JANVIER I
Fol. S -2.
Conlrihiition et despense pour porter le ciel de la liotjne.
trLe dix septiesnie jour de januier l'an mil cinq cens el ung, en Ostel de la Ville de Paris ou estoient Monseigneur le Gouuerneur de Paris, Messeigneurs Guillaume de Poicliers, cheualier de Torde, les Preuost des Marchans et Escheuins de la Ville de Paris assemblez pour oyr les niaistres et gouuerneurs des marchandises de drapperie, de la mercerie, de l'espicerie, de la peleterie, de l'orfaiuerie el autres, et aussi des officiers de lad*" Ville mandez pour l'entrée de nosire souueraine Dame la Royne, sont venuz et couqiaruz en iceluy Hostel : Estienne Senesclial , Nicolas Bej;uin el Jehan Januier, jurez el gardes du meslier el marchandise de lad" Ville de la nu'rcerie, eul\ faisans lors de Robichon Lovs leur compaignou el qu'ils auoieni esleu en ensuiuant le mandement de mesd. seigneurs les Preuost des Marchans et Escheuins en l'assemblée pour ce par eulx faicle en l'église du Sépulcre; Maihurin Croipiel, Guillaume Parent, Jehan Cuuicr el Simon Clioppiu, merciers bourgois de Paris, pour porter le ciel a l'entrée de ladicle dame, ainsi ((u'ilz faisoienl apparoir par leur rapport signé d'eulx; lesquelz Mathurin Croquet et Guillaume Pareiil, eulx faisant fort desd. Cuuyer et Choppin, ont dit el declairé qii'ilz n'estoienl point esleuz de In plus grant el seine partie des merciers el que lesd. jurez auoieni el ont esté de la plus grande et seine partie esleuz desd. marchans merciers, ainsi qu'ilz faisoienl apparoir par ung rapport ou feuillet de papier signé de plusieurs desd. marchans merciers jusques au nombre de xxxiiij a xxxvij. Oy par mesdictz seigneurs le Gouuerneur, Pr'euosI et Escheuins tout ce que lesd. parties ont volu dire, el veuz lesd. rapportz, a esté par eulz ordonné que lesd. quatre jurez, c'est assauoir lesd. Estienne Le Seneschal, Jehan Tannier, Nicolas
sière el autres lieux, parvint aux plus hautes dignités. Successivement conseiller à la cour des Aides, quatrième, puis premier président an Parlement, chancelier de France sous les rois Charles VIII et Louis XII, il figura dans l'entrée de la reine
Anne , en (jnalité de conseiller de ville. Les armes d( Jean de Ganay sont : d'argenl à une fasce de gneules chargée au cœur dune rose d'argenl, surmontée' d'une aiglelte de sable et d'une autre rose d'argenl; le tout accosté de a coquilles du même.
Béguin et Robichon Loys, porteront ]e ciel a l'entre'e de lad. Royne, et que tous merciers eulx meslanz dud. estât de mercerie contriburont a la despense et de ce qu'il conuiendra faire et frayer, ainsi que l'on verra estre affaire par la communaulté d'iceulx merciers. «
9 0 NOVEMBRE l5o/|.
Fol. 123, V°.
L 'entrée de la Royne et l'ordre qui y fut tenu.
ffLe lundi xviij'' jour dud. moys de nouembre oud. an cinq cens et quatre, la Royne nostre souueraine Dame, Anne de Bretaigne, fut couronnée Royne en l'église Monseigneur Saint Denis en France par Monseigneur le cardinal d'Amboise, légat en France. Et le mardi ensuiuant,xi\'' jour dud. moys, vint lad. Dame dud. Saint Denis coucher a la Chapelle, et le mercredi ensuiuant, vingtiesme jour dud. moys de nouembre, a dix heures de matin, Messeigneurs les Preuost des Marchans et EscheuinsC de ceste ville de Paris habillez, c'est assauoir mond. seigneur le Preuost en robe de velours cramoisy et fané, et mesd. seigneurs les Escheuins et le Clerc t^' en robes de satin cramoisy et tané, partirent de l'Ostel de lad. Ville auec Messeigneurs les conseillers, quarteniers, gardes et maistres des marchans et officiers cy après nommez, et autres bourgois et marchans, (Ml la manière qui ensuit, c'est assauoir :
'rDeux Sergens dud. Hostel de la Ville marchèrent les premiers.
