LE MINISTRE ET DE MONTPAZE
Bravo !... Très bien !... Merci, Monsieur le Maire !
DE MONTPAZE, apvès uu temps, à de Fradettes. Eh ! bien, de Fradettes, vous ne partagez pas nos toasts ?
DE FRADETTES.
C'est le paradoxe que vous venez d'oser qui m'absorbe.
DE MONTPAZE, piqué.
Quel paradoxe, mon cher?
La vertu toujours récompensée par le Pouvoir et la Finance I... Un admirable sujet de concours !... Et même de pendule!
(La réflexion de Fradettes a jeté un froid.)
DE MONTPAZE, çêné, faisant signe à sa femme. Hum!... Si nous allions un peu respirer?...
(Christiane se lève, prend le bras du ministre pour passer au salon.)
LE MINISTRE, à Christiane en descendant. Quel est donc ce M. de Fradeltes?... Employé, je crois, dans les bureaux du baron ?
CHRISTIANE
Un ami, de caractère très indépendant.
LE MINISTRE, hautaiïi.
Mais d'un esprit bien faux !... (Saluant, en quittant le bras de Christiane.) C'est ravissant, ce décor de fleurs, avec le parc illuminé. (// continue la conversation.)
DE MONTPAZE, à Marcelle, en descendant à droite. Pas une minute dans cette journée pour vous dire au moins que je vous aime ! (Voyant qu'elle veut lui échapper .)... Ne vous sauvez pas !
MARCELLE
On nous écoute !
DE MONTPAZE.
Mais non, tout le monde cause. (La regardant .) Quand viendrez-vous enfin dans le nid préparé pour vous ?. . . en votre honneur ?
MARCELLE
L'honneur est trop dangereux... merci I
DE MONTPAZE.
On pavoise bien toute une ville pour la visite d'une souveraine!... Je ne trouve pas que ce soit trop, d'orner un appartement de Paris pour une simple visite de vous!... Voyons, quand?... Vous m'aviez déjà promis ?.. .
MARCELLE
Et vous?... m'avez-vous donné ce que vous me promettez tous les jours ?
DE MONTPAZE.
La fameuse quittance?... Mais elle est toute prête... depuis longtemps!
MARCELLE
Seulement il faut aller la chercher?
DE MONTPAZE,
C'est toute la faveur que je vous demande.
MARCELLE
Oui ! . . . Parce que vous espérez ? . . .
DE MONTPAZE.
Rien! — J'ai juré de vous rester soumis absolument..., de ne prendre que ce que vous permettrez !... Il me semble qu'il n'y a pas grand danger?... (Insistant.) Si vous vouliez... puisque nous allons tous reutrer à Paris?...
MARCELLE
Sauf mon mari qui reste ici, n'est-ce pas?
DE MONTPAZE.
Donc vous n'auriez même pas cette inquiétude!... Dites, voyons..., demain?...
(Christiane, qui les observe depuis un instant, passe près d'eux au moment où il prononce le mot demain.)
MARCELLE, la voyant.
Prenez garde I
(De Montpaze se retourne, s'écarte devant sa femme et redescend.)
CHRisTiANE, aimable, à Marcelle.
Je suis sûre, ma chérie, qu'il vous assommait encore avec sa question sociale?... Il est tellement plein de son sujet !
MARGELLE
Mais ça m'intéresse beaucoup !
CHRISTIANE
Vraiment?...
(Elles continuent à causer.)
TOURAiLLE, à M^^ d\illèves, à gauche.
Avez-vous remarqué l'attitude de Fradettes aujourd'hui ?
^jmo d'aLLÈVES.
C'est le festival Montpaze qui l'exaspère.
TOURAILLE.
Hein? Sa phrase de tout-à llieure ?. . . On sent qu'il est monté à un diapason !,..
M*"'' d'allèves.
... où les cordes cassent ! . . .
TOURAILLE.
Tant pis pour celui qui sera là quand elles casseront !...
W^' d'allèves.
...Parce que Fradettes est le meilleur tireur de Paris?
TOURAILLE.
Dame !...
LA VALADE, dans uii groiipe avec Dêchereau, Vaudreuil et Grivelles, leur présentant une bonbonnière.
