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TRANSFERRCD TO riNE ARTS LTBRARY
Tous les artistes, architectes, peintres, sculpteurs, graveurs, qui figurent dans les études dont se compose le présent livre, je les ai connus et pratiqués; tous, dis-je, à Texception d'un seul, Augustin Dupré, le graveur en médailles. Celui-là est mort lorsque j'étais encore trop jeune pour soupçonner que je regretterais un jour de ne l'avoir point vu. Pour les autres, ce que je dis touchant leur vie, leurs pensées, leur manière d'être et de sentir, je le tiens d'eux-mêmes. Aussi voulais-je d'abord intituler ce livre : Mémoires sur les Artistes de mon temps y parce qu'il est tout plein, en effet, de souvenirs personnels; mais j'ai réfléchi que ce titre, d'après l'idée qu'on se fait des mémoires, n'annoncerait pas au lecteur ce qu'il trouvera dans mon ouvrage : une galerie de portraits, peints d'après nature, chacun sur un fond qui laisse entrevoir les personnages et les faits de l'histoire environnante.
L'exposition universelle de ^867 nous a donné l'occa-
sion de connailre à la fois^ sinon tous les artistes^ au moins toutes les écoles de TEuropjB, et c'est pourquoi j'ai pensé que le lecteur ne me saurait pas mauvais gré d'annexer à mon livre le compte rendu de cette exposition fameuse.
Si nous attachons tant de prix aux Vies des peintres de Vasari, c'est que l'illustre biographe est toujours plus ou moins mêlé aux événements qu'il raconte et qu'il a été ou l'ami, ou le rival, ou l'adversaire de presque tous ceux dont il parle si naïvement et si bien.
Pour mon compte, n'ayant pas moi-même pratiqué les arts qui font l'objet de ces études, j*ai en compensation l'avantage d'être un écrivain parfaitement désintéressé, et de n'avoir jamais eu de partialité que pour les sentiments généreux et les belles choses.
FÉLIX DUBAN
Depuis quelque vingt ans, Félix Duban était connu de ce qu'on appelle, un peu emphatiquement, tout Paris. Lorsqu'il passait sur le quai Voltaire, se rendant à l'École des beauxarts ou à l'Institut , ceux mêmes qui ne le connaissaient pas personnellement étaient tentés de le saluer, parce qu'ils se sentaient en présence d'un homme supérieur. Il était ou paraissait d'une taille avantageuse et il avait en lui quelque chose qui imposait. Son nez aquilin annonçait le commandement. Ses traits altérés par la maladie ou par le chagrin respiraient la noblesse, la droiture et la dignité; sa chevelure longue, léonine, tombant au hasard sur son front et sur ses tempes, contribuait à lui donner un grand air négligé et ravagé , celui d'un homme sensible , mais fier.
J'imagine que les physionomistes les plus exercés auraient eu bien de la peine à deviner quelle était la profession de Duban. Son œil couvert, son regard doux et profond, souvent distrait, indiquaient une âme contemplative et méditative, un esprit hésitant et un peu rêveur. On l'eût pris pour un
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philosophe spéculatif, peut-être pour un ancien ministre dégoûté de la politique, peut-être aussi pour un écrivain rare, dans le goût de Chateaubriand ou d'Obermann; mais il eût été bien difficile, je crois, de supposer que Duban était architecte.
La vérité est qu'il apporta dans l'architecture une dose de poésie qui aurait pu rompre l'équilibre, absolument nécessaire, en ce grand art, entre le sentiment et la raison ; mais cette haute faculté qui ne se concilie pas toujours avec un bon sens ferme et clair, qualité première du constructeur, elle n'a rien que d'excellent quand on regarde les dessins de Duban dont l'exposition a eu lieu tout récemment à l'École des beauxarts (1). Là peut se donner carrière l'imagination de l'artiste ; là il peut construire les monuments qu'il a rêvés, éclairer des portiques de son invention, restituer des édifices vraisemblables, et se donner à lui-même le spectacle intime de son génie.
La suite de ces admirables dessins est à elle seule une biographie du maître. Elle commence à son premier envoi de Rome, le portique du Panthéon, qui date de 1825, et elle finit au projet du monument élevé à la mémoire d'Ingres, dans l'École des beaux-arts; elle embrasse donc une période de quarante-cinq années. Dès le principe se révèlent les tendances du jeune architecte. Les dessins faits à Pompéi, la restauration du portique d'Octavie et les études de diverses maisons de plaisance aux environs de Rome, trahissent déjà un homme d'un goût fin, un artiste préoccupé de la décoration intérieure , un peintre.
Oui, un peintre, et c'est la première impression qu'on éprouve en parcourant du regard les vues et les compositions de Duban. Jamais encore, que nous sachions, les monuments
(1) Cette notice fut publiée dans le Temps, au commencement d'avril 1872.
