‹ Les armoiries de la ville de Paris: sceaux, emblèmes, couleurs, devises, livrées e céroemonies publiquesChapitre 37 sur 107 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE SCEAU ET LES ARMOIRIES DE LA VILLE DE PARIS PENDANT L'EXISTENCE DE LA COMMUNE (1789-179/i) ET JUSQU'AU PREMIER EMPIRE.

Sommaire. — Abolition des armoiries en 1790. Exe'cution à Paris du décret ordonnant celte abolition. — Actes de vandalisme. — Décret tardif de la Convention, préservant de ia ruine les bibliothèques, les musées, les objets d'art. — La Ville de Paris et le Roi de France conservent leurs armoiries jusqu'en 1799. — Sceau de la Ville de Paris dans les premiers jours de la Révolution. — Sceau de la Ville de Paris de la fin de 1789 jusqu'en septembre 1792. — Sceau de la Ville de Paris depuis l'établissement de la Républi([ue jusqu'à l'abolition de la Commune. — Sceaux des districts et des sections de Paris. — De 1 79^ jusqu'à nos jours, le sceau communal de Paris est remplacé par le sceau de l'Elaf.

Moins d'un siècle après l'enregistrement des armoiries de Paris à l'Armoriai général , des préoccupations d'un tout autre ordre vinrent assaillir les esprits. L'ancien édifice social s'écroula avec les institutions qui le soutenaient; au milieu des l'uines entassées de toutes parts, disparurent, avec le blason des rois et des gentilshommes, les écussons des bourgeois et ceux des villes elles-mêmes.

Ces antiques marques de l'indépendance et de l'individualité communales, ces vieux souvenirs de la puissance et de la richesse bourgeoises, ces signes populaires et traditionnels de ralliement des fortes corporations ouvrières, que la logique engageait à conserver, sauf à en retrancher la fleur de lys, marque de l'autorité royale, furent, au nom de la liberté et de l'égalité, reniés par les communes, les bourgeois et le peuple. Malgré sa rassurante devise, Fluctuât nec mergilnr, le vaisseau parisien, lui aussi, sombra dans le naufrage général.

Dès le début de la Révolution, le i5 juillet 1789, le lendemain de la prise de la BastUle et de la mort du Prévôt des Marchands, Flesselles'", massacré par la populace, l'ancienne Administration communale de Paris fut elle-même violemment renversée et radicalement détruite ^'^\

Abi)lition (les armoirit'S m 1790.

F.xéculion à Paris t!u clécrf'l ordonnant celle alioliliun.

Messire Jacqups de Flesselles, chevalier, conseiller de la grand' chaïuhrc, maître honoraire des requêtes, conseiller d'État, élu Prévôt des Marchands le 28 avril 1789.

Les Echevins alors en charge étaient : Jeaii-

Baptisle Buffaiill, chevalier de l'ordre du roi, trésorier honoraire de la Ville; Charles-Barnabé Sagerel; Jean-Joseph Vergue, avocat, conseiller du roi, ancien quartinier; Denis-André Rouen , avocat, au Parlement, notaire.

I ne nouvelle Municipalité la remplaça, et le député Bailly"' en fut élu cliel juillet 1789) sous le titre de Maire de Paris,

Le a 0 juin de l'année suivante un décret de l'Assemblée nationale abolit toutes les distinctions honorifiques, telles que les titres de noblesse, les ordres militaires, les armoiries, les livrées. L'exécution de cette mesure ne paraissant pas assez prompte à l'égard des armoiries, le Corps municipal de Paris, sur la proposition du Maire, décida, dans sa séance du 17 novembre de la même année, que les administrateurs au département des travaux publics veilleraient à l'accomplissement de ce décret, en ce qui concernait l'enlèvement des emblèmes héraldiques placés sur les portes extérieures des maisons et hôtels des particuliers. Ils devaient, en outre, assurer l'observation des règlements de la voirie, pour les replâtrages qui avaient pu être déjà faits par les propriétaires eux-mêmes sur leurs écussons d'armes. Le Corps municipal ne s'arrêta point à cette mesure; il autorisa le Maire de Paris à i-echercher les armoiries qui pouvaient exister dans l'intérieur des maisons et des appartements, et à écrire aux propriétaires pour les rappeler à l'exécution du décret de l'Assemblée nationale

Les administrateurs des travaux publics de la Ville se mirent à l'œuvre; après un examen minutieux des rues de Paris et de nombreux rapports des agents voyers, des détachements de maçons et de tailleurs de pierre furent envoyés dans toutes les directions pour démolir, effacer ou cacher sous le plâtre et le mortier les insignes proscrits'*'.

