À MONSIEUR LE PROFESSEUR BRESSOU
Introduction
En Normandie les animaux de l'espèce bovine sont uniquement entretenus en vue de la production du lait et de la viande. Se déplaçant rarement sur route ils sont moins sujets aux lésions traumatiques du pied que le cheval.
Mais les bovidés atteints d’affections graves de la région phalangienne, accusent, sous l'influence de la douleur, un mauvais état général, un amaigrissement, une diminution de la sécrétion du lait qui constituent, pour l’éleveur, un préjudice grave. Aussi estimons nous qu'il n'y a pas lieu d'abandonner les blessés aux seuls soins de la bonne nature, pas plus que de les soumettre à une thérapeutique médicale astreignante, généralement inefficace, ou de les sacrifier prématurément pour la boucherie alors qu'ils sont généralement en mauvais état ; mais qu'il y à avantage à intervenir par une chirurgie propre et hardie qui nous a réservé d’heureux résultats.
La chirurgie du pied du cheval est devenue classique, elle à fait ses preuves depuis longtemps. En raison de dispositions anatomiques différentes, d'une meilleure défense des tissus à l'égard des agents de la suppuration, de la possibilité de conserver un sujet boiteux dès lors qu'ils ne souffre
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pas et peut se déplacer à l’herbage, nous sommes convaincu qu’il est très souvent possible, chez les bovins, par une intervention sanglante d'obtenir une guérison rapide sans répercussion fâcheuse sur l’état général là où un traitement médical échouerait ou ne donnerait qu'une guérison à longue échéance.
Nous avons cherché à simplifier autant que possible la technique et nous pensons en conseiller une qui donne, avec une cicatrisation rapide et sûre, un moignon propre.
Nous avons en effet gardé de l’enseignement de notre Maitre M. le Professeur CADIOT, cette opinion, que la chirurgie vétérinaire doit être ‘‘ judicieuse dans ses entreprises, simple en ses moyens, rapide dans ses actes, économique dans ses résultats ”.
Notre travail comprend :
1° Une rapide étude des lésions suppurées du pied des bovidés quant à la symptomatologie, l'étiologie et la pathogénie.
2° Un résumé d'anatomie opératoire.
3° L'exposé des méthodes de traitement chirurgical utilisées jusqu'ici.
4” La technique opératoire que nous conseillons.
o* La discussion de cette modification.
6° Quelques observations cliniques.
7° Nos conclusions.
Les affections suppuratives graves du pied chez les bovidés
Nous n’envisagerons dans cette étude que les affections graves, justifiant une intervention toujours délabrante et coûteuse, Ce sont les synovites suppurées de la petite gaine sésamoïdienne, les nécroses tendineuses ou ligamenteuses, le sphacèle étendu des tissus sous-cornés, causes habituelles de l’évolution d'une arthrite suppurée de la deuxième articulation interphalangienne.
La symptomatologie de ces affections se caractérise tout d'abord par une boiterie intense. L'animal qui souffre reste très souvent couché. Debout, il porte son membre malade en avant plus ou moins soustrait à l'appui ; au pas la claudication est très marquée, le pied tenu en l'air ou posant à peine sur le sol. Lorsqu'il y a un léger appui, il est calculé par le patient, suivant que l’onglon malade est interne ou externe ; dans le premier cas le membre est tenu en adduction; il est porté en dehors dans le second.
Alors qu'au membre antérieur, l'examen et la palpation sont faciles, l'exploration du membre postérieur nécessite une contention plus laborieuse.
Nous utilisons, à cet effet, une anse de corde passée
au dessus du jarret et serrée à la manière d'un garrot par un bâton solide dont deux aides tiennent les extrémités. Figure n° 2.
A l'examen, le pâturon, le fourchet et la couronne sont plus ou moins engorgés, chauds, sensibles à la pression, laissant souvent voir une fistule ou un abcès en voie d'évolution ; par la douleur que provoque l'exploration à la main ou par pincement entre les mors d’une tenaille, il est généralement facile de déceler l’onglon atteint.