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antiques n'avaient été étudiés, dessinés, rendus avec une fidélité aussi merveilleuse, dans tous les accidents de leurs ruines, dans toutes les nuances de leur coloration, de façon à faire reconnaître jusqu'à la qualité des matériaux rongés par le temps ou qui ont résisté à son action, jusqu'à la nature des terrains soulevés autour des soubassements, jusqu'aux moindres détails propres à éclairer l'architecte dans son projet de restitution, et à procurer au spectateur la connaissance parfaite de l'édifice. Si la photographie pouvait saisir les couleurs comme elle reproduit les formes et les reliefs, elle ne serait pas plus précise, ni d'une expression plus juste, ni d'une vérité plus frappante. Mais, que dis-je? il y a quelque chose de plus vrai encore que la réalité même, dans ce qui se passe au fond de cette chambre obscure qui est l'âme d'un grand artiste.
A l'époque oii Duban eut le prix de Rome , c'est-à-dire en 1823, la Grèce était encore fermée et personne ne la visitait. Les grands modèles de l'architecture grecque qui existaient en Sicile et dans l'Italie méridionale n'avaient pas été explorés ou l'avaient été fort peu et assez mal. On se souvenait à peine des ouvrages publiés au dix-huitième siècle, en France par Leroy, en Angleterre par Stuart et Revett, et les voyages que Huyot venait de faire dans le Levant, à la recherche des monuments antiques , n'avaient pas encore porté leurs fruits. Quant aux pensionnaires de l'Académie, à Rome, ils n'étaient guère remontés, dans leurs études, au-delà des monuments romains du siècle d'Auguste, lorsque M. Henri Labrouste, qui avait eu le prix en 1824, entreprit la restauration du temple de Pœstum et en fit l'objet d'un travail plus sérieux, plus approfondi que celui de ses devanciers. Il fut le premier à reconnaître les traces d'une polychromie extérieure, et il les accusa franchement dans son dessin d'envoi, qui causa un grand émoi à l'Institut. De Pœstum, M. Henri Labrouste se
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rendit en Sicile, avec son camarade M. Duc, qui avait eu le prix en 1825, et qui commençait à ouvrir les yeux.
Ce voyage fut pour eux une seconde éducation. L'architecture dorique, importée en Sicile par les colonies grecques, leur apparut dans la majesté de ses ruines colossales. Ils visitèrent Ségeste, Sélinonte, Agrigente, Syracuse, et ils comprirent toutes les altérations qu'avait subies cet art imposant et mâle, dont la grandeur tenait plus encore à Tesprit du peuple qui Tavait inventé qu'aux dimensions gigantesques des colonnes, des atlantes et des murs. Ils comprirent combien cet art avait été affaibli, dénaturé, méconnu par les Romains de l'Empire, et en mesurant ces débris immenses et vénérables , couchés dans la poussière , en les redressant par la pensée, en les restituant par l'étude, ils en dégagèrent les vrais principes de l'architecture antique, aussi sûrement qu'ils Teussent fait à Athènes devant les Propylées.
De retour à Rome, ils firent part à Duban de leurs découvertes, lui parlèrent avec admiration de ce qu'avait été l'art grec avant Ictinus, avant Phidias, et lui communiquèrent leur enthousiasme pour le génie des précurseurs.
Mais Duban, par son tempérament, par son caractère, n'était pas ce qu'on pourrait appeler un dorien. Son esprit était plutôt façonné dans le moule ionique. Il était né pour avoir un talent riche, orné et fleuri. Après qu'il eut dessiné les monuments romains anciens et modernes , tels que le temple de Tivoli, les arcs du Forum, les Loges du Vatican, ses premiers pas le portèrent à Pompéi, et c'est là qu'il reçut le baptême de son génie. Pompeîa était une petite colonie fondée par des Grecs venus de l'Asie Mineure, et l'art dont ils y avaient apporté le germe était un art intime, voluptueux et délicat, un art asiatique.
Cet art, qui s'était développé au fond d'un golfe délicieux, avait fait de Pompeia une ville de plaisance dont l'architec-
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ture présentait des proportions élégantes, des profils recherchés, et dont les maisons étaient décorées de fines peintures. Tout y était ordonné pour le plaisir des yeux ; tout s'y trouvait ménagé pour les effets de la lumière. Au centre de l'habitation, une cour intérieure, entourée de portiques^ laissait entrer la pluie et le jour. La pluie était recueillie dans un bassin de marbre. Les surfaces de l'atrium étaient peintes ; les pavements se dessinaient en mosaïque. Il régnait dans ces petits cloîtres de la fraîcheur, du luxe, une lumière rompue et mystérieuse.
