‹ Les armoiries de la ville de Paris: sceaux, emblèmes, couleurs, devises, livrées e céroemonies publiquesChapitre 31 sur 107 · SUCCESSIVES JUSQU'EN · texte numérisé non relu

SUCCESSIVES JUSQU'EN

Sommaire. — Type originel. Barque de rivière. — Apparition des lleurs de lys dans le sceau communal. — Cause de cette apparition. — Etienne Marcel et le dauphin Charles, régent de France. — Permanence des fleurs de lys dans les armoiries parisiennes. — Leur place et leur nombre y varient. — Elles sont fixées définitivement dans le chef. — (^het de France. — Signification de ce mot. — Usage général de cette pièce héraldique pour marquer le patronage. — Légende du sceau communal. — Modifications qu'elle subit. — Elle constate, au xv" siècle, la prépondérance du Prévôt des Marchands sur sa communauté.

— Les Echevins y font mentionner leur part d'action administrative. — La barque, symbole du commerce de l'eau, devient vaisseau. On fait de ce vaisseau un emblème politique.

— Exemples. — Résumé.

Nous allons maintenant étudier en détail le sceau ou les armoiries de la Ville de Paris et les différentes pièces qui les composent, examiner la date et le motif de l'apparition de ces pièces, ainsi (jue les modifications successives (pi elles ont subies jusqu'à nos jours, dans leur l'orme et leur disposition. L'examen des nombreux sceaux dont nous donnons le dessin nous renseignera d'une manière certaine sur ces divers points.

Constatons d'abord que la simplicité du sceau du xui"^ siècle donne l'assurance qu'il est le type originel, et que, par suite, nous pouvons, malgré son peu d'ancienneté, considérer notre collection comme complète.

Le sceau suivant, apposé au bas d'un acte du 18 avril i358'", durant la pré-

Sceau en cire rouge, à simple qu#|^ en parchemin, appliqiié à des lettres d'Etienne Marcel, prévôt des Marchands, mentionnant qu'il a fait, pour éviter une émotion parmi le peuple , transpor-

ter à I Hôtel de Ville des pièces et nninitions d artillerie que Jehan de Lions, sergent d'armes durci, se disposait à conduire à Meaux. Le sceau v est appelé rrscel de la Marchandise de la Ville de

voté du fameux Étieime Marcel, présente encore la forme primitive; la seule différence qu'on y remarque est l'addition d'une voile qnadrangulaire. Nous n'avons

Sceau d'avril i358.

donc pas de lacune, quoiqu'un siècle et demi environ sépare le second sceau du premier.

Du 18 avril au 1 1 décembre i358, un changement considérable a lieu; les

Apparition li'S fleurs de Ijs

sceau municipal, flcurs de lys font pour la j)remière fois leur apparition dans i'écusson municipal

Sceau de décembre i3o8.

de Paris. Sui' un sceau de cette dernière date''', la barque na sui)i de modification qu'à sa proue et à sa poupe, qui sont formées l'une et l aulre pai- la tète et le cou (l'un animal dont il est difficde de déterminer l'espèce (un serpent peutêtre j; mais on voit, de chaque côté de la voile qnadrangulaire attachée au mât, et immédiatemeJil au-dessus de l'avant et de l arrière, une lîeuj' de Ivs. La ])arlie

rr Paris, n I/original de cette pièce se trouvt! à In Bibliothèque impériale, section des manuscrits, cabinet des titres , Sceaux , vol. LXIX, fol. oiii. Nous en donnons ci-dessus le fac-similc.

Sceau en cire rouge, à simple queue en parchemin, pendant à des lettres données le mercredi, 11 décembre i3S8. par Genlien Tristan, prévôt des Marchands, et par les Eclicvins de la Ville de Paris, portant reconnaissance et promesse de rem-

boursement d un prêt de cent écus à l eiligie du roi Jean, l'ait par Pierre le Flamand, drapier et bourgeois de Paris, à Oudart de Maucreux. f receveur régénérai sur le fait des em})runts pour la guerre. "

Ces lettres, dont l'original en parchemin est à la Hibliothècjue impériale, section des manuscrits, cabinet des titres, sont dites (rscellées du scel de la rr Marchandise de la Ville de Paris, r Nous en donnons \e/(ic-simile.

FORMATION ET MODIFICATIONS JUSQU'EN 1789. 57 supérieure de ce sceau, brisée et perdue, nous laisserait ignorer les détails qu'elle pouvait contenir, si l'on ne parvenait aisément à les retrouver, en rapprochant le dessin de la portion conservée de celui d'une autre empreinte sigillaire fournie par un acte du 20 avril i366.

Sceau et conlrc-scol de i366.

Celle-ci présente toujours la même barque; la proue a aussi la même configuration. Seulement, comme le sceau est beaucoup plus grand, on distingue la langue de l'animal qui est dardée, en avant, vers le bord de la légende. Au mât et aux cordages est jointe encore une voile, probablement quadrangulaire, car il est impossible d'en reconnaître exactement la forme, par suite du mauvais état de

Sceau en cire rouge , avec le contre-scel à double queue en parchemin , pendant à des lettres données, le 20 avril 1 366 , par Jean Culdoë, prévôt des Marchands, et parles Echevins de la ville de Paris. Ces lettres portent, en faveur d'honorable et discrète personne maistre Gervaise Crestien, rnaistre es ars et en médecine, phisicien du roy, amortisse-

ment de droits sur quatre maisons sises en la rve Erembourg de Brie oultre petit pont, moyennant 61 sol parisis, assis sur d'autres biens en la terre de la Ville et Marchandise de l'eau. Ces lettres sotit dites scellées du grand scel de la Marchandise. L"original en parchemin est aux Archives de l'Empire, n° d'inventaire des sceaux 5583 et cote S 648o.

l'empreinte ('l La partie intermédiaire, où devait se trouver le bas de cette voile ainsi que les deux fleurs de lys situées, l'une au-dessus de la proue, l'autre au-dessus de la poupe, manque complètement; mais le haut est intact, et là se trouve, battant au bout du mât, une flamme ou banderole terminée en trois pointes refendues, portant trois fleurs de lys posées 2 et 1, et le pied d'une quatrième qui apparaît au bord supérieur. Ainsi disposées, ces fleurs de lys constituent ce qu'on appelle, en langue héraldique, un semé de fleurs de lys.

