‹ Les arristes; comédie en quatre actesChapitre 32 sur 57 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

DE MONTPAZE, TOURAILLE, BÊCHEREAU, GRIVELLES.

DE MONTPAZE, allant ouvrir la porte du cabinet de La Valade.

Messieurs, je suis à vous.

(Tourailles, Bêchereau, Grivellcs entrent et serrent la main de Montpaze.)

TOUr< AILLE.

Nous avons fait antichambre.

DE MONTPAZE, ria7lt .

En fumant de bons cigares !

BÊCHEREAU, continudut à fumer. C'est vrai. Ils sont excellents.

DE MONTPAZE.

Vous n'attendez jamais gratis I

TOURAILLE.

Qu'est-ce que ça va nous rapporter, aujourd'hui?

DE MOiNTPAZE.

L'émission des « Mers Artificielles » ! Je vous ai convoqués pour que nous puissions arrêter le plan de combat.

GUIVELLES.

Y aura-t-il une place d'administrateur pour moi, là dedans?

DE MONTPAZE.

Mon cher, sans reproches, je vous ai déjà mis de dix-sept conseils d'administration... auxquels, d'ailleurs, vous n'assistez pas beaucoup.

BÊCHEREAU.

Grivelles, vous avez un appétit d'enfer.

GUIVELLES.

Mais je crois que les frais de publicité ne vous font pas, non plus, trop mal au cœur?

BÊCHEREAU.

C'est le Sens public qui touche.

Je connais le cliché... Seulement, comme vous êtes le directeur-propriétaire du Sens public .. ,

TOURAILLE.

Ça lui permet d'avoir deux poches dans le même pantalon!

DE MONTPAZE, allant s'asseoir à son bureau. Messieurs, l'affaire, maintenant, se présente très bien. L'opinion est à point et vous savez combien, au début, elle était rebelle ! Cette idée d'aller en plein désert africain, creuser de gigantesques réservoirs capables de répandre la fécondité à des milliers de lieues environnantes, cette idée semblait irréalisable ; aujourd'hui, le courant est créé ; il n'y a plus qu'à s'en servir. (A Touraille.) Qu'est-ce qu'on dit du projet, à la Chambre?

TOURAILLE.

Assez tiède, la Chambre, sur les combinaisons financières... Vous savez. .. Chambre échaudée...

DE MONTPAZE.

Mais puisqu'il s'agit d'un projet colonial, d'intérêt universel ?

TOURAILLE.

S'il n'était que d'intérêt local, ça vaudrait bien mieux.

DE MONTPAZE.

Il faudra une pression d'influence.

Mon groupe marchera; quant aux bureaux de l'administration, Vaudreuil les a en mains,

lOG LES ARRIVISTES

GRIVELLES.

Où est-il donc, Vaudreuil ?

DE MONTPAZE.

Retenu aujourd'hui par une commission, il m'a écrit. Il a vraiment dirigé toute la campagne en maître. Si l'affaire marche, j'espère lui obtenir sa nomination de Directeur Général.

BÊGHEREAU.

Mazette I... A trente-cinq ans,... Gentil !

ÏOURAILLE.

En voilà un, je pense, qui ne se plaindra ni du fonctionnarisme... ni de vous !

DE MONTPAZE, les regardant tous.

Mais. .. vous non plus, je suppose ?

(Signe d'assentiment de Bêchereau, Touraille et Gricelles. De Montpaze, prenant un papier.)

Voici le prospectus de l'affaire, tel que je vous le propose... vous le lirez à tête reposée et si vous avez des observations, nous les discuterons au Conseil. Maintenant, messieurs, je veux vous dire deux mots de ma grande idée.

BÊGHEREAU.

Les Cités ouvrières ? Oh I superbe !

DE MONTPAZE, poïitifiant.

Oui, les Cités ouvrières! . . . J'estime que la raison

d'être de la richesse, en même temps que son excuse,

doivent résider dans l'affectation aussi fréquente que

possible du capital à un but humanitaire et social.

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