lyon, i685. in-fol. rempli d'inscriptions et de médailles curieuses; a° Voyages d'Italie, de Dolmatie, de Grèce et du Levant, Lyon, 1677, 3 vol. in-i9;la Haye, 1680 et 1689, 9 vol. irt-19; 3° Histoire de la ville et de l'état de Genève, 9 vol. in-19, Genève. 1730, 9 vol. in-Zi° et li vol. in-19; li° Recherches des antiquités de Lyon, in-S"; 5° Revauda Asiatica, seu le Café, Lipsiœ. 1700. in-i°; 6° Observations sur les fièvres, in-i 9 , 1 68/1 ; etc.

«Tout cela, répond Le Roy('*, montre peut-être qu'Isis avait un navire sacré, tr qu'elle étoit révérée, ou sous la forme de ce navire, ou dedans ce navire; et rque c'étoient ou les Egyptiens, ou les Romains, ou même les Suèves, qui lui rencrdoient cet honneur. Mais quel rapport cela peut-il avoir avec l'origine du navire rrde la Ville de Paris et avec nos anciens Parisiens?

rrLe voici: Toute cette érudition aboutit à dire, comme fait Tristan, ^»V/ rr donc vrnysemblable que les peuples habitants les rivages de la Seine, ayant reçu le culte

ruVIsis des marchands Grecs et Egyptiens, eurent aussi un navire choisi et dédié par eux «à cette déesse, et que la cérémonie s en faisait plus religieusement et plus particulièrement r autour de noire Lutèce parisienne; et enjin que Paris doit apparemment sa devise du cf NAVIRE el son nom de PARISIUS, et ces peuples aussi, à cette déesse, v

ff Selon cette opinion, ajoute Le Roy, il faudroit supposer que le navire qui se trvoit aujourd'hui dans les armoiries de la V ille de Paris a été originairement une cr sorte de simulacre dédié au culte d'Isis chez nos anciens Parisiens; et que l'étaffblissement de la vraie religion, ni la sévérité des édits de nos pi'emiers Rois ff chrétiens pour détruire entièrement le paganiji ie, n'ont pu empêcher que ce ff reste de superstition ne soit demeuré en honneur dans leur capitale, jusqu'à s'y rr perpétuer comme devise du corps municipal de cette ville. Mais, pour donner au ff moins quelque vraisemblance à cette supposition, il n'aurait pas été superflu de ff nous dire comment et en quelle occasion ces marchands Grecs et Egyptiens, doiil ffon nous parle, ont pénétré jusque dans notre Gaule celtique, pour apporter le recuite d'Isis aux peuples habitants les rivages de la Seine et les résoudre à rlioisir, à ^dédier un navire à cette déesse étrangère.

ff Sans cet éclaircissement, on ne sera pas obligé de croire que le navire parisien ffvienue plutôt du navire d'Isis que de celui des Argonautes, dont d'autres pr(''ff tendent aussi le faire descendre en ligne directe, et sans doute avec autant de K vraisemblance. Mais demeui'ons-en là. v

Dissertation sur l'origine de l'Hôtel de Ville de Palis, |);ir M. Le Roy, contrôleur des rentes de rilôlel de Ville de Paris, II" partie, paragraphe xi, sect, ïî, page xl. Paris, Desprez, in-fol. lyjS. Ce remar(jtia!)ie travail a été publié en tête de l'histoire de Paris pai' donis Félibien et Lobineau, 5 vol. iii-f'ol.

Le lloy (Pierre), né à Paris en iGyi, orfèvre, maître et garde de la cor[)oration de l orlévrerie, puis contrôleur des rentes de l'Hôlel de Ville de Paris, mourut en 1 789 à quali'e vingt-cinq ans. Il a

composé divers ouvrages remplis de saine érudition el de recherches. Outre celui que nous venons de citer, les plus connus sont : 1° Mémoires concernanl tes rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ^ 1717, in- 1 , ouvrage intéressant; •2" Statuts et privilèges du corps des marchands oiférrcs-joailliers de Paris, 178/1, in-i°. Cet ouvrage renferme un grand nombre d ol»servations et de recherches curieuses.