La légende manque; il n'en reste qu'une partie de l'E et du premier R du mut MERGATORVM; mais l'on y distingue, en face de la proue, une petite fleur de lys faisant sans doute, en cet endroit, fonction de point de séparation.

Malgré la destruction de cette légende, on peut affirmer qu'elle était la même que celle de notre premier sceau, parce que, à son revers, se trouve un contrescel de plus petite dimension, et sur lequel on reconnaît encore facilement le bateau dont la proue se termine par un simple éperon recourbé vers le bas , et ces mots et parties de mots RVM AQVE PA, fragments de l'inscription Sigillum ou Contrasigillum MercatoRVM AQVE PArisius.

Quant à la légende du sceau de décembre i358, il n'en reste que la lettre R et une partie de l'A du mot Parisius.

L'addition de la voile, celle de cette tète formant proue, n'ont pas grande importance; mais il n'en est pas de même de l'apparition de la fleur de lys, qui dès lors se maintint constamment sur le sceau de la Ville.

Aucun document original , aucune pièce historique ne nous apprend à quelle occasion ni de quelle manière eut lieu cette introduction de l'emblème royal dans le sceau de la Communauté parisienne. 11 nous paraît cependant facile de lui donner une origine simple, naturelle, logique et parfaitement admissible, bien qu'elle ait pour unique base les conjectures que nous allons émettre.

Cause proiwbio En i358, au mois d'avril, le sceau de la Ville ne portait pas encore de fleurs

lappariiion de Ivs; il en avait au mois de décembre. Or, le premier août de la même année,

des fleurs de lys. , "

Etienne Marcel, prévôt des Marchands, maître tout-puissant dans Paris depuis la captivité du roi Jean, était massacré au moment où il allait livrer la porte et la bastille Saint-Denis à Charles le Mauvais. La mort de cet habile et audacieux révolutionnaire mettait fin à la rébellion qui, de Paris, s'était étendue aux princi-

On peut cependant afiiirmer, contrairement à ce que dit M. Le Roux de Lincy, que ce n'est pas une voile latine.

FORMATION ET MODIFICATIONS JUSQU'EN 1789. 59 pales villes du royaume, et qui, sous le nom de Jacquerie, avait soulevé les campagnes et porté la désolation, h; meurtre et le pillajje dans les chaumières aussi bien que dans les châteaux.

Le surlendemain, le dauphin Charles, régent du royaume, rentrait dans Paris, qu'il avait quitté en fugitif peu de mois auparavant, où il avait été réduit à venir aux Malles plaider sa propre cause devant le peuple ameuté, où il avait été couvert d'outrages et d'humiliation, où il avait vu ce même peuple venir, jusque dans son palais, égorger les maréchaux de Champagne et de Normandie, ses conseillers, et cela sous ses yeux, si près de lui, que le sang des victimes avait rejailli sur sa robe et souillé son Ht.

Les Parisiens ne pouvaient avoir oublié, le dauphin devait se rappeler encore en frémissant cette sombre journée où, couvert du sang de ses fidèles serviteurs, craignant pour sa propre vie, il avait invoqué la pitié du bourgeois Marcel, ordonnateur du massacre. On sait que le Prévôt, le couvrant d'une insolente mais eflicace protection, lui avait, comme marque de salut, mis sur la tête son chaperon mi-parti bleu et rouge en prenant pour lui-même celui du prince.

Pouvait-on surtout, de part et d'autre, oublier que, lorsque Marcel, toujours coiffé du bonnet du dauphin, vint, du haut de l'Hôtel de Ville, rendre compte au peuple assemblé sur la place de Grève de sa conduite dans cette sanglante journée, la multitude révoltée en assuma sur elle toute la responsabilité? Et lorn, dit la chronique de Saint-Denis, phisieurs crièrent à haute voix que ils advouoient le fait, et que ils voulaient vivre et morir avec ledit Prévost des Marchands.

Si Charles était loin d'avoir le bouillant courage de son père, le valeureux captif du Prince Noir, il n'avait pas non plus sa colère emportée ni ses désirs de vengeance soudaine. Des exécutions juridiques s'accordaient mieux avec sa froide politique qu'une réparation immédiate et brutale ou le pardon des injures. Des avocats, des conseillers au Parlement, des bourgeois et manants furent jugés, condamnés, puis décapités ou pendus; les confiscations grossirent le trésor royal'-'.

Couleurs adoptées par le prévôt Étienne Marcel et ses partisans, et qui furent, plus tard, celles de j'écusson municipal.

Joceran de Mâcon, échevin; Pierre Gilles, épicier, chef de l'expédition de Meaux; Gilles Caillart, châtelain du Louvre; Jean Prévost, Pierre Lehlont, maître Pierre de Puisieux, avocat au Parlement; maître Jean Godart, avocat au Chàtelet, furent livrés au bourreau. Peu de temps après.

Martin Pizdoë, bourgeois de Paris, changeur, et Jean le Chavenatier, aussi bourgeois de Paris et parent d Etienne Marcel, eurent le même sort; Lebonvoisin fut mis aux oubliettes; Jehan GilTart le boiteux, Nicolas Porret, Jehan Moret, Girard Moret, Etienne de la Fontaine, argentier du roi; Pierre Basselin , Jacques de Mante. Jehan de la Tour, Hélie Jourdain, Colin le Flament, Jacques le Flament, maître de la Chambre des comptes; Mannequin le

En même temps, une réaction complète s'opérait dans les idées; des liommes nouveaux remplaçaient ceux qui avaient pris part à l'administration révolutionnaire de la Ville; au lieu des anciens ofliciers municipaux, les uns massacrés avec Etienne Marcel, les autres poursuivis comme ses complices ou dépossédés de leurs charges Tristan Gentien et d'autres partisans déclarés du dauphin furent mis à la tête de la Commune parisienne, en qualité de Prévôt des Marchands et d'Echevins. Les Parisiens avaient évidemment à faire oublier leur révolte, leur mépris de l'autorité royale, leurs outrages au dauphin; ils avaient montré tant d'indépendance séditieuse, qu'ils durent chercher tous les moyens de faire preuve de soumission. Le dauphin, qui de son côté venait de ressentir cruellement les effets de la faiblesse du pouvoir royal, devait vouloir affermir et augmenter son autorité. Qu'on se rappelle combien, à cette épo(jue, les symboles et allégories de toute espèce étaient partout en usage, jusqu'où l'on en poussait l'emploi'"^'; et, sans que nous ayons besoin de détailler ici les résultats plus graves, au point de vue historique, de cette disposition générale des esprits, on comprendra que l'emblème de la cité dut, soit par un ordre du loi, soit plutôt par une prévenance du Corps de Vnie lui-même, et comme gage de réconciliation, présenter une marque de cette soumission au pouvoir royal. Y en avait-il une plus naturelle <[ue de considérer le roi comme le protecteur, le maître de cette barque symbolique, et de hisser au haut du mât le signe ordinaire de son commandement, le pavillon fleurdelysé ?

