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de Soho, où l'œil du voyageur apercevait à peine la hutte d'un garde-chasse, se couvrit de beaux jardins, de somptueuses habitations et d'ateliers de tous les genres. On y construisit des pompes d'épuisement de la plus grande dimension. Ces machines faites, Watt et Bolton annoncèrent qu'ils les donneraient gratuilement à qui voudrait en prendre. Ils firent plus : ils s'engagèrent à faire monter et à entretenir à leurs frais les machines qu'on aurait acceptées gratuitement. Ce qu'on serait tenté de prendre pour un conte ou une plaisanterie n'était pourtant qu'une belle spéculation que l'on comprendra facilement. La machine de Watt avait un avantage marqué sur celle de Newcommon ; elle brûlait trois fois moins de combustibles. Walt et Bolton demandèrent que tous ceux qui consentiraient à se laisser gratifier d'une de leurs machines leur accordassent , pour toute rémunération , un tiers de l'argent que le nouveau procédé économisait sur le combustible. Beaucoup de compagnies de mines agréèrent une si modeste proposition. Après six mois d'expérience, une de ces compagnies, celle de Chace-Water dans
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la Cornouaille, qui employait trois des machines perfectionnées , supplia Bolton et Watt de la relever , moyennant une compensation quelconque, des engagements qu'elle avait contractés envers eux. Les deux associés se montrèrent de bonne composition : ils annulèrent l'engagement et se contentèrent pour l'avenir d'une rente de 60,000 liv. sterl., que la société s'estima heureuse de leur payer.
On ne devrait à AVatt que les inventions qui ont un rapport immédiat avec la machine à vapeur , qu'il mériterait encore d'occuper une des premières places parmi les bienfaiteurs de l'humanité j mais sa longue carrière ne fut pas exclusivement consacrée à cet objet si important ; son nom se rattache aussi avec éclat à la plus grande , à la plus féconde découverte de la chimie moderne , à la découverte de la composition de l'eau . Doué d'une incomparable fécondité d'invention, il imagina la presse à copier, cet instrument si utile, si généralement adopté dans nos comptoirs; et, après un voyage qu'il fit en France en 1786 , il introduisit dans sa patrie le blanchissage à l'aide du chlore , cette belle in-
vention de notre compatriote Berthollet. Enfin rien de ce qui pouvait être utile aux hommes n'était étranger au célèbre ingénieur. Il fut un des fondateurs de V Institution pneumatique, établie à Clifton , près de Bristol , institution qui avait pour but d'employer comme médicaments les nombreuses substances gazeuses qui jouent aujourd'hui un si grand rôle dans l'explication des phénomènes chimiques. Watt imagina même , décrivit et exécuta dans les ateliers de Soho les appareils qui servaient à engendrer les gaz et à les administrer aux malades.
Au commencement de 1 800 , époque où expirait le privilège conféré par le parlement , Watt, sentant le besoin du repos , se retira entièrement des affaires , et se fit remplacer par son fils dans la fabrique de Soho , qui continua à prospérer et prit même de nouveaux et importants développements. Possesseur d'une fortune considérable , fruit de ses utiles travaux , il se retira près de Birmingham, dans une terre nommée Heathfield, dont il avait fait l'acquisition vers 1790. Ce fut là que le patriarche de l'industrie britannique , toujours bienveillant, modeste et réservé comme
au temps où , simple ouvrier , il nettoyait les appareils de l'université de Glascow, passa paisiblement le reste de ses jours dans la société d'un petit nombre d'amis et de sa seconde femme, miss Mac-Gregor, qu'il avait épousée en 1775. Sa santé s'était fortifiée avec l'âge, et telle était la puissance de ses facultés intellectuelles , qu'à 7 1 ans il apprit l'idiome anglo-saxon aussi rapidement et aussi facilement qu'un jeune homme de 18 ans. En 1817 , il voulut revoir sa terre natale et fit un voyage en Ecosse. A son retour , sa santé s'affaiblit considérablement, et de ce moment, sans se faire illusion, il avertit luimême son fils et sa femme de l'événement inévitable qui se préparait. Bientôt tous les efforts de la médecine furent impuissants. Il mourut le 25 août 1819, au commencement de sa quatrevingt-troisième année.