Après nettoyage, un amincissement à la rénette s'impose, il fait souvent découvrir un décollement plus ou moins étendu qui, mis à jour, permet de se rendre compte de la nature et de la gravité des lésions.
Lorsqu'il existe une fistule profonde, laissant écouler du pus blanc jaunâtre, que le fourchet et la couronne sont tuméfiés, l’appui nul ou très faible, l'appétit plus ou moins diminué, on peut conclure à la gravité du mal et envisager l'opportunité d’une intervention précoce.
Il est presque de règle en effet, qu'une nécrose ligamenteuse ou tendineuse ou une synovite de la petite gaine sésamoïdienne se terminent par l’évolution d’une arthrite du pied ; à quoi bon attendre pour intervenir, que le sujet ait perdu du poids par suite de ses souffrances ou que son rendement en lait ait baissé notablement ? En effet, chaque fois que nous avons opéré, nous avons trouvé avec l'arthrite interphalangienne des lésions nécrotiques des tendons, des ligaments, ou de la phalan-
ot gette qui nous ont fait regretter de n'être pas intervenu plus tôt.
Reconnaissons dès maintenant que lorsque les deux onglons sont le siège d’une arthrite suppurée, il ny a pas à tenter la cure chirurgicale que nous allons conseiller. Nous pensons d’ailleurs que l’arthrite double doit être l'exception, pour notre compte, nous ne l'avons jamais rencontrée.
Nous concluons que larthrite suppurée du pied, est l'aboutissement fréquent des lésions suppuratives d'origine traumatique ou infectieuse des extrémités. Citons parmi celles-ci les complications podales de la fièvre aphteuse déterminant un décollement plus ou moins étendu de la corne, surtout marqué en talons. Si par suite de l’étendue de ce décollement ou en raison des souillures inévitables, le tissu podophyileux se trouve frappé de gangrène, il est fréquent de voir les phénomènes de nécrose s’étendre au ligament interdigité ou aux ligaments latéraux de l'articulation ; à partir de ce moment, l'infection de la séreuse articulaire n’est plus qu’une question de temps.
Nous rencontrons fréquemment dans notre région une affection inflammatoire, puis nécrosante de l’espace interdigité désignée sous le nom de panaris, et caractérisée par le sphacèle de la peau et du coussinet graisseux sous-jacent.
Alors que cette nécrose se localise et reste bénigne, si une thérapeutique judicieuse lui est opposée, il nous a été donné d’avoir à intervenir pour des arthrites suppurées ayant eu pour origine une
infection du ligament interdigité, par un panaris laissé sans soins.
Mentionnons également, la seime de la face interne de l’onglon ; nous sommes fréquemment aux prises avec cette lésion traumatique tenace, douloureuse, que nous voyons presque toujours siéger au tiers antérieur de la face interne de la paroi et remonter jusqu'au fourchet. Il est facile d'admettre qu'une telle solution de continuité puisse servir de point de départ à une infection des ligaments internes ou du ligament interdigité.
Deux de nos observations cliniques montrent que la fourbure et les décollements qui s’en suivent peuvent être cause de l'infection de la synoviale articulaire interphalangienne.
Les clous de rue, les plaies pénétrantes du pied et du fourchet peuvent dans nombre de cas permettre l’évolution d'une arthrite.
Mais nous devons reconnaitre, avec BERCOFF, que la majeure partie des accidents graves du pied ont évolué à la suite des complications podales de la fièvre aphteuse, dont les délabrements sont souvent très étendus et dont l'infection est si facilement réalisée par suite de la situation des plaies qui en résultent:
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Anatomie opératoire du pied des bovidés.
On désigne sous le nom d’onglons, les sabots qui enveloppent l'extrémité terminale des membres chez les ruminants ; ils sont au nombre de deux sans compter les ergots, sorte d'onglons rudimentaires situés en arrière du boulet.
