‹ Les arristes; comédie en quatre actesChapitre 30 sur 57 · CHRISTIANE. DE MONTPAZE CHRISTIANE · texte numérisé non relu

CHRISTIANE. DE MONTPAZE CHRISTIANE

Je trouve que vous vous inquiétez beaucoup de la santé de M^e de Fradettes ?. . .

DE MONTPAZE.

Me feriez-vous l'honneur d'être jalouse?

CHRISTIANE

En dehors de toute jalousie, je puis avoir intérêt à surveiller vos assiduités auprès de Marcelle... puis-

LES ARRIVISTEvS

qu'elles existent! — Il semble même que mon excellente amie n'y soit pas tout à fait rebelle.

DE MONTPAZE.

Votre amie est une très honnête femme... absolument au dessus d'un tel soupçon.

CHRISTIANE

Lorsqu'un homme défend avec cette énergie l'honnêteté d'une femme. .. c'est que celle-ci est bien près de devenir sa maîtresse!...

DE MONTPAZE, eXCUé.

Je ne vous permets pas...

CHRISTIANE, le regardant.

Eh ! Eh ! 11 faut croire que la chose est plus avancée que je ne pensais!... (hésitante,) Alors je vais être obligée de vous mettre au courant de certains petits faits... (négligemment.) Savez-vous que M™e de Fradettes est, vis-à-vis de nous, dans une situation qui devient très gênante ?

DE MONTPAZE.

Quelle situation ?

CHRISTIANE

Elle doit à notre maison une somme assez forte.

DE MONTPAZE.

Qui lui aurait avancée ?

CHRISTIAN E

Mais, moi d'abord !... Elle m'a tant de fois sollicitée et je l'ai vue aux prises avec de si grosses difficultés!... Ensuite, elle a voulu tenter la chance de la Bourse... et j'ai cru pouvoir, sans vous en prévenir... lui faire autoriser un certain crédit... Seulement, comme aujourd'hui, la dette devient réellement un peu grosse. . .

DE MONTPAZE.

Combien?

GHRISTIANE.

Cent quarante cinq mille francs!

DE MONTPAZE, extrêmement surpris.

Elle connaît ce chiffre?

GHRISTIANE.

Je ne crois pas qu'elle se l'imagine aussi important!... Elle compte toujours sur moi... et pourtant, je ne peux pas indéfiniment... En outre, si une indiscrétion se produisait! J'ai bien recommandé à La Valade qui est chargé de ce compte, de ne rien dire... (insinuante) mais, par les bureaux... par la

comptabilité... si M. de Fradettes apprenait,... ce serait un drame, un désastre!...

DE MONTPAZE, la regardant.

Il est très singulier qu'au moment même où vous m'accusez d'inclination pour M"^^ de Fradettes, vous me fournissiez contre elle une arme pareille ?

cHRisTiANK, jouaiit NtoTinement.

Une arme?

DE MONTPAZE.

Comme millionnaire et comme chef de la maison, n'ai-je pas deux moyens d'éteindre la dette portée sur les livres?...

CHRISTIANE

Ça vous regarde. .. Je devais vous prévenir...

DE MONTPAZE.

Dans notre intérêt commun ou seulement dans le vôtre? (Un instant Us se regardent en adversaires, puis se rapprochant d'elle et d'une voix presque sourde.) Vous... aimez toujours de Fradettes?

CHRISTIANE, nettement.

Toujours !

DE MONTPAZE.

Et vous êtes prêle?...

CHRISTIANE

Je suis prête à tout... tenez-vous le pour dit !...

DE MONTPAZE.

Oui... Depuis des années, vous préparez une combinaison qu'aujourd'hui, sans doute, vous trouvez assez mûre pour l'infamie décisive?...

CHRISTIANE, Œvec coUve.

C'est prétentieux à vous de me dire de tels mots!...

DE MONTPAZE.

Il faut bien les mettre sur les choses !

CHRISTIANE

Il fallait aussi les mettre sur votre conduite lorsque, sachant que j'aimais M. de Fradettes, vous avez tout accepté pour devenir mon mari !

DE MONTPAZE.

Peu importe ce que j'ai fait ou subi... Maintenant, je suis bien votre mari... j'entends en exercer les droits.

Je suppose que vous vous rappelez les termes de notre contrat ?

DE MONTPAZE.

Oui... oui... je sais... très bien rédigé!... Vous pouvez, par le divorce, me réduire à ce que j'étais avant !... Mais, la maison — ma maison — existera indépendamment...

CHIllSTlANi:.

... De mes capitaux, peut-être ?

DE MONTPAZE.

J'ai mon nom... mon crédit...

CHRISTIAN E

Est ce que, par hasard, vous seriez assez naïf pour croire à votre action personnelle ?...

DE MONTPAZE, SB débattant.

Eu tous cas, il n'est pas admissible que vous poussiez jusqu'à une telle ruine?. . .

CHRISTIANE

Pourquoi donc pas?... Depuis que nous vivons ensemble, vous n'avez donc pas bien compris qui j'étais ?

DE MONTPAZE, à voîx sourile.

Oh! si... si. . j'ai trop compris. . . vous êles d'une nature... qui épouvante!

CHRTSTIANE.

Alors, croyez-moi... au lieu de réveiller chez vous certains scrupules qui ne demandaient qu'à dormir, restons ce que nous étions : deux associés s'occupant chacun de ses affaires particulières! Gardez vos passions si ça vous amuse — je ne vous dérangerai pas — et laissez-moi les miennes !

DE MONTPAZE, marchant sur elle.

Pour les invoquer avec cette audace, il faut vraiment que vous soyez une. . .

CHRISTIANE

Quoi?... Mais allez donc!... l'injure vous brûle les lèvres!... (très froide.) Allons, c'est très bien!... Puisque votre choix est fait, je vais, dès aujourd'hui, prendre mes mesures pour que nos deux divorces, de corps et de fortune, marchent le plus vile possible; je suis prête!... (Elle fait quelques pas, puis se retournant, railleuse.) C'est égal... je n'aurais pas cru!... Tous mes compliments !...

(Elle gagne rapidement la porte de sa chambrée.)

DE MONTPAZE, au moment où elle va disparaître. Christiane !

CHRIST! ANE, s' arrêtant.

Qu'est-ce qu'il y a?... Vous avez oublié quelque chose?... le mot de la fin? (Perfide )V^eui-ètve que la maisoQ Montpaze continue sous la même raison conjugale?...

(De Montpaze baisse la tête., vaincu, acceptant V abdication. Elle le regarde avec un sourire de mépris, puis, sortant en haussant les épaules.) Parbleu I

(De Montpaze, resté seul, regarde la porte par laquelle Christiane est partie, puis il se redresse. Il va à son bureau, sonne son secrétaire et reprend à l'entrée de La Valade, l attitude du maître. )

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