Watt fut enterré à côté de l'église paroissiale de Heathfield. Son fils, dont les nobles sentiments firent, pendant 25 ans, la joie d'un père tendrement aimé, lui a fait élever un splendide monument gothique, au centre duquel s'élève une admirable statue en marbre, ouvrage du
sculpteur Chantrey. Le même artiste a exécuté deux autres statues, reproduction fidèle des nobles traits du A'ieillard ; l'une, en marbre, décore une des salles du Musée Hunthérien à Glascow ; l'autre, en bronze, domine, sur une belle base de granit, un des angles de Georges-Square dans la même ville. On voit parla combien cette capitale de l'industrie écossaise est fière d'avoir été le berceau des découvertes de AVatt. Greenock n'a pas non plus oublié qu'elle vit naître l'illustre mécanicien : ses habitants ont fait exécuter à leurs frais une statue en marbre pour perpétuer le souvenir de leur concitoyen. Eécemment enfin, à la voix imposante de l'opinion publique, le Gouvernement, qui n'avait pas même songé à appeler à la pairie , de son vivant , le nouvel Archimède , le bienfaiteur de l'humanité tout entière , dont les générations futures béniront éternellement la mémoire, s'est décidé à lui ouvrir les portes de l'abbaye de Westminster. On admire dans le panthéon anglais une statue colossale de Watt , en marbre de Carrare , et dont le piédestal porte une inscription de lord Brougham. Cette statue, nouveau chef-d'œuvre du
ciseau de Chantrey, est le produit d'une souscription à laquelle a concouru tout ce que l'Angleterre renferme d'hommes distingués dans tous les genres.
Des titres académiques ne sauraient rien ajouter à la renommée de Watt. Disons cependant que les principales sociétés savantes de l'Europe, celles d'Edimbourg et de Londres par exemple, s'empressèrent de l'admettre parmi leurs membres. L'Institut de France lui-même, malgré le duel à mort engagé entre les deux pays, le choisit en 1808 pour un de ses correspondants, et lui fit en 1814 le plus grand honneur qui soit dans ses attributions : il le nomma un de ses huit associés étrangers.
La machine à vapeur une fois perfectionnée , il était réservé à la science de maîtriser , de diriger cette force mystérieuse de manière à en utiliser les importants résultats pour la navi-
gation. Les auteurs des premiers essais dans ce genre d'application sont encore deux Français. Dès 1775, Jacques -Constantin Périer, animé d'une ardeur sans égale pour les perfectionnements mécaniques et d'un amour éclairé de la patrie , avait entrepris de résoudre le problème. Profitant des observations de l'Anglais Jonathan Bull, qui avait indiqué, quelques années auparavant, des roues à palettes, mues par une machine à vapeur , comme un moyen de faire marcher les navires sans vent et sans voiles , l'illustre mécanicien avait fait construire un bateau pourvu de cette machine ; mais ce premier essai, regardé comme une sublime rêverie, ne fut suivi d'aucun succès. Tandis que le riche capitaliste, dans ses vastes ateliers et sous les auspices de l'Académie des Sciences , cherchait à réaliser sa chimère , le marquis de JouFFROY, à cent lieues de Paris, au milieu d'obstacles de tout genre , sans autre aide qu'un chaudronnier de village, parvenait, en 1776, à faire naviguer un bâtiment à vapeur sur le Doubs. J/appareil nageur consistait en tiges de huit pieds de longueur de chaque côté vers l'a-
vaut, portant à leur extrémité des châssis armés de volets , et le moteur était une pompe à feu ou machine a simple effet, dont le piston communiquait aux tiges par une chaîne et une poulie de renvoi. Mais l'esprit étroit de province fit peu de cas de cette tentative. Le ridicule cette arme qui presque toujours tue en France, ne lui fut pas épargné. Dans toute la Franche- Comté, on ne désigna plus le marquis que sous le nom de Jouffroy la Pompe. Il persévéra pourtant toujours. Il reconnut les défauts de son premier bateau, les corrigea, et eu 1783, un nouveau pyroscaphe de 46 mètres de longueur sur cinq de largeur, remonta, de Lyon à l'île Barbe, le courant de la Saône , en présence de milliers de spectateurs. Après une épreuve aussi décisive, Jouffroy songea à exploiter son admirable découverte ; mais il rencontra un obstacle invincible dans la légèreté des ministres d'alors. Abasourdi par la fin de non-recevoir qu'on opposa à sa demande d'un privilège , sous le prétexte que son bâtiment n'était pas assez solide, il n'essaya plus de se roidir contre les difficultés sans cesse renaissantes , et la révolution étant venue ,