Chaque onglon offre à étudier :
a). Une face externe convexe, lisse, brillante ;
b). Une face interne concave, parcourue de sillons ondulés, et ne touchant à son homologue que par ses extrémités en raison de la concavité de la région;
c). Une face inférieure ou plantaire, étroite, formant voûte avec celle de l’onglon opposé, et présentant, en avant, la sole, en arrière une grosse protubérance. Cette protubérance arrondie correspond au coussinet plantaire,elle est formée d’une corne mince et souple et constitue le talon ;
d). Un bord inférieur, formé par la circonférence de la muraille et divisé en une partie externe relativement épaisse, par laquelle se fait surtout l'appui sur le sol, et une partie interne qui s’amincit d'avant en arrière et se trouve à un niveau plus élevé que la précédente ;
e). Un bord antérieur correspondant à la jonction de la face externe et de la face interne.
La face interne de l’onglon arraché présente un biseau large peu profond, criblé de porosités correspondant aux papilles du bourrelet, et un kéraphylle plus fin qne celui du cheval.
La membrane kératogène est comparable à celle des solipèdes, le bourrelet périoplique est séparé de la cutidure par une rainure assez prononcée. Le bourrelet principal est large, peu saillant, de teinte foncée dans sa moitié supérieure, blanchâtre dans sa moitié inférieure. En arrière et en dehors, il se confond avec le tissu velouté, en dedans il se termine en pointe.
Il existe un coussinet plantaire à chaque onglon qui se prolonge sous l'insertion du tendon perforant en s’amincissant de plus en plus vers l'avant.
L'onglon constitue l'enveloppe de la troisième phalange, du petit sésamoïde, de l’extrémité inférieure de la deuxième phalange, des ligaments et des tendons qui entourent l'articulation du pied.
La troisième phalange, allongée d'avant en arrière, affecte la forme d’une pyramide trifaciée à base postérieure. Sa face interne est triangulaire, à peu près plane et rugueuse, Sa face externe est convexe et criblée de trous. Sa face inférieure taillée obliquement est légèrement concave. Sa face supérieure répond à l'articulation avec la deuxième phalange, elle est concave d'avant en arrière et tapissée d’un cartilage articulaire. Ces faces sont
circonscrites par des bords épais ou tranchants, droits ou courbes.
Le bord antérieur est mince et légèrement concave ; le bord inférieur ou plantaire est convexe d'avant en arrière ; le bord articulaire ou supérieur, curviligne, présente en arrière une fossette destinée à répondre au petit sésamoîïde. Les bords de l'os se réunissent en formant trois angles : un angle antérieur pointu, légèrement dévié en dedans ; un bord postérieur, obtus ; un angle antéro-supérieur, que, par analogie, nous appellerons éminence pyramidale.
Le petit sésamoïde des bovidés est court et large.
La seconde phalange qui correspond à la région de la couronne est amincie en avant, large en arrière, étranglée à la partie moyenne, creusée d'un tout petit canal médullaire.
La face interne ou concentrique porte une profonde fossette à insertions ligamenteuses ; la face postérieure est déprimée, la face externe est arrondie.
La face supérieure est taillée de deux surfaces articulaires allongées, concaves, séparées par un léger relief; elle porte en arrière deux tubercules, l’externe plus saillant que l’interne.
L'extrémité inférieure porte deux condyles inégaux, l’interne plus fort.
La première phalange, allongée, rétrécie à son extrémité inférieure, a son corps aplani en dedans et en arrière ; sur les autres faces, elle est sensiblement cylindrique.
L’extrémité supérieure s'articule avec la surface
articulaire du Imétacarpien ou du métatarsien principal; elle est taillée de deux surfaces articulaires allongées, séparées par une gorge; elle porte en arrière deux tubercules latéraux qui répondent par deux facettes aux grands sésamoïles.