Telle est, selon nous, l origine la plus logique et la plus certaine de l'introduction de la fleur de lys dans les armoiries de la Ville de Paris. L'examen des sceaux la rend seule admissible; il y conduit si naturellement, qu'il est sui-prcnant que personne avant nous ne l'ait indiquée.

Peimanence A partir de Cette époque, les fleurs de lys ne quittent plus le sceau de la Ville;

(1(6 fleurs àe lys

«ians^ ^ seulement leur nombre et la place qu'elles y occupent sont variables, preuve évidente qu'elles ne sont pas une concession régulièi'e d'un roi.

Fiament, Jehan Gosseliii, Jehan Reslable, Arnaiill (hi Parloir aux hoiii'geois, frère d'Elieinie, et Simon

Roussel, Jacques du Castel, Jacques le Flanioiil , le Pauinier, furent niassacrës, et le même joiu- plus

trésorier des guerres; Guillaume Lefèvre, Regnaull de soixante personnes furent emprisonnées auGliâ-

de la Chambre, Pasquet le Fiament et Alain de lelet.

Saint-Benoit, furent arrêtés et emprisonnés, mais Pour s'en rendi'e compte, il sutlil délire les

relâchés quelques semaines après. descriptions des fêtes publiques, et notamment celles

' Etienne Marcel, prévôt des Marchands; Philippe des entrées des rois et reines de France dans Paris.

GilTarl, Jean de Lisle. échevins; Gilles Marcel, clerc durant les xiv", xv' et xvi' siècles.

I(?s armoiries de Paris.

Leur place et

FORMATION ET MODIFICATIONS JUSQU'EN 1789. 61 En iBgS en i /loG, sur deux sceaux de grandeur difl'érente, elles sont semées sans nombre dans le champ La flamme battant au haut du mât est trop petite i^ur nombre y varient, dans l'une et probablement dans l'autre, où le mauvais état de l'empreinte empêche de l'y distinguer, pour qu'une seule fleur de lys ait même pu y trouver place.

Sceau et contre-scel de l'iç)^ el sceau de 1A06.

Le même sceau matrice existait quelques années plus tard, en 1612 et

Nous n'avons point vu l'empreinte originale (la sceau portant cette date. Le dessin que nous en donnons est ia copie fidèle de celui <jui se trouve dans {Histoire de Paria de Féiibien et Lobineau, et sur lequel s'appuie Le Roy dans sa dissertation. Voici ce qu'en dit cet auteur, p. xxw : rrNous avons refait dessiner ce sceau correctement, ainsi que le rr contre-scel, d'après les empreintes qui se voyent rf encore à quelques anciens actes du Parloir aux t bourgeois , conservés dans les Archives de l'Hôtel frde Ville, n

M. Le Roux de Lincy {Ilisloire de l'Hôlel de Ville de Paris, planche des sceaux) et, après lui, M. Borel d'Hautcrive (Annuaire de la noblesse de i852, p. 342) donnent par erreui- à ce sceau la date de 1/116; cette date contrarierait la marche progressive de la fleur de lys dans les armoiries de Paris. Nous devons donc, en rétablissant la vérité, signaler l'erreur de lectiu-e commise par ces deux auteurs. Mais, comme la ressemblance des deux mots six et seize, écrits au xv" siècle, pourrait amener peut-être quelque doule dans l'esprit du lecteur, nous invoquons à l'appui de notre affirmation une preuve irrécusable. Les lettres sur lesquelles ce sceau est apposé sont de Charles Culdoë, qui, suivant M. Le Roux de Lincy lui-même (p. '20 k), ne posséda la Prévôté des Marchands que de il\ohk iliii. Elles sont en forme de quittance et

données, le 92 mai 1 4oG, par fr Charles Guldoë, se- (fcrétaire du roi nostre sire, garde pour le dict seitrgneur de la Prévosté des Marchands de la Ville de ff Paris , et commis à recevoir les rentes et revenus du rrParlouer aux bourgeois d icelle ville, à Jehan de rr Boissons , clerc , demem'ant à Paris , » en faveur duquel elles portent, moyennantlepayementde 72 sous parisis, ensaisinement d'une rente de Ao sousparisis de la censive du Parloir aux bourgeois , à lui vendue par rcmaistre Pierre Damedieu, escri vain, et Jehanne (Tsa femme, demeurant aussi à Paris.

Le sceau en cire rouge, à double queue de parchemin , est appelé dans cet acte rr scel de la Prévosté des Marchands de la Ville de Paris, v

L'original en parchemin se trouve aux Archives de rEnq)ire, n° d'inventaire des sceaux 558Zi et cote S 6A78.

Sceau en cire rouge avec contre-scel , à double queue de parchemin, attaché à des lettres en forme de quittance , datées du 1 2 octobre 1 Ai 2 , et données par Pierre Gentien, prévôt des Marchands, et par les Echevins de la Ville de Paris, à ffhonoi'ables et ffdiscrètes pei'sonnes les maistres chappellains et rrescoliers du colege de Bourgogne. « Ces lettres portent ensaisinement, en faveur de ce collège, moyennant le payement de 72 sous parisis pour droit de vente, d'une maison située rue Erainbourc de Brie, dans la censive du Parloir aux bourgeois, et

iAi5(''. La dimension de la barque el de son mât portant la flamme en dehors des limites du scel, les fleurs de lys sont descendues sur la voile même, où, pro-

Sceau et contre-scel de 1/112.

