‹ Les Arthropathies Tabétiques SuppuréesChapitre 20 sur 28 · LAON · texte numérisé non relu

LAON

mois de janvier 1894. A cette époque, le malade remarque que sa jambe gauche se fatiguait beaucoup plus rapidement que la droite.

Bientôt après survint un gonflement considérable du genou qui l’obligea à cesser momentanément tout travail.

Après quelques jours de repos, il reprit son métier qui l’obligeait à faire par jour plusieurs kilomètres à pied. Le genou était alors complètement indolore, quoique très volumineux, et la marche était possible.

En décembre 1895 apparurent des déformations articulairés

que l’on constate encore actuellement. À ce moment le malade exerçait le métier de ‘casseur de pierres et, pour se mouvoir plus facilement, déplacçait avec ses mains son genou qui ne le faisait nullement souffrir. En octobre 1896, il entra dans le service de M. le professeur Gross, où on lui immobilisa l’articulation pendant deux mois dans un appareil plâtré. C'est alors qu'on s’aperçut de l’abolition des réflexes rotuliens et de l'apparition de douleurs fulgurantes. Les différents symptômes observés ayant fait penser à un tabes, le malade fut conduit dans le service de M. le professeur Spillmann, où le même diagnostic fut porté. Vers la fin de son séjour dans ce service, le genou, qui jusqu'alors était reste insensible, devint douloureux et la marche fut bientôt impossible.

: L'état général était des plus mauvais; il existait déjà aux deux sommets des signes manifestes de tuberculose pulmonaire. C’est à ce moment que le malade entre à l'hospice Saint-Julien.

On se trouve en pré$ence d'un homme profondément amaigri. L'attention est de suite attirée par l'arthropathie du genou gauche. Celui-ci est très augmenté de volume, surtout à la partie antérieure. Sa circonférence à la partie moyenne est de 40 centimètres; celle du genou droit n’était que de 33 centimètres.

La tuméfaction est uniforme, et tout relief extérieur ads paru. Il existe une subluxation du tibia en arrière.

La peau a sa coloration normale, mais le réseaux veineux est très développé. La rotule est très élargie, ainsi que les surfaces articulaires en contact. On ne perçoit pas le choc rotulien. Les douleurs sont vives à la pression et dans les mouvements, du reste très limités, qu'on peut imprimer à la jointure. L'incapacité fonctionnelle est totale.

Cette arthropathie est le seul trouble trophique observé chez le malade. Les réflexes rotuliens et crémastériens sont abolis, la force musculaire intacte et les mouvements un peu incoor-donnés.

La jambe droite, élevée au-dessus du plan du lit, oscille avant d’arriver’au but.

La marche est impossible, et le malade ne peut pas rester debout immobile. Il ressent des douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs. Il n’y a pas de retard dans la perception et pas de perte du sens musculaire.

La sensibilité au tact est normale, ainsi que la sensibilité thermique. |

Les pupilles, contractées, réagissent à l’accommodation, mais ne réagissent pas à la lumière.

L'examen ophtalmoscopique permet de constater l’atrophie blanche des deux papilles. ’

La parole est légèrement scandée et la mémoire très diminuée.

A part l’auscultation du poumon, qui fait entendre des craquements aux deux sommets, l'examen des différents appareils ne présente rien de particulier.

On pose alors des pointes de feu sur le genou gauche et on l’immobilise dans une gouttière.

Le malade est pris brusquement dans la journée du ?1 janvier de courbature et de fièvre. On perçoit aux deux sommets des craquements avec résonance de la voix.

“Le 35, il existe un violent point de côté dans l’aisselle droite les pommettes sont cyanosées et la dyspnée très vive.

Les crachats, rouillés, adhérents, renferment des pneumo-

coques en quantité considérable, mais on n'y trouve pas de bacilles de Koch.

On entend à la base droite et dans l’aisselle, des râles crépitants, fins. Le pouls est petit.

Les bruits du cœur sont sourds. Les urines renjierment une forte proportion d’albumine.

L'état s'aggrave les jours suivants.

La respiration devient difficile, le pouls filiforme, incomptable, et le malade meurt le 30 janvier.

L'’autopsie est pratiquée le 31.

Les poumons sont congestionnés aux bases. On trouve un début d'hépatisation grise dans tout le lobe inférieur du poumon droit. Le reste du parenchyme est farci de tubercules. Le sommet renferme deux petites cavernes. Le poumon gauche présente des lésions tuberculeuses analogues.

La dissection du genou gauche fait constater les lésions suivantes :

Après ablation des parties molles qui ne présentent aucune altération, on trouve la capsule articulaire très épaisse. L’incision de la synoviale donne issue à un pus jaunatre qui distend tous les culs de sac et s’épanche dans les bourses du creux poplité. Ces bourses communiquent par un orifice étroit avec l’intérieur de la cavité articulaire. Il y a environ 90 grammes de pus. ‘

L'examen bactériologique y décèle la présence de bacilles de Koch en quantité considérable. La synoviale est épaissie, injectée et couverte de petits tubercules formant saillie.

Les deux plateaux du tibia et les condyles du fémur sont très augmentés de volume. Le cartilage articulaire, décollé, est en partie détruit et réduit en bouillie. |

L'os, dénudé sur une grande surface, est injecté et présente de nombreux foyers de ramollissement.

La face postérieure de la rotule présente les mêmes altérations.

Une coupe transversale de la portion dorsale de la moel!a

DE A9 1e épinière, colorée à l'hématoxyline de Weigert, montre de la dégénérescence des cordons postérieurs.

A l'examen des différents troncs nerveux du membre inférieur gauche (nerfs sciatique, sciatique poplité externe et rameau articulaire se rendant au genou) on trouve dans la plupart des faisceaux une dispariticn presque complète des fibres. Quelques faisceaux seulement semblent peu altérés.

Cette dégénérescence se propage jusque dans les racines

antérieures de la moelle.

Sur le membre inférieur droit, les lésions sont beaucoup moins accentuées et on constate seulement la segmentation de la myéline et la disparition du cylindre-axe de certaines fibres.

Tous les autres organes sont normaux.

Douzième observation. — Simon et Hoche.

Tuberculisation ultime d’une arthropathie labétique (1). (Société de Médecine de Nancy.

Séance du 27.mars 1907.)

Il s’agit d'un ouvrier serrurier de 41 ans qui présenta pour la première fois, en 1900, des crises caractérisées par une douleur brûlante au creux épigastrique et des vomissements aqueux extrêmement abondants. À ce moment il dut interrompre son travail pendant trois mois, au bout desquels il le reprit à nouveau; mais tous les quinze jours survenaient des crises semblables qui duraient chaque fois plusieurs jours. Dans les intervalles, les fonctions digestives étaient absolument normales et les aliments les plus indigestes passaient . sans aucune difficulté.

Ces phénomènes avaient appelé notre attention sur la probabilité d’une affection tabétique et, en effet, en interrogeant

(1) Revue Médicale de l'Est, Nancy, 1907, p. 423.

4 Bcu,.

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