Jean-Sylvain Baiily, né à Paris en 1786, membre de l'Académie française en 1788, députe' du tiers état de la Ville de Paris aux États généraux de 1789, président de l'Assemblée nationale, premier maire de Paris, fut condamné à mort par le tri- Itunal révfdiitionnaire et exéculéen novendjre 1 798. On a de lui une Histoire de l'astronomie niicieiiue et de l'astronomie moderne.

C'est par erreur que certains auteurs fixent au A août 1789 la suppression des armoiries. Dans la fameuse séance de ce jour, l'Assemblée nationale décréta l'égalité des impôls, l'abolition des droits féodaux, des privilèges, des justice? seigneuriales et de la vénalité des offices, droits et privilèges dont tous les membres de la noblesse et du clergé firent spontanément un généreux abandon. Ce ne fut ([u'un an plus tard, le 20 juin 1790, qu'elle rendit le décret sup|)rimant tous les titres de noblesse, les ordres militaires, les armoiries, etc. Ces

distinctions, devenues purement honorifiques, n altaqnaient en rien la liberté; mais elles avaient le loi't immense d'exciter la haine jalouse de bien des gens, et de blesser l'esprit d'égalité intolérante qui régnait à cette époque. (Appendice IX.) Appendices XI, XVI, XVII et XMll.

Les Archives de la Préfecture du déparlemeiil de la Seine possèdent un grand nombre de pièces qui constatent ce fait. Citons, entre aiiiros, un Mémoire en dépense coiilradictoiremeut reconnue arec messieurs les inspecteurs de la Ville, an sujet de lu suppression des armoiries ordonnée, au mois de décembre l'JQO, par monsieur le Maire et messieurs les Administrateurs des Traratir publics, sous les ordres et conduite de monsieur Poijette, architecte du Roi et de la Ville, lesdites dépenses faites par le sieur Armand, entrepreneur des bâtiments de ladite Ville.

La récapitulation de ce long mémoire porte 97 journées de (ailleurs de jjierre, 190 journées de

PENDANT L'EXISTENCR DE LA COMMUNE, ETC. 95 Oïl iK! s'attaqua, jusque vers la fin de 1799, qu'aux écussons des particuliers; Act«

de vandali^me^

mais, après la proclamation de la Répul)lique, l'écusson royal dut tomber à son tour, comme la monarchie dont il était l'i^nblème. La fieui- de lys, qui se trouvait à peu près partout, lut ])artout poursuivie et disparut des monuments publics, comme de la boutique de l'artisan; on l'airaclia des objets d'art, des statues, des tableaux, des manuscrits, des actes publics et privés, où elle était sculptée, dessinée, peinte ou gravée, et pour lesquels elle fut ainsi bien souvent une cause de destruction. Des décrets de la Convention nationale la chassèrent successivement des drapeaux, bannières, étendards et pavillons français des moinjments publics t'^^, des bornes milliaires, où elle fut remplacée par le bonnet dit de la 11befté^^\ des plaques de cheminée ou contre-feux, qui, portant des signes de féodalité, pour nous servir des termes du temps, durent être changés ou retournés'*', des cartes à jouer des formes ou transjiarents en usage dans la fabrication du papier etc. etc.

Le zèle chez les uns, la peur chez les autres, assuraient l'exécution de ces décrets; néanmoins, à Paris, les agents voyers furent en outre chargés par la Municipalité d'en presser l'accomplissement, spécialement par une inspection scrupuleuse des monuments publics et des habitations particulières

maçons et aides- maçons, -jHy sacs de plâtre, 7 grandes voitures de gravois et 64 grandes voitures d'échafauds. (Arch. de la Préfecture du département de la Seine , carton 76 i.) Voir Appendice XI.

Décret du a 8 novembre 1792 , relatif à l'abolition des marques de la ci-devant royauté sur les drapeaux des régiments et des bataillbns de volontaires nationaux; autre décret du 21 décembre 1792 , rerelatif à l'exécution de la loi sm' la suppression des signes de la royauté et de la féodalité. (Voir Appendice XV.)

Décrets des li juillet , 1 " août , 7 août et 1 4 septembre 1798. (Voir Appendices XVII et XVIII.)

Décret du 2 0 septembre 1798, portant que les fleurs de lys marquées sur les milles cjui bordent les routes seront remplacées par le bonnet de la liberté.