Sceau et con(re-scel de iii.5.

fitantde sa forme triangulaire semblable à celle d'un écu d'armes, le graveur les

à lui vendue par Pierre Damedieu, écrivain et libraire, demeurant à Paris, et par Jehanne sa femme. Dans cet acte, le sceau est appelé a scel de la ff Marchandise de l'eane. n L'original en parchemin

est aux Archives de l'Empire, n" d'inventaire des sceaux 5585 A et cote S ô/iyS.

Sceau en cire rouge avec contre-scel , à double queue de parchemin, attachée des lettres données

FORMATION ET MODIFICATIONS JUSQU'EN 1789. 63 a placées en chef et rangées en face au nombre de trois. Deux autres fleurs de lys ornent le champ, l'une au-dessus de l'avant, l'autre au-dessus de l'arrière du navire.

Enfin . (;n i /i'i6 nous les voyons pour la première fois occuper exclusivement, Leur ^ue définitive et pour ne plus en sortir désormais, le chef même du sceau, où elles sont semées sans nombre et forment ce qu'on appelle un chef de France.

Scfiaii iJe 1 426.

Expliquons comment ce changement définitif s'est opéré , et constatons d'abord ([ue ce ne peut être par la raison que paraît indiquer M. Le Roux de Lincy dans son Histoire de l'Hôtel de Ville de Paris

crCe changement, dit-il, doit avoir rapport à une circonstance singulière dont «les registres du Parlement nous ont conservé le souvenir. n Puis il ajoute qu'en date du vendredi, 10 décembre 1^17, on lit dans ces registres : ce Ce jour maistre ff Jehan le Bugle, ou nom et comme procureur de la Ville de Paris, vint en la chambre de Parlement dénoncier et signifier que, le jour précédent, les seaulx ce de ladicte ville avoient esté perdus par larecin , et que ce n'estoit pas l'intention rrde la dicte ville de adjouster foy désormais à qui seroit soubz le scel des dits

par le Prévôt des Marchands et par les Échevins de la Ville de Paris, le 10 mars 1 /ii5 , et par lesquelles ils s'engagent à ff maintenir et soutenir en bon et ffsuflisant estât, à leurs propres coustz etdeppens, ffle pont Nostre-Daœe et les édifices qu'ils y ont faict rr faire, -n Dans cet acte , le sceau est identiquement le même que dans celui du 12 octobre 1 A 1 9 ; c'est une empreinte du même sceau-matrice; seulement, au lieu d'y être appelé, comme dans celui-ci, ffscel ffde la Marchandise de l'eaue,») on l'y nomme tfscel tfde la Prévôté des Marchands, n

L'original en parchemin est aux Archives de l'Empire, n° d'inventaire des sceaux 5585 B.

Sceau en cire rouge, à double queue de par-

chemin, attaché à des lettres données par Hugues Lecoq, prévôt des Marchands, et par les Échevins de la Ville de Paris, le 3o avril iZiaô, et portant ensaisinement, en faveur des ffchappelains , maistres fret escohers du Collège fondé par feu maistre Gerffvaise Chrestien, en la rue Erambourc de Brye, ff d'une maison ayant appartenu à maislre Pierre trDamedieu et à feu Jehanne sa femme, assise en- la ff dicte rue. ■«Le sceau est appelé ffScel de la Prévôté ffdes Marchands.»)

L'original de cet acte est en parchemin, et se trouve aux Archives impériales , n° d'inventaire des sceaux 5586 et cote S 6476.

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rrseaulx, mais feront faire autres seaiilx nouveaux différens à ceux qui ont esté rr perdus'^', -n

Le jour précédent, une ordonnance du Prévôt de Paris déclarait :

rr Qu'il sera publié par les carrefours que les sceaux de la Prévosté des Marcrcliands avoient esté volés dans le bureau de la Ville, le jour précédent, et que le ff Prévost des Marchands et Eschevins estoient venus au Chastelet les révoquer, ffà ce qu'aucun n'en prétendist cause d'ignorance, et ne pust abuser de ceux qui ff avoient esté prist'^'.n

On ne peut considérer le rapprochement de ces deux faits, la perte du sceau de la Ville et l'introduction du chef fleurdelysé dans celui qui le remplace, comme une explication sérieuse du changement important dont il est question. Pour parer à la possibilité de fraude, résultat du vol de l'ancien sceau, il était inutile d'introduire dans le nouveau d'autres pièces ou de changer la disposition de celles qui existaient déjà; il suffisait tout simplement de lui donner un autre module. Enfin, le renouvellement forcé du sceau aurait pu être l'occasion, mais certainement il n'a pas été le motif de cette modification. Nous allons voir, en effet, qu'en 1617 le chef de France existait depuis deux ans déjà dans les armoiries de Paris.

Il n'y a pas lieu d'ailleurs de former des conjectures plus ou moins vraisemblables sur la cause de cette innovation, non-seulement dans les armes de Paris, mais encore dans celles de la plupart des autres villes du royaume; cette cause est rationnelle, elle est certaine.

Chef .le Knime L'autique et forte race des Capétiens, dont l'origine et l'histoire se confondent

avec celles du royaume de France, était depuis des siècles si intimement liée à la nation, qu'elle ne faisait qu'un avec celle-ci, et que les fils de nos rois s'appelaient les fils, les enfants de France. Cette union constante et si longue du peuple français avec la famille de ses souverains se montre également dans leur communauté d'emblème; la Heur de lys, signe héraldique des rois de France, devint l'emblème du l'oyaume, do la nation elle-même. De sorte qu'à l'époque où, d'après Jehan le Bugle, le sceau de Paris fut volé, l'écu d'azur aux fleurs de lys dor était déjà pour tous, depuis un temps immémorial. Vécu de France. La langue héraldique, si concise, n'employait point ordinairement d'autres termes, et l'on disait des villes qui, comme Paris, plaçaient dans la partie supérieure de leur

Extrait dos registres du Parlement, Histoire Traité île la police, par De Lamare, t. 1,

de Paris, de Félibieii et Lobinean, t. IV, p. 566. p. aSa.

FORMATION ET MODIFICATIONS SUCCESSIVES JUSQU'EN 1 789. 65 ccusson d'armes un semé de fleur de lys d'or, qu'elles portaient un cluif de France.