"Après eulx marchèrent les Vendeurs de vins, Criours de vins, Henouars et plusieurs antres officiers de lad. Ville, habillez chascun on habillement de parure.
rr Après, les Archers marchèrent en habillement de guerre et leurs hoquetons, r Après, les Arbalestriers semblablement oud. habillement. • Après, les Sergens de la Ville.
"Après, Messeigneurs les Preuost des Marchans, Escheuins et le Clerc.
"Après, Messeigneurs les Conseillers de lad. Ville
"Après, les seize Quarteniers veslus de robes de damas noir et tanne'.
" Après, les quatre gardes des Drapiers vestus de robes de satin cramoisy et violet, et enuiron soixante et dix marchans drapiers vestus de robes de drap d'escarlate brune sur couleur de violete de mars; et marchoil deuant lesd. gardes a cheuaJ le doien de lad. marchandise vestu aussi d une robe de lad. escarlate, tenant en sa main ung baston.
" Après, marchoient les quatre gardes de la marchandise de l'Espicerie vestuz de robes de damas pers, les deux courtiers de lad. marchandise vestuz de robes de drap bleu et tanné, et enuiron xxiiij cspiciers vosluz de robes de drap tané.
Prévôt des Marchands : Eustache Luillier, seigneur de Saint-Mesniin, maître des coniples; armes : d'azur à 3 coquilles d'or, posées 2 et i.
Echevins : Henri lo Bègue, qui portait d'urgent à 3 croix ancrées de gueules , posées 2 et i , à la bordure engrelée d'azur. — Etienne Huié, do gueules à la fasce d'or, accompagnée de 3 mufles de lion d'or, posés 9 en chef et 1 en pointe. — Jean Hébert, dazur au sautoir d'or cantonné de ^1 étoiles d'argent. — Pierre Le Maçon , d'argent au chevion de sable, accompagné de trois insectes
(cloportes, apjielés quelquefois tnaçoits?) dn même. Clerc ou greffier : Simon Larchei'.
Parmi les conseillers et quarteniers , le registre |)iésente les noms suivants.
Conseillers : Urigs de 15idaut . ])i ési(lent à lii chambre des Comptes, Jonn de Mario. .Ican I.e Lièvre, Nicolle Violle.
Quarteniers : Pierre Cosse, Nicolas Crespin {alias Crespy), Jean Eschais, Jacc[ues Hodoyer, Jean Maciot, Hugues de Neufville. Denys GodofmN. Etienne Savin.
ff Après, les quatre gardes de la marchandise de Pelleterie vestus de damas gris sandré, et aucuns polleliors vestus de loutes couleurs.
ff Après, les quatre esleuz par la communaulté des Merciers vestuz do robes de satin tané brun , et enuiron xxx merciers vestuz de drap tané.
tr Après, les quatre maistres Changeurs vestuz de damas tané, et enuiron dix autres changeurs après eulz.
'f Après , les quatre maistres des Orfeures vestuz de damas bleu , et enuiron douze orfeures après eulx.
tfEt après, plusieurs autres bourgois et marchans de tous estatz et diuerz hahitz allèrent a cheual et en bon ordre et deux a deux jusques a lad. Chapelle près Paris, ou la Irouuerent lad. Dame; montèrent mesd. seigneurs les Preuost des Marchans et Escheuins et Clerc, les conseillers et quarteniers de lad. Ville en sa chambre, et illec moud, seigneur le Preuost liiy t'eit une proposition briefue de sa bien venue et bonne entrée en lad. ville de Paris. Lad. Dame luy leist bonne response en disant qu'elle remercioit bien mesd. seigneurs de la Ville, et que s'il/ auoient quelque affaire enuers le Roy, qu'elle seroit leur auocale et l'eroit tout ce qu'elle porroit pour lad. Ville. Toutes les autres bendes venues avec mesd. seigneurs les Preuost des Marchans et Escheuins demeurent en bas a cheual, lad. Dame donna charge a mond. seigneur le Preuost de faire mectre par ordre toutes icelles bendes pour les veoir marcher, ou elle print grant plaisir; et retournèrent ainsi en oi'dre jusques en ceste ville de Paris. Et a la porte Saint Denis mond. seigneur le Preuost des Marchans laissa mesd. seigneurs les Escheuins et le Clerc pour mectre a lad. porte sur lad. Dame le ciel a son entrée, et marcha oudit ordre, laissa lesd. maistres des six marchandises pour prandre par chascune d'icelles marchandises le ciel et le porter ainsi qu'il sera cy après declairé. n
A la suite de ce récit, (juelques observations générales sont nécessaires pour bien faire comprendre au lecteur l'esprit et la tradition de l'Echevinage parisien.
