‹ Les arristes; comédie en quatre actesChapitre 53 sur 57 · DE FRADETTES, CHRISTIANE, MARCELLE · texte numérisé non relu

DE FRADETTES, CHRISTIANE, MARCELLE

MARCELLE, tv^s voUée^entre croyant ne trouver personne.

Subitement en face de son mari, elle recule

effarée et s'appuie défaillante contre la porte. Puis,

la voix étranglée, faisant un effort pour parler.

Vous ici?... avec elle ?

DE FRADETTES, très pâlc, mais se dominant. Et vous, avec qui deviez vous y être V...

MARCELLE, très vitC.

Jacques, laissez-moi me défendre... ce que vous pensez n'est pas vrai !

DE FRADETTES.

A quoi bon les mensonges habituels?

MARCELLE

Oh! vous êtes juste... vous m'écouterez ! Toutes les apparences sont contre moi... mais si vous saviez ?. . .

DE FRADETTES .

Je n'ai voulu croire qu'à l'évidence... vous êtes là !... C'est l'évidence écrasante ; que pouvez-vous répoudre là contre ?

MARCELLE

Que j'ai été trompée, qu'on m'a entraînée dans un piège ! . . . (Sur un nouveau geste de protestation.) Si , si . . . Mais c'est trop évident, puisqu'on m'a dénoncée ; puisque convaincu par je ne sais quelle invention, vous avez suivi celle qui a tout fait pour me perdre !

(De Fradettes regarde Christiane^ semblant l'interroger).

CHRisTiANE, haussant les épaules.

Naturellement, elle accuse au lieu de se défendre.

MARCELLE, à Christiane.

C'est vous qui m'avez accusée ; oui, vous ! Malheureusement je ne connaissais pas votre rôle... maintenant on m'a dit... je sais !...

DE FRADETTES, à Marcelle.

Je vous prie de répondre à moi seul. Est-ce vrai que vous ayez contracté une dette de 145.000 francs?

MARCELLE

C'est vrai !

188 LKS ARRIVISTES

DE FRADETTES.

Alil (// échange un regard avec Christiane. Puis, faisant un effort.) Et c'est bien à un rendez- vous concerté que vous veniez, n'est-ce pas ?

MARCELLE

Oui...

DE FRADliTTES, pluS Xiolcïlt .

Avec de Montpaze?

MARCELLE

Oui, mais. . .

DE FRADETTES, jirès d'elle, menaçant .

Pour VOUS acquitter ?

MARCELLE, daUS UU cH .

Ah ! ça non !.. . Jacques, non ... ce n'est pas vrai

DE FRADETTES.

Allons donc ! Puisque vous êtes déjà venue !

MARCELLE, de toutc sa force.

Je vous affirme, je vous jure que non! Oli!... Dieu, comment faut-il vous dire?... Oui, je vous juie que c'est la première fois... et je vous jure qu'aujourd'hui je ne venais pas pour l'affreux marché que vous dites, mais au contraire pour me libérer, pour m'affranciiir en essayant de reprendre

les armes perfidement préparées contre moi, les armes dont je ne voulais pas qu'on essayât jamais de vous atteindre!... c'est une partie suprême que je venais jouer, coûte que coûte !

DE FRADETTES.

Pourquoi la jouer, cette partie où vous aviez tout à perdre, au lieu de venir à moi?

MARCELLE

C'est cela que je n'ai pas osé faire !

DE FRADETTES.

Parce que?

MARCELLE

Parce que j'aimais encore mieux supporter toute ma souffrance que de voir la vôtre... surtout la vôtre causée par moi!... Sans doute, j'aurais dû vous avouer que j'avais été imprudente, folle, séduite par des mirages, mais que rien d'irréparable n'avait été commis!.. Vous m'auriez comprise, pardonnée! mais, est-ce que je soupçonnais même que le mal fût à côté de moi si mortellement haineux et si intéressé? C'est d'hier seulement que je suis avertie! Est-ce que je savais que Christiane vous avait aimé... s'était offerte à vous, à l'heure même où vous me demandiez de devenir votre femme? J'ai

été l'obstacle subitement dressé entre vous deux, et qu'elle a mis des années à briser ; car c'est elle (S'adressant à Christiane) qui a tout préparé contre moi, tout voulu d'une volonté implacable ! . . . Je reconnais avoir eu le tort de la solliciler une fois; mais ce jour-là, je ne savais pas qu'elle avait été ma rivale, vous ne me l'aviez pas dit !.. . (Mouvement de Fradettes.) Et c'est elle encore qui m'a offert de l'argent, sachant que j'étais de crédulité facile, qui m'a vanté des opérations...