L'impression que firent sur Duban ses études à Pompéi fut vive et profonde; elle ne s'effaça plus. Il reconnut pour ainsi dire, dans ces ruines, une architecture selon son esprit, selon son cœur. Et de fait, il avait naturellement en lui de grandes affinités avec le génie pompéien. Il était né pour la décoration, en prenant ce mot dans sa signification la plus haute. Il devait apporter dans l'architecture l'art d'éclairer les intérieurs, l'art de tout construire en collaboration avec la lumière, de tout achever par la couleur.
C'est surtout dans ses lavis que ce double sentiment se révèle. Voici, par exemple, un tombeau étrusque. Duban le dessine en peintre ; l'effet de jour qui vient animer cette chambre mortuaire est ce qui frappe tout d'abord. Le rayon tombe sur une patère oubliée là depuis plus de deux mille ans. Des mausolées d'un style féroce sont accusés seulement par des reflets. Une idole immobile, au sourire éginétique, reçoit la lueur pâle que lui renvoient les marbres tumulaires. Sur la muraille sont peintes de grandes figures d'une barbare élégance. Ce sont des corybantes avinés, dansant et poursuivant des prêtresses qui sont coiffées d'un serre-tête et jouent de la double flûte. Rien de plus saisissant que ces images de saltation et de frénésie, contrastant avec la muette magnificence d'une chambre sépulcrale. Mais ce qui est surprenant et nouveau.
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c'est la perfection du coloris, c'est la vérité rare avec laquelle sont reproduits ces tons entiers et violents dont la crudité n'a pas été altérée par les siècles.
Il y a de quoi faire l'admiration de tous les architectes et de quoi étonner bien des peintres dans les aquarelles de Duban. Le dessin en est d'une pureté qui n'a d'égale que la finesse du coloris et l'exquise délicatesse de la touche. Il est , dans son œuvre , des vues microscopiques de peintures pompéiennes, dont les motifs sont rendus librement dans des proportions infiniment petites. Sur un papier grand comme la main, le pinceau a redit tous les tons avec une précision, une justesse, une harmonie telles que si la décoration antique ne ressemblait point à l'imitation que l'architecte en a faite, ce serait l'antique qui aurait tort.
Tantôt des figurines, doucement maniérées, se détachent sur un champ noir ; tantôt c'est un fond jaune bouton d'or, un peu fané par le temps, ou bien un fond rouge — de ce beau rouge qu'on dirait venu de la Chine, — sur lequel s'enlèvent des animaux chimériques ou naturels, des griffons, des cygnes, des écre visses, des fleurons d'une ténuité incroyable, et ces mille ornements qui, par la répétition ou l'alternance, deviennent significatifs, bien qu'ils soient formés d'images insignifiantes, par exemple de ronds, d'ovales, de losanges, de disques inscrits dans un carré, de postes, de rinceaux, servant parfois d'encadrements à un sujet grandiose, comme la Flore du musée de Naples.
Une chose tout à fait remarquable dans la suite des dessins de Duban, c'est la part inattendue et considérable que s'y est faite l'imagination. Il en est deux, XArno et le Tibre, qui sont ainsi nommés parce que l'artiste s'est proposé d'y réunir tous les traits qui caractérisent le génie de l'architecture florentine et l'esprit de l'architecture romaine.
Dans l'un, on voit, sur les bords de l'Arno, à gauche, les
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principaux monuments de Florence, la coupole de Brunelleschi , le campanile de Giotto , le Palais- Vieux avec sa tour, la colonne des Strozzi, Santa Maria Novella, et des chapelles à reposoir, avec des rideaux aux portes, et des maisons avec des stores aux fenêtres ; à droite , le Pont-Couvert des marchands, et, au-delà du fleuve, le couvent de San-Miniato, sur la colline.
Dans l'autre dessin, sont étagées et accumulées , au bord du Tibre, des constructions robustes. Ce sont des temples qui se touchent, des palais corinthiens, des arcs de triomphe formant têtes de ponts, des basiliques, des galeries, des arcades sans fin, le tout hérissé de statues, coupé de jardins, mêlé de maisons patriciennes, garnies de loges et couvertes en plate-forme. Il va sans dire que chacun de ces monuments est dessiné avec une précision irréprochable, avec une fidélité telle qu'on le croirait estampé sur nature, et pourtant cette agglomération d'architectures n'est qu'un rêve. De même que Raphaël, peignant V École d'Athènes^ suppose rassemblés dans un môme palais, dans un même instant, tous les philosophes de l'antiquité grecque et les fait tous contemporains de par son génie , de même l'architecte représente ici un groupement imaginaire des plus fameux édifices de Rome, des plus beaux monuments de Florence, et compose ainsi avec des éléments puisés dans la peule vérité, un admirable mensonge de l'art. Il nous donne l'essence du génie des grandes cités qu'arrosent l'Arno et le Tibre.
