SCENE PREMIERE
DE MONTPAZE et GHRISTIANE, à table en face l'un de Vautre, LE MINISTaE, à droite de Christiane, M. LE MAIRE, à gauche, MARCELLE, à droite de Montpaze, M™" D'ALLÈVES à sa gauche; puis TOUR AILLE, BÉCHEREAU, VAUDREUIL, GRIVELLES, DE FRADETTES. LA VALADE.
DE MONTPAZE.
Il me semble, Mesdames, que vous avez très bien supporté les fatigues de cette rude journée?
MARGKLLE.
Et nous n'avons rien manqué !
GRIVELLES.
Dieu sait pourtant si le programme était chargé!
DE MONTPAZE.
Je crains, mou cher ministre, que vous l'ayez trouvé un peu copieux?
LE MINISTRE
Pas le moins du monde... Dans les voyages officiels nou.s en subissons de plus dures... (Se tournant vers Christiane.) et sans les mêmes compensations !
CHRISTIANE
Trop aimable! •
BÊCHER EAU, Œu ministre.
Ce que vous avez dû embrasser de rosières aux bouquets tricolores !
LE MINISTRE
Si encore elles étaient toujours jolies !
M^^ d'aLLÈVES.
Et surtout rosières !
GRIVELLES, à VaudreuïL ... C'est égal, nous sommes levés depuis six heures du matin !
VAUDREUIL
Le voilà bien, le Parisien endurci qui proteste contre les levers de Taurore î... Mais, c'est délicieux les matins de la nature !
GRIVELLES.
S'il n'y avait eu que la nature et l'aurore ! Mais à six heures et demie : boîtes, détonations, réveil en fanfare!... à sept heures, revue des pompiers !...
RÊGHEREAU.
A huit heures, cortège pour se rendre à la gare, au devant de M. le Ministre...
TOURAILLE.
A neuf heures, inauguration de la mairie, lancement du ballon, sociétés de gymnastique...
VAUDREUIL
A dix heures, inauguration du chemin de fer, voyage au point terminus... vin d'honneur!...
A midi, banquet, discours !...
RÊGHEREAU.
A deux heures, grande inauguration des cités ouvrières, le moment d'émotion de la journée!... de Montpaze, décoré au milieu d'acclamations enthou-
siastesî... Puis, la promenade dans la ville nouvelle, à travers des centaines de maisons tout battant neuves, pimpantes, coquettes, avec le drapeau sur le toit et leurs jardins déjà fleuris I
MARCELLE, à de Moïitpaze.
C'était très touchant au seuil de chaque demeure, ces familles d'ouvriers, qui attendaient que vous passiez, pour vous saluer de leur gratitude.
DE MONTPAZE, gvme.
Oui..., une minute inoubliable dans ma vie!
GRIVELLES.
Et à cinq heures, nous inaugurions encore !
VAUDREUIL
Un casino et une crèche !
LA VALADE
L'utile et l'agréable !
TOUR AILLE, à Grtvelles.
Grivelles, vous n'avez pas droit au sommeil!... Il y a encore le feu d'artifice !
M^^ DALLÈVES.
Et un tour de valse! Je ne me sens pas fatiguée du tout. Et toi, Christiane?
CHRISTIANE
Mais moi non plus.
GRIVELLES.
Et l'on prétend que les femmes sont du sexe faible!
BÊCHEREAU.
Quand une femme s'amuse... ou flirte, on peut lui demander des choses fantastiques... elle ne s'aperçoit jamais de la lassitude.
LE MAIRE, en paysan malin.
Sur le plaisir, on n'connaît pas sa force !
(Rires.)
DE MONTPAZE.
C'est une expression du pays. Monsieur le Maire?
LE MAIRE
Oui, Monsieur le baron..., ça se dit surtout cheux nous quand on s'invite des fois les uns chez les autres I... C'est eune politesse de faire boire et manger ses amis jusqu'à ce qui soyent un peu... (Cherchant une expression distinguée.)... un peu gênés... Alors on dit comme ça de celui qui résiste : qu'à table y n'connaît pas sa force !
(Hire général.)
DE MONTPAZE, Œu maire.
Très origioal. Seulement, mon cher Monsieur Taponnier, vous êtes infidèle à la tradition du pays, car voici un Champagne pour lequel vous n'avez pas de faiblesse ?
LE MAIRE
Faut toujours s'méfier des vins qui partent si vile... quant on n'a pas l'habitude !
LE MINISTRE, sc Uvaut pouv pavlc)'.
Je vais donner à Monsieur le Maire l'occasioD d'y faire honneur. (Moucement d'attention. Quelques chuts discrets amènent le silence.) Après la fête officielle si remarquablement organisée, je suis trop conquis, maintenant, par le charme de cette réunion, pour ne pas remercier notre hôte, — en ami celte fois, — (les saines et fortes émotions dont nous lui sommes redevables !... C'est un magnifique exemple de solidarité humaine qu'il vient de donner au pays tout entier!... Travailleur infatigable, chaque jour, il poursuit son œuvre ! Hier, en grand financier, il voyait son émission des Mers artificielles plusieurs fois couverte par les capitalistes français ; aujourd'hui, en grand plnlanthrope, en grand citoyen, il fait partager aux travailleurs, à ceux qui souffrent, aux déshérités, une partie des bénéfices créés par
son génie!... Trois fois sainte est la richesse mise au service de si nobles causes, et je veux résumer la reconnaissance de tous et la mienne en levant mon verre en l'honneur du baron de Montpaze!
( Sake d'applaudissements. Mouvement général. Les coupes s'entrechoquent au milieu des jélicitations,)
DK MONTPAZE, sc Icvant à son tour.
Je suis profondément ému. Monsieur le ministre, des paroles trop flatteuses que vous venez de prononcer! Si j'accepte l'hommage rendu à notre œuvre, c'est pour eu reporter la plus large part à tous mes collaborateurs, à tous les amis qui m'ont aidé : à Bôchereau, l'éminent publiciste ; à Touraille, le député de grande initiative; à Vaudreuil, le fonctionnaire de si rare valeur, — à Grivelles, dont la compétence financière m'a été d'un si précieux concours. La récompense que vous nous apportez, par vos éloges, nous paye largement de nos travaux!... Les efforts vers le bien et vers la vertu ne restent donc pas stériles... et c'est uoe douce joie de voir ceux que nous avons faits mériter de telles rémunérations !... En notre nom à tous, Monsieur le ministre, je vous remercie !
(Nouvelle salve de bravos et de félicitations. )
LE MAIRE
Je ne sais pas comme ces messieurs manier la parole, mais moi et la commune, nous sommes ben reconnaissants à M'sieu le ministre et à M'sieu le baron !