CHAPITRE IV
Diagnostic
En présence d’une arthrepathie suppurée, on doit rechercher si celle-ci n’a pas été infectée par une collection purulente voisine, comme tel semble avoir été le cas chez le malade de Jean, dont on voit quelquefois l'observation citée comme arthropathie suppurée. Il s'agissait d’un tabétique dont l’arthropathie F’infecta à la suite d’un phleemon de la cuisse.
La suppuration articulaire, toutefois, peut être consécutive à la suppuration dés bourses séreuses avoisinant l'articulation. Chipault a, en effet, attiré l'attention sur les périarthrites des tabétiques qu’il attribue, comme l’arthropahie, à une lésion nerveuse et qu'il a étudiées sous le nom de périarthropathies trophiques.
Les cas sont exceptionnels. Chipault en cite deux. Le début est rapide comme celui des arthropathies, accompagné ou non d’œdème dur, empâtant la région. T1 se
forme. une tuméfaction au niveau Ge Ja séreuse atteinte,
Gr
plus où moins fluctuente, bien délimitée. Parfois on note une légère suffusion eechymotique dans la région avoisinante. Il n'existe ni douleur, spontanée ou provoquée, ni gêne des mouvements.
L'évolution en est rapide et le plus souvent cette périarthropathie cède à un pansement compressif quand on ne l’a pas incisée. Mais élle peut suppurer sans cause appréciable, comme les arthropathies. Les observations de Ball et de Jean, dont les malades présentèrent spontanément une suppuration para-articulaire, appartiendraient, d'a-
près Dujarier, à ces cas.
Une arthropathie tabétique suppurée ne peut être méconnue que dans la forme inflammatoire et suppurée d'emblée. Nous avons vu que le tabes avait cependant été suspecté en présence de l’indolence relative de l’articulation. Si les phénomènes douloureux sont très accusés au début, ils ne tardent pas, en effet, à s’atténuer et même, en cas de douleurs spontanées, la mobilisation relativement facile du membre attire l'attention. Du reste les désordres articulaires qui surviennent peu de temps après permettraient de rectifier le diagnostic.
Dans certaines formes très inflammatoires de tout le membre, le gonflement avait fait penser à une Iymphangite ou à une phlébite, mais ces diagnostics n'avaient pas satisfait leur auteur et ils avaient été ensuite rectifiés par
l'apparition des signes ostéo-articulaires propres au tabes.
Plus délicat est de distinguer l’arthropathie suppurée d'emblée des formes aiguës de Fort et plus spécialement de la forme inflammatoire, pseudo-phlegmoneuse décrite
par M. Lemierre et dont M. Pagniez a observé un cas
semblable. Le début en est brusque, accompagné de douleurs extrêmement vives et d’une forte élévation de tèmpérature au-dessus de 40; puis un œdème considérable apparaît, dépassant largement la région articulaire et pouvant même envahir tout le membre; il est franchement inflammatoire avec des trainées lymphangitiques qui peuvent égarer le diagnostic, bica qu'il n’y ait pas d’adénopathie douloureuse. On croit également à un phlegmon ou à une phlébite; quand, les jours suivants tout se calme, la température tombe, les phénomènes inflammatoires s’apaisent et on se trouve en présence d’une arthropathie tabétique banale, indolente, disloquée, avec les Tésions articulaires et osseuses habituelles. Mais l’état général est presque toujours grave, la cachexie apparaît et atteste une intoxication profonde; la mort survient rapidement.
Cete forme d’arthropathie se caractérise donc par de violentes douleurs de début et la résolution rapide de l’inflammation, alors que dans la forme suppurée, au contraire, les douleurs sont peut être moins vives et que l’inflammation persiste, se localise et aboutit à la formation d’une collection purulente.
Cependant si, au point de vue clinique, il est légitime d’opposer cette forme pseudo-phlegmoneuse, à évolution fatale, aux formes suppurées, ne convient-il pas de la rapprocher des formes suppurées stériles dont nous avons vu deux cas. MM. Lemierre, Léon Kindberg et Deschamps admettent la syphillis à l’origine de l’arthropathie pseudo phlegmoneuse, de même que Brissaud, Bauer et Gy la suspectent dans leur observation. Navarro compare nettement son cas avec celui de MM. Lemierre, Léon Kindberg
5 Bou.
et Deschamps et y voit comme cause la syphilis seule. Et si chez le malade de M. Lemierre l’autopsie confirme l’abscence de pus, ne faut-il pas y voir une question d'inten-
sité et de temps comme le suggère Navarro ?
Comme l'examen clinique ne permet pas de séparer les formes à pus stérile des formes suppurées par infection secondaire et puisque l'apparition de pus est possible au cours de l’arthropathie inflammatoire simple (Fort-Barré) il ne faut pas craindre de pratiquer la ponction articulaire dans tous les cas. L'examen du pus seul permettra de classer l’arthropathie dans une des trois formes : forme tuberculeuse, forme à pus stérile, forme à, pus contenant des germes. Et ce diagnostic sera d'autant plus important qu'il orientera la thérapeutique vers des traitements dif-
férents.
REY CEE