Décret du ai' jour du 1" mois de l'an 11 de la Républicpie française ( 1 1 octobre 1798), qui ordonne de faire retourner les plaques de clieminées . ou contre-feux , portant des signes de féodalité.

Décret du 1" jour du 1° mois de l'an n de la République française une et indivisible (22 octobre

179.3), qui défend d'employer, dans la fabrication des papiers, des formes ou transparents poi'lant des attributs de royauté.

Décret du 1" jour du 2° mois de fan a de la République française une et indivisible {ti-i octobre 179.3), relatif aux signes de royauté et de féodalité qui se trouvent sur les cartes.

Les archives de la Préfecture du département de la Seine contiennent un grand nombre de rapports cb'essés à ce sujet parles inspecteurs et agents de la voirie , qui , chose bizarre , commettent pi esque tous eux-mêmes, ainsi que les autres employés de l'Hôtel de Ville, le délit qu'ils dénoncent à leurs chefs. Le papier dont ils se servent porte encore, imprimées dans le haut de la page . les anciennes armoiries de la Ville, avec leur chef semé de Heurs de lys. (Voyez appendices XVII et XVIII.) Le à juillet 1798, un décret de la Convention, contenant défense de faire usage du papier marqué des anciennes empreintes représentant les atti ibuls de la royauté, mit fin à cette inconséquence. (Appendices XII, XIII, XVI, XVII, XVIII, XIX. XX, XXL XXV, XXVII, XXVIII.)

La Convention ne crut pourtant pas ces moyens sufïisants : par décret du i'^'' août 1793, elle prononça la confiscation, au profit de fEtat, des maisons, édifices, parcs, jardins, enclos, qui, huit jours après la publication de cette loi, porteraient encore des armoiries Elle chargea ensuite, par décret du 7 août 1798, le Conseil exécutif de rendre compte de l'exécution de la loi ordonnant l'abolition des signes royaux, enjoignit, sous peine de destitution, aux officiers municipaux des communes (décret du \ h septembre 1798 (^'), de faire exécuter, dans le courant du mois, à partir du jour de la publication de ce décret, celui qui avait été rendu le h juillet précédent sur la suppression, dans les églises et autres édifices publics, des armoiries et signes de la royauté

Décret tardif de la Convention préservant de la ruine les bibliothèques ,

les musées , objets d'art , etc.

On ne saurait énumérer la quantité de monuments et d'objets de toute nature , précieux pour les arts, l'histoire et la science, que la fleur de lys entraîna dans sa chute. Des statues, des tableaux, œuvres des plus grands artistes, furent brisés, déchirés, brûlés ou dispersés; des manuscrits, des livres imprimés, rares, quelquefois uniques , furent détruits; enfin tout ce qui rappelait au pays le souvenir du passé, quelque glorieux, quelque pur, quelque national que pût être ce souvenir, fut menacé de destruction. Heureusement, quelques hommes courageux composant le Comité d'instruction publique de la Convention nationale s'élevèrent contre ces actes de vandalisme Ils représentèrent à cette assemblée le triste résultat, au point de vue artistique et historique , de ses décisions contre les armoiries el les fleurs de lys, et, le ih octobre 1793^^), un nouveau décret parut. C'était bien tard, il est vrai, car déjà d'irréparables pertes étaient à déplorer, et de nombreuses ruines couvraient partout le sol de la France.

Le préambule de ce décret porte qu'en ordonnant de faire disparaître tous les signes de royauté et de féodalité dans les jardins, parcs, enclos et bâtisses, la Convention n'avait point eu l'intention de détruire les monuments des arts, de l'histoire et de f instruction ; il ajoute que findustrie et le commerce de la France perdraient bientôt leur supériorité, si fon ne s'opposait promptement aux écarts de l'ignorance, aux entreprises de la cupidité et de la malveillance. Viennent ensuite dix

Appendice XXII.

Appendice XXIIl.

Appendice XXIX.

Appendice XXVI, XXX, XXXI, XXXII.

Nous croyons devoir citer ici leurs noms , trop peu connus aujourd'hui. C'étaient : Dussaux , Ma-

thieu, Massieu, A.-C. Prieur, Arbogast, M. J. Chénier, Gorsas, G. Homme, Lantiienas, Chasset, L.-S. Mercier, David, Durand Maillanne, Roux Fasillnr, Baudin, Quinette, Léonard Bourdon, Coland la Salcette, Fouclié (de Nantes), Buzot, Bailly, Ferri, Villar, Dupuis.

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