‹ Les arristes; comédie en quatre actesChapitre 14 sur 57 · DR FR A DETTES · texte numérisé non relu

DR FR A DETTES

Assez mal, oui.

SARTRAY.

Son histoire ?

DE FRADETTES, lui faisant signe qu'on les écoute. Plus tard, je te dirai...

LA VALADE, Continuant la conversation, Fumons, puisqu'on nous y condamne. Montpaze, faites-nous les honneurs...

(De Montpaze remonte chercher, sur une console^ cigares et cigarettes.)

TOURAiLLE, à de Montpaze.

Depuis combien de temps suivez vous la piste Rosario ?

DE MONTPAZE.

Dix-huit mois.

TOURAILLE.

Et... vous rapprochez?

BÊCHEREAU.

Mii« Christiane n'a encore relevé que ses défauts.

DE MONTPAZE, à Sartraij.

Une cigarette, monsieur?

SARTRAY.

Merci I C'est une petite passion que j'ai éteinte. On se crée des besoins dont il est, en somme, très facile de se défaire.

TOURAILLE.

Pas tant que cela, puisque nous employons toute notre énergie, non pas à leur extinction, mais à leur satisfaction.

GRIVELLES .

Et c'est à cause de cette satisfaction que la vie devient si difTicile.

SARTRAY,

Il y a un moyen : se Iransplanter hors de France.

TOURAILLE.

Mais c'est que nous ne voulons pas être transplantés. Nous prétendons vivre chez nous, prospérer, devenir riches, influents et honorés, chez nous, sans déplacement...

DE FRADETÏES.

Ni fatigue.

SARTRAY.

La cliose impossible !

BÊCHEREAU.

Possible, si ; en organisant intelligemment la lutte.

SARTRAY.

Même à armes égales, je ne vois pas. . .

DE FRADETTES.

Il ne s'agit pas d'armes égales! Tu nés plus au courant, mon pauvre ami. Ces messieurs ne t'ont pas exposé leurs moyens d'action, attends.

DE MONTPAZE.

Ne posez donc pas pour la vertu, Fradettes, vous ferez comme les autres.

DE FRADETTES, Simplement.

Jamais !

DE MONTPAZE, Œu milieu du salon.

Mais sapristi, tâclions donc de nous débarrasser des grands mots... et de parler net, une bonne fois!., que diable ! Il faut reconnaître ce qui est. Le siècle a marché un train d'enfer, les jouissances, le luxe, toutes les satisfactions nécessaires. . .

SARTRAY.

Pourquoi nécessaires?

DE MONTPAZE.

Nécessaires, parce que le voisin les a!... toutes ces satisfactions ont augmenté aussi rapidement que diminuait la richesse de chacun. Des milliers d'appétits sont nés. Des milliers d'intelligences se sont ouvertes à des rêves d'ambition. C'est pour chaque place, la poussée formidable. Il n'y a pas seulement nécessité impérieuse à prendre sa part, il y a urgence à la saisir le plus vite possible, car, à la moindre chute, toute une génération lancée à l'assaut, nous passera sur le corps. Donc, il faut arriver coûte que coûte, puisque le monde ne s'incline que devant les résultats acquis. La vie n'est plus la montée lente, la côte péniblement gravie, l'avancée

par petites étapes, la vie n'est plus même une conquête ; c'est une escalade !

TOURAILLE ET BÊCHEREAU.

Bravo!

VAUDREUIL

Très bien I

Page 1