‹ Les Arthropathies Tibétiques SupuréesChapitre 10 sur 21 · PREMIÈRE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBSERVATION

Arthropathie labélique suppurée de la libio-tarsienne Présence de staphylocoques dans le pus. — Frac-

ture spontanée de la malléole interne

Mme P.., 48 ans, blanchisseuse, entre le 27 octobre 1924 à l'Hôpital Boucicaut, dans le Service du P' Bezan-

çon. Elle vient parce que la veille, dit-elle, elle « s’est

tourné le pied » à la suite d’un faux-pas et faillit tomber. Quelques heures après cet accident, elle s’aperçut que sa cheville enflait et devenait très douloureuse.

Examen de la malade. — A son arrivée on constate l'existence de grosses lésions au niveau de la jambe et du pied droits. Il existe localement une énorme tuméfaction rouge, chaude, qui s'étend au pied jusqu'aux orteils, et remonte presque à mi-jambe. C’est un œdème à caractère nettement inflammatoire, gardant mal l'empreinte du doigt, mais la pression n’est pas douloureuse, comme on l’aurait pensé. On ne trouve pas de ganglions ni popliés, ni inguinaux. pr io

La fièvre est très élevée, 40°6.

En présence de tels symptômes et pensant à une arthrite suppurée, on pratiqua, en fait de traitement, un pansement humide de la jambe ét du pied.

Pendant trois jours la température oscille entre 39 et ho°5. Le cinquième jour, elle baisse au-dessous de 39, en même temps que se produit, au niveau de la malléale externe, une fistule qui laisse échapper un pus épais, gris verdâtre. L'examen direct montra du stophylocoque que la culture démontra être à l’état pur. |

Trois jours après, la température baisse encore et se maintient quelques jours au-dessus de 38. Une seconde fistule se produit alors sur le côté interne de l'articulation.

Une radiographie faite dès le début révéla l'existence d’une fracture de la malléale interne, sans autre grosse lésion ostéo-articulaire.

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La malade est une tabétique notoire. Dès le premier abord, elle frappe par un ptosis et du strabisme divergeant par son facies pâle et des déformations caractéris-

tiques des genoux.

L'interrogaloire ne noùs apprend pas grand chose sur ses antécédents : son père est mort paralysé; elle est la plus jeune de quatre frères et sœurs qui sont bien porlants.

Pendant toute son enfance elle a éié bien portante. Elle

se marie en 1910. Son mari est atteint de bronchite chro-

nique et d'emphysème. Elle a eu deux enfants : l’un est -mort à 3 ans, de méningite; le second à 18 ans, d’un chaud et froid, dit-elle. Pas de fausses-couches..

Histoire de la maladie. — C'est en 1919 qu’elle a ressenti les premiers symptômes du tabes. Elle se plaint alors d’élancements dans les deux jambes ou parfois d’une sensation de « picotement de fourmis ». Ces, douleurs apparaissent par crises durant »4 à 48 heures, une à deux fois par semaine, avec des semaines d'accalmie. |

Il y a cinq ans la malade fait une chute sur le genou gauche, qui enfle énormément. Elle entre à l'Hôpital Boucicaut, on pratique une ponction qui ramène du sang. Au bout d’un mois elle ressort, le genou déformé mais pas douloureux; elle marche facilement.

Une seconde fois-elle vient à l'Hôpital, cette fois pour une arthropathie du genou droit. Elle reviendra encore deux fois, à cause de douleurs fulgurantes, mais ne veut subir aucun traitement et chaque fois repart après une quinzaine de jours.

Depuis un an elle présente de grosses déformations des

deux genoux, mais continue de marcher sans canne.

Examen. — Les réflexes tendineux sont abolis aux deux membres.

L’ataxie des membres inférieurs est impossibe à rechercher à cause des arthropathies multiples. Il existe une altaxie considérable des membres supérieurs à laquelle s'ajoute un tremblement d’origine alcoolique.

La sensibilité profonde semble peu modifiée ainsi que

la sensibilité superficielle. T1 n’y a pas d'hypoesthésie.

Les üouléürs spontanées sont assez hténsés ‘dans le jambe gauche.

Le réflexe pupilldire: à la lurhière est aboli et le réflexe à l’accommodation est très paresseux. Les pupilles sont régulières et en myosis. La vision-est distincte.

Pas de troubles sensoriels du goût ni de l'odorat.

Pas de troubles du côté du sphincter anal. Mais la malade perd, la nuit, ses urines. -

Au point de vue génital, elle n'est plus réglée depuis cinq ans. |

À l’auscultation, pas de signes d’ aortite.

Pas de céphalée; la malade présente des troubles de la mémoire, très probablement liés à ‘une intoxication éthylique manifeste.

L'examen des articulations montre une déformation du poignet gauche, à la suite d’une fracture ancienne du radius. Le genou gauche présente une grosse hypertrophie du condyle interne; la rotule est luxée en dehors et appliquée sur le condyle externe. Au genou droit : hypertrophie du condyle interne; la rotule occupe, dans l’extension, sa position antérieure normale, mais est rejetée, dans la flexion, sur le condyle externe.

La mobilisation des deux génoux fait entendre des craquements et l'hypotonie musculaire permet une flexion exagérée,

L'atrophie musculaire est ‘généralisée, mais surtout accentuée sur les deux ‘cuisses

La réaction de Wasseriann ‘est positive dans le Sang.

Les'ürinés ne contiennent ni sucre ni albümiïine.

La malade quitte L'hôpital le 1° décembre. L'articula-

tion n'est pas douloureuse. Les fistules sont taries.

Il s’agit, en résumé, d’une malade, tabétique depuis de longues années et présentant déjà des arthropathies typi ques des deux genoux, qui, chez elle, se fracture spontanément la malléole interne de Ja jambe droite, voit son pied et sa jambe enfler, rougir en même temps que la fièvre apparaît. Les jours suivants l'articulation suppure et se fistulise. Le pus contient du staphylocoque. On se trouve donc en présence d'une arthropathie inflammatoire et suppurée d’ emblée, dont, l’ évolution aiguë a été déterminée par une fracture spontanée juxta-articulaire.

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