Il est dit, au premier paragraphe de l'extrait ci-dessus, que les Officiers municipaux se vêtiront, pour la cérémonie, de leurs rr hoquetons de livrée.!^ Nous voyons, dans les délibérations de l'Hôtel de Ville, que ces officiers sont toujours vêtus ainsi, même quand il s'agit de réceptions moins importantes que celle d'un souverain. Cette livrée était-elle double ? Y en avait-il une pour les circonstances ordinaires et une autre pour les jours de fête ? On ne le dit nulle part d'une manière précise. Ce qui paraît certain, c'est que les Officiers municipaux passaient habituellement leur boqueton, comme une sorte de blouse ou tabard, par-dessus leurs habits ordinaires; ils portaient, en outre, la verge et le bonnet de livrée. On peut inférer des discussions du Corps de Ville que les costumes, avant Louis Xll, n'avaient pas, en général, la richesse de ceux qui furent imposés, sous les successeurs de ce prince, aux Officiers municipaux. On verra, notamment, à partir du xvi'^ siècle, le gouverneur de Paris intervenir sans cesse dans les dispositions des cérémonies auxquelles assistait le Corps de Ville.
Il n'en était pas de même, on peut le présumer du moins, avant l'éporpie des
Valois. Sous Louis XI, par exemple, il y eut une entrée solennelle, et le Gouverneur de la Ville ne fut pas appelé à l'assemblée convoquée pour en délibérer. Ce fut même à cette entrée qu'on se reporta plus tard pour décider, en séance, les dépenses que le Bureau de la Ville pouvait faire dans une circonstance analogue. La question des frais est toujours la principale dans les délibérations de l'Hôtel de Ville, au sujet des entrées.
Dans le troisième paragraphe de l'extrait qu on vient de lire, nous trouvons des indications sur les couleurs des corporations invitées à porter le dais. La couleur qu'on imposait de préi'érence était l'écarlate: mais il ne faudrait pas entendre les diverses expressions relatives aux couleurs dans le sens précis que nous leur donnons aujourd'hui : ainsi les robes des Pelletiers étaient simplement l'ouges, d'une certaine nuance. D'ailleurs, le mot écarlate est souvent employé pour exprimer l'excellence d'une couleur ou d'une étoffe, alors même qu'elle n'est pas rouge, et l'on peut voir dans Du Cange, Ménage et Furetière les diverses significations (|ue prenaient à cette époque les termes servant à dénommer les couleurs.
Nous n'insisterons point ici sur les couleurs particulières aux corporations; il suffît de faire remarquer qu'elles ont toujours différé sensiblement des costumes adoptés pour les officiers municipaux. Le Bureau de la Ville et le Gouverneur de Paris exerçaient, à l'égard des corporations, une sorte d'autorité discrétionnaire.
Avant le xvi*^ siècle, les Maîtres jurés, représentants officiels des corporations, portaient seuls les robes de livrée. Plus tard, l'usage s'en généralisa; mais, comme les Maîtres jurés constituaient, en grande partie, la notabilité bourgeoise, c'était naturellement à eux que s'adressaient les invitations ou les injonctions. Ils laissèrent, paraît-il, une certaine latitude à leurs confrères dans le choix de l'étoffe et de la couleur, et il résulta de cette tolérance une certaine confusion à laquelle on voulut remédier, notamment chez les porteurs de dais.
Comme nous l'apprend le dernier paragraphe de l'extrait qui précède, les Quarteniers, les Courtiers de l'épicerie, les Merciers et les Changeurs portaient du drap, ou damas, tanné; c'était la couleur spéciale des corporations. Les Pelletiers étaient habillés de gris cendré et non d'écarlate. ce qui permet de supposer que l'uniformité de couleurs n'était [)as obligatoire. On essaya, probablement après Louis XI, de donner à chaque corporation une couleur particulière; mais on eut de la peine à v parvenir. Du l este, ces distinctions de couleurs ne se maintinrent
LE CORPS DE VILLE EN CÉRÉMONIE. 225 que pour les robes des Maîtres jurés, et, peut-être aussi, pour ies robes des Chefs de chaque confrérie.