Dégager l'idéal du réel, c'est bien là le travail de l'artiste, et qu'est-ce que l'idéal dans l'art, si ce n'est l'essence du vrai? Avec le même goût , la même délicatesse de choix et dans le même esprit d'épuration, Duban restitue par la pensée une villa antique à Baïa, mais le mot restitution n'est pas ici le vrai mot : c'est divination qu'il faut dire. Tout ce qu'a pu inventer le luxe des vainqueurs du monde, tout ce qu'a pu se
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procurer l'opulence d'un Crassus où d'un LucuUus, est là, réuni au bord de la mer Tyrrhénienne , sous le plus beau ciel. La construction est imaginée pour faire valoir les richesses d'une décoration inépuisable. Sur le premier plan s'élèvent en manière de propylées, de hautes arcades superposées, dont les piliers sont revêtus d'ornements dans le goût de Pompéi. Ces arcades laissent voir les eaux du golfe qui baignent des jardins ombreux, le palais du maître et, plus loin, les maisons des serviteurs avec des toitures aux imbrications sculptées et peintes. Les motifs pompéiens se retrouvent sur l'intrados des arcs, sur les piédroits, sur les tympans. Aux entablements sont suspendus des vases précieux; le pavement se compartit en marbres de couleur. Des piédestaux portent des lions et des taureaux de bronze, et un grand siège courbe, en porphyre, est ménagé à la conversation d'un poëte et d'un musicien. Tout ce dessin merveilleux, plein de soleil et d'ombre, vous donne à la fois la sensation de la fraîcheur dans un climat chaud, et le sentiment d'une volupté poétique à laquelle ont concouru tous les arts.
Il semble que Duban ait autrefois vécu parmi les Romains ou parmi les Grecs établis en Italie, vers le temps oh florissait Horace, tant il y a de vraisemblance dans les évocations qu'il sait faire de la civilisation antique, particulièrement au siècle d'Auguste. D'un pinceau magique, il ressuscite nonseulement l'architecture de l'époque impériale, mais la vie romaine dans ce qu'elle avait de plus somptueux et quelquefois de plus intime. Sur des plans de son invention, il élève des bâtiments magnifiques , disposés de façon à ménager de grandes ombres , soit que de vastes pleins annoncent la vie intérieure, la vie murée qui se défend contre la curiosité et contre la chaleur, soit que de larges ouvertures fassent pénétrer le regard dans le cavœdium, ou bien dans une galerie supérieure et à jour, toute couverte de fresques, tout ornée de
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statues. Sur les murs qu'entourent les portiques sont peintes des allusions aux travaux d'Hercule et aux histoires des grands dieux. Un aedicule de Tordre le plus riche contient les divinités domestiques, la statue d'Isis rapportée du fond de rÉgypte, des armes de prix, des urnes, des icônes. Aux faces de Tarchitrave sont accrochés de grands médaillons en forme de boucliers , représentant les images en haut relief des ancêtres illustres ou des patriciens vénérés. Ingres aurait, je crois, envié cette manière de reproduire, en leur style héroïque et superbe, les médailles dont s'est inspiré Duban pour rehausser les boucliers votifs qui sont dessinés dans plusieurs de ses compositions architectoniques.
Lorsqu'il travaillait à ces beaux dessins, Duban était revenu de Rome à Paris; mais il était encore inoccupé. C'était en 1833. Il avait alors trente-six ans. Le ministre de l'intérieur, M. Thiers, averti par deux hommes à qui était due toute créance, Paul Delaroche et M. Vitet, jeta les yeux sur Duban et résolut de lui confier quelque noble entreprise. Ce fut même à l'intention de Duban que l'on prit une mesure commandée par l'équité et par le bien de l'État. Il fut décidé que, pour faire place aux jeunes artistes sans emploi, les architectes du gouvernement, chargés de plusieurs édifices , seraient tenus d'opter. M. Debret, qui justement avait épousé la sœur aînée de Duban et qui avait été son professeur, conduisait alors, entre autres grands travaux, la restauration de l'église Saint-Denis et la construction de l'École des beaux-arts. Il opta pour Saint-Denis, et Duban fut nommé architecte de l'École. — Il en conserva toujours à Paul Delaroche une grande reconnaissance, et il mit du cœur à dessiner le gracieux tombeau de madame Delaroche- Vernet , morte si belle et si jeune.