Cette dernière expression a une portée plus grande que celle qu'on lui attribue usage générai

de

îjénéralenient. La pièce héraldique nommée chef devint, en effet, par le choix cette i)ièce héraldique

pour

qu'on en fit universellement pour y placer les armes du souverain, un emblème maniuer le patronage, j)oliti(pie indiquant, dans tous les pays, le patronage, la soumission d'une ville à ce souverain, son union à un état quelconque, empire, royaume, république ou confédération. Le chef de France fut donc placé dans l'écusson municipal, pour indi(juer à la fois la soumission de la Ville au pouvoir national du roi et la pi'otection dont celui-ci devait la couvrir. Si, malgré l'évidence de cette signification symbolique, on pouvait encore conserver quelque incertitude, on cesserait certainement de douter en se rappelant le nombre considérable de villes qui, vers la même époque, adoptèrent cet usage.

Ce changement s'opéra sans qu'il fût besoin de concession royale. Les rois, en ellel, ne possédaient point alors cette immense puissance qu'ils eurent aux xvi'^, \\u^ et xvni^ siècles, et l'Etat, dont ils étaient les chefs, n'avait point surtout cette force (jue la centralisation lui a donnée depuis 1789. D'ailleurs, le souverain était aussi désireux de voir les villes arborer le signe de son patronage que les bourgeois pouvaient l'être de s'assurer sa protection. Ce qui, sous Louis XIV, eût été une faveui' royale, était alors un contrat tacite d'union entre le peuple et le roi. Les lettres royales portant concession du chef de France dans les armoiries des villes sont assez rares et n'apparaissent guère que vers la fin du xvf siècle, alors (jue, du propre mouvement des municipalités, l'usage en était déjà généralement établi dans le royaume.

Ce ne fut point seulement dans la France proprement dite que les choses se passèrent ainsi; le même fait se produisit, pour le même motif, dans les villes des grands fiefs de la couronne et dans celles de tous les États de l'Europe, En Bretagne, Rennes, Nantes, Quimper, Redon, mirent dans le chef de leurs sceaux les hermines de leur duc; les villes de l'empire d'Allemagne y arborèrent l'aigle éployée de sable en champ d'or, etc, etc.

Le choix que l'on a universellement fait du chef pour y placer le signe de la souveraineté ou du patronage s'explique par ce fait que, seul de toutes les partitions si variées de l'écu , le chef laisse dans le champ assez de place pour qu'on

puisse y disposer les pièces des armoiries particulières, auxquelles il vient facilement s'ajouter.

La bannière royale flottant au haut du mât de la barque parisienne, telle qu'on la voit sur les sceaux de i358 et i366, les fleurs de lys dont est semé le fond de ceux de i3()3 et 1606, celles qui se trouvent sur la voile du navire (sceaux de 1/112 et i/ii5), montrent, comme le chef de France, la soumission de la Ville au pouvoir du roi. Mais ces exemples prouvent que le mode d'indication variait dans une même ville, qu'il changeait l'emblème ou les armoiries, au lieu de venir seulement s'y ajouter, enfin qu'il n'existait point, à cet égard, de règle générale. L'adoption du chef de France par les villes fit disparaître ces inconvénients. On ne doit donc voir dans cet usage, qui s'établit vers le milieu du xv^ siècle, qu'une mesure purement héraldique, donnant un moyen commode, uniforme et toujours praticable , d'indiquer, sur l'écusson d'armes, le patronage royal. D'ailleurs, depuis longtemps déjà ce patronage y était marqué d'une façon tout aussi évidente; mais le signe variait avec la localité, ce qui portait souvent la confusion dans les armoiries et les dénaturait parfois complètement.

Il nous est impossible de préciser l'année où le chef fleurdelysé fut définitivement introduit dans le sceau de la Ville de Paris, car on ne possède point d'empreinte sigillaire d'une date placée entre i/iiS et 1/1 a (3. Nos vieux chroniqueuis gardent un silence absolu sur ce changement, qui, d'ailleurs, n'avait pas d'importance politique au moment oi^i il s'eff"ecluait, puisque le patronage royal était, depuis i358, marqué d'une manière évidente sur le sceau municipal. Ce silence ne doit donc pas étonner; il est, au contraire, tout naturel au milieu des luttes sanglantes, des événements si nombreux et si considérables dont Paris fut le théâtre durant ces onze années de discordes civiles pendant lesquelles la Ville fut dominée tour à tour par les Armagnacs, les Bourguignons et les Anglais.

Cependant les Archives de l'Empire nous ofl"rent un exemple remarquable de l'emploi du chef de France dans l'écusson d'armes de Paris, avant même que cette pièce héraldique fût en usage dans le sceau de la ville. C'est un dessin exécuté à la chancellerie royale par une main habile, et qui, dans la lettre initiale gracieusement ornée d'une ordonnance du roi Charles VI, rendue en février 161 5'", i-eprésente ies armoiries de la Municipalité parisienne. Ce dessin a son importance dans la question qui nous occupe; il est le plus ancien que l'on connaisse, et la

L'original est aux Archives de l'Empire, section liisloriquo. carloii K iu .

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Recueil d'OrdonnancesRèglements et Arrêts coricernant laVille dePans de 157] à 1557

/ac .s.'.Tijj'e de la première j:a^e,vCarconK977.N°cluMuseedesArchives 454-).

FORMATION ET MODIFICATIONS SUCCÉSSIVES JUSQU'EN 1 789. G7 cJiaile où il se lioiivc préseiiU^ le plus grand inléj-èl au point de vue municipal. Il s'a<>it de la fameuse ordonnance réglementant et confirmant les droits, priviléges et iuHnunités de la Prévôté des Marchands, de rEchevinage et de la Marchandise de l'eau de Paris.

Une autre ordonnance du même monanjue avait, quatre ans auparavant (tîo janvier i i i ), remis à cette ville l'administration de ses aflaires, en lui rendant la lihre élection de ses officiers municipaux, qui lui avait été enlevée en 1882, ainsi que sa juridiction et tous ses privilèges, à la suite de la révolte dite des MaiUolins. Les droits de la Ville, dont la plupart n'avaient pour base qu'une antique possession, et qui n'étaient généralement réglés que par l'usage, avaient reçu de cette longue inapplication une atteinte assez rude. En outre, les ordonnances et lettres royales qui établissaient les autres droits et privilèges de la Ville avaient pu se perdre ou s'égarer dans les archives royales pendant les vingt- huit années qu'avait duré la mainmise sur la Prévôté des Marchands. Ce fut pour obvier à ces inconvénients si graves que, après avoir entendu les plus notables bourgeois de Paris, le roi rendit, au mois de février 1 61 5, la célèbre ordonnance considérée à juste titre comme le code des libertés et droits communaux de la Ville.