il fut un des premiers à émigrer. Quelques amis lui conseillèrent alors d'offrir son invention à l'Angleterre, où Wast et Watt-Brough venaient de faire subir à la pompe à feu les graves changements qui en ont fait la machine à vapeur. Son patriotisme s'y refusa, et cependant justice ne devait point lui être rendue dans son pays de son vivant. L'émigré, de retour de la terre d'exil, ne possédait plus que quelques minces débris de fortune, A la faveur de la paix , la cupidité mercantile lui offrit ce que l'opinion, les académies et les ministères lui avaient refusé : il vit se former à Paris une société pour exécuter ses plans. Malheureusement la concurrence fut fatale à cette entreprise , et la lueur de bonheur qu'avait un instant entrevue Jouffroy ne fut qu'un éclair. Il retomba dans l'oubli , et mourut en 1832, frappant exemple à joindre à ceux qui prouvent la vérité de la devise : Sic vos non Dobis. Ce n'était que huit ans plus tard que l'Académie des Sciences devait réparer l'iniquité qu'elle avait commise un demi- siècle plus tôt. Le 1" novembre 1840, un savant rapport de M. Cauchy a proclamé Jouffroy comme l'un
des hommes qui ont possédé au plus haut degré Je génie de la mécanique et le véritable inventeur des pyroscaphes.
L'Angleterre ne larda pas à s'élancer dans la carrière qui venait de lui être ouverte par les mécaniciens français. Miller, en 1791, lord Stats'hope, en 1795, M. Smingtow, en 1808, se livrèrent à des expériences nautiques par le même moyen. Mais c'était à un Américain, à Fulton , que l'univers devait être redevable de la première application réelle de cette grande découverte, l'un des prodiges de notre temps.
EoEKRT Fulton naquit, en 1765, à Little- Britain, comté de Lancastre, en Pensylvanie, d'uue famille pauvre. Les auteurs de ses jours étaient de malheureux émigrés irlandais, chassés de leur pays parles persécutions de l'Angleterre. Fulton n'avait encore que trois ans lorsqu'il perdit son père , qui ne laissa qu'un très-mince héritage à partager entre sa femme et cinq enfants. Aussi Robert ne reçut-il qu'une éducation fort incomplète dans l'école de son village . il ne put y apprendre qu'à écrire et à compter. Mais son génie précoce suppléa aux connaissances
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qu'il lui fut impossible d'acquérir. Rarement il se mêlait aux jeux de ses camarades ; il employait ses heures de récréation à étudier, et , les jours de congé, il visitait les ateliers des artisans, dessinait ou travaillait à quelque ouvrage mécanique. A treize ans , sa mère l'envoya à Philadelphie , où il entra chez un joaillier pour apprendre cette profession. Là, malgré ses occupations , malgré le dénûment le plus complet , il trouva cependant le moyen d'étudier la peinture. Ses progrès dans cet art furent si rapides , qu'avant d'avoir atteint l'âge de dix-sept ans, il se faisait déjà un assez joli revenu de la vente de ses paysages et de ses portraits , qu'il colportait d'auberge en auberge et jusque dans les rues , et que dans l'espace de quatre ans il amassa une somme suffisante pour payer une petite ferme que sa mère faisait valoir. Ce fut à cette époque qu'étant allé visiter les Sources- Chaudes en Pensylvanie , il y rencontra M . Samuel Scorbilt et plusieurs autres personnages de distinction qui y étaient venus prendre les eaux , et qui , frappés de son talent en peinture, lui conseillèrent de se rendre à Londres , où il trouverait
dans West , le célèbre peintre d'histoire , son compatriote , un maître habile et un protecteur généreux. Fulton suivit leur conseil. M. Scorbitt lui ayant fourni les moyens d'entreprendre le voyage , il s'embarqua à New- Yorck et fit voile pour l'Angleterre.