Rien ne pouvait lui échoir qui fût mieux approprié à ses talents et à ses goûts. Il s'agissait d'un travail compliqué qui demandait un génie souple, capable de se plier aux destina-
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tions diverses d'un monument oh devaient trouver place des ateliers pour l'étude du modèle, pour l'enseignement de l'anatomie, de l'architecture et des autres arts, des chambres d'assemblée pour les professeurs , des loges pour les concurrents au prix de Rome, une bibliothèque, un cabinet de médailles, un musée où seraient rangés les anciens morceaux de réception, de larges espaces pour l'exposition des moulages d'après l'antique, une salle pour le jugement des concours, une autre pour les ouvrages couronnés , un grand salon pour les envois de Rome, un hémicycle enfin pour la distribution des prix.
Ajoutons que dans le vaste local, autrefois occupé par le Musée des monuments français , Lenoir avait réuni quelques échantillons de l'architecture française au temps de Louis XII et de François T*^, le portail du château d'Anet, plusieurs fragments du château de Gaillon, et qu'il y avait à ménager bien des raccords délicats entre ces ruines élégantes qu'on voulait conserver pieusement, et les bâtiments neufs qu'on devait construire.
Dans la solution de tous ces problèmes , Duban fit preuve d'un goût exquis. Le choix du style lui était, pour ainsi dire , imposé par les circonstances environnantes et par les travaux que Debret avait commencés. Il éleva ses nouveaux bâtiments dans le style de la Renaissance italienne, mais avec un sentiment plus vif de l'esprit de l'antiquité, car la Renaissance n'avait été qu'un retour au style romain du siècle d'Auguste, style bien éloigné de la pureté grecque. Les colonnes chaussées de plinthes, hissées sur des piédestaux, engagées dans les piédroits, les arcades percées dans les entrecolonnements , en d'autres termes, l'accouplement de deux systèmes de construction aussi étrangers l'un à l'autre que l'arc et la platebande, enfin la superposition des ordres, comme on l'avait pratiquée au théâtre de Marcellus, tout cela peut être critiqué en principe, mais l'application qu'en fit Duban à l'Ecole
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des beaux-arts fut si mesurée, si discrète, si distinguée, c'est !e mot, que depuis le soubassement jusqu'à l'attique, la façade du bâtiment principal se développe à souhait pour le plaisir des yeux.
On ne peut la voir, cette façade, sans vouloir pénétrer dans l'intérieur.
Tout y respire d'abord une heureuse tranquillité : le vesti-
Tombesu de M"" Daluroohe-Vemet. [ Conununiqiié par M"' Ihilian.}
bule est habité par les dieux mutilés du Parthénon. Les escaliers ouverts dans une cage dont les murs sont finement décorés, ont un air de dignité qui impose, grâce à leurs proportions bien trouvées, sans inutile ampleur. Le jour tempéré qui les éclaire, le repos qu'offrent les paliers, la coloration du mur, tout y fait pressentir l'étude et le recueillement. Au dernier degré, on se trouve dans une loge semblable à celle de la cour Saint-Damase, au Vatican, et l'architecte a eu l'ingénieuse idée de faire reproduire par les élèves d'Ingres les fresques de Raphaël, dans les petites voûtes en arc de cloître qui couvrent la loge.
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L'art de mettre à profit toutes les difficultés que présentaîent les anciennes constructions, les restes du couvent des Petits- Augustins, leur cloître, leur église, Tart de convertir toute nécessité en beauté (qui est Tart suprême de Tarchitecte) , il se révèle à chaque pas que fait le visiteur dans TÉcole. En appliquant ici un mot qui appartient à la peinture, je dirai que le clair-obscur de cet édifice est admirable.
On arrive à l'ancien cloître par des corridors à demi-sombres. Un petit jardin monastique ombragé par un seul mûrier, reçoit une lumière vive. Les arcades servent d'encadrement à des statues antiques, choisies de petite proportion pour ne pas obstruer le vide. La cavalerie de Phidias court le long de la frise intérieure. Les piédroits et les paroip sont colorés d'ornements pompéiens, et dans le fond du jardin, sur une muraille haute, brille une faïence émaillée, représentant la Galatée de Raphaël.
Que si le spectateur se retourne, il voit s'ouvrir devant lui un passage conduisant à un large escalier, orné de statues et tranquillement éclairé d'un jour d'en haut, mais d'un demijour mystérieux, et ces degrés le conduisent dans la grande salle de Melpomène, également éclairée par un toit de verre et se terminant à d'autres escaliers où n'arrivent que des reflets, produisant des pénombres. Ainsi, dans les conceptions de Duban, le génie de l'architecture marche toujours accompagné d'une certaine poésie, qui est la poésie de là lumière, et tout son édifice est comme une suite de tableaux, tantôt calmes et doux, tantôt brillants et animés, tantôt nuancés de mélancolie.