Une copie''', collationnée et aulhenti(|uée par deux secrétaires^du roi, en fut immédiatement faite par ordre du Prévôt des Marchands et desEchevins, et le roi, ])ar letti'es patentes du même mois, ordonna d'avoir en cette copie la même foi qu'en l'original. Cette copie se trouve aux Archives de l'Empire, ainsi que l'original ; mais, dans la représentation des armes de la Ville de Paris, où pour la première fois apparaît le chef de France, on ne s'est point arrêté aux simples traits et à l'ombre en noir; on a colorié avec soin la lettre ornée et les armoiries qu'elle renferme, et l'on a consacré ainsi, en l'embellissant par une riche et charmante miniature, le dessin héraldique émané de la chancellerie royale.

On peut donc affirmer que la Ville de Paris a, dès le mois de février iûi5, admis dans ses armes le chef de Fi'ance; et, si nous ne le voyons pas encore

Section liistorique , carton K 977. Cette pièce a été temporairement enlevée de son carton pour être exposée au Musée des Archives, où elle occupe le n° /i34.

M. Huillard-Brébolles , membre de l'Institut, chargé spécialement de la partie du Musée qui concerne les Valois directs, nous a obligeamment

renseigné sur ce précieux dociunent historique, dont il parle d'ailleurs dans l'ouvrage intitulé : Musée des Archives de l'Empire, documents originaux de l'histoire de France et autographes des hommes célèbres, exposés dans l'hôtel Suuhise , par ordre de l'Empereur, sous la direction de M. le marquis de Laborde , directeur général.

paraître sur son sceau au mois de mars de la même année, c'est que, nous ie répétons, ce changement avait réellement fort peu d'importance. Il n'était dû, selon toute probabilité, qu'à l'initiative de l'officier de chancellerie chargé de dresseï' l'acte, officier qui, par la nature de son emploi, devait posséder à fond la science du héraut d'armes. Il est toutefois présumable que cette modification héraldique ne tarda pas à être apportée au sceau municipal, et qu'elle eut lieu quelques semaines, au plus tard, après la promulgation de l'ordonnance royale.

L%ende du

sceau communal.

Modifications qu'elle subit.

Elle constate , au xv" siècle ,

ia prépondérance du

Prévôt des Marchands sur

sa communauté.

Quant à la légende du sceau, Sigilhm Mercatorum aque Parisius, nous ne la voyons pas varier durant deux siècles environ. Telle elle est sous Philippe-Auguste (i 180-1228), telle on la retrouve sur l'empreinte sigillaire de i/n5.

Une modification assez significative s'opéra vers le milieu du xv® siècle, ainsi que le prouve le sceau de 1672^'', où, au lieu de SigiUum Mercatorum aque Parisius, la légende porte Sigîlkm Prepositure Mercatorum aque Parisius.

La Municipalité parisienne est une sorte de république qui paraît d'abord (d'après la première légende) se gouverner directement par elle-même, sans aucune espèce de délégation de pouvoir, et qui, plus tard, soit pour accroître sa puissance en la concentrant, soit par suite de l'influence prise sur elle par son principal agent, soit par ces deux motifs réunis, consacre (d'après la seconde légende) le pouvoir directorial de ce dernier.

Sceau de 1/172.

L'addition de ce mot Prepositure est la marque visible de la prépondérance

Ce sceau est en cire rouge, à double cjueue de parchemin, et est attaché à des lettres données par Denis Hesselin. écuyer, panetier du roi, prévôt des Marchands, et par les Echevins de la Ville de Paris, le 3 mars 1^72, et portant ensaisinenient d'une maison sise au carrefour des Barrez on faveur des religievLv du couvent des Gélestins , auxquels elle avait été donnée . transportée et

délaissée en don irrévocable, le a 8 mars 1/162, par Jehan Bourdin, laboureur, detiieiiraiit [jour lors à Paris.

Dans cet acte le sceau porte le nom de rr petit scel frde la Prévôté des Marchands. 1

L'original est en parchemin et se trouve aux Archives de l'Empire (n° d'inventaire des sceaux 5587 et cote S 37/4.3).

FORMATION ET MODIFICATIONS SUCCESSIVES JUSQU'EN 1789. 69 acquise sur sa communauté par le Prévôl dos Marchands. Circonstance exceptionnelle et fort remarquable , ce prévôt était alors (1/170-1/172) Denis Hesseiin, écuyer, homme de guerre, influent pai- ses charges de conseiller, de panetier et (le maître d'hôtel du roi Louis XI, et de capitaine du château de la Bastille.

Au siècle suivant, la légende, traduite en langue française, devient : crScel de ffla Prévôté des Marchands de la Ville de Paris, n

Sceau de 1577. Conlre-scel <'-.

Sous François I*"" et ses successeurs, et surtout durant les règnes de Henri IV Les Échevius

y font mentionner

et de Louis XIII, Paris prit un ffrand développement en étendue, en population, leur pan

l fJ i A L 1 (l'action adminisiralive.

en richesses, et vit croître aussi la part d'action politique résultant naturellement de son titre de capitale du royaume. A l'extension que reçurent en conséquence les attributions municipales, correspondit une quantité de plus en plus considérable d'afl'aires administratives, qui firent proportionnellement grandir les fonctions des Échevins, associés du Prévôt dans la gestion des intérêts de la Ville. En outre, l'importance individuelle des hommes se manifestant plus facilement pendant les discordes civiles que dans le calme d'un gouvernement régulier, l'influence des Echevins et des Quartiniers s'accrut considérablement, lors des troubles qui agitèrent Paris sous le règne des derniers Valois et surtout durant la Ligue.