L'espoir qu'il fondait sur la protection de West ne fut point déçu : à son arrivée , l'artiste l'accueillit comme un élève et un ami. Après avoir passé quelques années sous ce grand peintre, Fulton, désespérant de parvenir à la célébrité dans son art, entraîné d'ailleurs par un penchant irrésistible , quitta tout à coup les pinceaux pour se livrer exclusivement à la mécanique. Il y avait alors en Angleterre un riche Américain, M. James Rumsey , qui s'occupait avec une louable ardeur à rechercher les moyens de transporter dans sa patrie la machine à vapeur et les autres inventions utiles des Anglais. Fulton fit sa connaissance , et cette circonstance ne contribua pas peu à hâter le développement de ses facultés inventives. Dès 1793 , il proposa au gouvernement anglais un projet d'amélioration pour les canaux , qui ne fut point accueilli.
Peu de temps après il présenta à la société d'encouragement de l'industrie et du commerce un moulin de son invention pour scier et polir le marbre, des machines pour filer le chanvre et faire des cordages. Quelques lettres de félicitation de la part des sociétés savantes et trois ou quatre brevets d'invention furent tout ce que lui valurent ces premiers travaux.
Pensant trouver plus d'encouragement en France, Fulton vint à Paris vers la fin de 1796. Le poète Joël Barlow, alors ambassadeur des États - Unis près de la république française , l'accueillit de la manière la plus généreuse, et ne voulut pas qu'il eût d'autre demeure que son hôtel. Dès lors fut cimentée, entre le plus illustre des poètes américains et le premier ingénieur du Nouveau-Monde, cette amitié sincère qui devait durer autant que leur vie. A l'époque où Fulton arriva à Paris , la découverte des panoramas, récemment faite par le peintre Robert Barker, d'Edimbourg, occupait tous les esprits; bientôt une association se forma pour faire jouir la capitale de la France d'un de ces tableaux, vrai triomphe de la perspective. Cette
entreprise, à laquelle Fulton prit part, nenseulement comme artiste, mais encore comme intéressé, lui procura des bénéfices considérables qui le mirent à même de continuer ses études de matbématiques ; en même temps, il entra en relation avec des savants de l'Institut , des ingénieurs civils et militaires dont la con- Tersation et les écrits étendirent considérablement le cercle de ses idées.
En 1797, Fulton, dans le but de changer le système de guerre des Européens, s'attacha à découvrir si la science mécanique ne pourrait point fournir un moyen de forcer la nation la plus forte à partager avec la plus faible l'empire des mers. Il fit à Paris quelques essais sur la manière de diriger entre deux eaux et de faire éclater à un pointdonné des bombes remplies de poudre; mais il échoua dans cette entreprise aussi bien que dans celle d'employer des bateaux sous-marins pour conduire des pétards sous la carène des vaisseaux. Fulton ne se découragea point : il perfectionna son torpédo et son nauiilus , noms qu'il avait donnés à sa bombe et à son bateau sous-marin , et les offrit de nouveau au
Directoire. S'il ne réussit pas mieux que la première fois , il eut du moins la satisfaction de voir ses inventions approuvées par la commission qui avait été chargée de les examiner.