Il est impossible de ne pas sentir, en tout ce qu'a fait Duban, une âme délicate, facilement émue", parfois un peu féminine, mais qui était capable aussi , par instants, de s'élever aux accents les plus mâles. Nous avons vu, par exemple, dans la suite de ses dessins une aquarelle de quelques centimètres, qui
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est de la plus fière beauté, et qui, dans sa petitesse, est toute pleine de grandeur. Elle représente la Ceïla dun temple à Neptune.
L'artiste s'est supposé placé derrière la statue du dieu. Cette statue de bronze, assise, colossaile et rigide, est tournée vers la porte du temple, qui ouvre sur la mer. Le dieu contemple son empire. On voit s'étendre au loin cette mer calme, brillante comme un tapis de lumière et sillonnée par des barques à voile. Le trône de Neptune est orné de coquillages et de scarabées aquatiques. Des dauphins bondissent dans les tympans du fronton intérieur; le soubassement du pronaos plonge dans l'eau du rivage. Les marins ont déposé sur les bahuts du temple, en matière d'ex-voto, des armes, des ancres, des patères, des chapelles en miniature, des avirons, des proues. La cella n'est éclairée que par la porte, et la statue du dieu, vue de dos, son trident à la main, se détache sur les clartés du fond et n'en est que plus imposante. Il n'est pas de peintre qui ne fût jaloux d'avoir fait un tableau aussi grandiose, d'avoir inventé une œuvre aussi forte, aussi homérique.
Cette réunion singulière des délicatesses féminines avec une virilité lacédémonienne , elle s'accuse non-seulement dans les ouvrages de Duban, mais dans sa vie privée, dans ses lettres à ses amis, lettres fines et brèves, chefs-d'œuvre de grâce et de laconisme.
Les artistes n'écrivent pas toujours bien, ni toujours en un français correct ; mais il est rare que leurs lettres n'aient pas de l'originalité, de la saveur, du trait. Les billets de Duban, — car il n'écrivait guère que des billets, — sont, au premier chef, d'un lettré. Dans ses allusions aux auteurs classiques , son style est toujours d'une latinité pure, parfois recherchée. Il écrit à un ami dont l'élection l'intéresse : a II faut nous voir et concerter un plan de campagne, plus sûr que celui de
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Crimée, et enlever cette Sébastopol par des parallèles savantes. D
Il envoie au même un de ces ravissants dessins que nous avons vus et il accompagne son envoi de ce billet : « Dans les bêtises du genre de celle-ci , c'est Tintention seule qu'il faut juger. On veut faire mieux qu'à l'ordinaire, on fait plus mal ; il faut en prendre son parti. Je me suis livré à un excès de verdure qu'excuse mal la date de cette lettre. C'est un dessin de printemps tracé (pur troppo lo vedrai) dans l'hiver de ton vieux et sincère ami, Félix Duban. »
Celui qui écrivait ainsi ne prodiguait pas son amitié ; mais il la donnait tout entière à ceux qu'il avait choisis, et rien ne pouvait l'altérer, pas même ce sentiment d'émulation qui devient si aisément de la rivalité. En apprenant que son ami Duc avait eu le grand prix de cent mille francs, il lui exprime sa joie dans une lettre, qui, cette fois, n'est point laconique : (( Cher ami, j'arrive seulement hier soir de ma campagne solitaire oîi ne pénétrait aucun bruit de la ville, et j'entends encore, par une lecture rapide des journaux, l'écho des acclamations enthousiastes qui ont célébré ton légitime triomphe. C'est un grand honneur pour toi et aussi pour l'architecture qui a repris , grâce à toi, son vrai rang dans l'esprit du public et des artistes. Jouis de ce triomphe sans précédent, jouis-en pleinement et crois que tes amis, les vieux surtout, en jouissent comme d'une unique et éclatante justice.
(( Je pensais cette nuit aux illusions de Roncîglione. — Les voilà dépassées et nos rêves de jeunesse les plus ambitieux n'atteignaient pas à une telle hauteur !
a: Je songeais aussi que si j'eusse pu prévoir, alors que je décorais le vieux Louvre, que ses voûtes dussent, quelques années plus tard, résonner des acclamations d'une foule enthousiaste et ravie, célébrant le succès d'un éminent ami, de notre architecte enfin ^ j'aurais trouvé des inspirations moins
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indignes de lui. Mais, cher ami, chacun suit sa voie et trace son sillon selon ses forces... J'ai fait ce que j*ai pu dans ma carrière d'artiste et je me console de mon humble rang, en songeant que nos doctrines communes ont soutenu les faibles et ont ouvert pour les forts une voie oîi désormais il sera difficile de les suivre. Sois heureux enfin, et heureux sans le moindre nuage à ton brillant horizon... Adieu, cher vainqueur. »
Quelquefois Duban écrit en italien, et il manie alors l'italien du bon temps, l'italien toscan de Vasari, comme il maniait le latin d'Horace. Il n'est pas jusqu'aux inscriptions qu'il copie ou qu'il feint de copier sur les ruines de Pompéi ou ailleurs, qui ne témoignent d'une éducation très-soignée. On lit sur les murs d'un triclinium dessiné par lui : Hic innocentîs pocula Leshii duces sub umbra; et cette autre, à l'adresse de deux amants : Dura loquimur^ fugerit œtas. La représentation d'un délicieux intérieur motive l'inscription : Hic nesda fallere vita.