D'un autre côté, on sait avec quelle ardeur l'homme cherche à s'attribuer les droits utiles ou honorifiques de préséance et de partage de privilèges, et quel soin jaloux il met à les conserver; on connaît surtout la puissance de ce ([u'on appelle Vesprit de corps. Dans ce cas, la défense des droits dont on veut acquérir ou conserver la possession, l'attaque contre ceux qui les contestent, ont d'autant plus de force qu'elles paraissent dénuées d'intérêt personnel et basées, au contraire, sur le dévouement à l'intérêt général du corps dont on fait partie. Ce fut

I^e sceau est appendu avec son contre-scel à une concession d'eau, en date du 11 mai i6ig, dont i'original est aux Archives de l'Empire (numéro

d'inventaire des sceaux 5588 et cote S A069). Le sceau porte en exergue la date de sa confection ,

70 LES AIliMOlRIES DE PAULS.

sans doute ce qui eut lieu pour les Echevins; ils parvinrent, au commencemeni (lu wif siècle, à faire constater, sur Temblènie sigillaire de Paris, leur part d'inlluence dans l'administration des affaires municipales, et cela par l'adjonction du mot Echevinage à celui de Prévôté. La légende du sceau fut donc dès lors : crScel rrde la Prévôté et Echevinage de la Ville de Paris; n elle subsista, ainsi modifiée, jusqu'en i 789.

Sceaux de 107/) 1733'-^', 173^^', i7S9("'.

Ces changements successifs ont pout^ causes probables celles que nous venons l'indiquer; mais il y a une autre modification dont la signification historique est certaine : c'est la disparition des mots Marchandise de Veau, qui cessent de figurer sur le sceau. On doit conclure de là que l'agrandissement du commerce général et l'importance des divers corps de métiers sont devenus considérables, et que la prépondérance du négoce de l'eau, passé depuis longtemps à l'état de souvenij-, s'efface sur le symbole parisien, comme dans la réalité des faits.

La barque devient vaisseau.

On fait lie ce vaisseau un emblème politiijue.

Si l'importance relative du commerce par eau diminue dans Paris, la modeste barque, symbole de ce commerce, grandit au contraire d'année en année, de siècle en siècle, et, après avoir été un simple emblème commercial, elle paraît devenir

Ce sceau est appendu à une concession d'eau , du 3o novembre 167^, dont l'original est aux Archives de l'Empire (n" d'inventaire des sceaux SSg-i et cote S 4069).

Ce sceau est appendu à une concession d'eau , du i5 septembre 1783, dont l'original est aux Archives de l'Empire (n° d'inventaire des sceaux 5599 et cote S iî2 85, n° 2).

Ce sceau est apposé à une concession d'eau, du i4 septembre 178^, dont l'original est aux Archives de l'Empire (n° d'inventaire des sceaux .5598 et cote S 1 16).

Ce sceau est apposé, à la date du 17 juillet 1789, sur un arrêté de la Municipalité provisoire de Paris, installée à l'Hôtel de Ville après l'abolition delà Prévôté des Marchands (1 5 juillet 1789). L'oiiginal de cet arrêté se trouve aux archives de la Préfecture de Police. Les Archives de l'Empire possèdent une empreinte du même sceau apposée, le lendemain 1 8 juillet , à une convocation des électeurs de Paris, à l'Hôtel de Ville (n° d'inventaire des sceaux 669^ et cote B iv, 1" carton). — Voyez p. 98, le fac-similé de la première de ces deux pièces.

cfLes deux premières compagnies de libraires qui se formèrent dans l'Université de Paris, pour ne faire que do belles et bonnes impressions, prirent pour marque le Grand Navire, que l'on voit à la tête de leurs éditions, chargé des armes de France et de l'Université. . . Cette compagnie, appelée du Grand Navire, s'acquit tant de réputation dans les pays étrangers, qu'on n'y ffvisitoit point les livres où l'on voyoit cette marque, quand on reconnoissoit qu'ils étoient sortis des presses de cette grande «Société de Paris. n {De l'origine de l'Imprimerie de Paris, par André Chevillier. Paris, lôgi, t. I, p. 325.)

Orav. sur bois. Deschamps se.

LA GRAND' NAVIRE Marque de la Compagnie des libraires associéa de Paria.

FORMATION KT MODIFICATIONS SUCCESSIVES JUSQU'EN 1 789. 71 nu syinholc polilicjuo, sous le burin du graveui", dans les discours olliciels des Prévôts des Marchands, dans les inscriptions et devises des monuments éphémères élevés pour les solennités publiques de la Ville.

Kn 1-^77, 161 (j, 17.3/1 et i78(), c'est un superbe bâtiment ponté, affectant les allures d'un vaisseau de guerre, ayant château d'avant, château d'arrière, et marchant, vent largue, sur des flots (jue l'Océan seul pourrait soulever ainsi, el sous un ciel d'azur (jui n'a pour étoiles dirigc^antes que des fleurs de lys d'or. On conçoit (juelle source féconde d'allégories il y avait là pour le poëte et l'oi-ateur.

Nous donnons, dans les Appendices, de nombreux exemples de ces divers emplois du vaisseau, considéré à lui seul comme emblème de Paris, et abstraction laite de toute idée de sceau ou d'armoiries proprement dites Il nous a pai-u nécessaire d'en offrir également ici quelques représentations figurées, empruntées tant aux grands édifices construits par la Ville elle-même dans le cours des trois dei'iiiers siècles, qu'à certains édicules d'utilité ou de décoration publicjue.

(i'est à celte seconde catégorie qu'aj)pai'tiennent les vieilles fontaines Maubuée

Vjiissoau (le la loiiluirie du Vciihois.

et du Vertbois, encastrées, celle-ci dans l'une des tourelles qui lortiliaient fenceinte du prieuré Saint-Martin-des-Champs, presque au coin de la i-ue du Verl-

Appendice VI, n" 1 à 17.

72 LES AHMOmiES DE PARIS.

bois, celle-là dans une maison particulière formant l'angle des rues Maubuée et Saint-Martin. Chacune de ces deux fontaines, restaurées ou reconstruites au

Vaisseau de la fontaine Maubuée.

xvii'' et au xvni'^ siècle, présente un type exlièmcmcnt remarquable du naviic parisien, mais agrandi et assimilé aux vaisseaux (Je l'époque.

La statue allégorique, placée au-dessus de l'horloge de I Hôtel de Ville et à la base du campanile qui surmonte cet édifice, continuait au siècle dernier cette antique tradition. Bien que le nom de Lutelia, inscrit au-dessous de cette imag»; de piei-re, rendît toute équivoque impossible, le sculpteur, par ordre sans doute, avait placé, dans la main gauche de sa statue, le vieil emblème parisien, un navire aux voiles déployées, de manière à rendre aussi frappante que possible la personnification de la Ville de Paris. G est dans cette attitude (jue nous la montre une planche de Jean Marot, reproduite dans ÏHisloire de Paris, par Félibien et Lobineau. A la suite de diverses dégradations, cette figure a été restaurée; mais ou a abaissé le bras et l'emplacé le vaisseau par deux couronnes civiques. Tout récemment, lors de la reconstruction du campanile, on a eu la pensée de rétablir, sur un point de cet édicule, Lantique symbole parisien : on en a fait une girouette placée à la pointe du paratonnerre.