Fulton ne se tint pas pour battu. Lorsque Bonaparte eut été revêtu de la dignité de premier consul , il lui écrivit pour obtenir les fonds nécessaires à la construction d'un bateau sousmarin , et pour qu'une nouvelle commission examinât ses expériences. Cette double requête eut tout son effet. Le bateau fut construit , et Tolney , Monge et Laplace furent commis pour faire un rapport sur l'invention de l'ingénieur américain. Dans une de ses excursions sousmarines, Fulton resta sous l'eau, sans renouvellement d'air , pendant trois heures, et, dans une autre, cinq hommes purent demeurer six heures dans le bateau plongeur et en sortir à cinq lieues du point de départ. Sur le rapport favorable des savants examinateurs , Fulton fut envoyé à Brest. Là , en présence de l'amiral Yillaret-Joyeuse , il alla attacher un torpédo contre le flanc d'un vieux navire, mouillé dans la rade, et réussit à le faire sauter en l'air à une
hauteur prodigieuse. Il épia ensuite l'occasion de renouveler l'expérience contre un des vaisseaux anglais alors en croisière sur la côte. Il attendit vainement tout un été ; aucun bâtiment ne s'approcha suiBsamment de terre , et il fut obligé de renoncer à son projet. Bonaparte, chez qui le goût des innovations diminuait à mesure que sa puissance s'accroissait, s'impatienta du retard, et retira sa protection à une découverte qui aurait pu lui ouvrir le chemin de l'Angleterre.
Ce pays ne tarda pas à s'émouvoir du séjour de Fulton en France. Lord Stanhope parla de ses découvertes à la chambre des lords, et, sur sa demande , un rapport fut adressé au premier ministre, lord Sidmouth, pour l'engager à faire revenir l'habile ingénieur. Fulton ne se décida pas à accepter immédiatement les offres du gouvernement anglais. Profitant des expériences de Jouffroy, il s'occupait depuis longtemps de construire un steam-hoat , ou bateau à vapeur , sous le patronage de M. Livingston , ambassadeur américain à Paris. Lorsque ce bateau, qui, h. quelques perfectionnements près , reproduisait en grand le modèle de Jouffroy,
fut achevé , il en fit avec succès l'épreuve sur la Seine , près de l'île des Cygnes , en présence des membresde l'I ustitutetd'un concours nombreux ^ de spectateurs. C'était le germe du grand projet qu'il réalisa plus tard. Dans cette circonstance , Bonaparte se montra encore plus incrédule que pour les bateaux sous-marins. Lorsque F ulton essaya de lui expliquer les avantages qu'il pourrait obtenir de l'application de la vapeur à la navigation pour opérer une descente en Angleterre, Bonaparte lui tourna brusquement le dos et le traita de rêve-crenx. Il ne prévoyait pas que , vingt ans plus tard , les merveilles de cette puissance qu'il s'obstinait à méconnaître auraient ouvert une ère nouvelle aux peuples , et qu'un jour son cercueil , rendu à la France, serait amené triomphalement à Paris par un de ces mêmes bateaux qu'il jugeait impossibles.
N'ayant plus rien à attendre de la France , Fullon alla offrir* au gouvernement britannique son système de navigation sous-marine. Pitt, alors premier ministre, qui n'avait qu'un but en rappelant l'ingénieur américain, celui de priver la France de ses services , ne goûta pas
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beaucoup une invention qui pourrait un jour ruiner la puissance maritime de l'Angleterre; il 8c borna à faire offrir à son auteur de lui en acheter le secret moyennant une pension. Mais c'était se méprendre étrangement sur le caractère de fulton. Sa réponse aux agents anglais fut brève et digne. «Jamais, dit-il, je ne consentirai à priver ma patrie de mes inventions lorsqu'elle en aura besoin. Son indépendance et sa sûreté me sont trop chères pour que , lors même que vous m'offririez vingt mille livres sterling par an , je me dessaisisse jamais de mon secret. »
Voyant donc qu'il n'y avait pour lui que mécomptes et dégoûts dans la vieille Europe, Fulton se décida à retourner en Amérique. Il s'embarqua pour New-Yorck , où il arriva au mois de décembre 1806. A cette époque , l'esprit public aux États-Unis se montrait fort irrité contre l'Angleterre, dont un vaisseau venait , en violation du droit de neutralité , d'attaquer une frégate américaine; et tout faisait présager une collision prochaine entre les deux peuples. Fulton s'empressa de faire connaître à
ses compatriotes et de perfectionner son système de torpédo; il fit, aux frais du gouvernement, dans le port de New-Yorck , plusieurs expériences qui furent couronnées d'un plein succès; puis , réfléchissant aux avantages incalculables qu'un pays nouveau et vaste comme les États- Unis , coupé de lacs et de fleuves navigables , abondant en combustibles , devait retirer de la navigation à la vapeur, il s'occupa, toujours avec le concours de M. Livingston, de construire un bateau de ce genre pour naviguer surl'Hudson. Ce fut au mois d'août 1807 que le Clermont fut essayé. Ce fut le plus heureux jour de la vie de Fulton. Il était monté sur son bâtiment au milieu des rires et des huées de la multitude ignorante et incrédule ; mais lorsqu'on vit le Clermont s'éloigner du quai et parcourir majestueusement le fleuve à l'aide de ses puissantes nageoires, l'étonnement et l'admiration remplacèrent l'incrédulité , et son départ fut salué par des acclamations et des applaudissements frénétiques.
