LE MAITRE MAÇON
Simon Madain appartient à une famille de maçons, qu'on peut aussi qualifier d'entrepreneurs, peut-être même d'architectes; il est maître maçon comme son père; quatre de ses fils sont aussi maîtres-maçons. Un autre est encore mineur, et sans doute embrassera la même profession; sa fille cependant a épousé un boulanger. Il lui a donné 500 livres de dot; il en a donné 300 à un de ses fils. Ses affaires sont prospères, car la liquidation de sa succession donnera un actif net de 3,646 fr.
Son installation est assez vaste; sa cour renferme des pierres de Polisy, de plusieurs genres, des pierres à collier, des blocs de pierre de Tonnerre. Elles sont en partie abritées sous les galeries qui relient entre eux des corps de logis. Au rez-de-chaussée,
se trouve une boutique, où peut-être on taille la pierre l'hiver. A côté se trouve une chambre à coucher avec lit garni de tapisserie et de camelot, haute armoire de chêne à quatre vantaux et mail. La batterie de cuisine est dans un cabinet voisin. Comme les simples artisans, elle ne s'étale pas dans la pièce même. La chambre haute est meublée avec plus de luxe. La haute armoire de noyer renferme une certaine quantité de linge; 12 nappes et une grande de toile; trois douzaines et demi de serviettes, par exemple. Dans un coin de l'armoire sont serrés les bijoux : « une bague à rose, une verge d'or, une aiguille, une verge et un travers de collier d'argent, » le tout estimé à la somme modique de 7 livres. Point de luxe, mais un certain aspect d'aisance bourgeoise. Le grand coffre de noyer renferme les jupes de serge rouge, noire ou brune que possède la femme; les murs sont ornés de neuf « tableaux à huile, » et la « garniture de cheminée » consiste « en quelques figures de pierre et piastre. »
Ajoutons que maître Simon Madain possède plusieurs maisons, qu'il a peut-être bâties ou réparées lui-même.
Un autre Madain, Claude Madain, qui ne figure pas parmi les fils de Simon, exerçait la même profession, dans la même ville, en 1709.