La plupart de ces épigraphes sont transcrites par Duban d'une écriture cursive et penchée, parfaitement imitée de l'antique, avec des élisions et des superpositioiis de lettres finales. A côté de la porte d'une maison de Pompeia, la maison de Pansa, nous lisons : Duodecim Deos et Dianam et Jovem optimum maximum habeat tratos quisquis hic minxerit... Au moyen de ces inscriptions qui sont gravées sur la muraille d'un clou acéré ou bien tracées au charbon, Duban ramène la vraisemblance de la vie dans les rues désertes de la cité antique. Les boutiques sont ouvertes, celles du boulanger, du fruitier, du fromager, casearia; mais les habitants font la sieste, car c'est le moment oîi une chaleur volcanique brûle le pavé. On aperçoit cependant à une des rares fenêtres de la ville deux femmes qui profitent du silence et de la solitude pour laire signe à l'unique passant de la rue, qui est le spectateur.
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Les illusions de Rondglione^ dont il est question dans la lettre citée plus haut, ont donné lieu à de bien beaux dessins de Duban et se rapportent à l'histoire de sa jeunesse.
Lorsqu'il eut fini à Eome son temps de pensionnaire, il entreprit avec deux de ses camarades, Duc et Vaudoyer, un petit voyage en Toscane, un voyage comme on les faisait alors (1827), moitié à pied, moitié en voiturin. Je laisse à penser la vie que firent nos trois compagnons, avec les différences de leurs caractères, rachetées par un commun amour du grand art, par une égale curiosité du beau.
Vingt fois ils avaient disputé ensemble avec cette chaleur, cette vivacité que les jeunes gens apportent dans leurs débats, surtout quand ils sont une pure gymnastique de Fesprit. Arrivés à Ronciglione, petite ville des États de l'Église, ils s'arrêtèrent à une auberge et bientôt, animés par le vin d'Orvieto, ils recommencèrent une de leurs éternelles disputes sur le passé et sur l'avenir de leur art. Duc entrevoyait des horizons magnifiques; il pressentait une rénovation de l'architecture, et il s'abandonnait aux illusions du bel âge. Vaudoyer, homme de sens critique et de sens pratique, gaulois spirituel et avisé, pour n'être pas d'ailleurs du même avis que son ami Duc, Vaudoyer se raillait de lui et traitait de chimères ses aspirations. Il prévoyait qu'à la poésie du rêve succéderait la prose des réalités, et qu'il faudrait bientôt descendre du portique d'Octavie au mur mitoyen. Duban était juge des coups; mais il inclinait vers le poëte. Toute la scène était restée dans la mémoire des trois amis. Ils s'en souvenaient, ils en parlaient encore trente ans après, lorsque Duban, par un mouvement de tendresse, imagina deux compositions dans le goût antique, deux dessins admirables qu'il serait impossible de comprendre si l'on ne savait ce que nous venons de dire. L'un représente un exèdre encadré de feuillage, tel qu'on peut se le figurer quand on y suppose des phi-
Jja illutioDa de Bondglîoae. ( Cominuiiiquê par M. Tauttajer fll*. )
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losophes grecs se disputant par la parole le inonde des idées; — celui-là était destiné à M. Duc — l'autre nous montre une chambre décorée de pilastres, que séparent des panneaux couverts de peintures héroïques. Au milieu de la chambre, s'élève un beau vase sur lequel est peinte Tagape remémorée, avec cette inscription : Ronciglionenses tUusiones^ et la dédicace : Amico Vaudoyer^ ne stt immemor.
La destinée a voulu que Félix Duban n'eût aucun monument à construire de son chef, et que sa vie fût employée tout entière à l'achèvement d'édifices commencés par d'autres, à des restaurations, à des travaux décoratifs. Même l'Ecole des beaux-arts, qui a été son plus grand ouvrage, avait été commencée avant qu'il en devînt l'architecte. Mais, du moins, est-il certain que la fortune, en restreignant son rôle d'artiste, l'a contraint, l'a condamné à montrer dans tout leur lustre quelques-unes des qualités supérieures de son esprit, peut-être même les meilleures. Je veux parler de la compréhension des différents styles d'architecture, de la faculté qu'il eut d'entrer plus avant que personne dans l'art de ses devanciers, dans leurs sentiments intimes, dans leurs pensées.