Après quelques changements indispensables , l'énorme machine put aller et revenir de New-
Yorck à Albany , d'Albany à New-Yorck en trente-deux heures. Dans ces deux traversées, qui s'exécutèrent de nuit et de jour , cette masse gigantesque jeta la terreur parmi les habitants des rives de l'Hudson et parmi les équipages des navires qui se trouvaient sur son passage. Les marins , étonnés de cette longue fumée qui s'élevait dans les airs, et entendant le bruit des roues qui frappaient l'eau à coups redoublés, se précipitèrent à fond de cale pour se dérober à cette effrayante apparition ; les plus hardis se prosternèrent sur le pont, implorant la Providence contre l'horrible monstre qui dévorait l'onde houleuse. Plusieurs mois s'écoulèrent avant que ces frayeurs puériles eussent disparu.
La cause de la vapeur appliquée à la navigation était désormais gagnée. Enhardi par ce premier succès , Fulton entreprit de nouveaux bateaux , qui tous réussirent également , et aujourd'hui près de cinq cents bâtiments à vapeur sillonnent les fleuves , les lacs et les mers des États-Unis. Mais il était dans la destinée de l'illustre ingénieur de rencontrer partout des
obstacles. Afin que sa découTerte ne restât pas stérile, il avait, de concert avec le respectable chancelier Livingston, acquis le privilège exclusif de la navigation sur plusieurs rivières. Bientôt il vit d'autres bateaux s'établir en concurrence avec les siens. Il eut même la douleur, dans un des nombieux procès qu'il fut obligé d'intenter pour faire respecter ses droits, d'entendre l'avocat de sa partie adverse lui contester la gloire d'avoir le premier établi utilement la navigation par la vapeur. Sa constitution délicate et sa sensibilité nerveuse ne purent résister à tant d'injustices et aux fatigues qu'il eut à supporter pour soutenir son procès. En revenant de Trenton, où il était allé plaider, il lui fallut traverser l'Hudson, alors couvert de glaces, et rester exposé pendant plusieurs heures à toutes les intempéries de la saison la plus rigoureuse. C'en fut assez pour déterminer une fièvre inflammatoire très grave, dont les médecins cependant parvinrent à se rendre maîtres; mais , à peine entrait-il en convalescence, qu'il voulut aller inspecter les travaux d'une frégate à vapeur, véritable forteresse flottante qu'il faisait con-
struire pour la défense des ports de l'Union. La fièvre le reprit avec un redoublement d'intensité, et l'enleva, le 24 février 1815, à l'âge de quarante -neuf ans. Jamais la mort d'un simple citoyen n'excita de regrets plus universels. Dès que cette triste nouvelle se fut répandue , la douleur publique se manifesta d'une manière éclatante. Les journaux revêtirent des signes de deuil. Les corporations et toutes les autorités de ÎS'ew-Yorck , les diverses sociétés savantes et littéraires décidèrent qu'elles assisteraient à ses funérailles , et que tous leurs membres porteraient le deuil pendant trente jours. Le sénat lui-même s'associa au sentiment général en décrétant que le deuil serait également pris par les deux chambres.