\}l?> ARMOIRIES DE [,A VILLE DE PARIS

i il'- Paris Travaux Ki5i-.

'\ Ny\VIRE, EMBLEME ' ;-:J S , place dans la marii de la statue allegoria-ie qUi sumoniart l'hoiio^e de l'Hol/^i-'ip YMIe

fjY/st de Pam. par Dom FéMien)

FORMATION ET MODIFICATIONS SUCCESSIVES JUSQU'EN 1 789. 73 Cette tradition du navire, constituant à lui seul un emblème, un corps de devise, comme nous le dii'ons plus tard, s'est perpétuée pendant tout le xvm^ siècle et est arrivée jusqu'à nos jours. Un des chefs-d'œuvre décoratifs de la capitale, souveniide la féconde pi évôté de Turgot, en fournit une preuve véritablement artistique : lions voulons parler de la magnifique fontaine de la lue de Grenelle, construite en 1739 et sculptée par Boucliardon. La figure principale, (jui représente évidemment la Ville de Paris, est assise sur un navire dont la proue est à découvert, tandis que la Seine et la Marne, rivières sillonnées de toute antiquité par la barque des Nantes et des Marchands de l'eau, épanchent au-dessous l'onde qui sort de leur urne allégorique

Une seconde preuve non moins remarquable de la perpétuité de la tradition, en ce qui concerne le vieil emblème parisien, se trouve dans un recueil ichnographique des plus importants, où Ton ne songerait peut-être point à l'aller chercher : il s'agit du grand plan de Paris publié en 1796 par Verniquet, et considéré avec raison comme l'œuvre la plus exacte que nous possédions en ce genre. Selon l'habitude des topographes qui l'avaient précédé, Verniquet a cru devoir décorer les angles de son plan; mais, comme il le faisait graver pendant la période révolutionnaire, et que les ornements héraldiques n'étaient point alors de saison, il a figuré la Ville de Paris sous les traits d'une femme drapée à l'antique , la couronne murale en tête, et appuyée, comme la statue de Bouchardon, sur la proue du navire parisien'^'. A cette époque où les fleurs de lys étaient prohibées, où le simple dessin d'un écusson pouvait être incriminé, à titre de souvenir féodal, la seule partie des armoiries de Paris qu'il fût possible de reproduire était le navire : fidèle à sa devise, il sui-nageait au-dessus de l'abîme des révolutions.

Le xi-N.*" siècle devait naturellement suivre la même voie; seulement, au lieu de modifier, comme ses devanciers, l'antique emblème parisien selon les formes nautiques de l'époque, il a fait tantôt de l'archaïsme d'imagination, tantôt de la pure fantaisie. Nous ne citerons ici qu'un exemple emprunté à cette période d'aberration archéologique : c'est la clef de voûte qui couronne la porte principale de la mairie du 11^ arrondissement (ancien IIP), construite au commencement de l'année i8/i8. Un prétendu navire parisien, qui n'est qu'une galère

Les artistes qui ont concouru à la décoration de la place de la Concorde se sont inspirées de cette œuvre d'art. Les proues des colonnes rostrales et les figures allégoriques des villes de Fiance sont autant d'emprunts faits à Bouchardon.

Voir, à la page suivante, la planche hors texte, extraite du grand atlas d(^ Verniquet et re'duite au quart.

Voir les exemples que nous en donnons à la fin du chapitre VL

l'i LES ARMOIRIES DE PARIS.

quelconque, voguant en arrière, et dont on aura voulu faire la barque d'isis. y apparaît sculpté en relief et doré; un coq, emblème du gouvernement de

Le Navire parisien et le Coq gaulois. (Mairie du II' arronilissenienl.)

Juillet sculpté en creux et doré, lui aus.si, occupe au-dessus de ladite galère

Le ((Kj iif paraît pas avoir ete d'une façon ,'il)solne rt;ml)lcnie officiel du gouvernement de Juillet, quoiqu'on l'ait j)iacë au-dessus des tables de la Charte, à h hampe des drapeaux, sur la coiffure des soldats, sur les boulons des gardes nationaux et an fronton de la plupart des édifices cons- Iruils par fÉtal, de i83o à i8i8.

Heiidez-nous le coq des Gaulois, avait dit le poète chansonnier. Lorsqu'on secoua la poussière qni ternissait de rr nobles couleurs n, le

gouvernement de Juillet, ne poinanl ieui' rendre l'aigle, symbole du régime impérial, crut devoir leur octroyer ollicieuscment le coq, gallits , antique emblème de la vigilance et de l'ardeur martiale, jeu de mots qui personnifie depuis des siècles la nation française. Quoique l'adoption de cet emblème ait été généi'ale et immédiate, il y a lien de croire que ce fut une affaire d'expnq)le et ifenlrainement, plutôt que le résultat d'une prescription olhcielle.

FOUMATION ET MODIFICATIONS SUCCESSIVES JUSQU'EN 1 793. 75 la place réservée, dans le cliain|) de l'écu, au cliei" de Fiance; vague réminiscence ou plutôt contrefaçon des dispositions héraldiques que nous avons expliquées plus iiaut.

Résumons en quelques lignes l'iiisloii e de la formation du sceau et des armoiries de Paris.

Avant 1358, le sceau, ou les aimoiries de Paris, n offrait qu'une simple Kësumé. barque de rivière; dans le mois de décembre de la même année, les fleurs de lys y apparaissent, et, après avoir varié de position et de nombre, elles sont définitivement placées dans le chef, en i6i5. La légende du sceau a subi également des modifications, conséquence des changements survenus dans l'état de la Municipalité parisienne elle-même. Enfin la barque grandissant a pris les proportions d'un vaisseau, et d'emblème commercial est devenue symbole pohtique.

Il nous reste à examiner les émaux ou couleurs des dill'érentes pièces de ce sceau et le champ sur lequel elles étaient placées.

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