DE FRADETTES, SUVpris.

Quelles opérations?

MARCELLE

... Des opérations de Bourse, où soi-disant j'aurais dû gagner toujours si elle-même n'en avait pas combiné les pertes. Puis, quand ces pertes ont été écrasantes, quand l'arme lui a paru assez meurtrière, elle a eu le cynisme de la donner à son mari pour qu'il s'en serve contre moi!.. Voilà l'œuvre de la femme que vous avez crue, jusqu'à venir, avec elle, me surprendre et me juger ! .

CHRISTIANE, fuvieuse.

Chacun sa part... je ne nie pas la mienne.. . je la reconnais...

DE FRADETTËS.

Enfin...

CHRISTIANE

Mais c'est ma justification, car il m'a fallu, pour faire l'odieux, une passion impérieuse... Vis-à-vis de mon mari au moins, c'est une excuse qui vous manquel

MARGELLE

Ah! c'est vrai, c'est vrai... je ne l'aime pas, votre mari !... Mais par là vous me donnez aussi ma justification! c'est bien la preuve qu'on a agi sur moi par intimidation et par peur, (A de Fradettes.) la peur surtout que j'avais si grande, que vous appreniez, vous, Jacques, et que vous soyez la victime de mes folies... Voilà pourquoi j'ai risqué en désespérée, la tentative d'aujourd'hui !

DE FRADETTES .

Mais enfin, que devait-on donc vous apporter ?

MARCELLE

La libération écrite de ma dette.

DE FRADETTES

Et vous acceptiez ?

MARGELLE

Je n'acceptais qu'un prêt, et la quittance devait être en mon nom... Qui pouvait savoir?

CHRISTIANE

Sur les livres, cette quittance date de douze jours, et, il y a dix jours, vous êtes venue ici. On avait tout préparé pour vous recevoir.

MARCELLE

Non !... au dernier moment, j'ai eu la terreur de ce que j'allais oser... Je répète, je jure que je ne suis pas venue ! (Mouvement de Christiane.)

Poui>que je vous croie, il ne faudrait pas invoquer un prétexte enfantin. De quelle valeur aurait pu être ce prêt? Que signifie cette quittance ?

MARCELLE, sincève.

Je ne connais rien à ces choses.

DE FRADETTES.

Vous vous faites trop naïve ! Tout cela est inadmissible !... ou c'est une comédie qu'on allait vous jouer... ou c'en est une que vous me jouez !

MARCELLE, desespevee.

Oh ! mon Dieu! Mais je ne pourrai donc jamais prouver?...

{Deux coups de timbre résonnent dans l'antichambre. Il y a une seconde de silence.)

DK FRADETTES, après uïie imperceptible hésitation. Si... par ce qu'il va vous dire.

MARCELLE, affoléc.

Qui lui? Montpaze?... c'est lui?... et vous voulez?

DE FRADETTES.

Je veux que vous le receviez seule !.. .

MARCELLE

Devant vous ?

DE FRADETTES, désignant le paravent.

Je serai là... j'entendrai ce qu'il dira... et ce que vous répondrez... rien qu'un geste sera la piouve! .. Prenez garde !

MARGELLE

Ah! non, je vous en prie... pas cette épreuve!... DE FRADLTTES, la regardant, menaçant.

Vous êtes donc coupable? (Marcelle fait un geste de protestation. — A Christiqne.) Vous pouvez partir, madame... de toutes façons votre rôle est fini !...

CHRisTiANE, SB redressant.

J'ai le droit d'attendre, puisque c'est mon mari . . .

DE FRADETTES, Qvisant la porte dc l autre salon. Alors, attendez là!... mais le droit de décision, c'est moi seul qui l'ai maintenant, et pour tous... N'intervenez pas sans que je le veuille !

(Christiane passe devant lui, baissant la tête, A peinte est-elle entrée qu'on entend s'ouvrir la porte vitrée de la haie.)

MARCELLE, Suppliante.

Jacques! Jacques !... Pas ce supplice !

DE FRADETTES, glacial.

Si je me suis trompé, c'est moi qui vous demanderai pardon ! (Il disparaU rapidement derrière ce paravent. Marcelle, accablée, tremblante, se laisse tomber sur un fauteuil. )

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