‹ Les arristes; comédie en quatre actesChapitre 46 sur 57 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, moins MARCELLE et LA VALADE.

Les hommes prennent le café et les liqueurs sur la terrasse.

Christiane vient dans le salon, à gauche,

causer avec A/""* d' Al lèves, tandis qu'au fond, le Maire

et de Fradettes poursuivent leur conversation.

DE MONTPAZE, du dehors, interpellant de Fradettes.

Fradettes, délivrez donc M. le Maire, qui n'a pas pris de café. Touraille s'imagine que vous voulez être son concurrent aux prochaines élections.

DE FRADETTES, Venant à eux.

Rien à craindre... Je n'ai pas le sens des majorités !

LE MINISTRE, au maive.

Monsieur Taponnier?... N'aviez vous pas à me parler de votre fils?

LE MAIRE

Si c'était pas la peur de vous importuner, M'sieu le Ministre?...

LE MINISTRE

Mais du tout, je vous en prie.

LE MAIRE, sHnstallant près du ministre.

Eh ! ben, v'ià l'affaire!... Mon garçon, à c'te heure a manqué ses études... Y n'est bon à rien... alors si on pouvait tâcher moyen de le caser dans les fonctions publiques ?...

CHRisTiANE, entraînant M""" d'Allèves vers un petit canapé.

Tu m'as dit, ce matin en arrivant, que tu avais des nouvelles?

M'"'^ d'allèves.

Oui... oui... excellentes...

Conte vite, puisque nous avons une minute !... Je vais m'en servir tout de suite de tes nouvelles.

152 LKS AIUUVISTES

M'"*' d'allé VES, se rapprochant.

Eh! bien, j'étais parfaitement sur la bonne piste l'autre jour.... Le petit hôtel de la rue Spontini, a bien été loué par ton mari.

GHRISTIANE.

Mais pas à son nom ?

M"''= d'allèves.

Si.

CH[RISTL\NE.

Il y a longtemps ?

M™'^ d'aLLÈVKS.

A peu près un mois.

GHRISTIANE.

Comment as-tu su?... La première fois, le con cierge n'avait rien voulu dire?

M"^e d'allèves.

Cette fois il a parlé.

GHRISTIANE.

Combien?

M"i^ d'allèves.

Tu m'avais donné carte blanche: cinq mille maintenant, cinq mille plus tard,... après discrétion. Le

brave homme est à nous. Il m'a môme remis une clef de l'immeuble. Je te la repasserai ce soir... elle est dans ma chambre.

CHRISTIANE

Très bien!... Et quand Marcelle a-t-elleété là-bas?

M""= d'allé VES.

Ah ! ça, je n'en sais rien.

CHRISTIANE

Comment tu n'en sais rien ?

^me d'aLLÈVES.

Au moment où j'allais le demander à Berthier, — c'est le nom du brave homme — le propriétaire est venu pour je ne sais plus quelle réparation, et naturellement j'ai dû partir.... Mais, dès demain...

CHRISTIANE

Pas le temps d'attendre... demain, il y a entre Marcelle et Georges un nouveau rendez-vous.

M^^ d'ALLÈVES.

Nouveau?... Qu'en sais-tu?... Et si c'était le premier ?

CHRISTIANE

Allons donc!... Voilà un mois que la cage est prête, et depuis trois semaines, la dette de Marcelle est réglée.

M^^ d'aLLÈVES.

Tu en es sûre ?

CHRISTIANE

J'ai vu le compte de caisse.

M^^ D*ALLÈVE3.

C'est égal, ne va pas trop vite !

CHRISTIANE

Je connais mon mari ; ... il ne fait rien pour rien ! Et il faut au contraire que j'aille vite. . . de Fradettes est à bout de patience, La Valade m'inquiète, il suffirait d'un mot pour que tout éclate sans que j'en aie le bénéfice !... (Regardant M^^ d'Allèves.) Est-ce que par hasard tu regretterais ?

M^ne d'aLLÈVES.

Non; mais dis-moi au moins ce que tu veux faire?

CHRISTIANE, se lévaut.

Ne te tourmente pas. . . et merci !... Tu as été merveilleuse !

M"^^ d'allèves, souriant.

Le fait est que si on chargeait les femmes de la police !...

CHRISTIANE, riant aussi.

Les hommes seraient tous pris!...

DE MONTPAZE, à SCS invîtés.

Je vous propose, en fumant un cigare, d'aller jusqu'à ma montagne?

GRivELLES, au mimstre.

Sa montagne, c'est ce petit tertre avec un pavillon dans le feuillage que vous apercevez à cinquante pas d'ici.

DE MONTPAZE.

Nous y serons merveilleusement pour jouir du feu d'artifice.

M°^« d'allé VEs, à Christiane qui remonte vers la salle à manger.

Tu nous rejoins ?

CHRISTIANE

Oui, tout à l'heure!... Quelques ordres à donner.

(Elle sort au fond, )

DE MONTPAZE, à M^'^^ d'Allèves.

Vous êtes des nôtres ?

M°ie DALLÈVES.

Certainement I

DE MONTPAZE.

Avec une cigarette?... (Lui tendant un étui.) Celles que vous aimez ! . .. Du pur Orient !. . . Et vous allumerez, là-bas, la fusée du signal.

M"™® D ALLEVES.

Ce sera bien la première fois ! . . .

LE MINISTRE, galant.

Que vous ferez partir uo feu d'artifice?

M™e d'allèves.

Dans la vie privée, je n'ai pas tant de prétentions !

LE MINISTRE

Voire bras?

Mme d'allèves.

Non! La liberté, voulez-vous?... Je préfère !

de montpaze.

Mme d'Allèves refuse d'être enchaînée au pouvoir.

w^^ d'allèves.

Naturellement! Gomme femme, je suis de l'oppo sition!... Et puis, je ne donne pas pour rien mes votes de confiance....

le ministre.

Il n'y a pas que vous !...

(Us descendent tous vers le jardin.)

T0URA1LLE, à Grivelks.

Savez vous ce que représente la pièce principale du bouquet?

GRIVELLES.

Non! Quel sujet?

TOURAILLE.

« De iMontpaze au milieu d'une pluie d'or et de feu, tendant à un mineur des titres de propriété^ et recevant une couronne tricolore des mains de la Science et de la Charité. »

Que de vertus !

TOURAILLE.

Oh !... le temps d'un pétard !

(Ils descendent.)

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