L'extrémité inférieure présente deux condyles séparés par une gorge, l’externe plus large et moins épais que l’interne.
Articulations interphalangiennes.
Il faut entendre, par là, chez les bovidés, l’union des deux doigts entre eux, et les articulations propres à chaque doigt,
Articulation interdigitée.
Les deux doigts s'unissent au moyen de deux ligaments interdigités situés à la partie postérieure de la région.
a). Le ligament interdigité supérieur est formé de fibres courtes réunissant les deux premières phalanges, s’entrecroisant sur la ligne médiane, et jetées obliquement d’une phalange à l’autre ;
b). Le ligament interdigité inférieur s'oppose à l’écartement des doigts lorsque le membre est à l'appui. Il occupe la face postérieure de la région digitée au-dessus des onglons. Il est fort, épais, et formé de deux faisceaux entrecroisés sur la ligne médiane : l’un supérieur ou externe qui recouvre en arrière les tendons fléchisseurs pour s'attacher sur le côté excentrique de l'extrémité inférieure de la première phalange ; l'autre inférieur ou interne qui se fixe sur la face interne de la phalangette et sur l'extrémité correspondante du petit sésamoïde. Le
ligament interdigité inférieur est recouvert en arrière et en bas par la peau, dans sa partie supérieure, il répond à un coussinet adipeux de l’espace interdigité. La branche inférieure se confond avec l'insertion du tendon perforant et avec le coussinet plantaire et sert d’aponévrose de renforcement à ce tendon.
Articulation de la première et de la seconde phalange.
La deuxième phalange possède, en arrière de son extrémité supérieure, un fibro cartilage glénoidien, rattaché à la première phalange par deux brides latérales. La première et la deuxième phalange sont unies par deux ligaments latéraux qui se décomposent en deux faisceaux partant de la première phalange, l’un s’arrêtant à la deuxième et l’autre allant jusqu'à la troisième. L’externe est mince, l'interne est plus fort, divisé en deux faisceaux. L’extenseur propre de chaque doigt tapisse en avant et en dehors la première articulation interphalangienne.
Articulation du pied.
En arrière, elle est complétée par le petit sésamoide.
Les moyens d'union comprennent cinq ligaments qui sont :
1°. Un ligament interosseux sésamoïdo-phalangien.
2°. Deux ligaments latéraux antérieurs formés par les brides antérieures des ligaments latéraux de l'articulation de la première et de la seconde phalange.
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Le ligament externe est large et aplati, l’interne est funiculaire, épais et long.
3. Deux ligaments latéraux postérieurs, courts et élastiques, unissent la deuxième phalange au petit sésamoiïde. On trouve encore au niveau de cette articulation, les tendons des extenseurs propres des doigts, les branches du ligament interdigité inférieur, l'extrémité terminale du perforant.
Il existe une synoviale propre à chaque articulation interphalangienne ; le perforant glisse sur le petit sésamoïde au moyen de la petite gaine sésamoidienne.
La région phalangienne est irriguée par des terminaisons des artères digitales moyenne et latérales.
L’artère digitale moyenne donne notamment :
a) une branche médiane qui, traversant l’espace interdigité d'arrière en avant, va se distribuer sur la face antérieure des doigts, b) deux artères du coussinet plantaire qui se terminent dans le talon par une anastomose ; c) deux artères unguéales qui vont irriguer la phalangette.
Les artères digitales latérales vont se perdre dans la région de l’ergot, une de leurs branches va se jeter dans l’anastomose formée par les deux artères du coussinet plantaire.
Les nerfs digités comprennent quatre collatéraux dorsaux situés sur la face antérieure et latérale des doigts et quatre collatéraux palmaires qui, situés sur la face postéro-inférieure des doigts, vont innerver en s’anastomosant avec des divisions des collatéraux dorsaux toute la région digitée.
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Traitement chirurgical des arthrites du pied
dans l’espèce bovine