AA LES ARTÈRES
émanées des vertébrales, et se réunissant en bas par une arcade qui passe sur les parties latérales du cône terminal, sous l'insertion de la dernière dent du ligament dentelé. Au reste, sur toute la hauteur de la moelle, les branches artériclles venues des intercostales ou des lombaires, s'anastomosent-elles entre elles dans l’intérieur de la pie-mère.
Cette conception, si elle était exacte, nous forcerait à considérer la moelle, au point de vue de la distribution vasculaire, comme formée de segments sur lesquels l’altération de l'artère de même ordre, retentirait immédiatement.
Mais il n'en est pas absolument ainsi. Une telle disposition n'existe, en effet, que chez l'embryon. Chez l'adulte, il s'est produit des modifications importantes, en ce sens que beaucoup de radiculaires sont restées grêles, tandis que d’autres se sont développées en même temps que la moelle. Si bien, que l'aspect segmentaire, reconnaissable encore lorsqu'on considère l'origine des artères, ne l’est plus lorsqu'on considère leur terminaison. Charpy admet que 2 à 17 radiculaires antérieures, comme chiffres extrèmes, aboutissent à la moelle. En moyenne, il n'y en aurait que 8. Quant aux radiculaires postérieures, elles seraient encore plus grêles, et même, à la région sacrée, elles s’épuiseraient dans les racines, assez loin de la pénétration de ces dernières dans l'intérieur de la moelle. Ce fait est la conséquence du développement.
Chez le fœtus, lorsque la moelle est déjà formée, et avant que n’apparaisse la différenciation des cordons médullaires, les branches des artères spinales pénètrent l'axe nerveux par sa périphérie. À ce moment, la segmentation de la moelle est facile à reconnaitre, un segment élant représenté par le territoire qu'irriguent les branches de l'artère segmentaire.
Plus tard, au fur et à mesure que la moelle se développe, que la différenciation en cordons antérieurs, postérieurs et latéraux, s'accentue, la nutrition devient plus active, et les artères se développent d'autant plus que les centres auxquels elles se rendent sont destinés à remplir des fonctions plus importantes. Il en résulte que Les vaisseaux destinés aux renflements cervical et lombaire, s’accroissent beaucoup plus que ceux des autres régions. Ils tendent même à les suppléer, et
contribuent pour une plus large part à la formation du réseau pie-mérien.
Peu à peu, leur rôle devient principal, et, au lieu d'irriguer un seul segment médullaire, ils en irriguent plusieurs. C'est ainsi que les artères cervicales inférieures sont plus développées (Charpy) ; de même que les radiculaires lombaires.
Ainsi donc, chez l'adulte, la disposition primitive a disparu ; elle a été modifiée profondément, et cette modification a été physiologique ; les centres les plus importants au point de vue fonctionnel, ont eu besoin d’une irrigation plus grande, et leurs artères se sont développées, tandis que d’autres res- {aient grêles, suffisant à nourrir leurs centres dont l’activité était moindre ; ou même n'aboutissaient plus à leur segment primitif, dont les branches des artères plus importantes assu: raient la nutrition.
Et maintenant, on peut considérer qu'au niveau de la moelle adulte, la segmentation, la « métamérisation » primitive, a disparu. Si elle reste exacte au point de vue embryologique, elle ne l'est plus au point de vue anatomique et pathologique. La moelle n’est plus un organe segmentaire ; c'est un organe de conduction et de transmission. Les artères ont «remanié » la moelle. Certains métamères médullaires ont eu un rôle plus actif que d’autres, et leurs artères se sont développées, se ramifiant dans la pie-mère, et suppléant les artères des autres étages, dont le rôle physiologique est, pour ainsi dire, secondaire. Les artères des centres les plus actifs, sont devenues, au fur età mesure que l'organisme se développait, artères principales. Et, parce que leur territoire est très étendu, leurs lésions retentissent au loin, en fonction de leur importance.
En un mot, il s’est passé au niveau des renflements de la moelle, ce que Charpy admet qu'il s'est passé au niveau du bulbe, car cet auteur considère le tronc basilaire comme l'homologue de la spinale antérieure considérablement augmentée, en raison du développement du bulbe. C'est la même opinion qu'avait exprimée Duret, quand il concluait sa note au Progrès médical ({) en disant : « En résumé, le système des
(1) Progrès médical, 1873.
vaisseaux de la moelle a de grandes analogies avec celui du bulbe rachidien ». C'était reconnaître qu'il y avait, pour les centres les plus actifs de la moelle, des artères plus développées, d'après la fonction.
Les auteurs sont donc d'accord pour admettre que toutes Les artères spinales ne contribuent pas pour une part égale à la formation du réseau pie-mérien; mais ils constatent le fait, sans en démontrer l'importance.
Le réseau pie-mérien.
Dans le réseau pie-mérien, les branches vasculaires paraissent s'anastomoser irrégulièrement, et les mailles du lacis ainsi formé sont tantôt lâches, tantôt serrées. On distingue sur la ligne médiane, les spinales antérieure et postérieure.
Spinale antérieure : Cette artère est formée par la réunion de deux troncs quisont quelquefois indépendants. Elle est fixée à l'entrée du sillon médian antérieur, par une bandelette ligamenteuse, qui la suit sur tout son trajet.
Les radiculaires antérieures ne concourent pas toutes à sa formation. Les plus constantes sont :
Les artères radiculaires cervicales inférieures (entre 5 et 6 n. cervicaux) ;
La grande artère radiculaire (entre 9 d. et I lomb.). C'est la grande artère spinale d'Adamekiewiez. Elle est constante. Son territoire est très étendu.
Les dixième, onzième, douzième artères dorsales n’aboutissent pas à la moelle. De mème les quatre premières, dit Charpy. Cependant J'ai obtenu des injections du réseau piemérien par la quatrième dorsale. J'ai vu également, la dixième dorsale, très développée, dans deux cas.
Spinale postérieure : y a deux petits troncs spinaux postérieurs qui suivent l'angle de jonction des cordons et des racines postérieures. Dix-sept radiculaires, en moyenne, les renforcent ; elles sont grêles. A la région lombaire, elles n'arrivent plus à la moelle,
Dans la pie-mère, les artères dessinent un riche réseau, souvent interrompu, enveloppant complètement la moelle. Ce réseau prédomine au niveau des points de pénétration des racines antérieures et postérieures, et régulariserait la circulation.