Ainsi s'éteignit encore dans la vigueur de l'âge ce grand homme sorti des derniers rangs de la société , privé de toute éducation première, qui, sans autre guide que son intelligence naturelle et avec une persévérance presque surhumaine, poursuivit les projets les plus gigantesques , et qui , s'il eût vécu vingt ans de plus, eût peut-être accompli de plus grandes
choses encore. Doué des sentiments les plus nobles et de la conscience la plus droite, Fuiton manifesta toujours un éloignement trèsprononcé pour toute charge publique : aussi ne laissa-t-il que sa gloire pour héritage à ses enfants.
CirAPITRE IT.
IÏIlÉCEi\SîlI(gIîriSo — lECDIBIIi(D(BIl[BIin8o
Archimède.
On ne peut songer à l'histoire et aux progrès de la mécanique, sans que le nom populaire d' Archimède ne vienne aussitôt se présenter le premier à l'esprit. La réputation que cet homme extraordinaire s'était faite dans l'antiquité et qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours, n'est au reste que la juste récompense des travaux et des inventions de ce génie prodigieux,
Archimède naquit à Syracuse , d'une famille
distinguée, vers l'an 287 avant l'ère chrétienne. Hièron, son souverain et son ami, qui était même son parent, si l'on en croit l'assertion de quelques historiens , aimait à s'entretenir avec lui sur la théorie et la pratique des sciences qu'il cultivait. On prétend qu'un jour , en expliquant au roi la théorie des forces mouvantes , il osa lui dire que , s'il avait un point d'appui en dehors de notre globe, pour y placer ses machines, il enlèverait la terre à son gré. Ce trait, raconté par les anciens historiens , a été regardé comme une fable par quelques modernes. Cependant l'assertion d'Archimède est raisonnable et fondée ; seulement , comme il faut avoir égard à ce principe, qu'un léger effort ne parvient à remuer un fardeau pesant qu'avec une diminution proportionnelle de vitesse , on arrive par le calcul à se convaincre que le plus immense levier que l'on puisse concevoir mettrait un temps infini à soulever , dans une proportion à peine sensible , un globe comme celui de la terre.
Nous ne nous occuperons pas ici des perfectionnements introduits par Archimède dans
l'arithmétique et dans la géométrie. Disons cependant qu'il fit connaître le premier le rapport de la circonférence au diamètre , sinon dans la rigueur géométrique, au moins par une méthode d'approximation qui est encore aujourd'hui regardée comme suffisante dans la plupart des cas pratiques. Dans ses deux livres sur la sphère et le cylindre , il détermine le rapport de la sphère au cylindre circonscrit , tant pour la surface que pour la solidité. Ces découvertes étaient fort importantes, et Archimède en fut si fort enchanté, qu'il voulut qu'on dessinât sur son tombeau un cylindre circonscrit à la sphère ; et , deux siècles après sa mort, ce fut à ce signe que Cicéron, alors questeur en Sicile, reconnut le tombeau du grand homme que déjà ses ingrats concitoyens avaient oublié.
C'est encore Archimède qui , le premier , a établi les vrais principes de la statique et de l'hydrostatique. Ce fut par ses travaux dans ce genre qu'il fut amené à poser ce principe, qu'un solide plongé dans un fluide y perd une partie de son poids égal au poids du fluide qu'il dé-
place. Voici par quelle circonstance il fut , diton, amené à faire cette découverte. Le roi Hiéron avait chargé un orfèvre de lui faire une couronne, et il lui avait remis l'or nécessaire; mais il soupçonnait l'artiste d'avoir dérobé une partie du précieux métal et de l'avoir remplacée par un poids égal d'argent. Archimède fut chargé de trouver le moyen de reconnaître s'il y avait réellement fraude , et dans quelle proportion se trouvait l'alliage que l'on soupçonnait. La différence de densité qui existe entre les deux métaux, rapprochée de la différence de densité entre l'alliage et l'argent pur, lui fournit les moyens de résoudre le problème. On raconte qu' Archimède se trouvait dans le bain , lorsque le moyen d'arriver à ce résultat lui apparut comme un trait de lumière , et que , sans remarquer l'état de nudité dans lequel il était , il traversa la ville pour courir chez lui, en criant comme un fou : « Je l'ai trouvé ! je l'ai trouvé ! » Ce trait se trouve du reste assez bien confirmé, par ce que ses biographes ont tous dit de ses distractions habituelles et des méditations dans lesquelles il se plongeait si profondément ,
qu'il devenait complètement étranger à tout ce qui se passait autour de lui.