Cette pénétration subtile se fit bien voir lorsqu'il restaura la Sainte-Chapelle de Paris, le château de Blois, la façade du vieux Louvre, du côté de la rivière, et la galerie d'Apollon qui était à refaire entièrement depuis l'incendie de 1661.
Il faut entendre les gens de l'art parler de ces travaux et de la force d'intuition nécessaire pour les mener à bien, et de l'assimilation extraordinaire que Duban y apporta. Il n'y avait pas encore eu dans notre école d'exemple aussi frappant d'une telle restitution ou, pour dire mieux, d'une telle évocation du passé. Jamais encore on n'avait poussé à ce point l'art de remonter l'histoire de façon à faire revivre, nonseulement dans leurs détails, mais dans leur essence, et
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selon l'esprit qui les avait conçus, les monuments détruits ou dégradés sur lesquels devait s'opérer le miracle d'une éclatante résurrection.
Et même, sans être du métier, il est impossible, pour peu que l'on ne soit pas indifférent ou étranger à ce grand art de l'architecture, le plus grand de tous, il est impossible de n'être pas ébloui à la vue du château de Blois, rendu à la vie et à sa première splendeur, par un artiste qui l'avait trouvé dans le plus triste état de délabrement et d'abandon. Quand on visite maintenant ce château magiquement restauré, avec son magnifique escalier à jour et en avant-corps, dont le noyau est tout brodé d'arabesques , et dont la balustrade se décore de salamandres enflammées; quand on regarde ces balcons historiés , ces fenêtres à doubles croix , ces élégantes lucarnes, surmontées de frontons à niches et de pinacles, et ces grandes salles aux pavements en carreaux de terre émaillée , semés de fleurs de lis , aux murs chaudement couverts de tentures, aux lambris et aux solives couverts de peintures, et les chiffres qui brillent sur champ d'or au manteau des cheminées, et les croisées aux larges ébrasements, et les petits escaliers et les portes dérobées par oîi descendirent, par où passèrent les assassins du Balafré, on ne peut pas ne pas admirer la très-rare faculté par laquelle , se reportant au seizième siècle, l'artiste s'est replacé au sein des habitudes, des idées, des mœurs et du luxe qui caractérisaient la Renaissance française, au point d'enchérir encore sur les délicatesses de la construction et de la décoration originales.
Tous ces travaux, patiemment médités, finement conduits et menés à leur perfection dernière, on peut les apprécier et les suivre dans les dessins de Duban , dans ses élévations où ne manque aucune nuance de l'appareil, aucun détail de moulure ou de sculpture, dans ses coupes où l'on entrevoit les voûtes niellées d'or, les caissons réchampis de vives couleurs.
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les panneaux garnis de toiles peintes , et toutes les opulences d'une ornementation abondante avec mesure et toujours exquise.
Mais ces facultés divinatrices, elles se retrouvent au même degré dans les autres restaurations de Duban, soit qu'il travaille à remettre en lumière le gothique français du treizième siècle, soit qu'il fasse renaître de ses cendres la galerie d'Apollon, avec l'ampleur, la pompe et l'emphatique richesse du style Louis XIV, et la ravissante loge dite de Charles IX, soit qu'il réinvente la façade du Louvre, construite par Henri IV, avec ses frontons, ses niches, ses frises, ses hauts et bas-reliefs , et ses portes ouvragées.
L'on n'est point d'accord sur la polychromie extérieure des édifices, et pour notre compte, cette polychromie nous paraît contraire aux principes et nous répugne ; mais la polychromie intérieure n'a rien qui ne soit avoué par l'esthétique la plus sévère. Celle-là, personne peut-être ne l'a maniée avec plus de noblesse, plus de goût, plus de bonheur que Félix Duban. Je n'en veux pour preuves que la grande salle centrale dii château de Dampierre, oîi devaient être encastrées les peintures d'Ingres, VAge â!oT et V Age de fer ^ le grand salon du Louvre, dit Salon carré — • lequel n'est cependant pas sans reproche et présente quelques défauts inattendus dans les saillies pesantes et les raccourcis des sculptures modelées par Simart, — enfin la salle des sept cheminées, au Louvre,
Rien de plus aimable, de plus gracieux et aussi de plus fier que le soffite de cette salle des sept cheminées, décoré de Victoires superbes, discrètement sculptées en relief par Duret, et revêtues de couleurs unies, aux insensibles nuances.
Mais ce qu'il ne faut pas moins admirer, c'est la suite des compositions, si ingénieuses, dessinées au crayon pour l'ornement de la même salle. Duban y a symbolisé les arts et les sciences par des attributs supérieurement bien groupés au-