La Biographie universelle ancienne et moderne de Michaud lui donne, à tort, le nom de Pierre Roy.

OPINIONS DIVERSES SUR LEUR ORIGINE. 37 Nous ri'ajoulei'oiis que quelques mots à ce passage. Comaie les auteurs qui, depuis la publication des judicieus(!s i-einarques critiques de I^e Roy, sont venus déleudre l'opinion de Saint-Arnand, ne Tout , à son exemple, basée que sur une simple conjecture, la réfutation qu'on vient de lire leur est parfaitement applicable. Seulement, on doit reconnaître comme démonti-ée l'existence du culte d'Isis chez les Germains, chez les Gaulois et particulièrement à Paris, Le passage de Tacite cité plus haut, le poëme d'/Vbbon^'', les inscriptions rapportées par dom Mai-tin , le savant ouvrage de ce dernier auteur ceux du P. Du Breul de dom Bouillart du commissaire De Lamai'e du chevalier de Jaucourt de l'abbé Banier de Noël'*', de Moréri de Court de Gebelin^'"', et surtout le travail si remarquable et si complet de M. Déale l'établissent d'une manière victorieuse, malgré les dénégations de Moreau de Mautour de l'abbé Le Beuf "^ , de PeloutierC"' et de Dulaure

Mais, nous le répétons, toutes les preuves font défaut lojsqu'il s'agit d'établii' sur ce culte l'origine du navire comme symbole de la Ville de Paris. Bien que cette origine prétendue ait reçu gratuitement, en 1811, une conséci: tion légale, sur laquelle nous reviendrons dans le cours de cet ouvrage notre sceau du xni'' siècle, avec sa petite barque de rivière, suffit encore, à lui seul, pour réfuter cette dernière opinion, comme toutes les autres. Les raisonnemejits sur lesquels on s'est appuyé, les traditions qu'on a recueillies, peuvent bien avoii- une certaine

O Nouvelles annales de Paris, publiées par D. Toussaint Duplessis, bi-i°, lyôS.

La religion des Gaulois tirée des plus pures sources de l'antiquité, par dom Jacques Martin, Paris, 1727, 2 vol. in-4", Amsterdam et Leipsick, 1760, 2 vol. in-A°.

Théâtre des antiquités de Paris, par le P. Du Breul, Paris, iGSg, in-l'ol. p. 196.

* Histoire de l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés, par dom J. Bouillart, Paris, i']-ih. in-l'ol. P- 4.

Traité de la police, par De Laniare, h voi. in-fol. liv. I, tit. vi.

Encyclopédie, au mot Isis, article du chevalier de Jaucourt.

La Mythologie et la Fable eapliquées par l'histoire, par l'abbé Ranier, 8 vol. in-lx", 17^0, l. V, p. 490.

Dictionnaire de la Fable ou Mythologie grecque , latine, égt/ptienne, etc. par Noël.

Grand Dictionnaire historique, par Moréri, 9 vol. in-fol.

Le monde primitif analysé et comparé avec li' monde moderne. — Appendice II , n" 11.

Dissertation sur les Parisii ou Parisiens et sur te culte d'Isis chez les Gaulois, |)ai' J. N. Déale, Paris, in-8', 1 826.

Dissertation, par Philibert-Bei'iiard ^Moreau de Mautour, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris, par l'abbé Le Beul", i5 vol. in-12, 175^.

'* Histoire des Celtes et particulièrement des Gaulois et des Germains, depuis les temps fabuleux jusqu'à la prise de Rome par les Gaulois, par Simon Peloutier, Pai'is, 1770, 2 vol. in-li".

Histoire physique , civile et morale de Paris, par Dulaure.

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