En mécanique pratique , on attribue à Archimède beaucoup d'utiles inventions , que quelques historiens portent au nombre de quarante; mais il n'a laissé aucun écrit sur ces matières. Une machine fort ingénieuse et employée trèssouvent pour l'épuisement des eaux a conservé le nom de vis d'Archimède : elle se compose d'un noyau cylindrique, autour duquel sont implantés en hélice des ailerons de bois mince , d'une longueur uniforme, maintenus extérieurement par une enveloppe cylindrique concentrique au noyau. En lui donnant une inclinaison d'environ 30 à 35 degrés à l'horizon, après avoir plongé dans l'eau une partie de la base inférieure , si on lui imprime un mouvement de rotation autour de son axe, l'eau qui y entre tend toujours à descendre au point le plus bas de chacune des spires creuses comprises entre le noyau, les ailerons et l'enveloppe ; à chaque tour complet , le liquide avance d'une spire de bas en haut , et finit par s'écouler à la partie supérieure. Les Égyptiens
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faisaient un fréquent usage de cette machine , et quelques critiques ont prétendu qu'Archimède avait rapporté cette idée du voyage qu'il avait fait en Egypte pendant sa jeunesse.
On regarde encore Archimède comme l'inventeur de la vis sans fin et des moufles à l'aide desquels on peut enlever des poids énormes au moyen de médiocres efforts. Ciceron , Ovide, Claudien parlent avec admiration d'une sphère entièrement composée par lui et qui représentait avec exactitude les mouvements célestes. A quoi il faut ajouter qu'il a fait plusieurs observations de solstices, et imaginé un instrument pour mesurer le diamètre du soleil.
La gloire principale d' Archimède fut d'avoir, dans les derniers jours de sa vie, consacré son génie à la défense de sa ville natale, Marcellus , qui assiégeait Syracuse à la tête d'une flotte et d'une armée considérables, vittous ses efforts repoussés par le célèbre mécanicien : des machines inconnu es j u squ e-là lan çai en t des grêles de traits ou des pierres énormes qui venaient écraser les assaillants; des espèces de tenailles gigantesques s'allongeaient du haut des murailles, saisissaient les
vaisseaux romains et les submergeaient après les avoir enlevés au-dessus des flots ; enfin , des miroirs ardents poursuivaient les vaisseaux jusqu'à de grandes distances, et allaient les embraser au milieu de la mer. Ce dernier fait a été révoqué en doute, par suite du silence que gardent à cet égard plusieurs historiens; cependant, des expériences faites dans le siècle dernier par le célèbre Buffon ne permettent plus de douter qu'il ne soit possible d'employer avec succès ce moyen de défense.
Syracuse succomba cependant, malgré les ressources si extraordinaires qu'elle puisait dans les inventions de son illustre défenseur. Les Romains surprirent la place pendant que les habitants de la ville étaient occupés à sacrifier des victimes à leurs faux dieux. Archimède, plongé, comme cela lui était habituel, dans ses profonds calculs, n'apprit cet événement que par la présence d'un soldat ennemi qui le somma de venir parler à son général. Archimède répondit qu'il irait dès qu'il aurait trouvé la solution du problème qui l'occupait; mais le soldat, qui ne le
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connaissait pas, le tua d'an coup d'épée, malgré la recommandation que Marcellus a\ait faite de l'épargner.