Une pastille de Vichy ?
BÊCHKREAU.
Comment ? Déjà réduit aux précautions hygiéniques ?
LA VALADE
Oh! moi, sur les vins d'honneur et les banquets, je connais ma force!... J'en aurais pour quinze jours de crampes !
LE MAIRE, à de Fradettes dans un autre coin. Vous êtes donc pas d'I'avis de M'sieu le baron sur les cités ouvrières?
DE FRADETTES.
Pourquoi donc?
LE MAIRE
Oh!... j'ai ben deviné quand vous l'y avez répondu!... (Après réflexion.) Vous avez peut-être pas tort I
DE FRADETTES.
Est-ce que les ouvriers sont mécontents?
LE MAIRE
Aujourd'hui, on trinque, ça va bien!... Mais, vous savez, quand y verront qu'ça dure des mois et des années pour payer leur maison... Ben possible, des fois, qu'ils trouvent ça cher... Une supposition, M'sieur de Fradettes, que je vous impose un château?...
(Ils continuent à causer >)
GHRiSTiANE, offrant une tasse.
Un peu de café, Monsieur le Ministre ?
LE MINISTRE
Très volontiers, Madame.
GHRISTIANE, à un gvoupe d'hommes.
Et vous, Messieurs ?
BÊCHEREAU, répondant»
Certainement.
DE MONTPAZE, à sa femme.
Chère amie, soyez aimable, servez-nous vousmême... Pas de domestiques.... Jouissons de cette minute d'intimité.... Ah ! que c'est rare dans la vie, un vrai moment de bonheur!... — Et, ce soir, je me sens pleinement heureux... Tout me semble meilleur... toutes les sensations plus exquises!...
LE MINISTRE
La satisfaction du devoir accompli.
GHRISTIANE, à jf™^ d'Allèves.
Viens-tu m'aider ?
(La Valade, se détachant^ va
retrouver Marcelle.
DE MONTPAZE, entraînant SBS invités vers la terrasse.
Ecoutez !... Il vient du village comme une rumeur joyeuse !... Le droit au bonheur est bien un des plus impérieux pour chaque créature... et le devoir — notre devoir -- est d'aider les moins favorisés à prendre leur part de soleil, de lumière, de félicité humaine !
Voilà le bon socialisme!
LA VALADE, à Marcelle, avec laquelle il est venu causer. ... Celui que pratiquent les crocodiles, lorsqu'ils ont très bien dîné !
LE MINISTRE, à Moïitpaze.
Croyez-vous à la chance?
DE MONTPAZE.
Non, je ne crois qu'au travail, à Tintelligence !...
LA VALADE, à Marcelle.
Quel merveilleux toupet!... Mais, pardon, j'ai tort d'attaquer, devant vous, un demi-dieu qui est trop de vos amis.
MARCELLE
Et trop de vos protecteurs!... C'est de l'ingratitude!
LA VALADE
J'en ai subi pour mon argent. Aussi, j'ai besoin de commettre une bonne action.
MARCELLE
Vous êtes riche ?
LA VALADE
Oui, rassurez-vous, j'ai, à présent, de quoi dire la vérité!... Et je veux vous la dire ce soir même... parce qu'il est grand temps de vous prévenir... s'il n'est pas trop lard !... Voulez- vous m'écouter sérieusement?... Je vous jure que ce n'est pas inutile. (Se penchant vers Marcelle.) Prenez garde à Christiane !
MARCELLE, siiipéfaùe.
A Christiane? mon amie?
LA VALADE
Votre plus sûre ennemie ! (A Marcelle, qui le regarde.) Et si vous avez donné à qui que ce soit des armes contre vous... tâchez de les reprendre!
MARCELLE, inquiète.
De les reprendre?
CHRISTIANE, passant derrière Marcelle et La Valade. C'est une conspiration?
LA VALADE
Mme de Fradettes me demandait de lui faire faire un tour de parc. [Offrant son bras à Marcelle.) Voulez-vous me permettre?
CHRiSTiANE, à La Valade.
Je ne vous savais pas aussi captivant!
LA VALADE
Ça dépend du sujet,... (Se retournant vers Marcelle.) Et de l'auditoire !...
(Ils gagnent le jardin par la terra sue.)